MORTS
Il est évident que tout lecteur s'arrête là. Est-ce que de nouvelles complications seraient survenues à Cuba? On lit : c'esl une réclame de marchands de vins! Entre les lignes tiro-l'onl sont intercalés, on caractères microscopiques, Les mots du Puff-Boniment :
Déclaration i»k (jn.Kiu: « ums me» concurrente Ce i Lutte a
uondebon marc) nova. Dan» tout um Kiai-Ims d'Ameiuqik.
tnaron» la fabric [m >•,',<* par l'EBPAam.
Aujo\ rancira combat. V me de 40,000 barrique»; Us moins
■jasai", rue 14* , n» 3.
Je souriais... Tout à coup jo pâlis!... Les premières lignes d'un article, sur lequel j'avais vaguement d'abord jeté Les yeux, m'avaient frappé...
Le journaliste disait :
« Nos lecteurs se souviennent sans doute du récit « que nous fîmes ici, il y a quelques mois, à propos « d'un incendie qui s'était déclaré dans un des puits « de pétrole de Oil-City, et qui fut la cause de la mort (( d'un grand nombre de personnes. Le reporter que « nous avions envoyé sur les lieux, afin de rendre un (( compte détaillé du sinistre, avait fait la connaissance « d'un jeune Français, compagnon de l'auteur de l'ac- « cident, et nous avons dit alors à quels singuliers pro- « jets était lié ce jeune homme, ingénieur fort distink gué, quelle singulière situation il occupait auprès « du spéculateur qui l'avait amené là, et qui, ardent « partisan du magnétisme, avait espéré utiliser, pour « la découverte de nouveaux puits, la double vue dont il « supposait son compagnon gratifié. Aucune de nos sen- « sibles lectrices n'a certainement oublié l'histoire de « ce jeune homme, qui avait fui la France dans un « accès de désespoir, à la suite d'une condamnation « infligée à la mère de sa femme, pour tentative d'em- « poisonnement sur son mari.
« Notre récit a passé les mers, et a été très-lu en « Europe, et heureusement en France. On ignorait ce « qu'était devenu le jeune homme et l'on croyait à un « suicide, malheur d'autant plus déplorable que la cause « qui l'avait sans doute poussé à cet acte de désespoir « n'existait plus. La dame condamnée l'avait été, en « effet, à la suite d'une de ces erreurs judiciaires, fort « rares heureusement, mais qui néanmoins se présence tent de temps en temps. La véritable coupable, une « domestique de la victime, parait-il, frappée tout à
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<( coup par la Providence d'une maladie mortelle, avait « avoué son crime ; le procès avait été revisé', et cette « famille, si cruellement frappée, ne pouvait recevoir de « consolation entière, puisqu'un de ses membres avait « disparu. L 'art Lcle de notre journal a rendu l'espérance « à ces gens si éprouvés. Ils ne doutent pas qu'ils ne (( parviennent à retrouver les traces du fugitif. Ils ont « accouru en Amérique, et nous avons eu le plaisir de K recevoir, dans nos bureaux, l'épouse elle-même de cet « infortuné, qui venait nous remercier de notre récit et « nous demander quelques renseignements. Si quelce qu'un df nos lecteurs avait quelques indices à nous « donner, nous les transmettrions aussitôt à cette jeune et malheureuse femme, et nous les assurons de notre « profonde reconnaissance. »
Lejournal me tomba des mains... Jepoussai un cri... Un autre cri y répondit : la porte s'était ouverte brusquement.
J'étais dans les bras de Marie !...
Il serait certainement peu intéressant pour le lecteur que j'entrasse dans le détail des émotions toutes personnelles (pic ma rentrée dans la vie de tous, pour ainsi dire nie lit éprouver. Je ne veux dire ni nos longues conversations d'époux redevenus amants, ni nos doux reproches, ni nos repentirs, ni nos pardons ; je ne veux point parler de nés mélancoliques songeries à deux sur la tombe de miss Eva : de notre voyage, de notre pèlerinage, devrais-je dire, an pays du pétrole, ni de nos courses à t ravers cet admirable pays, — courses bénies, qu'en Amérique, paj soù personne ne s'occupe des autres, nous finies, avec ma Marie, La main dans la main, le regard cherchant le regard, les lèvres tendues dans un
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éternel enivrement d'amour; — je veux conclure en disant :
Si vous vous êtes intéressé quelque peu à moi personnellement, 'je suis heureux autant qu'il est donné à l'homme de l'être ici-bas, car j'ai retrouvé fortune, amour, position sociale, estime des autres et de moimême.
Si de mes aventures et de mon voyage, vous désirez que je tire une leçon, le 0 mutos deloi oti d'Ésope, la Morale que nos pères plaçaient à la conclusion de leurs contes, je serai assez modeste pour simplement copier les lignes suivantes de mistress Trollope, une ennemie des républiques et des républicains, et que je relisais avec un sentiment mélangé d'envie et d'espoir en rentrant dans notre France républicaine :
« Je n'aime pas Je gouvernement des États-Unis; « j'abhorre toute république ; mais que ce gouvernement « plaise aux Américains, c'est ce dont il est impossible « de douter, et cela est beaucoup plus important que de « plaire à de vieilles et aristocratiques voyageuses. Je a suis arrivée en Amérique par la Nouvelle-Orléans; « j'ai passé plus de deux ans à l'ouest des Alleghanys, et «j'ai passé une autre année dans les villes atlantiques et « leurs environs. Pendant tout ce temps, j'ai conversé « avec des citoyens de toutes les classes et de tous les « rangs, et je n'en ai jamais entendu un seul prononcer « un mot contre le gouvernement. Il n'est donc pas « étonnant que, lorsque le peuple de ce pays entend des « étrangers révoquer en doute la sagesse de ses insti- « tutions, il l'attribue soità une incapacité de jugement « soitàun sentiment pervers d'envieet de malveillance.
« — Comment une personne de bon sens peut-elle « douter de l'excellence d'un gouvernement que nous « avons essayé depuis un siècle, et que nous aimons
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« davantage à mesure que nous le connaissons mieux?» Malgré l'assassinat de Lincoln, le président-martyr, L'homme de bien qui abolit les derniers vestiges de L'esclavage, malgré même Le meurtre stupide du dernier président, le général Garfield, je ne puis mVmpêcher d'être de l'avis des Américains : Vive la République des États-Unis.