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^ute rivalité future, les Dante, les Rabelais, les Ger- Tantes, les Lafontaine, les Balzac, les Gautier, parce que son incomparable talent nous a promenés à travers les contrées les plus pittoresques du monde, àtrayers les pays les plus fantastiques du rêve, il lui serait interdit de s'essayer dansTart où triomphent les Toulmouche, les Pasini, les Yibert, les Cabanel, les Gérome! La plaisanterie est mauvaise en vérité ! Mais le bon sens public Ta dès longtemps jugée.
Ne considérons maintenant que lô travail de Gustave Doré. Nous n'avons pas mentionné dans le précédent volume la Septième enceinte de F Enfer du Dante. C'était, n'en déplaise à son vaillant auteur, une œuvre mal composée, mal peinte, mal venue. Aujourd'hui on peut facilement apprécier toute l'étape d'efforts productifs courageusement parcourue.
Certes, nous ne comprenons point à la manière de M. Doré l'épisode historique par lui choisi. Jérusalem n'était une importante cité que pour les Hébreux, pour les Romains une sous-préfecture où l'on ne devait guère admirer les splendeurs architecturales qu'il imagine. Quand vint le Christ au fameux jour des Rameaux, il fut reçu par quelques partisans peu nombreux encore, qui l'entourèrent d'un dévouement pins timide que formidable, et non par cette foule immense couvrant les remparts, encombrant les portiques, emplissant les voies à perte de vue, enivrée^ adorante, prosternée. Porté par une telle acclamation populaire^ soyez assuré que le réformateur, homme très-politique, eût volontiers accepté le royaume de Judée qu'il visa réellement, en attendant le plus lointain royaume des Cieux.
. Mais étant donnée la légende, reconnaissons qu'elle a inspiré à M. Gustave Doré unô scène immense e t
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saisissante où Ton retrouve avec ses défauts, déjà très-atténués, ses qualités maîtresses et indéniables;. le mouvement, l'audace et la grandeur de la oonception, la science étonnante de F effet. Une triomphante lumière inonde la ville et les hommes. L'azur imperturbable déborde d'allégresse, et il semble que Ton entende chanter là-bas, tout au fin fond des cieux, ces visions blanches aux ailes déployées. Cette foule, une vraie foule, car c'est un peuple entier que Tartiste a mis en scène, elle n'est point banale. La merveilleuse imagination de Doré en a su varier les groupes, les attitudes, les expressions. Les valeurs sont plus exactes, les couleurs moins crues et moins étranges que dans VEnfer de Dante ou les tableaux précédents.
Enfin,, s'il est souvent aisé d'esquisser un monde dans le cadre d'une miniature, il est plus souvent malaisé de remplir d'un monde une toile énorme et l'on compte dans l'art moderne ceux-là qui aborderaient de cœur ferme une pareille entreprise. Pour tout résumer, le progrès de Gustave Doré nous paraît incontestable. S'il s'oublie parfois à l'école, il restera maître. S'il s'acharne aux premiers chapitres d'une grammaire dont la sjntaxe déjà lui est familière, il nous peut réserver non pas des surprises, mais des joies. La volonté, cette force divine, tou-. jours souveraine et toujours victorieuse, entr'ouvre le talent aux médiocres. Il lui est arrivé d'ouvrir le génie aux intelligences supérieures.
Mais en voici bien assez des bibliques, et venons aux païens. Cette grosse timbale, le Prix du Salon, a fait courir et concourir cette annéç plus d'un mythologue. Parmi eux, MM. Lematte et Toudouze, n'ayant pu arriver premiers^ ont reçu chacun de ce bon et^
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libéral jury qui a voulu faire tant d'heureux une prime d'encouragement. Tous deux sont élèves à Roma (Rome).
L'un, M. Lematte, médaillé de première classe, est un élève de cet excellent et digne M. Cabanel, le Père Eternel des normaliens de la peinture. Il a enfanté un Oresie poursuivi par les Furies^ qui ne manque ni d'énergie, ni de mouvement, ni de couleur. Nous n'y relevons rien d'extraordinaire soit en bien, soit en mal^ et nous attendons une autre épreuve pour préjuger Tavenir de M. Lematte.
L'autre, M. Toudouze, médaillé de deuxième classe, a commis un Meurtre cTAgamemnon qui afflige trèssincèrement notre cœur de juge honnête et épris de modération. Il y a dans le tableau de cet élève une sorte d'emportement qui pourra devenir de la vigueur, une truculence de tons, un bariolage abracadabrant, peut-être le balbutiement d'un coloriste, mais aussi un désordre sans excentricité, un fouillis par trop enfantin. Le cadavre du roi des rois serait refusé dans tout amphithéâtre, cette Clytemnestre à la hache et cet Egisthe, mélangé de brigand calabrais et d'hercule forain, sont au plus des tragédiens de banlieue. M. Toudouze n'éclôt pas encore, il germe. Son œuvre n'est pas mauvaise, elle n'est que détestable. Attendons, attendons toujours.
Et tandis que nous sommes dans les horreurs, admirons presque sans réserve VIxion, de M. Elle Delaunay.
Voilà un mouvement perpétuel dont on ne rira point! Sur son éternelle roue, lié par d'éternels serpents, comme il tourne, comme il tourne bien dans Téternelle flamme, le flls de Phlegyas, roi des Lapithes , le très-infortuné soupirant delà hautaine
Junon! Comme il se tord, comme il hnrle, comme il saigne bien ! Ceci est un robuste corps , construit et charpenté pour le supplice sans fin. Ceci est du sang noir de damné. Vraiment le vent de cette roue vous fouette le visage. Vraiment on entend siffler cette flamme, craquer ces os, blasphémer ce gosier. Bien rugi, Ixion ! Qu'en disent messieurs les amateurs?... Il y a un Luxembourg pour ces œuvres-là.
Je sais d'autres mythologues encore au Salon de 1876. Leurs efforts sont louables, sinon' heureus. Nous oublierons celui-ci, nous méconnaîtrons celui-là, c^est entendu. On muse toujours au départ, et puis an écho se réveille dans la mémoire. . . Ecoutons. .On va fermer !... on va fermer I — Grâce ! nous avons encore tant de peintures à voir, et depuis longtemps la sculpture nous réclame. — En route !
Mais avant de reprendre mes zigzags, je veux accomplir un devoir.
Sonnez, clairons I
Elève RoU, approchez! Nous, citoyen français, trèsfrançais, jouissant de tous nos droits civils et politiques, usant d'une immunité si imprescriptible que la Constitution n'a pas eu besoin de la formuler, nous vous prions de vouloir bien accepter notre Prix du Salon. Il ne vous vaudra point, c'est vrai, le prix de Tofflciel jury, mandataire de TEtat. Mais que voulezvous ? chacun fait ce qu'il peut. Et do tous les deux d^ailleurs, vous saurez bien vous passer.
Déjà Tan dernier, votre combat d'un cavalier français contre un cavalier germain^ vibrant et superbe comme le chant d^un Tjrtée gaulois^ nous avait singulièrement frappé, ainsi que vous le pourrez lire
dans le Voyage au pays des peintres de 1875. Voug en Mted médaillé, ce n'était que juste. Nous devinâmes en vous une nature énergique et aère, un talent original, débordant de sève et de santé. Votre Chasseresse de 1876 nous a confirmé dans notre intuition première, tant et si bien que nous la proclamons, par les présentes, Tœuvre du Salon qui annonce entre toutes à la France un peintre de grand avenir. C'est pourquoi nous lui décernons cette récompense exceptionnelle qui appartiendrait selon nous au métier laborieuselnent acquis bien moins qu'à la virtualité puissante et grosse d'exubérantes promesses.
Donc la Chasseresse de M. RoU est une belle femme, nue, toute nue, à cheval, par un splendide jour d'été, dans la clairière d'une verte forêt. Ses jambes nerveuses étreignent sans effort le poitrail de son coursier ardent et magnifique, et près d'elle la reine des Amazones n'eût été, je parie, qu'une maladroite écolière. Une de ses mains mignonnes tient les rênes, l'autre d'un geste prompt et hardi lève en l'air un court javelot. Une bandelette soutient les seins, une petite draperie bleue négligemment jetée sur les épaules fiotte au vent.
Elle préside souriante, et comme endiablée de plaisir, au combat de ses chiens contre une panthère. Tout autour d'elle la nature s'épanouit, voluptueuse et souriante comme elle. Qu'est-ce que cette vaillante beauté? Une dignitaire de l'antique Olympe, une Diane dans l'exercice de ses guerrières et virginales fonctions, emportée loin de ses nymphes par l'ardeur de la chasse ? Du tout. On chercherait vainement sur sa tête le symbolique croissant. Sa beauté est toute moderne, en quelque sorte parisienne. On dirait une héroïne de la ^Fronde. On la rêve super-
bernent vêtue, caracolant aux côtés de Lauzun, ou maniant le sceptre de Rambouillet. Elle n'est pas classique, et grâces aux dieux immortels! elle est moins chrétienne encore. C'est la Chasseresse, et c'est la Charmeresse. Une déité, parbleu! oui, c'est toutes les déités en une. C'est la- religion même de l'art moderne. C'est l'espérance, la foi sereine et bien portante des mondes nouveaux. Son nom ? Panthéisme.
Cependant voulons-nous dire qu'il n'y ait aucune imperfection dans l'oeuvre de M. Roll? Tout au contraire. On y relève du premier coup d'œil des inégalités choquantes. Si belle qu'elle soit, la Chasseresse rappelle un peu trop, par certains détails incorrects, le modèle d'atelier. La panthère est trop petite et bizarrement tournée. La lutte des animaux est confuse. Maïs qu'importe ? l'ensemble est magistral. Et notre opinion sur le jeune coloriste se résume ainsi : Effacez la signature et dites à tout un chacun : ceci est de la jeunesse de Delacroix. Qui vous démentira ?
Encore une fois, élève Roll, je vous prie d'excuser la pauvreté de mon Prix du Salon. Quelques lignes et rien au bout, ce n'est pas riche. Mais vous savez, le cœur y est.