‹ Voyage au pays des milliards (volume 2)Chapitre 12 sur 23 · DEUXIÈME PARTIE BERLIN ET LES BERLINOIS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE BERLIN ET LES BERLINOIS

De Leipzig à Berlin.

« N'arrivez ni le soir ni dans la nuit. Rien de moins sûr que les cochers de Berlin : s'ils s'aperçoivent que vous ne connaissez pas la ville, ils vous conduiront dans quelque ruelle écartée des faubourgs, où vous serez allégé de votre bourse et de vos bagages. Ce fait divers se renouvelle si souvent depuis la nouvelle" ère, qu'il est passé à l'état de cliché dans les journaux de la capitale. »

C'est ainsi que se terminait la lettre qu'un de mes amis, correspondant d'une feuille anglaise, depuis trois ans, à Berlin, m'adressait à Leipzig au moment où je me disposais à l'aller rejoindre. La réputation des cochers des bords de la Sprée était déjà venue jusqu'à moi, mais je croyais que leur scélératesse s'arrêtait devant les emblèmes du sexe fort '. Le conseil était, en

1. Ce qui rend dangereux le cocher de droshke (ûacre), écrivait en 1865 M. W. Rey.

tout cas, bon à suivre : il joignait à l'avantage de ne pas laisser d'argent dans les mains de l'ennemi, celui de voir tout à l'aise, de neuf heures du matin à quatre heures du soir, cette Marche de Brandebourg, aussi fameuse que la Campagne romaine.

Aux prairies verdoyantes succède bientôt la plaine sablonneuse. Je ne sais rien de plus triste, de plus désolé. Pas de villages, pas de vie champêtre, pas de chariots entourés de joyeux laboureurs, mais le silence et l'immobilité de la mort : çà et là seulement quelques misérables chaumières groupées, comme de vieilles mendiantes, au pied d'un clocher qui ressemble lui-même à une ruine. Des dunes, comme au bord de la mer. Puis des rangées de pins rabougris dont les racines noueuses sortent du sable, pareilles à des serpents en convulsion. Dans les bas-fonds, des flaques d'eau verdâtre au bord desquelles boivent deux ou trois vaches plus maigres que celles que Pharaon vit en songe. Nul être humain, aucun oiseau. Une seule fleur croît dans ces solitudes: le coquelicot; — on dirait des taches de sang.

Le ciel est en harmonie parfaite avec ce funèbre paysage : gris, lourd, il ressemble à la pierre d'un sépulcre.

C'est ici cependant que les Hohenzollern transplantèrent leur arbre généalogique. Ce fut d'abord un chétif arbuste que ce chêne dont les rameaux abritent aujourd'hui l'Allemagne entière. Sigismond de Saxe, qui avait pris possession de la contrée, la donna en hypothèque à un de ses parents de Nuremberg, du nom de Hohenzollern, auquel il avait emprunté une somme de quatre cent mille florins. Il ne put rembourser sa dette, et à sa mort, la Marche de Brandebourg devint la propriété de l'heureux créancier.

On sait les commencements humbles et pénibles de ces parvenus. Frédéric IV n'avait, pour faire la guerre aux seigneurs qui refusaient de le reconnaître, qu'une vieille pièce de canon qu'il appelait « sa tante Marguerite ». Frédéric II a dit de Frédéric-Guillaume, le grand-électeur : « C'était un prince sans territoire, un électeur sans pouvoir, un allié sans armée. » A force d'habileté, d'intrigues, d'économie, de persévérance, il répara les désordres qui avaient marqué le règne de son père, il prépara les voies de la

modd, c'est son tempérament amoureux. Un jour l'un d'eux charge, à l'arrivée d'un train, une jeune et jolie étrangère qui lui jette une adresse d'un accent mal assuré. La voiture se met en marche, traverse un faubourg, pénètre dans une forêt, la Thiergarten, et s'y enfonce toujours davantage. La jeune voyageuse ne comprend rien à eette grande ville qui lui paraît beaucoup trop ornée de promenades et d'ombrages luxuriants. Tout à coup la voiture s'arrête, le cocher descend de son siège, attache ses chevaux à un arbre, ouvre la portière et offre à la jeune dame son bras pour l'accompagner dans les bosquets. — « Au secours ! crie la victime. — Ne criez pas, dit poliment le cocher, je n'ai pas l'intention de vous faire de mal ; mais comme vous me plaisez, je désire obtenir de vous un baiser. Pas davantage! » Il fallut bien s'exécuter. Le baiser reçu, le cocher remonte sur son siège et conduit consciencieusement la jeune fille à son adresse.

grandeur future de sa dynastie, il fixa à cette machine politique et militaire qui devait s'appeler la monarchie prussienne, les rouages propres à lui assurer la régularité et le mouvement. Ses successeurs trouvèrent une armée excellente, les caisses du trésor bien remplies, une légion de fonctionnaires dressés à la baguette et obéissant comme une meute au sifflet du veneur. Embusqués dans les marécages de la Sprée et de la Havel, ces rois de proie étaient toujours à l'affût d'une occasion, et ne s'élançaient qu'à coup sûr. Ils prirent la Silésie, la Pologne; leurs mains crochues ne se refermaient jamais vides. Administrateurs consommés, ils équilibraient leur budget au moyen d'impôts extravagants sur les souliers, les chapeaux et les perruques. Ils réglaient les dépenses de leur maison mieux que ne l'eût fait Harpagon. Leurs filles se mariaient sans dot et portaient des robes de serge. La cour se nourrissait de viande fumée et de choux maigres. On fouettait sur la place publique les employés du fisc qui ne rendaient pas des comptes assez exacts. Cet argent, ménagé avec une avarice sordide, servait à créer de nouveaux régiments, à tracer des routes, à dessécher des marais, à creuser des canaux, à forcer le sol ingrat et infécond à nourrir la colonie qui s'y était établie.

A mesure qu'on approche de Berlin, ces perpétuels efforts de l'homme sur la nature, cette persistante ardeur à vaincre ses hostilités, ces conquêtes incessantes du travail, deviennent plus visibles. On aperçoit quelques cultures semblables à des oasis au milieu du désert. Des arbres fruitiers, au feuillage malingre, se dressent, comme de longs cierges jaunes, autour de petites maisons basses, sans étages. Un troupeau d'oies, sous la conduite d'une fillette ébouriffée et en guenilles, s'en va lentement à la recherche d'un cours d'eau que signale le voi d'une cigogne mise en fuite par le bruit de la locomotive. A l'horizon, trois ou quatre moulins à vent élèvent leurs bras éplorés ; puis, derrière, s'étend une forêt de cheminées rouges surmontées de longs panaches de fumée : c'est Berlin.

Premier aspect.

En descendant de wagon, la première chose qui frappe les yeux du voyageur, ce sont des écriteaux placés aux quatre coins de la gare et portant ces mots : Prenez garde aux voleurs !

Cette étiquette, collée par les soins de la police sur les murs de la capitale impériale, a quelque chose de franc et de naïf. On se dit en boutonnant sa redingote : « Voilà des gens qui ont le courage de se donner pour ce qu'ils sont. » Et n'est-ce pas aussi un avertissement à l'étranger que ce nom de place des Gendarmes, porté par la principale place de Berlin?

Pas d'octroi, pas de formalités pour les bagages. L'entrée et la sortie de la gare sont libres. Des escaliers disjoints conduisent dans une cour malpropre, où les fiacres se mêlent aux lourds camions. Dix cochers qui portent une large plaque de cuivre au chapeau me font signe. Je monte au hasard dans le droshke le plus voisin. Tous ces fiacres sont laids, usés, délabrés. A chaque tour de roue, on craint un effondrement. On y est à peu près aussi commodément assis que sur une pelote d'épingles, et on se sent honteux de se présenter aux populations dans un équipage si piteux, si crasseux, traîné par un cheval poussif, dont les os percent la peau. Les voitures de première classe ne sont guère plus confortables et plus élégantes ; la différence consiste dans l'adjonction d'une seconde haridelle, qui empêche l'autre de courir, et dans l'absence de plaque de cuivre au chapeau de l'automédon, ce qui le rend moins ridicule et moins grotesque.

Henri Heine parle de l'effet de surprise et d'enchantement que produit Paris sur l'étranger. Berlin produit aussi un effet de surprise, mais il n'a rien d'enchanteur. On est surpris que la ville du nouvel empire, « la ville de

TïI'liS berlinois.

Cocher de droshke.

l'intelligence, la ville universelle, » ait moins l'air d'une capitale que Dresde, Francfort, Stuttgard et Munich. Je ne parle pas de Vienne, qui n'est comparable qu'à Paris. Es gibt nur eine Kaiserstadt, es gibt nur ein Wien l. Vienne est une noble douairière, tandis que Berlin n'est qu'une princesse de théâtre, a dit un écrivain allemand. Ce que Berlin montre aux gens est moderne, battant neuf ; tout y porte la marque de cette monarchie d'aventure et de fabrique, composée de pièces et de morceaux, de cette monarchie d'occasion qui s'est taillé à coups de sabre des vêtements dans le manteau du voisin, et qui fait mentir depuis trois siècles la morale de la fable du Geai paré des plumes du paon.

Rien de moins allemand, dans le sens gothique que nous donnons à ce mot, que la physionomie de Berlin. Les rues se suivent, longues et monotones; elles sont le produit d'une volonté souveraine, elles ont été bâties par ordre, comme des casernes, et alignées par la canne du roi-caporal. Il ne faut pas chercher ici des monuments qui parlent du passé, qui soient l'incarnation d'une époque ou d'un art. L'enthousiasme du beau n'a jamais enflé le cœur coriace de ces rois de Prusse rationalistes et mesquins. Un

1. Il n'y a qu'une ville impériale, il n'y a qu'un Vienne. (Proverbe allemand.)

Liv. 21

canon leur a toujours paru supérieur à une cathédrale ; ils auraient troqué une demi-douzaine de madones de Raphaël contre un grenadier de six pieds. On dit « l'Arsenal et le Château de Berlin », comme on dit à Vienne, à Cologne, à Francfort, à Ulm, « le Dôme ou la Cathédrale ». Le dieu de la guerre est seul reconnu et adoré dans la capitale prussienne. L'aigle tonnant de Jupiter est orgueilleusement posé sur l'église de la garnison, et la statue de la Victoire s'élève sur la place du Roi, comme le veau d'or au milieu du camp israélite. Les mélodieuses sonneries des cloches chrétiennes sont remplacées par le bruit assourdissant des tambours et les aigres sifflements des fifres. Le gai tumulte du travail est étouffé par le roulement de l'artillerie. Aussi, quand vous avez parcouru ces rues rangées à la file, veuves d'animation populaire, quand vous n'avez vu que des sabres, des casques et des panaches dix heures durant, vous vous sentez pris d'un indicible ennui, vous comprenez pourquoi Berlin, malgré le prestige que lui ont donné les derniers événements, ne sera jamais une capitale comme Vienne, Paris et Londres. Ce n'est pas quelqu'un, c'est quelque chose : un entassement de moellons gardés par des sentinelles.

La Sprée, qui traverse la ville, est une rivière infecte, roulant de la boue noire, aux émanations pleines de pestilence. « La Sprée, a dit un poëte du cru, est pareille à un cygne à son entrée dans la capitale ; elle en ressort semblable à une truie. » Les ponts jetés sur la rivière sont tous en bois, lourds, massifs, mais solides et suffisants pour le passage des régiments et des canons. L'entretien des rues ferait honte à une bourgade italienne. Dans les faubourgs, pas de pavé. Quand il pleut, bêtes et gens naviguent dans une mer de boue. Les trottoirs sont inconnus dans ces quartiers où la population grouille comme des animaux immondes et végète dans les caves.

Sous les Tilleuls, — le boulevard des Italiens de Berlin, — les trottoirs sont bordés d'une ornière profonde. A chaque instant, de grosses servantes, à la taille de tambom'-major, les manches retroussées et les bras étoiles d'énormes taches de rousseur, chaussées d'une espèce de sabot dans lequel le pied est nu, viennent y vider des seaux de relavures, en éclaboussant les passants. La nuit, ces rigoles remplacent les égouts absents, et conduisent à la Sprée ce que la Compagnie Richer recueille avec tant de soin à Paris, et transforme en dividendes inodores. Plus d'une fois on a trouvé des ivrognes noyés dans ces ruisseaux.

Au milieu de la ville, autre foyer d'infection. C'est un immense réservoir à ciel ouvert, dont les émanations putrides tuent les mouches à cent pas. Toute description est impossible, il faut voir pour croire. Pendant trois mois de l'été, des employés de la voirie sont occupés à répandre de l'acide phonique dans ce voisinage. Il a été souvent question d'assainir la ville, car

le choléra y est en permanence, mais les ressources municipales sont terriblement restreintes. Du reste, le peuple ne se plaint pas, il semble se complaire dans cette atmosphère pimentée. On a voulu construire des halles pour faire disparaître ces ignobles marchés de la viande et du poisson qui se tiennent en pleine rue. Les marchands sont allés s'installer, la pratique a refusé de venir, et aujourd'hui, les halles de Berlin ont été transformées en cirque.

Les odeurs de Berlin ne sont pas faites pour attirer l'étranger. Elles ne donnent que des nausées, tandis que les odeurs de Vienne et de Paris produisent sur des sens émoussés une certaine titillation agréable. Celui qui a amassé une rapide fortune en Amérique, aux Indes, en Australie, vient souvent en jouir ou la dépenser dans ces deux villes. Ceux qui font fortune à Berlin n'ont rien de plus pressé que de sortir de la « grande sablonnière » du Brandebourg. Cette absence d'étrangers donne à la ville l'aspect d'un village et aux plus beaux magasins l'air de boutiques.

— Que voulez-vous? — me répondait un vieux Berlinois auquel je demandais pourquoi l'aspect des magasins était en général si triste, — que voulezvous? Nous n'avons pas dans nos rues des processions d'Anglais, de Russes, d'Espagnols, d'Américains, de Hongrois comme chez vous. L'Egypte et la Turquie ne se ruinent pas pour nos danseuses, et quand nos princes foni des folies, ils vont les faire ailleurs. Les étrangers ne s'arrêtent pas chez nous, ils passent, car dès la première journée ils s'écrient en bâillant : « 0 mon Dieu ! que cette ville de l'intelligence est donc ennuyeuse ! » (Gott was ist dièse stadt der hohen Intelligenz doch so longweilig !)

Il n'existe cependant pas de ville en Europe où l'accroissement de la population ait pris un "aussi puissant essor. Après Londres, Paris et Constantinoplc, Berlin est la capitale la plus populeuse. Lorsque éclata la grande Révolution, Paris comptait 800,000 habitants, et la résidence des rois de Prusse à peine 120,000. Sous le règne du Grand-Électeur, elle n'en avait que 20,000. Le progrès tient du prodige. En 1817, Berlin est peuplé de 188,000 âmes ; en 1831, de 230,000. Dans la période de vingt ans qui suivit, la population s'accrut de 200,000 habitants. En 1867, en dépit de la guerre, la statistisque indiquait 702,000 âmes. Au 31 décembre 1871, la population de Berlin s'élevait à 828,015 habitants, et aujourd'hui elle touche au chiffre de 850,002 '. Les villes américaines donnent seules des exemples de coloni-

1. Le 23 juin 1892, la population de l'Allemagne sera égale à celle de la France, dit M. Firk dans un travail publié sous le titre de Population de V Allemagne et de la France. De 1867 à 1871, l'augmentation de la population a été, en effet, en Allemagne, de 62 pour cent. En 1902, si les conditions actuelles ne changent pas, la France n'aura plus que la moitié de la population de l'Empire allemand.

sation aussi rapide. A mesure que le flot arrive, la ville s'agrandit, de nouveaux quartiers surgissent à l'est, à l'ouest, mais ils sont bientôt remplis des caves aux galetas, le torrent déborde, des familles entières sont obligées de camper en plein air, et à côté de la capitale une autre ville s'élève, étrange, pittoresque, baroque comme son nom, c'est Barakia, la ville des baraques. Les plus riches se logent dans de vieux wagons de chemin de fer. Des boutiques, des débits de bière s'ouvrent, les baraques s'alignent sur quatre rangs, la cité a sa police et ses veilleurs de nuit. Barakia a vécu un été. A l'approche de l'hiver, le gouvernement s'est ému de cette situation, il a fait conduire les femmes et les enfants dans les hospices, et les hommes, rentrés dans la capitale, se sont mis à la chasse de cette bête sauvage que Miirger appelait la pièce de cent sous. L'État n'a pas tardé à interner dans les prisons ces dangeieux chasseurs.

Parmi les 133,693 émigrants de l'Allemagne qui se sont dirigés, après la guerre, sur la capitale impériale, comme vers la terre promise des milliards, il n'y en avait que 3,104 accompagnés de leur famille; les autres étaient seuls et représentaient 130,589 personnes dont 35,400 femmes, qui se subdivisent en 10,000 domestiques, 20,000 femmes non mariées et 5,400 femmes séparées ue leurs maris.

La vertu prussienne, déjà sérieusement ébranlée, n'a pas résisté à cet assaut.. L'ennemi est maître de la place. La prostitution s'assied au foyer domestique, et la tourbe de coquins et de gens de mauvaise vie qui compose les dernières couches de la population berlinoise inspire à un journal officieux les tristes réflexions que voici : « Qu'on ne croie pas que Paris seul soit exposé aux horreurs d'une insurrection communiste ; les mêmes matières explosibles existent chez nous et se cachent sous la surface de la vie sociale. »

Sous les Tilleuls

La principale rue de Berlin, l'artère centrale, s'appelle Unter den Linden (Sous les Tilleuls). Les indigènes, qui s'étaient décerné avant la guerre le surnom de Parisiens du Nord, comparent cette rue au Broodway de New- York, à la Perspective Newsky de Saint-Pétersbourg, et même au Canal- Grand de Venise ! Dans son Guide en Allemagne, M. Bœdecker, Prussien de fraîche date, déclare que « les Tilleuls ne le cèdent qu'en étendue aux boulevards parisiens ». Les Genevois prétendent bien que, si Paris ressemblait à Genève, Paris serait une bien belle ville !

Cette rue si fameuse, plantée de quatre rangées d'arbres dont quelquesuns seulement appartiennent à la famille des tilleuls, n'est praticable pour les piétons que s'ils suivent les trottoirs. Sous les tilleuls proprement dits, on s'expose la plupart du temps à être asphyxié par des tourbillons de poussière ou atteint par les éclaboussures des cavaliers et des voitures. Le soir, le rêveur qui s'aventure sous ces sombres arceaux et regarde trop les étoiles scintiller à travers les branches risque de tomber, non pas dans un puits, mais dans les mains de l'honorable corporation qui moissonne avec tant de succès les porte-monnaie et les chaînes de montre de ceux qui oublient l'avertissement paternel affiché à l'entrée des gares. On vous attaque en pleine rue à Berlin ', comme dans un village de la Sicile ou de la Grèce. Et

1. La Gazette évangélique poussait encore le cri d'alarme le 25 décembre dernier. « Dans notre métropole, écrivait-elle, dans la ville de la crainte de Dieu et des bonnes mœurs, le brigandage devient public, les voleurs se réunissent par bandes et attaquent les voitures en pleine rue. Et c'est sous de pareils auspices que nous entrons dans la nouvelle année.

Types berlinois. — Laitière.

à cette heure propice où la nuit déploie ses voiles, l'amour libre s'installe sur les bancs, à l'ombre des arbres ; et le petit dieu fripon prend ses ébats sous la tendre protection des filous et des voleurs. Ce n'est pas des tilleuls qu'il faudrait à cette rue, — mais des feuilles de vigne.

VUnter den Linden commence à la place de Paris et va jusqu'à la place de l'Opéra. Avant de descendre la rue, jetons un coup d'œil sur la première de ces deux places, qui rappelle Paris à peu près comme un cheval de bois rappelle un cheval vivant. La porte de Brandebourg, mauvaise imitation d'architecture grecque, surmontée d'un quadrige de la Victoire que Napoléon Ier fit galoper sur la route de Paris, forme le décor du fond, avec un

Page 1