CHAPITRE XII
Sommaire : Noos centième. — Ce qui a été est ce qui sera ce qui est. — Les banquettes kilométriques.— Oh! que nenni 1 — M. Sceliier et le mont Palatin. — Plutus lui-même. — M. Thomas et le temple de Didyme. — Une fabrique de génies. — MM. Lefuel et Duc. — Des légions de coryzas. — Amortissements et écrasements. — Revenons à l'antichambre. — MM. Boudier, Bruyerre, Danjoy, Corroyer, etc — M. Hermant et le pénitencier de Nanterre. — M. Thierry-Ladrange . — Cherchez un peu et vous trouverez beaucoup. — MM. Train, Hédin. — Les rêves les plus magnifiques. — MM Calliat, Devienne, Gremailly, Formigé. — Les Etats-Unis d*Kurope.
— Après tant d'églises. — Le Forum couvert. — Le Parloir aux Bourgeois et le Parloir aux Citoyens. — Allons, décidément, je le mets au concours I — Et je passe aux Aquarelles. — Gustave Moreau. — Voyant et savant. — La civilisation, fille du soleil — Les deux Salomé. — MM. Harpignies, Pio Joris, Valerio, Lewis Brown, Lionel Royer, M"« Madeleine Lemaire, etc. — Dessins. — M. J.-P. Laurens. — Il est mort I mort ! cet art-là 1 — Assez d'Alacoquineries. — Mme de Chazelles. — MM. Lhermittc, Allongé, Lançon. — Gravure au burin. — MM. Biot, Jacquet, Gaillard.
— L'eau-forte est à Flameng, il l'a fait connaître. — Propriétaire de Rembrandt. — MM. Waltner, Chauvel, Boilvin, Bédouin, Edmond Morin, Laguillermie, Gilbert, Monziès, etc., etc. — Gravure sur bois. — MM. Pannemaker et Froment, etc. — La Lithographie. . — Emile Vernier. — Il s*enva, mais il reviendra.
Nous centième, il y a un an, nous avons demandé la grâce de l'Architecture infortunée, de la misérable Aquarelle, des malheureuses Faïences et de TEau forte éplorée. Nous centième, nous la demandons aujourd'hui encore, et la demanderons demain pour ne la point obtenir après-demain, car en France le progrès administratif se pourra toujours résumer
en la suivante formulejque nous proposons aux amateurs d'apophthegmes : ce qui a été est [ce qui sera ce qui est.
Aussi tant que, les artistes n'osant point avoir un at home, TEtat leur louera à la corde et à Theure son Palais de l'Industrie, une disgrâce dont l'origine se perd dans la nuit des temps pèsera sur ces arts intéressants . Alors que la peinture aura le Salon avec ses divans circulaires, alors que la sculpture aura le jardin avec son air presque respirable, ses fleurs primées^ ses cigares permis et son buffet recommandé, ils auront, eux, les parias quand même, ils auront les couloirs lugubres, les antichambres inhospitalières, les steppes sans fin avarement pourvues de mauvaises banquettes kilométriques.
Le public n'y va guère. On voit si c'est justifiable, quoique bien injuste peut-être. Est-ce par indijfférence pour l'art de bâtir ? Oh ! que nenni I Regardez avec quelle* encombrante curiosité la foule se rue à la moindre exposition, au moindre concours.
Si bien encouragée, l'architecturale exhibition continue à n'être pas divertissante. On compte moins d'églisiers en celle-ci qu'en son aînée ; mais par un simple hasard sans doute, car jamais la commande cléricale n'a plus furieusement donné.
Le petit groupe, si timide et restreint, des jeunes et des chercheurs se souciant peu d'exposer en ces altitudes saharesques, on ne contemple tout le long de la muraille de Chine qui sépare le paradis des peintres de l'enfer des architectes, on ne contemple guère que de savantes divagations archéologiques.
Tout d'abord neuf châssis du Mont Palatin de
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Rome^ médaille de seconde classe. Auteur : M. Scellier, n nous est difâcile, à nous, et même à bien d'autres fort érudîts, de parler avec compétence àe la restauration laborieusement tentée par ce jeune 'artiste. Personne n'a encore étudié dans ce but spécial les fameux édifices où Ton faisait semblant de fouiller pour le prétendu compte du nommé Napoléon III. Etant le premier, M. Scellierabeau jeu. 11 nous semble pourtant qu'un tel travail eût gagné à paraître tout entier en une seule fois. La suite au prochain numéro, ea vaut mieux pour un chapitre de Rocambole que pour une restauration du mont Palatin.
Plutus lui-même, ou mieux, en langage universel du XIX® siècle, la famille Rothschild a envoyé M. Thomas suivre les fouilles du temple de Didjme, en Asie Mineure. Ce travail, médaillé de première classe, ne doit pas être d'une irréprochable exactitude. Les colonnes d'angle du Pronaos ne nous ont point l'air d'avoir été fouillées. M. Thomas a relevé soigneusement, et il nous rend, de fort artistique et pittoresque façon, l'aspect actuel de la campagne ambiante avec ses moulins et ses cabanes. Mais il ne nous précise pas du tout les fondations, les entrecolonnements, les abords de l'édifice, l'élément le plus essentiel de son travail. Il n'a oublié que d'éclairer sa lanterne. Aussi nous étonnons-nous que, pourvu d'aussi minces documents, il ait tenté une restauration, et ne nous étonnons-nous point que sa tentative ait été aussi timide et incomplète. Sa ' polychromie laisse fort à désirer, si l'on s'en rapporte surtout aux remarquables travaux de Hittorf et de Paccard sur la polychromie des anciens, et à la restauration des temples d'Egine par M. Charles Garnier.
Mais voilà! II est à Paris^ comme chacun sait^ une
Ecole nationale et spéciale des Beaux-Arts, sise rae Bonaparte. Réglementairement, on n'y devrait former que des génies. Peu de règles sont confirmées par un nombre aussi formidable d'exceptions. Les grands hommes du lieu exécutent de grands travaux sans grande originalité. Us arrivent à de hautes situations, où ils s'adonnent à des imaginations d'un haut ragoût.
Par exemple, M. Lefuel, ex-architecte du troisième Bonaparte, aujourd'hui architecte quand même de notre douce République, si indulgente aux pécheurs plus ou moins repentants, si hospitalière aux fonctionnaires du Bas-empire, M. Lefael, qui gratte la colonnade du Louvre, pour la rendre présentable sans doute aux étrangers de distinction, en l'an d'Exposition 1878. Toujours conciliant^ nous faisons à cet homme infatigable un souhait généreux : c'est que son œuvre de carton-pâte, le pavillon de Flore, etc., ne soit point grattée par les Lefuel de 1976. Elle en mourrait, voyez-vous !
Par exemple M. Duc, l'exécutant du palais de justice. Son œuvre, la façade nouvelle, avait une certaine grandeur. 11 l'a sinon tuée, au moins fort compromise par un perron archi- monumental, un Pélion surOssà de prétentieux moellons. Coût : 1 million 400,000 francs. La Basoche, il est vrai, eût bien préféré qu'on fermât et qu'on chauffât, au préalable, la salle des Pas Perdus et les énormes vestibules, hantés par des légions de coryzas et des armées de fluxions de poitrine. Et puis M. Duc, très-fort sur l'antiquité, sait assurément que les plus beaux temples de la Grèce et de Rome n'ont jamais eu que des escaliers de marches simples et unies, d'autant plus grandioses qu'ils n'étaient point chargés de pilastres amoncelés, de candélabres entassés, d'amortissemetits et autres écrase-
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ments. Mais il est à Paris un public bourgeois pour les perrons de M. Duc, et c'est ce public-là, en attendant mieux, qui fait loi.
Revenons au Salon, c'est-à-dire à son antichambre. Les architectes de la commission des monuments historiques ont envoyé là, non des décors ou des devinettes, mais d'excellents travaux d'une étude profonde, d'une exactitude incontestable.
Ainsi, les Htudes comparatives (f absides normandes^ en trois cadres de M. Baudot. Ainsi, la Restauration du château de Châteaudun ; son auteur, M. Boudier, très-savant et très-artiste, a été médaillé. Voilezvous la face, ô vénérables gardiens de l'arche sainte ! M. Boudier n'est pas un grand prix de Rome! ! I M. Bruyerre, architecte très-consciencieux, a rendu avec une ûnesse de touche bien remarquable une monographie complète de l'église de Saint- Saturnin {PnyAo-J^orae) en dix châssis, avec plan général du village, de l'église et de ses cryptes. Cette restauration si consciencieuse sera médaillée dans un monde meilleur. La restauration du Beffroi de Calais^ par M. Danjoy, est un peu froide, mais révèle de sérieuses qualités. M. Corroyer, le brillant élève de M. Viollet-Leduc, a envoyé un projet de restauration du transept sud de la cathédrale de Soissons. M. Corroyer dessine mieux d'ordinaire, et sa restauration du Mont Saint-Michel était bien plus largement traitée. Deux remarquables travaux sont encore celui de M. Bérard : Eglise Notre-Dame àe Melun et Abbaye de DammarieleS'Lys ; celui de M. Vildieu, Un Palais de Justice à Charley^oi^ 2® prix de concours ; et un travail d'une convenable insignifiance est celui de M. Darcy : Eglise collégiale de Champeaux {Seine-et-Marne).
Des restaurations allons aux projets^ et débu-
GhâtMn de Cb&tutidim,'Brud eic&Uer, p&r H. Abal Bovdiik.
tons par celui qui les prime tous : La nouvelle maison de répression à Nanterre {Seine) ^ huit châs" sis. La surface à couvrir était bien vaste^ et pour la • couvrir utilement, il n'a fallu rien moins qu'un trèsconsidérable effort de science et d'imagination où quelqu'un de ces architectes administratifs, lesquels florissaient entre Décembre et Sedan, eût vainement épuisé sa folle jeunesse. Mais le concours nous a valu une œuvre des plus remarquables de ce temps et la mise en lumière d'un talent très-supérieur, celui de M. Hermant.
Cette œuvre si fortement conçue a été, on le voit de reste, tournée et retournée en tous sens. Du concours à la mise en œuvre, elle a traversé de notables améliorations. Les tourelles denii- circulaires de la porte d'entrée ont été remplacées par des pylônes carrés, bien préférables. Les couloirs ont été élargis; le sous-sol a été aménagé selon toutes les règles de la plus prévoyante hygiène. Il sera beaucoup pardonné au jury qui a inscrit en tête de ses premières médailles le nom, désormais indiscutable, de M. Hermant.
N'oublions pas son Groupe scolaire, en construction rue Paebla. Il pourrait, par l'excellence de ses dispositions pratiques^ servir de modèle à toutes les constructions du même ordre.
M. Thierry-Ladrange n'en est plus à son premier succès . Son Monument à la patrie lui valut, il y a quelques années, on s'en souvient, une première médaille, et mieux encore, l'abomination violente et grotesque des réactionnaires unis de l'art et de la politique.' Son projet d'église moderne, sobre et simple, et son projet de Source nous le ramènent aussi bon dessinateur que jamais. Ce n'est, nous dit-on.