‹ Voyage au pays des peintres: Salon de 1876Chapitre 10 sur 20 · VOTA^K · texte numérisé non relu

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€68 mélopées nègres si curieuses, d*uii rhjthme primitif et tendre, d'une monotonie puissante où la race en tant de lieux maudite cadence sa plainte et note sa souffrance.

Laissez TOrient à Guillaumet. Il lui appartient aussi, à celui-là, par droit de très*légitime conquête. Son Bivouac de chameliers^ une des belles toiles du précédent Salon, a pour digne suite le Labour en Algérie.

Dans un grand paysage africain, aux lignes nettes et sévères, un Arabe pousse la charrue. Il a sur la tête une sorte de mouchoir, sur le corps une manière de blouse nouée à la ceinture. Ses jambes nues traînent la babouche. Une de ses mains tient distraitement une gaule inoâensiye,rautre fait peser tout le poids du corps indolent sur le manche de la charrue.

Gellerci, toute petite, a pour attelage, non des chevaux arabes, virtuoses de la course et de la guerre, mais deux superbes chameaux caparaçonnés d'un filet à pompons multicolores qui lèvent au bout de leurs longs cous leurs longs mufles débonnaires, comme pour mieux allonger leur profil énorme sur l'horizon. On dirait deux géants attelés par gageure à un chariot d'enfant. Us rêvent, homme et bêtes. La nature rêve aussi, discrètement caressée par les pourpres rayons du soleil couchant. Il y a dans la majesté poétique de ce paysage, éclairé par cette belle lumière d'Orient dont M. Guillaumet possède tous les secrets, il y a dans la gravité comique de cette scène agricole vingt fois plus de couleur locale que dans toutes vos potiches, monsieur Gérome.

Laissez TOrient à M. Clairin. Il y a dans le nom de ce jeune artiste comme un heureux augure que

ravenlr justifiera. C'est une œuvre excellente que son Entrée dun shériff marocain à la mosquée. La manière de Regnault, très-visible chez Benjamin Constant, ne Test pas moins chez Clairin. Mais outre que Ton peut avoir de moins brillants précurseurs, il y a dans cette toile un entrain, un éclat, un mouvement qui dénotent chez Fauteur un talent très-personnel.

Aussi applaudissons-nous de bon cœur à la mention honorable que lui a value son Portrait de Mlle Sarah Bemkardt. Il Isi représente vêtue d'un long peignoir blanc^ à demi couchée sur un divan, dans un exotique et resplendissant boudoir, sans autre compagnie que son grand chien danois, somnolent à ses pieds. Il a saisi cette merveilleuse intelligence, telle qu'elle apparaît dans la vie quotidienne, telle que tout un chacun la peut voir dans sa plus récente et plus belle création : V Etrangère.

Si les accessoires encombrent un peu trop la scène, c'est le rôle sans doute qui l'a voulu. Mais la physionomie de l'artiste se dégage bien, mystérieuse et un peu fatale. M. Clairin n'a peut-être oublié dans la décoration du somptueux retrait qu'une effigie, à la mode parisienne, de la déesse Siva.

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