LA VILLE
Munich n'est pas mieux situé que Berlin. — Le pays est malsain et pauvre.
aspect. — La vieille ville.
— Premier
Berlin est au milieu d'un désert de sable, Munich au milieu d'une plaine de pierres qui semblent vous dire des choses dures et brutales. Les savants allemands ont eux-mêmes démontré les rapports intimes qui existent entre
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le sol de la Bavière et le caractère de ses habitants. « Le Bavarois est peu cultivé, rude, grossier, tapageur, prompt aux coups, mais sous cette rugueuse écorce il y a une cœur énergique et une âme saine *.» En trouvant Munich perdu dans cette immensité morne et presque stérile, on ne se doute pas qu'on esta 515 mètres au-dessus du niveau de la mer. Des vents glacés balayent ce haut plateau : l'hiver y est aussi rigoureux que dans l'extrême Nord, le printemps sans sourires et l'été grincheux. Les brusques variations de température auxquelles sont soumis les Munichois ont fait de leur ville la capitale du rhumatisme.
A travers les fenêtres du wagon qui nous emporte, nous voyons de temps en temps surgir un petit clocher, droit comme une pointe de casque. Autour de lui, à sa base, quelque chose de gris et de confus : c'est un village. On pourrait tirer un second royaume de cette vaste étendue à peine peuplée qui entoure Munich.
Les habitants de cette partie du pays sont réduits à une bien pauvre condition. La viande est pour eux une consommation de luxe, et ils fabriquent leur pain avec un mélange de farine d'avoine et de pommes de terre râpées. « Ces paysans sont extrêmement malpropres, dit un voyageur allemand ; à quelques milles de la capitale on a peine à se figurer que leurs chaumières soient des habitations ; il y en a qui ont de grands bourbiers devant leur porte, et on est obligé de marcher sur des planches pour entrer dans la maison. »
Gustave-Adolphe a appelé Munich « une selle d'or sur un cheval maigre» , et sa comparaison est restée pleine de justesse. Depuis que le cheval bavarois est attelé au char de l'empire, il est même devenu d'une maigreur effrayante et ce n'est pas sans raison qu'il regimbe et qu'il se cabre.
La première chose qui frappe aujourd'hui les yeux, quand on approche de Munich, ce sont d'immenses bâtiments en grès rouge. Si vous demandez ce que c'est, on vous répondra : «Des casernes. » Cette vue jette un froid; on ne s'attendait guère à voir le « sanctuaire de l'art allemand » caché par un rideau de baïonnettes ; on croyait les Munichois tout occupés de l'étude d e l'ogive et du plein-cintre, et on les trouve faisant l'exercice. Dans deux ou trois ans l'étonnement sera plus grand encore : un caporal prussien vous tirera le
cordon.
« Munich, écrivait il y a trente-cinq ans un publiciste académicien, Munich devient une nouvelle Athènes, et, quelle que soit la chance des destinées politiques, Munich ne peut être rayé de la carte des États indépendants, sans que, grâce à sa nouvelle splendeur, l'attentat ne paraisse plus injuste. Le roi,