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qu'an modeste inspecteur des travaux de la Ville. N*y aurait-il donc plus un monument, un seul à donner? Cherchez un peu, et vous trouverez beaucoup.
Voici revenir le Collège Chaptal de M. Train. On * ne connaît que cela. Très-gentil, ce collège I Mais que de festons, grands dieux ! et que d'astragales! Il 7 en a, je pense, pour un joli denier.
M. Hédin d'Alençon a obtenu par le concours je ne sais quelle église de Montsort dans sa natale cité. Qui faut-il féliciter? M. Hédin, Alençon, ou M. Ballue,le grand juge, le Cabanel de l'architecture? Félicitons tout le monde, et n'en parlons plus.
L'architecture, si l'abaissée par notre civilisation courante, est un plus grand art qu'on ne croit. Elle contient plus que toutes les réalités, on y rencontre les rêves les plus magnifiques, humainement réalisables ! Combien de promeneurs ont dû s'arrêter^ ainsi que nous, devant cet Intérieur (Tunpalais au seizième siècle/ C'est merveilleux, et c'est possible. Le rêveur de ce rêve, traduit en une éblouissante aquarelle, est le réaliste qui a réalisé les casernes de la Cité, M. Caillât.
Quelle ûnesse et quel charme en ce vase destiné par M. Devienne au foyer de l'Opéra ! Et ne vous plaît-il point, tant multiples et encyclopédiques sont nos modernes préoccupations, de voir tout auprès ce Projet (Tune usine pour la préparation des bœufs con^ serves à Vusage des armées de terre et de mer^ par M. Gremailly ? Toutes les sciences ont rendez-vous en cette affaire. L'auteur a pourvu, ce semble, aux exigences de toutes, et plus qu'aucun autre son projet nous confirme cette vérité, si neuve encore quoique éternelle, ainsi formulée par l'éminent artiste et
ëcrivftin d^art, Ernest Bosc. « Il est de plus en plus « évident qu'on ne peut séparer entièrement la science « et Tart, et faire une architecture scientifique et une « architecture artistiqfue (1). »
Bien plus que ce projet d'usine nous séduit une très-belle Elude de la façade d'aune gare de voyageurs à la tête d'une grande ligne. Auteur : M. Formigé, un médaillé de la veille. C'est un peu assjro-grécoromain, et pourtant c'est très-moderne. Ça vous a de l'élan, ça sent l'avenir. On dirait une porte ouverte sur cet Eldorado : les Etats-Unis d'Europe.
Bien plus encore nous eût séduit un autre pro* jet dont l'idée paraît bien lente à monter au cerveau de nos jeunes maîtres. Je songe, car je ne suis pas architecte 9 je songe qu'après tant et tant d'églises restaurées ou bâties, après tant de castels replâtrés, après tant de prisons édifiées, il serait temps peut-être de trouver à la foi moderne son culte, à la Révolution sa forme artistique. Et sans plus de phrases^ voilà, si j'étais tout-puissant ou tout riche, un projet que je mettrais au concours.
Un édifice qui serait en quelque sorte le Forum couvert de nos climats et de notre civilisation. On y trouverait réunies une e^alle de vote, une salle de réunions publiques, une ou plusieurs salles de conférences, une bibliothèque populaire, une salle de concerts, et pourquoi pas ? des écoles. Au centre un vaste promenoir planté d'arbres où les orphéons et les fanfares se feraient entendre durant la saison clémente. Je voudrais que la salle de vote eût des airs de temple, et je ne me fâcherais pas si la salle de réunion publique jouait un peu à l'Académie.
(1) Dictionnaire cT Architecture, chez Firmiu Didot.
Et puis, à décorer cet édifice je convierais peintres et sculpteurs. Les sujets ne leur manqueraient pas. Songez-y donc ! toute l'épopée humaine, toute This-. toire des grands peuples et des grands hommes, toutes les merveilles de la géographie, toutes les leçons du passé, toutes les visions de l'avenir I Que dites-vous de mon bâtiment? Coûterait-il donc si cher que pas une ville de France ou pas un arrondissement de Paris ne pût en aborder la dépense? On avait au moyen âge le Parloir aux bourgeois. Nous aurions, nous, le Parloir aux citoyens.
Au fait, quoique ni puissant ni riche, j'ai donné déjà un Prix du Salon. Pourquoi ne mettrais-je pas mon projet au concours? Je l'y mets.
Et je passe aux Aquarelles.
Une œuvre merveilleuse n'a cessé d'attirer la foule dans leur galerie, d'ordinaire si déserte. IS Apparition de Gustave Moreau a remporté un des plus beaux triomphes qui se soient vus depuis longtemps. Triomphe juste et on ne peut plus consolant, car il dénote chez notre public parisien une compréhension remarquabie de l'art, sous sa forme la plus savante et lapins idéale.
Deux fois Salomé a visité les songes et inspiré l'étrange talent de M. Gustave Moreau. Au Salon de peinture, il nous la montre dansant devant le vieil Hérode, plus somptueusement et richement ornée qu'une idole indienne, dans le plus féerique des palais qu'ait jamais rêvés lapins orientale des imaginations. Cinquante pages suffiraient peut-être à qui voudrait suivre et retracer, détail par détail, l'immense et presque surhumain travail de ce peintre vraiment unique. Travail qui n'a rien de commun avec l'histoire, c'est évident. Gustave Moreau n'est pas un peintre d'his-
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toire, c'est un poëte des Mille et une nuîts^ un enivré, un voyant^ un bouddhiste, un évocateur, un magicien. Et c'est aussi un érudit, d'une science profonde et sûre. Ame supérieure, il a vu d'en haut la synthèse des grandes traditions grecques et asiatiques, le sens intime et unique des mythes primitifs. Il nous Ta bien prouvé, dans son tableau à* Hercule. Ce héros magnifique et radieux comme Tastre du jour, avec lequel il se confondit dans l'adoration des premiers âges historiques de la Grèce, s'avançant pour combattre l'hydre énorme qui surgit, menaçante, du marécage où pourrissent en un horrible fouillis les mille etmille cadavres de ses victimes; ce dieu d'intelligence et de lumière, à en juger par sa figure et ses attributs, n'est, autre que le génie même de la civilisation, fille du soleil, en lutte ouverte contre le chaos du monde préhistorique.
Entre la Salomé et V Apparition^ un drame s'est accompli. La Salomé du tableau danse pour obtenir la tête du prédicateur saint Jean-Baptiste qui l'a vertement qualifiée. La Salomé de l'aquarelle danse pour payer au tétrarque le prix convenu de la vengeance réalisée. Ainsi qu'il se passe dans la danse des aimées, les riches vêtements ont peu à peu disparu, Salomé n'est plus vêtue que de pierreries étincelantes. Mais, voilà qu'au milieu de son tournoiement extatique, la houri s'arrête. Au-dessus du bourreau impassible et fatal, une apparition se dresse, une vision suspendue, la tête du martyr, pâle, sévère, sublime. Il en pleut du sang. Mais à quoi bon décrire plus longuement cette aquarelle que tous ont si longuement admirée ? C'est un prodige. Le seizième siècle a eu Albert Durer , le dixneuvième a Gustave Moreau.
Après lui, nous avons quelques noms à citer : Harpignies, d'abord : V Heure de la bécasse eiLa Plage d'Hérisson (Allier), deux très-belles aquarelles d'un ejffet large et puissant, où Ton retrouve le peintre si original de la Prairie du Bourbonnais, Puis Valérie, le maître aquarelliste, dont la Paysanne italienne est d'un goût si pur. M"^® Madeleine Lemaire, dont les fleurs font prime, a envoyé une bien délicieuse corbeille de Giroflées et, dans un joli vase, un bouquet de Gî'enades et Crysanthèmes^ d'un éclafc inouï. Voilà des fleurs que l'on ne trouve point au Marché de M. Firmin Girard ! M. Pio Jorris a exposé une de ses scènes de la vie romaine, très-brillante comme toujours, un peu criarde toutefois , mais fort justement récompensée d'une mention honorable. M. Lewis Brown ne s'est jamais montré coloriste plus spirituel que dans le Meeting et V Épisode d'une chasse à courre. Un italien, M. Filosa, élève de M. Heilbuth, prussien, a montré dans un sous-bôis : Les premiers jours de printemps^ de très-appréciables qualités ; nous lui souhaitons un peu plus de nuance et de discrétion. N'oublions pas un Crépuscule et un Sous-bois^ très-ûns de M. Le Bas ; un éventail très-amusant de M. Charles Détaille, un jeune garçon de quinze à seize ans, élève prodige de son frère, M. Détaille ; un Intérieur d'un bois de hêtres^ très-fin et ressemblant à un César de Cock, de M. Dartein;des vaches que l'on embarque sur le quai de Saint-Malo, de Beaurepaire ; et enfin une chose jolie et délicate, d'une piquante couleur locale, un Souvenir de Hyde-Park à Londres^ de M. Jean-Maxime Claude ; et le Portrait de Mme**^ de M. Lionel Royer, ce jeune coloriste que nous avons tant remarqué aux Aquarelles de 1875.
En têtô des Dessins, il nous faut signaler cette ad* mirable illustration de V Imitation de Jésm-Christ, de M. J.-P. Laurens, à laquelle nous avons fait allusion déjà. Ceci est du grand art. Mais que M. Laurens nous permette une observation. Il j a plus de drame que de mysticisme dans son talent, et nous voudrions voir les artistes tels que lui se donner enân, tout cœur et toute âme, à l'idée moderne au lieu d'essayer l'impossible galvanisation d'un art catholique justement mort, mort, mort. Leur gloire s'en trouvera bien, et aussi leur conscience de citoyens, car ils en ont une, c'est sûr» Ils créeront de plus belles œuvres et ils cesseront de prêter quelque apparence de respectabilité aux Alacoquineries de MM. Broglie, Buffet, et consorts.
A Auteuil elles Bords de la Setne près du Point-du- Jour sont deux très-beaux fusains de M"»® la vicomtesse de Chezelles, élève de Lalanne. Dessin {prt et puissant, grande imagination, vastes aspects. Et c'est avec joie que nous en disons tout autant, si ce n'est plus, du Flottage si remarquable, de M. Lhermitte.
Les Allongé de cette année sont superbes, et M. Lançon a déployé dans ses Paysages du Jura et ses Lions, tigres^ ours, singes^ toute la vigueur et tout l'entrain de sa manière, un peu brusque parfois.
La Gravure au burin compte bien des talents plus remarquables que celui de M. Biot, médaillé de première classe. Son Triomphe de Galatée n'est qu'une gravure de très-bon métier, mais d'un dessin rond et fadasse, qui ne rend nullement l'ampleur de la si célèbre peinture de la Farnésine.
M. Jacquet a fait de' la Jeunesse de M. Chapu une blonde et jolie gravure, dans le caractère du modèle.
Le Crépuscule^ d'après Michel»Ange, est une gra-
vure au burin, très - précieusement exécutée par M. Gaillard. Le travail est fin, délicat, d'un heureux modelé, rendant les brillants du marbre, mais perdant le caractère dans le dét.ail.
Un nom domine aux Aquarelles, Gustave Moreau Un autre aux Dessins, J.-PaulLaurens. ATEau-forte, ai-je besoin de récrire? c'est Flanaeng. lia pris et gardé la préséance en cet art merveilleux qui lui doit tant, car il a, nous nous en souvenons bien, ressuscité pourainsi dire et restauré Teau-forte enFrance. Comme on va droit à V Apparition^ tout droit Ton va aux Syndics et à la Leçon Sanatomie^ d'après Rembrandt, deux œuvres bien connues déjà, partout répandues, et qui ne sont venues chercher au Salon que la consécration en quelque sorte officielle d'un retentissant et universel succès. Ce n'est pas à Flameng que l'on pourrait reprocher d'avoir affadi son puissant original . Rembrandt, on le sait, appartient à Flameng en exclusive et légitime propriété. Flameng est son interprête unique, et plus encore, son confident. Ce que nous avons dit du bas-relief d'Ophelia se peut appliquer à la Leçon cTanatomie et aux Syndics. C'est plus qu'une X traduction, c'est une équivalence. Souvent annoncées, longtemps attendues, ces deux magiques eaux-fortes définissent pour ainsi dire et solennisent l'incontestable maîtrise de Léopold Flameng.
L'eau-forte, du reste, demeure en bonne voie.
Le Partirait deM^* la comtesse de barck, de Régnault^ a inspiré à M. Waltner une eau-forte très-spirituelle, très-enlevée, trop spirituelle même, jusqu'à manquer des oppositions indispensables.
On ne rendra jamais mieax Corot que ne l'a fait M. Chauvel. C'est une identité. L'exécution est libre et savante, le ton exquis, la souplesse extraordinaire.
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On peut qualifier chef-d'œuvre le Corot de M. Chauvel,
M. Boilvin, dans ses Illustrations pour M°^^ Bovary^ nous montre une pointe très-spirituelle au service d'une imagination très- vive. M. Boilvin est un graveur d'avenir que l'on a mentionné. On aurait tout aussi bien fait de le médailler.
Si Corot a M. Chauvel, Turner, le magicien Tur^ ner, a pour fidèle traducteur M. Brunet-Debaines, Voyez plutôt ces deux superbes eaux-fortes, si lumineuses : les Approches de Venise et le Port de RuysdaeL Le succès delà délicieuse illustration du Voyage sentimentalde Sterne^ par M.E. Hedouin, a été aussi vif au Salon qu'il le fut en librairiç, auxétrennes dernières. Ce Voyage sentimental est une des perles du riche écrin Jouaust.
Pour la Libraire des bibliophiles aussi,probablement, cette illustration de la Chronique de Charles IX^ en douze eaux-fortes d'EdmohdMorin. Exécution brillante et spirituelle comme toujours. Incisive, froide, mordante, sceptique, habile est l'illustration, comme le texte.
La Vue de Har fleur restera une des plus jolies eauxfortes de M. ■ Delaunay. Ruth et Booz et la Mort de Jacob ^ d'après Bida, ont ajouté une brillante page à Tceuvre déjà si fournie de M. Laguillermie, ce travailleur toujours en progrès, dont le Portrait de M^^^ B.,. est une des toiles les plus charmantes et les plus ensoleillées du salon de Peinture.
Gilbert, avec son talent si preste et si varié, nous a donné l'expression la plus exacte de ces deux œuvres, si différentes : \e& Lutteurs^ de Falguière, et le Portrait de M^^ H,,., d'Henner. Cela tient de la prestidigitation.
Citons encore M. Monziès, dont la pointe libre et
souple noQs promet un maître aqua-fortisie^ Le Rat, dont les eaux-fortes sont d'un si joli premier état» €ourtry, Lalauze, Lurat, Mongin, Lepic.
Et venons à la gravure sur bois. Là le maître est Pannemaker. La Baigneuse^ d'après Perrault, est un tour de force, en vérité. Les chairs sont tendres, le modelé admirable. M. Pannemaker est «rrivé à produire Tillusion de la gravure au burin, avec plus de couleur et de souplesse. Il a tiré du bois tout ce qu'on en peut tirer. On n'ira pas plus loin.
Le Passage de la Ligne^ aussi, d'après Grégory, et la Décoration du Serapis^ d'après Small, par M. Froment, sont d'une verve étourdissante. Voilà ce qu'on peut appeler de la gravure sur bois intelligente, car elle a jusqu'au gras de l'eau -forte.
Citons encore MM. Néaulle, Léveillé, (Langeval, Laplante.
Et faisons de mélancoliques adieux à la Lithographie, cet art charmant qui s'en va, 'on ne sait pourquoi. Il a un maître cependant, Emile Yernier, l'original et vigoureux artiste, dont les marines ont eu quelque^uccès à la Peinture, et après* Vernier, il a Bellangé et Jules Laurens. S'il s'en va, espérons qu'il reviendra.