‹ Voyage au pays des peintres (volume 3)Chapitre 13 sur 15 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Sommaire : Nous centième. — Ce qui a été est ce qui sera ce qui est. — Les banquettes kilométriques. — Oh ! que nenni ! — M. Scellier et le mont Palatin. — Plutus lui-méme. — M. Thomas et le temple de Didyme. — Une fabrique de génies. — MM. Lefuel et Duc. — Des légions de coryzas. — Amortissements et écrasements. — Revenons à l’antichambre. — MM. Boudier, Bruyerre, Danjoy, Corroyer, etc — M. Hermant et le pénitencier de Nanterre. — M. Thierry-Ladrange .

— Cherchez un peu et vous trouverez beaucoup. — MM. Train, Hédin. — Les rêves les plus magnifiques. — MM Calliat, Devienne, Gremailly, Formigé. — Les Etats-Unis d’hlurope.

— Après tant d’églises. — Le Forum couverl. — Le Parloir aux Bourgeois et le Parloir aux Citoyens. — Allons, décidément, je le mets au concours ! — Et je passe aux Aquarelles. — Gusiave Moreau. — Voyant et savant. — La civilisation, fille du soleil — Les deux Salomé. ■ — MM. Harpignies, Pio Joris, Valerio, Lewis Brown, Lionel Royer, M'"® Madeleine Lemaire, etc. — Dessins. — M. J. -P. Laurens. — Il est mort! mort! cet art-là! — Assez dAlacoquineries. — Mme de Chazelles. — MM. Lhermittc, Allongé, Lançon. — Gravure au burin. — MM. Biot, Jacquet, Gaillard.

— L’eau-forte est à Flameng, il l’a fait connaître. — Propriétaire de Rembrandt. — MM. Waltner, Chauvet, Boilvin, Bédouin, Edmond Morin, Laguillermie, Gilbert, Monziès, etc., etc. — Gravure sur bois. — MM. Pannemaker et Froment, etc. — La Lithographie, — Emile Vernier. — Il s’en va, mais il reviendra.

Nous centième, il y a un an, nous avons demandé la grâce de l’Architecture infortunée, de la misérable Aquarelle, des malheureuses Faïences et de l’Eau forte éplorée. Nous centième, nous la demandons aujourd’hui encore, et la demanderons demain pour ne la point obtenir après-demain, car en France le progrès administratif se pourra toujours résumer

en la suivante formule]que nous proposons aux amateurs d’apophthegmes : ce qui a été est |ce qui sera ce qui est.

Aussi tant que, les artistes n’osant point avoir un at home, l’Etat leur louera à la corde et à l’heure son Palais de l’Industrie, une disgrâce dont l’origine se perd dans la nuit des temps pèsera sur ces arts intéressants . Alors que la peinture aura le Salon avec ses divans circulaires , alors que la sculpture aura le jardin avec son air presque respirable, ses fleurs primées, ses cigares permis et son buffet recommandé, ils auront, eux, les parias quand même, ils auront les couloirs lugubres, les antichambres inhospitalières, les steppes sans fln avarement pourvues de mauvaises banquettes kilométriques.

Le public n’y va guère. On voit si c’est justifiable, quoique bien injuste peut-être. Est-ce par indifférence pour l’art de bâtir ? Oh ! que nenni ! Regardez avec quelle encombrante curiosité la foule se rue à la moindre exposition, au moindre concours.

Si bien encouragée, l’architecturale exhibition continue à n’être pas divertissante. On compte moins d’églisiers en celle-ci qu’en son aînée ; mais par un simple hasard sans doute, car jamais la commande cléricale n’a plus furieusement donné.

Le petit groupe, si timide et restreint, des jeunes et des chercheurs se souciant peu d’exposer en ces altitudes saharesques, on ne contemple tout le long de la muraille de Ciiine qui sépare le paradis des peintres de l’enfer des architectes, on ne contemple guère que de savantes divagations archéologiques.

Tout d’abord neuf châssis du Mont Palatin de

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Rome^ médaille de seconde classe. Auteur : M. Scellier. Il nous est difficile, à nous, et même à bien d’autres fort érudits, de parler avec compétence de la restauration laborieusement tentée par ce jeune artiste. Personne n’a encore étudié dans ce but spécial les fameux édifices où l’on faisait semblant de fouiller pour le prétendu compte du nommé Napoléon III. Etant le premier, M. Scellierabeau jeu. 11 nous semble pourtant qu’un tel travail eût gagné à paraître tout entier en une seule fois. La suite au prochain numéro, ça vaut mieux pour un chapitre de Rocambole que pour une restauration du mont Palatin.

Plutus lui-même, ou mieux, en langage universel du XIX® siècle, la famille Rothschild a envoyé M. Thomas suivre les fouilles du temple de Didyme, en Asie Mineure. Ce travail, médaillé de première classe, ne doit pas être d’une irréprochable exactitude. Les colonnes d’angle du Pronaos ne nous ont point Pair d’avoir été fouillées. M. Thomas a relevé soigneusement, et il nous rend, de fort artistique et pittoresque façon, l’aspect actuel de la campagne ambiante avec ses moulins et ses cabanes. Mais il ne nous précise pas du tout les fondations, les entrecolonnements, les abords de l’édifice, l’élément le plus essentiel de son travail. Il n’a oublié que d’éclairer sa lanterne. Aussi nous étonnons-nous que, pourvu d’aussi minces documents, il ait tenté une restauration, et ne nous étonnons-nous point que sa tentative ait été aussi timide et incomplète. Sa polychromie laisse fort à désirer, si l’on s’en rapporte surtout aux remarquables travaux de Hittorf et de Paccard sur la polychromie des anciens, et à la restauration des temples d’Egine par M. Charles Garnier.

Mais voilà! Il est à Paris, comme chacun sait, une

Ecole nationale et spéciale des Beaux-Arts, sise rue Bonaparte. Réglementairement, on n’y devrait former que des génies. Peu de règles sont confirmées par un nombre aussi formidable d’exceptions. Les grands hommes du lieu exécutent de grands travaux sans grande originalité. Ils arrivent à de hautes situations, où ils s’adonnent à des imaginations d’un haut ragoût.

Par exemple, M. Lefuel, ex-architecte du troisième Bonaparte, aujourd’hui architecte quand même de notre douce République, si indulgente aux pécheurs plus ou moins repentants, si hospitalière auxfonctionnaires du Bas-empire, M. Lefuel, qui gratte la colonnade du Louvre, pour la rendre présentable sans doute aux étrangers de distinction, en l’an d’Exposition 1878. Toujours conciliant, nous faisons à cet homme infatigable un souhait généreux : c’est que son œuvre de carton-pâte, le pavillon de Flore, etc., ne soit point grattée par les Lefuel do 1976. Elle en mourrait, voyez-vous !

Par exemple M. Duc, l’exécutant du palais de justice. Son œuvre, la façade nouvelle, avait une certaine grandeur. Il l’a sinon tuée, au moins fort compromise par un perron archi- monumental, un Pélion surOssa de prétentieuxmoellons. Coût : 1 million 400,000 francs. La Basoche, il est vrai, eût bien préféré qu’on fermât et qu’on chauffât, au préalable, la salle des Pas Perdus et les énormes vestibules, hantés par des légions de coryzas et des armées de fluxions de poitrine. Et puis M. Duc, très-fort sur l’antiquité, sait assurément que les plus beaux temples de la Grèce et de Rome n’ont jamais eu que des escaliers de marches simples et unies, d’autant plus grandioses qu’ils n’étaient point chargés de pilastres amoncelés, de candélabres entassés , d’amortissements et autres écrase-

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msnts. Mais il est'k Paris un public bourgeois pour les perrons de M. Duc, et c’est ce public-là, en attendant mieux, qui fait loi.

Revenons au Salon, c’est-à-dire à son antichambre. Les architectes de la commission des monuments historiques ont envoyé là, non des décors ou des devinettes, mais d’excellents travaux d’une étude profonde, d’une exactitude incontestable.

Ainsi les Etudes comparatives d'absides normandes, en trois cadres de M. Baudot. Ainsi, la Restauration du château de Châteaudun ; son auteur, M. Boudier, très-savant et très-artiste, a été médaillé. Voilezvous la face, ô vénérables gardiens de l’arche sainte! M. Boudier n’estpas un grand prix de Rome! ! ! M. Bruyerre, architecte très-consciencieux, a rendu avec une finesse de touche bien remarquable une monographie complète del’église de iS'am^-5'a^wmm (Puy-de-Dôme) en dix châssis, avec plan général du village, de l’église et de ses cryptes. Cette restauration si consciencieuse sera médaillée dans un monde meilleur. La restauration du Beffroi de Calais, par M. Danjoy, est un peu froide, mais révèle de sérieuses qualités. M. Corroyer, le brillant élève de M. Viollet-Leduc, a envoyé un projet de restauration du transept sud de la cathédrale de Soissons. M. Corroyer dessine mieux d’ordinaire, et sa restauration du Mont Saint-Michel était bien plus largement traitée. Deux remarquables travaux sont encore celui de M. Bérard : Eglise Notre-Dame àe Melun et Abbaye de Dammarieles-Lys ; celui de M. Vildieu, Un Palais de Justice à Charleroi, 2® prix de concours ; et un travail d’une convenable insignifiance est celui de M. Darcy : Eglise collégiale de Champeaux [Seine-et-Marne).

, Des restaurations allons aux projets, et débu-

tons par celui qui les prime tous : La nouvelle maison de répression à Nanterre [Seine)^ huit châssis. La surface à couvrir était bien vaste, et pour la couvrir utilement, il n’a fallu rien moins qu’un trèsconsidérable effort de science et d’imagination où quelqu’un de ces architectes administratifs, lesquels florissaient entre Décembre et Sedan, eût vainement épuisé sa folle jeunesse. Mais le concours nous a valu une œuvre des plus remarquables de ce temps et la mise en lumière d’un talent très-supérieur, celui de M. Hermant.

Cette œuvre si fortement conçue a été, on le voit de reste, tournée etretournée en tous sens. Du concours à la mise en œuvre, elle a traversé de notables améliorations. Les tourelles demi-circulaires de la porte d’entrée ont été remplacées par des pylônes carrés, bien préférables. Les couloirs ont été élargis; le sous-sol a été aménagé selon toutes les règles de la plus prévoyante hygiène. Il sera beaucoup pardonné au jury qui a inscrit en tête de ses premières médailles le nom, désormais indiscutable, de M. Hermant.

N’oublions pas son Groupe scolaire, en construction rue Puebla. Il pourrait, par l’excellence de ses dispositions pratiques, servir de modèle à toutes les constructions du même ordre.

M. Thierry-Ladrange n’en est plus à son premier succès. Son Monument à la patrie \o\ valut, il y a quelques années, on s’en souvient, une première médaille, et mieux encore, l’abomination violente et grotesque des réactionnaires unis de l’art et de la politique. Son projet d’église moderne, sobre et simple, et son projet de Source nous le ramènent aussi bon dessinateur que jamais. Ce n’est, nous dit-on.

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qu’un modeste inspecteur des travaux de ia Ville. N’y aurait-il donc plus un monument, un seul à donner? Cherchez un peu, et vous trouverez beaucoup.

Voici revenir le Collège Chnptal de M. Train. On ne connaît que cela. Très-gentil, ce collège ! Mais que de festons, grands dieux ! et que d’astragales! Il y en a, je pense, pour un joli denier.

M. hiédin d’Alençon a obtenu par le concours je ne sais quelle église de Montsort dans sa natale cité. Qui faut-il féliciter? M. Hédin, Alençon, ou M. Ballue,le grand juge, le Cabanel de l’architecture? Félicitons tout le monde, et n’en parlons plus.

L’architecture, si rabaissée par notre civilisation courante, est un plus grand art qu’’on ne croit. Elle contient plus que toutes les réalités, on y rencontre les rêves les plus magnifiques, humainement réalisables! Combien de promeneurs ont dû s’arrêter, ainsi que nous, devant cet Intérieur d'unpalais au seizième siècle! C’est merveilleux, et c’est possible. Le rêveur de ce rêve, traduit en une éblouissante aquarelle, estle réaliste qui a réalisé les casernes de la Cité, M. Calliat.

Quelle finesse et quel charme en ce vase destiné par M. Devienne au foyer de l’Opéra ! Et ne vous plaît-il point, tant multiples et encyclopédiques sont nos modernes préoccupations, de voir tout auprès ce Projet d'une usine pour la préparation des bœufs conservés à l'usage des armées de terre et de mei\ par M. Gremailly ? Toutes les sciences ont rendez-vous en cette affaire. L’auteur a pourvu, ce semble, aux exigences de toutes, et plus qu’aucun autre son projet nous confirme cette vérité, si neuve encore quoique éternelle, ainsi formulée par l’éminent artiste et

écrivain d’art, Ernest Bosc. « Il est de plus en plus « évident qu’on ne peut séparer entièrement la science « et l’art, et faire une architecture scientifique et une « architecture artistique (1). »

Bien plus que ce projet d’usine nous séduit une très-belle Étude de la façade d'une gare de voyageurs à la tête d'une grande ligne. Auteur : M. Formigé, un médaillé de la veille. C’est un peu assyro-grécoromain, et pourtant c’est très-moderne. Ça vous a de l’élan, ça sent l’avenir. On dirait une porte ouverte sur cet Eldorado : les Etats-Unis d’Europe.

Bien plus encore nous eût séduit un autre projet dont l’idée paraît bien lente à monter au cerveau de nos jeunes maîtres. Je songe, car je ne suis pas architecte, je songe qu’après tant et tant d’églises restaurées ou bâties, après tant de castels replâtrés, après tant de prisons édifiées, il serait temps peut-être de trouver à la foi moderne son culte, à la Révolution sa forme artistique. Et sans plus de phrases, voilà, si j’étais tout-puissant ou tout riche, un projet que je mettrais au concours.

Un édifice qui serait en quelque sorte le Forum couvert de nos climats et de notre civilisation. On y trouverait réunies une salle de vote, une salle de réunions publiques, une ou plusieurs salles de conférences, une bibliothèque populaire, une salle de concerts, et pourquoi pas ? des écoles. Au centre un vaste promenoir planté d’arbres où les orphéons et les fanfares se feraient entendre durant la saison clémente. Je voudrais que la salle de vote eût des airs de temple, et je ne me fâcherais pas si la salle de réunion publique jouait un peu à l’Académie.

(1) Dictionnaire d' Architecture, chez Firmin Didot.

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Et puis, à, décorer cet édifice je convierais peintres et sculpteurs. Les sujets ne leur manqueraient pas. Songez-y donc ! toute l’épopée humaine, toute l'histoire des grands peuples et des grands hommes, toutes les merveilles de la géographie, toutes les leçons du passé, toutes les visions de l’avenir ! Que dites-vous de mon bâtiment? Coûterait-il donc si cher que pas une ville de France ou pas un arrondissement de Paris ne pût en aborder la dépense? On avait au moyen âge le Parloir aux bourgeois. Nous aurions, nous, le Parloir aux citoyens.

Au fait, quoique ni puissant ni riche, j’ai donné déjà un Prix du Salon. Pourquoi ne mettrais-je pas mon projet au concours? Je l’y mets.

Et je passe aux Aquarelles.

Une œuvre merveilleuse n’a cessé d’attirer la foule dans leur galerie, d’ordinaire si déserte. Ij' Apparition de Gustave Moreau a remporté un des plus beaux triomphes qui se soient vus depuis longtemps. Triomphe juste et on ne peut plus consolant, car il dénote chez notre publie parisien une compréhension remarquabie de l’art, sous sa forme la plus savante et la plus idéale.

Deux fois Salomé a visité les songes et inspiré l’étrange talent de M. Gustave Moreau. Au Salon de peinture, il nous la montre dansant devant le vieil Hérode, plus somptueusement et richement ornée qu’une idole indienne, dans le plus féérique des palais qu’ait jamais rêvés la plus orientale des imaginations. Cinquante pages suffiraient peut-être à qui voudrait suivre et retracer, détail par détail, l’immense et presque surhumain travail de ce peintre vraiment unique. Travail qui n’a rien de commun avec l’histoire, c’est évident. Gustave Moreau n’est pas un peintre d’his-

toire, c’est un poëte des Mille et une nuits, un enivré, un voyant, un bouddhiste, un évocateur, un magicien. Et c’est aussi un érudit, d’une science profonde et sûre. Ame supérieure, il a vu d’en haut la synthèse des grandes traditions grecques et asiatiques, le sens intime et unique des mythes primitifs. Il nous l’a bien prouvé, dans son tableau A' Hercule. Ce héros magnifique et radieux comme l’astre du jour, avec lequel il se confondit dans l’adoration des premiers âges historiques delà Grèce, s’avançant pour combattre l’hydre énorme qui surgit, menaçante, du marécage où pourrissent en un horrible fouillis les mille etmille cadavres de ses victimes; ce dieu d’intelligence et de lumière, à en juger par sa figure et ses attributs, n’est autre que le génie même de la civilisation, fille du soleil, en lutte ouverte contre le chaos du monde préhistorique.

Entre la Salomé et V Apparition, un drame s’est accompli. La Salomé du tableau danse pour obtenir la tête du prédicateur saint Jean-Baptiste qui l’a vertement qualifiée. La Salomé de l’aquarelle danse pour payer au tétrarque le prix convenu de la vengeance réalisée. Ainsi qu’il se passe dans la danse des aimées, les riches vêtements ont peu à peu disparu, Salomé n’est plus vêtue que de pierreries étincelantes. Mais, voilà qu’au milieu de son tournoiement extatique, la houri s’arrête. Au-dessus du bourreau impassible et fatal, une apparition se dresse, une vision suspendue, la tête du martyr, pâle, sévère, sublime. Il en pleut du sang. Mais à quoi bon décrire plus longuement cette aquarelle que tous ont si longuement admirée ? C’est un prodige. Le seizième siècle a eu Albert Durer , le dixneuvième a Gustave Moreau.

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Après lui, nous avons quelques noms à citer : Harpignies, d’abord : L Heure de la bécasse eiLa Plage d Hérisson {h\Y\Qv)^ àexxx très-belles aquarelles d’un eifet large et puissant, où l’on retrouve le peintre si original de la Prairie du Bourbonnais. Puis Valerio, le maître aquarelliste, dont la Paysanne italienne est d’un goût si pur. M"*® Madeleine Lemaire, dont les Jleurs font prime, a envoyé une bien délicieuse corbeille de Giroflées et, dans un joli vase, un bouquet de Grenades et Crysanth'emes., d’un éclat inouï. Voilà des fleurs que l’on ne trouve point au Marché de M. Firmin Girard ! M. Pio Jorris a exposé une de ses scènes de la vie romaine, très-brillante comme toujours, un peu criarde toutefois , mais fort justement récompensée d’une mention honorable. M. Léwis Brown ne s’est jamais montré coloriste plus spirituel que dans le Meeting et Y Épisode d'une chasse à courre. Un italien, M. Filosa, élève de M. Heilbuth, prussien, a montré dans un sous-bois : Les premiers jours de printemps.^ de très-appréciables qualités ; nous lui souhaitons un peu plus de nuance et de discrétion. N’oublions pas un Crépuscule et un Sous- bois très-fins de M. Le Bas ; un éventail très-amusant de M. Charles Détaillé, un jeune garçon de quinze à seize ans, élève prodige de son frère, M. Détaillé ; un Intérieur d'un bois de hêtres., très-fin et ressemblant à un César de Cock, deM. Dartein; des vaches que l’on embarque sur le quai de Saint-Malo, de Beaurepaire ; et enfin une chose jolie et délicate, d’une piquante couleur locale, un Souvenir de Hyde-Park à Londres, de M. Jean-Maxime Claude; et le Portrait de Mme*** de M. Lionel Royer, ce jeune coloriste que nous avons tant remarqué aux Aquarelles de 1875.

En tête des Dessins, il nous faut signaler cette admirable illustration de X Imitation do Jésus-Christ^ de M. J. -P. Laurens, à laquelle nous avons fait allusion déjà. Ceci est du grand art. Mais que M. Laurens nous permette une observation. Il j a plus de drame que de mysticisme dans son talent, et nous voudrions voir les artistes tels que lui se donner enfin, tout cœur et toute âme, à l’idée moderne au lieu d’essayer l’impossible galvanisation d’un art catholique justement mort, mort, mort. Leur gloire s’en trouvera bien, et aussi leur conscience de citoyens, car ils en ont une, c’est sûr. Ils créeront de plus belles œuvres et ils cesseront de prêter quelque apparence de respectabilité aux Alacoquineries de MM. Broglie, Buffet, et consorts.

A Auteuil et les Bords de la Seine près du Point-du- Jour sont deux très-beaux fusains de M“® la vicomtesse de Chezelles, élève de Lalanne* Dessin fort et puissant, grande imagination, vastes aspects. Et c’est avec joie que nous en disons tout autant, si ce n’est plus, du Flottage si remarquable, de M. Lhermitte.

Les Allongé de cette année sont superbes , et M. Lançon a déployé dans ses Paysages du Jura et ses Lions, tig?^es, ours, singes, toute la vigueur et tout l’entrain de sa manière, un peu brusque parfois.

La Gravure au burin compte bien des talents plus remarquables que celui de M. Biot, médaillé de première classe. Son Triomphe de Galatée n’est qu’une gravure de très-bon métier, mais d’un dessin rond et fadasse, qui ne rend nullement l’ampleur de la si célèbre peinture de la Farnésine.

M. Jacquet a fait de la Jeunesse de M. Chapu une blonde et jolie gravure, dans le caractère du modèle.

Le Crépuscule, d’après Michel-Ange, est une gra-

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vure au burin, très - précieusement exécutée par M. Gaillard. Le travail est fin, délicat, d’un heureux modelé, rendant les brillants du marbre, mais perdant le caractère dans le détail.

Un nom domine aux Aquarelles, Gustave Moreau Un autre aux Dessins, J.-PaulLaurens. Al’Eau-forte, ai-je besoin de l’écrire ? c’est Flameng. lia pris et gardé la préséance en cet art merveilleux qui lui doit tant, car il a, nous nous en souvenons bien, ressuscité pourainsi dire etrestauré l’eau-forte enFrance. Comme on va droit à V Apparition, tout droit l’on va aux Syndics et à la Leçon d'anatomie, d’après Rembrandt, deux œuvres bien connues déjà, partout répandues, et qui ne sont venues chercher au Salon que la consécration en quelque sorte officielle d’un retentissant et universel succès. Ce n’est pas à Flameng que l’on pourrait reprocher d’avoir affadi son puissant original. Rembrandt, on le sait, appartient à Flameng en exclusive et légitime propriété. Flameng est son interprète unique, et plus encore, son confident. Ce que nous avons dit du bas-relief &'Ophelia se peut appliquer à la Leçon d'anatomie et aux Syndics. C’est plus qu’une traduction, c’est une équivalence. Souvent annoncées, longtemps attendues, ces deux magiques eaux-fortes définissent pour ainsi dire et solennisent l’incontestable maîtrise de Léopold Flameng.

L’eau-forte, du reste, demeure en bonne voie.

Le Portrait deM'^^ la comtesse de Barck, de Régnault a inspiré à M. Waltner une eau-forte très-spirituelle, très-enlevée, trop spirituelle même, jusqu’à manquer des oppositions indispensables.

On ne rendra jamais mieux Corot que ne l’a fait M. Chauvel. C’est une identité. L’exécution est libre et savante, le ton exquis, la souplesse extraordinaire.

On peut qualifier chef-d’œuvre le Corot de M. Chauvel.

M. Boilvin, dans ses Illustrations pour Bovary^ nous montre une pointe très-spirituelle au service d’une imagination très-vive. M. Boilvin est un graveur d’avenir que l’on a mentionné. On aurait tout aussi bien fait de le médailler.

Si Corot a M. Chauvel, Turner, le magicien Turner, a pour fidèle traducteur M. Brunet-Debaines. Voyez plutôt ces deux superbes eaux-fortes, si lumineuses : les Approches de Venise et le Port de Ruysdaël.

Le succès de la délicieuse illustration du Voyage sentimental de Sterne^ par M. E. Hedouin, a été aussi vif au Salon qu’il le fut en librairie, auxétrennes dernières. Ce Voyage sentimental est une des perles du riche écrin Jouaust.

PourlaLibraire des bibliophiles aussi, probablement, cette illustration de la Chronique de Charles IX, en douze eaux-fortes d’Edmond Morin. Exécution brillante et spirituelle comme toujours. Incisive, froide, mordante, sceptique, habile est l’illustration, comme le texte .

La Vue de Harfleur restera une des plus jolies eauxfortes de M. Belaunay. Ruth et Booz et la Mort de Jacob, d après Bida, ont ajouté une brillante page à l’œuvre déjà si fournie de M. Laguillermie, ce travailleur toujours en progrès, dont le Portrait de est une des toiles les plus charmantes et les plus ensoleillées du salon de Peinture.

Gilbert, avec son talent si preste et si varié, nous a donne 1 expression la plus exacte de ces deux œuvres, si différentes : les Lutteurs, de Palguière, et le Portrait de H.,., d’Henner. Cela 'tient de la prestidigitation.

Citons encore M. Monziès, dont la pointe libre et

souple nous promet un maître aqua-fortiste. Le Rat, dont les eaux-fortes sont d’un si joli premier état, Courtry, Lalauze, Lurat, Mongin, Lepic.

Et venons à la gravure sur bois. Là le maître est Pannemaker. La Baigneuse, d’après Perrault, est un tour de force, en vérité. Les chairs sont tendres, le modelé admirable. M. Pannemaker est arrivé à produire l’illusion de la gravure au burin, avec plus de couleur et de souplesse. Il a tiré du bois tout ce qu’on en peut tirer. On n’ira pas plus loin.

Le Passage de la Ligne, aussi, d’après Grégory, et la Décoration du Sérapis, d’après Small, par M. Froment, sont d’une verve étourdissante. Voilà ce qu’on peut appeler de la gravure sur bois intelligente, car elle a jusqu’au gras de l’eau-forte.

Citons encore MM. Néaulle, Léveillé, jLangeval, L api ante.

Et faisons de mélancoliques adieux à la Lithographie, cet art charmant qui s"en va, 'on ne sait pourquoi. Il a un maître cependant, Emile Vernier, l’original et vigoureux artiste, dont les marines ont eu quelque'succès à la Peinture, et après Vernier, il a Bellangé et Jules Laurens. S’il s’en va, espérons qu’il reviendra.

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