Scène d'intérieur juif
ventre aurait eu besoin de solides étais : « Il y a donc aussi une Bavière en France! » s'écrie le Prussien.
Avec ces différences de caractère essentielles, les deux races du Nord et du Sud se sont toujours haïes et méprisées.
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Les Bavarois ne peuvent oublier que Frédéric II leur fit la guerre uniquement pour payer son armée. «Quand on entend parler du roi de Prusse dans le midi de l'Allemagne, dit un voyageur allemand qui parcourait la Bavière à la fin du règne de Frédéric, on s'imagine entendre l'histoire d'un ange exterminateur dont l'occupation et le plaisir étaient de tueries hommes par millions, de brûler des villes et des villages et d'être le premier général de son temps. Cette opinion est fondée sur la même base qu'une autre de même espèce, généralement adoptée par le vulgaire pendant la dernière guerre de Silésie : c'est que le roi de Prusse avait pris les armes contre la France et l'Autriche, afin d'abolir la religion catholique romaine. »
Le vieux Bavarois, ait Baier, ne pardonne pas 1866 aux Prussiens, et il ne les désigne jamais que sous le sobriquet de Bettelpreussen, « gueux et mendiants de Prussiens ».
Quand un Prussien voyage dans le Sud, il a toujours soin de se dire et d'écrire sur les registres d'hôtel : Norddeutsche (Allemand du Nord), pour bien se distinguer des Suddeutsche (Allemands du Sud), qui sont à ses yeux de race très-inférieure.
Les touristes prussiens sont toujours armés d'un parasol blanc. On les reconnaît par là dans toute la Bavière. L'été dernier, un boucher de Munich se rendit dans une auberge des environs avec un parasol de cette couleur. Les paysans qui buvaient, de s'écrier aussitôt : « Ça, c'est un Prussien ! Il n'y a que les Prussiens qui portent des affaires comme ça ! Dehors, chien de Prussien ! » Et ils se précipitèrent sur le malencontreux boucher et le chassèrent à coups de pied.
Des faits de ce genre se passent à tout instant. Immédiatement après les « étonnantes victoires » des armées prussiennes, en 1870-71, quand un Prussien élevait la voix dans une brasserie ou un café, personne n'osait ouvrir la bouche : on avait peur. Aujourd'hui, ce terrorisme qu'inspirait le prestige de la force, a disparu, et il n'y a pas de plaisir plus recherché des Bavarois que celui de jeter les Prussiens trop insolents hors des localen.
Même les inscriptions sur les couvercles de chopes sont dirigées contre la Prusse. En voici une prise au hasard et copiée à la brasserie des Franciscains :
Wenns Deutschland einmal einig wird, Und a jungs schon's Madl treu; "Wenns s'viele Geld die Leut genist, Ist ailes kreuz vorbei.
Quand l'Allemagne sera unie,
Et qu'une jeune et belle fille sera fidèle,
Et quand tout le monde aura beaucoup d'argent,
Alors, ce sera un paradis
Au-dessous, des mouches peintes, avec cette inscription :
Aber da hafs Mùcken! -
c'est-à-dire : « Il sera difficile d'en venir là, il y a des mouches/ »
Les anecdotes sur cette antipathie croissante abondent. Un jour, un monsieur se présente dans un magasin et demande un flacon d'eau-de-vie de Dantzig. « Nous n'avons pas de produits étrangers, répond le marchand munichois. — Mais, dit le monsieur, Dantzig est en Prusse ; ce nJest pas un pays étranger. — Pour nous autres Bavarois, réplique le marchand, la Prusse est un pays étranger, » et il tourna le dos au client, qui était un secrétaire de l'ambassade prussienne.
Lorsque le prince royal de Prusse, « notre Fritz, » passa cet automne à Munich, à son retour d'Italie, îes gamins se mirent à crier au moment où le train quittait la gare : « Le voilà qui s'en retourne en Prusse ! »
Il suffit de relire les discours de la Chambre des députés, en 1870, avant et après la déclaration de guerre, pour se convaincre de l'antagonisme qui a toujours existé entre les Bavarois et les Prussiens. A l'occasion de la constitution de l'empire, un député patriote répondit aux orateurs nationaux-libéraux qui essayaient de gagner leurs adversaires par des phrases sentimentales sur l'unité allemande : « Ah ! nous la connaissons, votre unité : c'est la domination prussienne; si vous poursuivez réellement l'idéal de l'Allemagne unifiée, pourquoi commencer par l'exclusion des 12 millions d'Allemands autrichiens? »
Les nationaux-libéraux changèrent alors de chanson et de ton ; ils dirent : « Si vous ne signez pas les traités de Versailles, la Prusse nous cherchera noise ; elle nous annexera sans autre forme de procès. »
M. Jœrg fut enchanté de ce langage qui lui faisait la partie belle : il mit les nationaux-libéraux en contradiction avec eux-mêmes. « Vous nous vantez la magnificence du roi de Prusse; vous nous parlez sans cesse des sentiments fraternels des Prussiens, et vous venez nous dire aujourd'hui que nos bons amis, pour lesquels 12,000 de nos enfants se sont fait tuer, et pour lesquels nous avons dépensé 150 millions; vous venez nous dire que ce sont de faux frères et qu'ils n'attendent que le moment de nous tomber dessus. »
Le 20 janvier 1871, le député Pfahler contestait en ces termes, à M. de Bismarck, le droit de fonder l'unité allemande: «Pourquoi la Prusse at-elle si souventattaqué l'Autriche depuis un siècle? Pourquoi a-t-elle conclu avec la France le honteux traité de Baie? Pourquoi a-t-elle empêché en 1815 le rétablissement du Saint-Empire? Pourquoi a-t-elle pratiqué, en 1854 et en 1859, la politique du « libre arbitre »? Pourquoi a-t-elle alors contenu
et étouffé l'ardeur des Allemands du Sud contre l'ennemi héréditaire ? (La Bavière et la Saxe voulaient s'allier à l'Autriche contre la France et l'Italie.) Pourquoi, en 1866, a-t-elle dissous la Confédération germanique avec l'aide de cet ennemi héréditaire? Pourquoi, en 1870, a-t-elle entrepris une guerre qui surpasse en barbarie tout ce qu'on a vu? C'est à l'histoire de répondre; mais moi, je déclare que celui qui a travaillé à détruire le lien allemand ne peut créer l'unité allemande. »
Ce langage n'était que l'écho affaibli de ce que disaient les journaux de Munich lors de la déclaration de guerre. Le Vaterland, entre autres, se demandait : « Que ferons-nous? La conscience d'un ministre, d'un représentant bavarois leur permet-elle de sacrifier la vie et le sang de nos enfants pour la caserne prussienne, pour l'avide et féroce ambition des sanglants assassins de 1866? Est-il possible à un Bavarois de se battre pour cette Prusse qui, victorieuse, — Dieu nous en garde ! — nous dévorerait comme elle a dévoré, en 1866, le Hanovre et la Hesse? Non, jamais ! — La revanche de Sadowa est sur le point de s'accomplir; la justice éternelle a tiré le glaive pour châtier le crime immense des brigands sanguinaires de 1866. T .tissons le glaive retomber sur leur tête, laissons passer la justice de Dieu ! Que le sang de nos frères et de nos fils immolés sur tant de champs de bataille retombe sur les assassins prussiens (sic). Que la Prusse, fille de Caïn, aille seule se placer devant la mitraille française, etc., etc. »
Voilà un langage suffisamment expressif et qui laisse peu à désirer sous le rapport de la clarté. Les journalistes qui le tiendraient aujourd'hui seraient mis entre quatre murs; mais allez, le dimanche soir surtout, dans les brasseries populaires, vous entendrez tous les buveurs de la vieille Bavière crier bien fort qu'ils veulent « mourir Bavarois et non crever (krepireri) Prussiens ».
Le Bierkraval. (La révolution de bière sur une place de Munich.)
Les Prussiens en Bavière. — Les trois préfets de M. de Bismarck. — Comment la Prusse s'empare de l'armée. — Les sous-officiers prussiens. — Le roi et le prince héritier. — La Prusse maîtresse d'école. — La presse prussienne et le roi de Bavière.
En l'an 1373, l'empereur de Chine Chin-Tsong avait permis aux Tartares Mandchoux, descendus du Nord, de s'établir dans son empire; quand ils furent bien établis, comme les mandarins étaient devenus très-gras et n'avaient plus assez d'énergie pour gouverner, les Tartares Mandchoux s'emparèrent de Pékin,, détrônèrent le prince régnant, et proclamèrent leur chef, Ghoun-Tschi, empereur de toute la Chine.
Les écrivains de l'avenir seront appelés à constater la similitude qu'il y a entre cette période historique de la Chine et la période politique que traverse actuellement la Bavière. Les Tartares Mandchoux du Brandebourg sont presque déjà maîtres de Munich, où les mandarins sont pour eux. Le Fils du Ciel lui-même commence à douter de sa divinité, et il ouvre les portes de son palais à l'ennemi.
Ce serait la plus curieuse et la plus instructive des enquêtes que celle sur les voies et moyens employés par la Prusse pour s'emparer insensiblement de la Bavière. Les Hohenzollern ont l'habitude de préparer le terrain de longue main, et d'arriver à une conquête politique et morale qui rend souvent superflue la conquête matérielle.
M. de Bismarck a commencé par faire donner aux mandarins du roi Louis, qui n'avaient pas de bouton, le grand bouton de cristal, avec l'Aigle noir et la dotation de première classe. Sur les cinq milliards... empruntés à la France, la Prusse a prélevé quelques centaines de mille thalers pour les octroyer gracieusement à MM. Lutz, Pfeufer et Fœustel. Ces ministres remplissent à Munich les fonctions de préfets prussiens. Ils ne prennent pas leurs ordres au château de Berg, mais au n° 76 de Wilhemstrasse , à Berlin. Ce sont eux qui ont inventé cette fameuse géométrie électorale, qui devait assurer la victoire des amis de la Prusse. Pendant la période électorale, le chef du bureau des reptiles, le confident de M. de Bismarck, M. ^Egidi, est venu à Munich; il demeurait dans le voisinage du ministre des affaires étrangères. « Le 20 octobre, dit le journal auquel j'emprunte ce détail caractéristique, quand le roi Louis eut lancé son quos ego à la majorité de la Chambre et du pays, M. ^Egidi reprit le chemin de Berlin en fredonnant cette variante de la Wachtam Rhein : « Chère patrie, tu peux dormir tranquille ; Pfeufer et von der Thann montent la garde aux bords de l'Isar. »
M. de Bismarck a désigné les ministres actuels pour introduire le Kulturkampf en Bavière^ La Gazette nationale disait, au mois d'octobre dernier, qu'elle espérait « qu'à l'aide des nouvelles lois, on extirperait de la Bavière le chancre ultramontain qui la ronge ». Ces hommes d'État qui ont entrepris de fondre le royaume dans le grand empire germanique, ont déjà tenté un petit essai de a guérison », au mois de juin dernier. Ils ont profité des vacances de la Diète pour interdire les processions du jubilé. Mais voulant masquer leur jeu, quand est venue la fête de Sedan, MM. Lutz et Fœustel ont prévenu les pasteurs protestants « qu'une autorisation préalable du ministre était nécessaire pour sonner les cloches et célébrer un service spécial ». Là-dessus grande fureur de la même Gazette nationale de Berlin, qui accabla M. Lutz de reproches et l'accusa de faire cause commune avec les «noirs enfants des ténèbres ». Cette comédie des deux augures se joue
chaque fois que Berlin a besoin de jeter un peu de poudre aux yeux des Bavarois.
M. de Bismarck a su non-seulement s'attacher par les lier!3 puissants de l'intérêt, les chefs du cabinet du roi, mais encore les chefs dd l'armée. Tous les généraux bavarois ont été récompensés par de grosses dotations, et en restant fidèles à la Prusse, ils ont la perspective de percevoir encore de fortes commissions sur les annexions et les bombardements futurs. Le général von der Thann, cet enfant ingrat de l'Alsace, a reçu pour sa part 300,000 écus. Les jeunes officiers ne voient de l'avancement et des décorations que dans les plis du drapeau de l'empire, — drapeau rouge, blanc et noir, — les trois couleurs du sang, de l'argent et de la mort.
Quant aux sous-officiers, ils sont tous d'origine prussienne. Le soldat bavarois les déteste, parce qu'ils ont l'habitude de traiter les conscrits avec une vigueur de poignet qui rappelle cette anecdote :
Le domestique d'unofficier prussien vantait à un de ses camarades les qualités de son maître.
— Il est doux, il est bon, il est charmant, disait-il; pourvu que je lui brosse bien ses habits, c'est tout ce qu'il demande.
— Et mon maître donc; il est bien plus facile à vivre : il bat mon uniforme chaque matin quand j'ai fini de battre le sien !
— Vraiment! fit l'autre d'un air incrédule.
— Mais oui!... Seulement, il faut que j'aie mon uniforme sur le ^os. Ces sous-officiers ont conservé dans leur pureté primitive les traditions
de Frédéric II, dit le Schlagueur. Le Zeitgeist, de Munich, racontait l'autre jour, en le leur attribuant, le fait que voici :
Un soldat du régiment de la garde, qui avait subi une détention de cinq moisàPassau, pour désertion, fut réincorporé dans son régiment, et déserta de nouveau. On le rattrapa; ramené à la caserne, il fut lié à un poteau. Il pouvait à peine remuer la tête. Après l'avoir laissé quatre heures ainsi attaché, on lui Affaire l'exercice, puis on le traîna, à moitié mort de fatigue, dans un infect cachot.
C'est ainsi qu'on apprend aux Bavarois qu'ils font partie du glorieux empire de la crainte de M. de Bismarck.
L'armée bavaroise est maintenant aux mains de la Prusse. Sous cette discipline de fer, le soldat n'est qu'une machine; il murmure quelquefois, mais il obéit toujours. Ce qui fait la force du système prussien, c'est précisément l'armée. Tant que M. de Bismarck pourra compter sur le soldat, il n'a à redouter ni les ennemis de l'intérieur ni ceux de l'extérieur.
Le prince Frédéric-Guillaume de Prusse a pris le titre d'inspecteur général des deux corps d'armée que forme le contingent bavarois. L'été der-
nier, « notre Fritz » a passé la revue du 1er corps dans les environs d'Augsbourg, et un mois plus tard, comme pour affirmer sa souveraineté, le roi Louis passait une autre revue de ses troupes sur le Champ de Mars de Munich. A la vue de son souverain, le peuple poussa des acclamations qui ont dû faire dresser les oreilles au prince héritier, à Berlin. Le lendemain, les journaux catholiques, démocratiques et socialistes faisaient unanimement ressortir l'importance politique de cette revue, et parlant de l'enthousiasme de la foule, ils ajoutaient : « Non, il n'est pas possible que la Bavière subisse jamais le sort du Hanovre. »
A la suite du roi, et au dernier rang de l'état-major se tenaient modestement l'attaché militaire de l'ambassade prussienne et le major de Stûlpnagel, frère ou neveu du général de cavalerie que M. de Moltke envoya à Stuttgard pour réorganiser l'armée wurtembergeoise. On sait que ce chevalier des casques à pointe n'avait pas une position des plus agréables à la cour du roi Charles, fort indécis sur l'exercice de ses droits royaux et militaires. Un jour que le général de Stûlpnagel était parti en congé, le roi de Wurtemberg voulut faire comme le roi de Bavière, et reparaître devant les soldats de son pays, sans trouver à leur tête un général prussien. Mais l'aide de camp de M. de Stûlpnagel s'empressa de télégraphier à son chef la résolution du roi. Le général repartit à la hâte pour Stuttgard et arriva juste au moment où l'armée wurtembergeoise, rangée en ordre de bataille sur le champ de manœuvres, attendait l'arrivée du roi. La surprise du monarque fut grande quand, en s'approchant de ses troupes, il aperçut le général de Stûlpnagel, l'épée à la main, qui s'avança respectueusement et lui dit en le saluant : « Votre Majesté a ordonné une revue du 13e corps de l'armée allemande; j'aurai l'honneur de faire défiler les troupes devant Votre Majesté. »
Le budget militaire de la Bavière est fixé, pour 1876, à 41,600,283 marcs, soit 1,088,624 marcs de plus qu'en 1875. La Chambre n'a pas le droit d'y toucher. On le lui communique et elle doit l'accepter tel quel, toutes les questions militaires étant du ressort spécial du Parlement allemand. La Chambre bavaroise a toutefois le privilège de pouvoir discuter les crédits extraordinaires que le ministère de la guerre demande chaque année, et qu'elle a refusés jusqu'ici avec enthousiasme. Un conflit éclata à ce sujet, entre le général Prankh et la Chambre qui rejeta son projet de loi concernant les pensions des employés civils de l'armée. Le général Prankh, ministre de la guerre, offrit sa démission.
« Peut-on espérer, se demandait alors un correspondant munichois, qu'un changement de personnes amènera un mieux sous ce rapport? Nullement. Que ce soit, au lieu de M. Prankh, un autre ministre quelconque, la
Le Bockwalzer.
situation demeurera la même. A Berlin, on se frotte naturellement les mains de tout cela, car il doit immanquablement arriver qu'un de ces jours la Bavière, pour des motifs financiers, renonce à son administration militaire particulière et laisse à la Prusse le soin d'administrer pour elle son armée. La Prusse poursuit l'unification de l'Allemagne, c'est-à-dire des peuples allemands. Et elle fera tout pour arriver à son but. Les difficultés ne la rebutent pas; elle marche les yeux fixés sur le point d'arrivée, et tout ce qui entrave sa marche, étant renversé par elle, ne semble vraiment pas exister. »
La Suddeutsche Post fit judicieusement remarquer que par suite de l'autonomie militaire administrative de la Bavière, l'argent est mesuré avec beaucoup de parcimonie au ministère de la guerre, d'autant plus que le contrôle prussien a soin d'arranger les choses de façon que les crédits extraordinaires aillent vers l'empire plutôt que vers le royaume et qu'ils s'épuisent du côté où ils penchent.
M. le général Prankh, qui travaillait depuis 1866 à faire des soldats bavarois d'excellents soldats prussiens, se retira, et c'est aujourd'hui le
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général Mallinger, commandantdu 2e corps d'armée, qui est chargé d'enlever la chenille des casques bavarois pour la remplacer par la canule. M. Mallinger a fait la campagne de la Loire, et de même que M. Pfeufer, ministre de l'intérieur, il est connu pour ses tendances archi-prussiennes.
La Prusse, après s'être emparée de l'armée, cherche à s'emparer de l'école. Elle plaide la cause des instituteurs, elle flatte le maître d'école, et l'enseignement, sous prétexte d'être national, est absolument prussien. « Die Wissenscha/ft eine Waffe, die Waffe eine Wissenschafft. » La science est une arme, et une arme est une science ! telle est la devise que les maisons de librairie de Berlin avaient arborée à l'Exposition de Vienne. « Le jury en corp s a été conduit devant ce trophée, dit le rapporteur suisse, M. Rambert. Il ne comprenait pas d'abord. On a eu le malheur de lui laisser le temps de comprendre, et le jury, d'un mouvement unanime, a fait une volte-face significative. »
Ouvrez les livres de lecture et les recueils de chants introduits dans les écoles bavaroises depuis la guerre. Tout y est ramené au Preussisehe Staat, à l'État prussien. Les autres États de l'Allemagne ne sont que d# satellites qui reçoivent la lumière de l'astre central. Il n'y est question que de la «mission civilisatrice » delà Prusse. Les cartes et les traités de géographie enseignent tous la guerre. Depuis 1867, les cartes murales incorporent le Tyrol, Vienne, Trieste, le Danemark dans l'empire allemand. Le Leitfaden fur den Unterricht in der Géographie von prof. reff. A. Daniel1 (Guide pour l'enseignement de la géographie, par le prof. A. Daniel), obligatoire dans toutes les écoles allemandes, renferme sous le titre générique de Deutschland, Allemagne, ce paragraphe peu rassurant :
Paragraphe 103. — Deutsche Aussenlsender (Schweitz, Liechtenstein, Belgien, Niederlande, Luxemburg, Danemark.) Die sechs in der Ueberschrift genannten Staaten werden als Anhang zu Deutschland betratchtet, weil sie grœssentheils innerhalb der naturlichen Grenzen Deutschlands liegen, weil mit w.eningen Ausnamen dièse Lsender zum alten Deutschen Reiche theilweise bis 1866, zum Deutschen Bund, gehœrt haben.
Voici la traduction littérale de cet exposé d'annexions ad usimi scholarum :
Paragraphe 103. — Pays allemands hors frontières. (Suisse, Liechtenstein, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Danemark.) Les six pays dénommés ci-dessus sont considérés comme faisant partie de l'Allemagne, parce qu'ils sont, en majeure partie, situés dans l'intérieur des frontières naturelles de l'Allemagne, parce que, à peu d'exceptions près, ces
1. Herausgegeben von Dr. A. Kirchhoff, Oberlehrer an der Louise stœltischen Gewerbescliule und Docent der allegemeinen Erdkunde an der Kœnigl. Kriegs-Akademie zu Berlin. — Halle, Verlag der Buchanalung des Waisenhauses, 1873. — 82, unverœnderte Auflage. (82" édition stéréotype.)
pays ont appartenu à l'ancien empire allemand, et en partie, ont appartenu, jusqu'en 1866, à la Confédération germanique.
Après avoir énuméré toutes les provinces belges — ein sehr dicht bevôlkertes, reiches und bîuendes Land1, — le traité de géographie officiel ajoute : « La Belgique avait autrefois de nombreuses forteresse sur la frontière française, mais maintenant elles ne servent plus à rien. Par contre, Anvers est la principale forteresse de la Belgique. »
Dans une réunion publique tenue avant les élections, un orateur ne put s'empêcher d'exprimer sa profonde indignation contre ce militarisme enseigné dans les écoles. « J'ai dit à mes enfants : « Éloignez de mes yeux ces « pages odieuses ! » C'est ainsi, ajouta l'orateur, qu'on inocule à ces jeunes esprits le poison du militarisme. (Cris : C'est vrai! c'est honteux!) A quoi doit servir l'école? A former des hommes, des citoyens libres, et non des malotrus propres à cirer ou à lécher les bottes des cuirassiers. » (Bravos retentissants.)
Dans le Liederbuch fur Voklschulen, recueil de chants pour les écoles primaires (deuxième partie), publié à Nuremberg, chez Korn, par les soins de la Société des instituteurs de Bavière, sur 61 morceaux de chants, il y en a au moins 30 qui sont des chants de guerre. En tête, le Chant matinal du soldat (Kriegers Morgenlied), dont voici les premiers couplets :
Levez-vous de terre, ô dormeurs, sortez du repos 2. — Les chevaux qui hennissent annoncent le matin.
Refrain : Les chères armes (die lieben Waffen) étincellent magnifiquement aux feux de l'aurore. On rêve de couronnes, de victoire, mais l'on pense aussi à la mort.
O toi, Dieu tout-puissant, regarde-nous de la tente de ton ciel bleu. — Tu nous as toimême invités à venir sur ce champ de bataille.
Refrain : Conduis-nous au combat et donne-nous la victoire. — Ce sont des drapeaux chrétiens qui flottent. — Et cette guerre, ô Seigneur, est la tienne! (Dein ist, ô Herr, der Krieg.)
Les enfants qui chantent ces couplets sont bien vite persuadés que leurs papas n'ont pris les armes en 1870 que pour être les instruments du Seigneur. Si la Prusse s'avise prochainement d'annexer les territoires marqués en rouge sur la nouvelle carte de l'empire, et de descendré de nouveau dans quelques coffres-forts, ce sera avec les pleins pouvoirs du Saint-Esprit et uniquement pour obéir à Dieu. « Et cette guerre, ô Seigneur, est la tienne ! »
1. «Uo pays très-peuplé, très-riche et très-florissant. » M. Daniel met l'eau à la bouche de ses compatriotes.
2. Le soldat allemand n'a pas de tente ; il dort sur le sol, roulé dans son grand man= teau.
Le second chant du recueil est intitulé : Bas Lied von Feldmarschall (le Chant du feld-maréchal).
11 s'agit du général Blûcher, culbutant partout les Français sur son passage.
On trouve ensuite la Wacht am Rhein, cette Marseillaise allemande haineuse, brutale, dont tous les mots partent comme des coups de revolver contre la France ; puis le Chant du cavalier, le Chant de marche des chasseurs, le Chant du matin du cavalier (Reiters-Morgenlied), le Bon Camarade, le Prince Eugène, Barbarossa, la Patrie, le Chant nocturne du soldat (Soldaten- Nachtlied), les Adieux à la patrie, le Petit Conscrit, le Chant du vieux manteau, le Chant de l'unité allemande (Bundeslied), etc. Il y a deux chants spéciaux pour les fêtes de gymnastique et deux chants populaires sur Strasbourg. Dans l'un, on raconte l'histoire d'un p'risonnier allemand fusillé par un féroce capitaine. Le prisonnier symbolise « l'ancienne province allemande », et le capitaine, c'est Barbe-Bleue, c'est la France.
Ah! il faut qu'on la craigne encore, si mutilée qu'elle soit, pour la haïr ainsi. Toutes les chansons et les poésies patriotiques, toutes sans exception, sont un long cri de mort contre « l'ennemi héréditaire ». Voici quelques autres échantillons poétiques qui se trouvent dans un livre également en usage dans les écoles. Sous le titre de Beutscher Trost (Consolation allemande), on lit :
Laisse au Welche l'assassinat; — Toi, sois honnête, pieux et libre; — Laisse au Welche les chaînes de l'esclavage ; — Qu'une loyauté simple soit en toi *!
Dans une autre pièce, un Tyrtée teuton vocifère ces cris de cannibale :
Bondissez comme une mer sans rivages, — Par-dessus ces Français.
Tous les champs, tous les lieux, — Faites-les blanchir en répandant leurs ossements ! — Ceux que les corbeaux et les renards auront dédaignés, livrez-les aux poissons! — Arrêtez le Rhin en construisant des digues avec leurs cadavres.
C'est une joyeuse chasse comme lorsque des chasseurs suivent la trace du loup. — Assommez-le. — Le jugement de l'histoire ne vous demandera pas pourquoi.
On a eu la cruauté d'imposer ce livre aux fils des vaincus. Le Sammlung deutscher Gedichte fur Schule und Haus von BT Gustav Wenet (Recueil de poésies allemandes pour l'école et le foyer, par le docteur Gustave Wenet), est non-seulement obligatoire dans les écoles d'Allemagne, mais
1. Dans son Chant du nouvel empire, M. de Redwitz parle ainsi de la France : « Qui donc aujourd'hui peut regarder sans dégoût le bourbier welche? Ce que recouvrait une chair rosée éclate comme un abcès purulent. Des cadavres putréfiés jonchent de toutes parts ce jardin parfumé qui recouvrait un cimetière. Jamais on ne vit pareille pourriture ; elle brave toute honnêteté. Ce peuple était digne de son Bonaparte. »
aussi dans celles de l'Alsace-Lorraine. Les pères de famille de Strasbourg ont vainement protesté. Le Journal d'Alsace, qui en a donné des extraits, n'a pu s'empêcher de s'écrier :
« Voilà ce que l'on met entre les mains des enfants! Nous ajoutons : Voilà ce que l'on met entre les mains des enfants alsaciens, qui sont nés Français, qui ont leurs pères, leurs frères, leurs amis dans les armées de la France, et qui, peut-être, pleurent encore un des leurs, tué sous les drapeaux français. Or, nous le demandons à tous les esprits élevés et impartiaux, est-il bon que ces enfants lisent de pareilles choses? Et, abstraction faite même des conditions particulières dans lesquelles se trouvent des Alsaciens en présence de pareilles excitations à la haine et au mépris d'un peuple voisin, est-il raisonnable et d'une saine pédagogie de développer, par ces lectures, des sentiments de guerre, de vengeance, de sauvage passion fratricide dans des cœurs que l'on devrait ouvrir, au contraire, aux sentiments les plus purs , les plus humains? »
La Prusse ne demande que dessoldats. Pourquoi formerait-elle des hommes? Le docteur Macquardt, pédagogue très-connu au delà du Rhin, a formulé la méthode de l'enseignement prussien en ces lignes : « Penser, sentir et apprendre en allemand ; ne voir que V Allemagne; se nourrir d'his toire et d'idées allemandes; ne pas apprendre d'autre langue que Y allemand et exclure la religion de l'école *. » On la remplace parla religion Krupp , « qui se charge par la culasse » .
Cette glorification de la sainte mitraille enseignée aux jeunes Allemands du Sud, ce breuvage de haine dont on les enivre comme d'un philtre propre à donner le délire sacré, ces anathèmes qu'on leur apprend contre les Welches, le culte sanglant pour lequel on les forme, tout cela en fait plus tard des soldats fanatiques, toujours prêts à châtier les crimes des autres peuples.
Maîtresse de l'armée et de l'école, la Prusse a voulu être maîtresse de la presse. Elle aacheté des journaux, elle en a fondé, et elle entretient à Munich un bataillon de journalistes qui combattent pour elle et surveillent de près les « ennemis de l'empire ». Le roi est soumis à un contrôle trèssévère, et quand il s'écarte du chemin qui conduit de Munich à Berlin, il faut entendre les admonestations qu'on lui adresse! On lui fait croire que
1. « Unsere Jùnglinge sollen zuerst leruen, deutsch empfinden und deutsch denken : gerade durch die Geschichte sollen sie genâhrt und ganz erfûllt werden mit deutschen Ideen, mit ganz bornirter Einseitigkeit, sollen sie in der Geschichte vor alleu anderen Nationen die deutsche sehen, kennen und bcwundern lernen, mit ganz bornirter Liebe sich ans deutsche Vaterland haengen und nichts gelten lassen als dièses. » — Le même M. Macquardt propose de ne lire à l'école (gymnase) ni Lessing, ni Schiller, ni Goethe, attendu que les professeurs qui les comprennent sont très-rares. — En revanche on étudiera en première (c'est-à-dire dans la classe supérieure) la Grammaire philosophique ,
t\ô VOYAGE AU PAYS DES MILLIARDS
/'hydre de Tultramontanisme va le dévorer tout vif et que Rome et la France l'attendent au coin d'un bois, l'escopette au poing. Louis II rentre alors en lui-même et dans le bon chemin. Un journal berlinois lui disait dernièrement qu'il serait un lâche et un imbécile [sic) et qu'il deviendrait « le valet de la prêtraille » s'il tolérait un ministère catholique.
Le Tagblatt de Berlin écrivait à la même époque qu'en Bavière il y a deux souverains : l'un qui se nomme Louis II, est un roi constitutionnel ; l'autre, un jeune homme à l'esprit extravagant, est connu dans le peuple sour le sobriquet de Huber.
Et la prophétesse inspirée par M. de Bismarck, la Gazette de V Allemagne du Nord, faisait entrevoir l'éventualité où « un poing vigoureux (eine nervige Faust), armé d'une éponge énorme, passerait sur les poteaux bleu et blanc des frontières bavaroises, et renverserait d'un seul coup la table où un ministère patriote serait en train de manger ».
Les journaux charivariques de la « capitale de l'intelligence » ont de tout temps égayé leur public aux dépens du roi de Bavière. Ils le représentent quelquefois sous les traits d'un guerrier de Y Iliade, remontant péniblement le penchant d'une montagne escarpée, en soulevant avec effort le fameux casque à chenille, conservé par l'armée bavaroise. Au sommet de la montagne, un soldat coiffé d'un casque à pointe barre le passage au Sisyphe royal et lui dit : « Tu t'uses en puérils efforts. »
VUlk, de Berlin, montrait, il y a un mois, S. M. Louis II travesti en Lohengrin et les deux pieds posés sur deux meubles de table de nuit.
Lorsque le roi dit aux habitants de Fùssen qui avaient décoré leurs maisons pour le recevoir : « Je ne veux que des couleurs bavaroises dans mon royaume, » le Kladderatsch montra Louis II occupé à peindre les poteaux de ses frontières. Les deux pots à couleurs (bleu et blanc) avaient la forme de pots de chambre, et on lisait sous la caricature cette légende insolente : Farben und Pinzel, ce qui veut dire Couleurs et Serin.
Les almanachs pour l'an de grâce 1876 sont aussi remplis de planches odieuses contre la dynastie des Wittelsbach. L'almanach du Daheim donne, comme pendant au portrait de Kullmann, le portrait de la reine douairière de Bavière, qui a commis le crime de se convertir au catholicisme.
Ce sont là de petits faits, mais ils montrent où l'on veut en venir. On mine de tous côtés la monarchie ; on met tout en œuvre pour séparer le roi de son peuple ; on cherche enfin à faire comprendre aux Bavarois que leur souverain véritable est l'empereur ; que si la Bavière existe encore , c'est par la grâce de l'empire, et que hors de l'empire il n'y a point de salut.
Les Munichois jugés par un Allemand. — Où est l'empire « des bonnes mœurs »? — La moralité administrative. — La Spitzeder. — Le soldat bavarois. — La moralité publique
« Le caractère des habitants de Munich est une énigme pour moi, et le serait toujours, quand même je resterais ici plusieurs années, dit le baron de Riesbeck dans son Voyage en Allemagne. Je crois à la vérité, qu'on peut dire qu'ils n'en ont point du tout. Leurs mœurs sont corrompues... Parmi les grands, on trouve ici, comme partout ailleurs, des gens polis et fort bien élevés; mais ce qu'on appelle le peuple y est absolument dépourvu de tout sentiment d'honneur, sans éducation, sans activité... Les possesseurs (de grandes fortunes) ne connaissent d'autre usage de l'argent que celui de s'en procurer des jouissances sensuelles. Plusieurs bonnes maisons ont été totalement ruinées par le jeu... La plupart des dames delà cour ne connaissent pas d'autre occupation que déjouer avec leurs perroquets, leurs chiens ou leurs chats. Une des plus grandes dames, avec qui j'ai eu l'honneur de faire connaissance, tient une salle pleine de chats, avec deux ou trois filles destinées à les servir; elle passe la moitié des journées à converser avec eux, leur sert souvent du café et du sucre, et les habille à sa fantaisie, tous les jours d'une manière différente... Le reste des habitants semble plongé dans les débauches les plus scandaleuses. Toutes les nuits, les rues retentissent de la grosse joie des ivrognes qui viennent de boire et de danser dans les nombreux cabarets de la ville. Tout noble ici doit entretenir une maîtresse ; tout le reste vit et fait l'amour pêle-mêle... »
Ce tableau, tracé par une main allemande à la fin du siècle dernier, n'a pas besoin d'être beaucoup retouché. La campagne de 1870-1871 n'a pas adouci les mœurs proverbialement brutales du peuple bavarois, et les « possesseurs de grandes fortunes », qui ont aussi pris part à la guerre sainte, ne
sont pas devenus plus vertueux, grâce aux milliards. La faute en est sans doute à l'air vicié qu'ils ont respiré en France.
Des gens de bonne éducation qui ont vu, depuis 1866, la Prusse prendre de tous côtés, en louant le Seigneur Dieu qui lui a donné des mains pour prendre, en sont arrivés à ne plus distinguer le tien du mien. L'escroquerie et le vol sont à la mode aujourd'hui dans l'empire « de la piété et des bonnes mœurs ». Témoins tous ces députés du Parlement qu'on accuse de tripotage; témoin ce fameux Strousberg, dont le palais était voisin de l'hôtel de M. de Bismarck, et que la Russie a le mauvais goût de retenir en prison. Je ne parle pas de cette populace de Berlin qui trouve que l'hiver est trop froid et qui incendie des usines et des maisons pour se chauffer. Quand les pompiers arrivent, elle les repousse à coups de pierre l.
A Munich, les journaux sont chaque jour remplis de récits de vols et d'assassinats. On se croirait en Sicile ou au fond des Galabres. Hier, c'était le fils d'une des premières familles qui « faisait » la montre dans la poche d'un ambassadeur étranger; aujourd'hui, c'est un boucher qui attaque trois de ses compagnons en pleine rue2 et les assassine tous trois
1. Voici le texte de l'avis affiché aux quatre coins de Berlin, les premiers jours de décembre 1875 :
« Pendant les grands incendies nocturnes, qui ont éclaté dernièrement dans la capitale et résidence royale, il s'est produit chaque fois le fait déplorable que de grandes masses de curieux se sont pressées dans le voisinage immédiat du feu, par leurs cris et sifflets ont troublé le repos de la nuit et ont absolument méconnu les avertissements des autorités, y ont même opposé une résistance active accompagnée de propos ironiques. Cette conduite, qui est une insulte aux bonnes manières (sic) et qui paralyse les efforts des pompiers en vue de protéger la propriété des habitants, menace néanmoins de devenir une sorte d'amusement populaire et traditionnel, et ne peut pas être tolérée plus longtemps. Par conséquent, j'ai ordonné que la police executive, dans chaque occasion de ce genre sévisse impitoyablement avec énergie et, s'il le faut, avec l'arme blanche, pour faire respecter ses ordres. Comme dans cette occasion il est impossible de distinguer les coupables, les innocents et les moins innocents, j'adresse aux habitants de Berlin la prière instante de me seconder dans mes efforts afin d'empêcher tout accès inutile du théâtre de l'incendie, et afin que la partie non indépendante de la population, les enfants, apprentis, domestiques, etc., ne soient pas autorisés à sortir dans la rue en pareille occasion. Un exemple de répression énergique suffira, je l'espère, pour mettre un terme à ces désordres sinistres qui déshonorent notre capitale.
« Le préfet de police, « De Madaï. »
Le lendemain du jour où cette proclamation fut affichée, dit le correspondant de Berlin de la Gazette de France, éclatait un incendie dans la fabrique de machines de Borsig, le sixième grand incendie depuis deux mois, et comme d'habitude dans la nuit du samedi au dimanche. Si, par hasard, quelqu'un avait, ce que je ne veux pas croire, formé le plan d'incendier toutes les fabriques de Berlin, cela pourrait durer longtemps encore, car il y en a 1,906 dans la ville, occupant ensemble 64,510 ouvriers dont 14,500 ouvriers mécaniciens.