‹ Voyage au ZambéseChapitre 19 sur 55 · ANNEXE · texte numérisé non relu

ANNEXE

Une visite à la barre du Zambèse (*).

Nous sortons de Quilimane le 16 octobre 1879, vers les 11 heures du matin, sur le vapeur l’Auxiliar, et après avoir navigué tout le jour et durant une partie de la nuit, nous passons devant l'embouchure du Muzeto ou barre Catharina, à unedistance en pleine mer de 6 à 7 milles. En ce moment, et dans toute l'étendue du delta du Zambèse, la côte se présente comme un cordon de terres basses, verdoyantes et couvertes d'arbres. Nous continuons notre navigation suivant une direction O.-S.-O. et vers une heure de l’aprèsmidi, nous mouillons en vue de l’embouchure du Luabo d’Oeste, attendant la marée haute pour entrer dans cette rivière. La côte n’est pas découverte dans une direction E.-0., mais elle est battue par le vent du Sud qui est le plus fréquent,

À 5 heures du soir, la marée haute commençant, nous levons l’ancre et nous nous dirigeons vers l'entrée de la barre, en suivant la marche indiquée par la carte de Skead (1861) ; nous y rencontrons beaucoup de brisants et, à cause du vent du Sud quisouffle, nous ne pouvons envoyer un escaler, faire les sondages nécessaires pour indiquer le chenal que nous devons suivre. Trois fois nous avancons jusqu'aux brisants, mais chaque fois il nous faut retourner sur nos pas ; la sonde ne marquant que deux

() Relation du voyage fait en 1879 par M. Païva d'Andrada et Moraes Sarmento

brasses de profondeur, il n’aurait pas été prudent d’avancer plus loin. La première fois nous suivions, pour entrer dans la rivière, la direction indiquée par la carte, mais il | y avait tellement peu d’eau que nous dûmes reculer ; les autres fois, variant notre route, 1l en fut de même et nous dûmes renoncer à entrer avec la marée actuelle. Peut-être le lendemain aurions-nous réussi si nous avions pu faire souder, chercher le canal navigable et profiter du vent de terre avec lequel la poussée sur les brisants est moindre ; mais l’Auxiliar ayant un service important à remplir au moment de l’arrivée du packett du Nord, il nous était impossible de rester le temps nécessaire pour faire les sondages. Nous allons chercher un refuge dans la barre de Nhamissengo ; nous y arrivons le jour suivant vers les 6 heures du matin. Elle est située par 18°52'50" de lat. Sud et 45°19/40" de longitude Esi du méridien de Lisbonne.

Le minimum de la hauteur d’eau rencontré dans le chenal de cette barre, a été de deux brasses et demie en haute marée d’eau vive. Le port est suffisamment vaste, a un excellent fond et se trouve protégé des vents du Sud, par la pointe de l’île de Nhamissengo.

On peut s'approcher à environ trois milles du port, puis marcher au Nord magnétique vers la pointe de Paus Secco qui forme l’extrémité nord de la barre; de là, on vient à environ cent brasses de distance de la terre en suivant une route N.-O. magnétique ; le fond est bon jusqu’à très près de la rive droite, où l’on rencontre dix brasses et plus de profondeur d’eau.

Comme on le voit, le port est de facile entrée pour les navires de petites dimensions, mais pour qu'elle le soit encore plus, il est nécessaire de placer deux bouées, l’une au point que les navires doivent éviter près la pointe des Paus Secco et l’autre tout contre le bas-fond qui existe au passage de la barre ; de plus, il faudrait établir à la pointe

de Paus Secco deux balises de bois qui marqueraient la démarcation rigoureuse du chemin à suivre pour pénétrer. L'entrée de la barre est aujourd’hui un peu différente de ce qu’elle est indiquée sur la carte de M. Augusto Castilho (1873) ; le canal s’écarte un peu plus au Sud.

. Nous débarquons à l’île de Nhamissengo, à la pointe. où se trouve établie la factorerie de la maison hollandaise de cette ville. Dans la cour de cet établissement, un mât, qu'on aperçoit malgré ses mesquines dimensions, sert pour la reconnaissance de la barre aux navires qui se dirigent vers ce lieu. Il serait pourtant plus convenable de construire un piédestal avec un grand mât au sommet duquel on placerait le drapeau portugais ; ce qui prêterait aide à la navigation.

Depuis la rivière Luabo d’Oeste jusqu’à la rivière Nhamhombé, le territoire comprend Melambe et les îles Nhanussengo, Nhamguri, Monguni, Timbué, Doto, Nhacatina et Nhacumbé qui sont actuellement désertes à cause des excursions que les Landins y font depuis quelques années.

Nous séjournons le reste de la journée dans l’île de Nhamissengo, ce qui nous donne l’occasion de la parcourir; son territoire est en général assez plat et coupé par un grand nombre de petits ruisseaux dont les principaux portent la dénomination de Mokoro dos Macacos ou petits ruisseaux des singes ; ils communiquent avec la rivière Mélambe au moment des marées.

D’après les informations que nous prenons, il paraït qu'il n'existe aucune communication entre la rivière Mélambe et la rivière Luabo d’Oeste ; elles semblent être complètement indépendantes du Zambèse. Le peu de temps que nous avons à consacrer à notre exploration eb les faibles ressources dont nous disposons, ne nous permettent pas d’aller par voie de terre visiter le Luabo d'Oeste, étudier sa barre et examiner s’il serait possible de créer un canal reliant cette rivière avec le Mélambe,

Des capitaines de navire, qui fréquentent Nhamissengo depuis de longues années, nous affirment que les barres Muzelo, Luabo d’Oeste et Mélambe sont d’un accès beaucoup plus difficile que celle de Nhamissengo : qu’elles sont toutes à fond de sable et par conséquent sujettes à de fréquentes altérations dans leurs chenaux quise déplacent et se trouvent actuellement différents de ce que les cartes indiquent.

Le 19, vers les six heures du matin, nous nous embarquons en almandias et suivons la rivière de Nhamissengo jusqu’à sa source. Elle se dirige d’abord au Nord, puis au N.-N.-E.; elle est suffisamment profonde et large, ses rives sont basses et couvertes de nombreux arbres, principalement vers Mocandara. Ges arbres connus sous le nom cafre de pelos-pelos sont employés à Quilimane et dans toute la Zambésie pour la construction des maisons ; débités en planches, ils sont utilisés pour les embarcations.

À 5 heures du soir, nous entrons dans la rivière Mérandène en laissant à notre gauche l’Nhamissengo. Près de là se trouve la source de la rivière Matinde qui, à une très petite distance, va se jeter dans le Zambèse.

Le Mérandène se dirige approximativement de l’Ouest à l'Est; il est plus étroit que l’'Nhamissengo, mais contient plus d’eau, les grandes embarcations peuvent y naviguer. Nous marchons jusqu'à 7 heures et passons la nuit dans une petite île, située juste au point où la rivière Mérandène se réunit au Zambèse. La distance parcourue de la barre de Nhamissengo à l’île actuelle est d'environ 30 kilomètres.

Le 20 octobre, à heures du matin, nous nous embarquons pour traverser le fleuve qui mesure de 3 à 4 kilomètres de largeur en cet endroit et suivons la rive gauche jusqu’à l'embouchure de la rivière Baône dans laquelle nous entrons à 7 heures. À 8 heures 20 minutes, nous passons sur la rivière Maria qui sépare les terres de Doto de

l’île Nhacatina, et nous la descendons à la faveur de la marée ; aussi large que le Mérandène, cette rivière Maria est complètement dépourvue de plantes aquatiques, fait de nombreux méandres et a une grande profondeur d’eau. Nous naviguons sur cette rivière jusqu’à 9 heures 15 minutes du soir, et entrons alors dans la rivière Nhamhombé qui va se jeter dans la mer au, nord de la barre Muzeto. Nous débarquons sur la rive gauche à 5 heures 50 minutes du soir, près d’une povoacao nommée Badone où nous quittons les almandias pour suivre le chemin de terre en machilla.

Au delà de la rivière Maria est une autre rivière à proximité de la barre Muzeto, en face de l’île Timbué, cette rivière, nommée Chindé, communique également au Zambèse par la rivière Nhamhombé ; elle est, comme la Maria, navigable par les grandes embarcations, à toutes les ma- Fées

La rivière Nhamhombé sépare au Nord et au N.-E. les prazos Luabo et Mahindo ; elle a son embouchure près de Maruro. On la considère comme faisant partie du Zambèse pendant la saison des pluies et comme un bras de mer pendant l'été.

À la basse marée, l'embouchure de la rivière Maria est à environ 6 kilomètres de celle du Nhamhombé; sur la rive gauche, près de cette dernière rivière, coule un petit ruisseau nommé Dérémoané, qui est tributaire de la rivière Nhaniara. Ge mokoro, qui commence à environ 10 kilomètres de la barre, n’est navigable, pour les petites embarcations, qu'au moment des grandes marées, et son lit est complètement obstrué par les roseaux et les plantes aquatiques. Nous évaluons à 27°,500 la distance parcourue depuis le point où la rivière Mérandène se jette dans le Zambèse et la povoacao Badone où nous avons débarqué

etpar conséquent à 57*,5, celle parcourue depuis la barre de Nhamissengo.

Tout le territoire compris entre la rivière Luabo d’Oeste et la rivière Nhamhombé est aujourd’hui complètement privé d'habitants. La cause de l'abandon dans lequel se trouve ce territoire, C’est qu’on a coupé les rivières et les ruisseaux navigables pour les grandes embarcations et qui permettaient d’irriguer en profitant des marées ; celles-ci refoulaient l’eau douce qu’on faisait entrer à volonté dans de petits canaux qui la distribuaient dans les terres. Bien des personnes disent qu'autrefois l’île était propre à la culture de la canne à sucre, tandis qu’aujourd’hui elle y est négligée et croît au hasard.

Dans le mémoire relatif à la défense de la vallée du Zambèse que nous avons envoyé à la direction supérieure, nous avons proposé laconstruction de deux fortins à la barre de ce fleuve, avec la mission de protéger les territoires circonvoisins et de défendre l’entrée du Zambèse. A ce moment, nous ne déterminions pas les points où ces ouvrages devaient être établis, faute d’éléments précis ; aujourd’hui que nous parcourons le territoire et avons l’occasion de visiter les lieux où cela peut se faire, nous sommes d'avis qu'il faut en bâtir un sur la rive gauche de la rivière Luabo d’'Oeste dans le but d’arrêter le passage des Landins ou autres, qui vont piller l’île de Nhamissengo ; il deviendrait un point central d’où l’on pourrait facilement aller au secours des endroits menacés. On obtiendrait ainsi une complète süreté dans les communications et une protection efficace pour la culture et l’industrie coloniales que nous verrons bientôt, il faut l’espérer, s'établir dans ce pays. |

À 6 heures 30 minutes du soir, nous poursuivons notre chemin par terre, en machilla, et venons traverser les rivières Nhamiara, Nhamhôma et Mahindo ; nous atteignons le lendemain à 10 heures du matin le loan de MM. Correia et Carvalho sur la rive droite de la rivière Lindé, au bord de laquelle ces Portugais ont créé une importante culture de

coton indigène. Nous évaluons le chemin parcouru depuis la rive gauche de l’'Nhamhombé jusqu’au loan, à environ 55 kilomètres.

Au nord de:la rivière Nhamhombé et jusqu’à la rivière Lindé, se rencontrent les rivières Nhamiara, Nhamhôma et Mahindo, lesquelles sont unies entre elles par les petits ruisseaux Dérémoané, Nhamhonna, Zundé et Nhangoma.

Le mokoro Dérémoané s'arrête à environ 10 kilomètres de l'embouchure du Nhamhombé, parcourt 5 kilomètres et demi, et va se jeter dans la rivière Nhamiara à D kilomètres au-dessus de son embouchure.

Le mokoro Nhamhonna est fermé vers le Sud par un banc de sable qui se prolonge vers la mer ; il a trois kilo- mètres de long.

Le mokoro Zundé, à 10,500 mètres au-dessus de l’embouchure de la rivière Nhamhôma, parcourt 30 kilomètres ; il va se jeter dans le Mahindo à 9 kilomètres de son embouchure.

Enfin, le mokoro Nhangôma, à 15 kilomètres au-dessus de l'embouchure de la rivière Mahindo, va se jeter dans le Lindé, à 40 kilomètres au-dessus de son embouchure, après avoir parcouru 25 kilomètres.

Tous ces petits ruisseaux ou canaux sont actuellement obstrués par des plantes aquatiques qui ne permettent le passage, au moment des grandes marées, qu'aux petites embarcations.

Le territoire parcouru jusqu'à la rivière Lindé est très bas et argileux ; les habitants y cultivent principalement du riz et des arachides.

Le 22 octobre, nous nous embarquons à 5 heures du matin sur la rivière Lindé et à 7 heures 20 minutes nous descendons à terre près de l’embouchure de la rivière Matalune. Nous continuons alors à voyager en machilla et passons à 9 heures 5 minutes par la povoacao Nhamungué et à 1 heure 5 minutes de l’après-midi, nous sommes à

Nhassungue, sur la rive droite de la rivière de Quilimane que nous descendons en canot jusqu’au port. La distance parcourue entre le loan de Mahindo et Nhassungue est d'environ 40 kilomètres.

La rivière Lindé est assez large et tient beaucoup d’eau; c’est certainement de toutes les rivières qui vont jusqu’à la barre de Muzeto, celle dont l'embouchure offre l’entrée la plus facile aux grandes embarcations. Le Lindése divise en trois bras qui se relient à la rivière de Quilimane à Interre, Nhandoa et Cafuma. Le canal qui vient jusqu’à Interre, porte le nom de Barué ; celui qui passe à Cafuma en face de l’île de Cochichones se nomme Watalunde. Ces bras du Lindé communiquent à la rivière de Quilimane par le mokoro du Chica, qui descend jusqu’à la côte, après un développement de 25 kilomètres ; ce ruisseau n’est navigable que pendant les grandes marées ; il est complètement couvert par la végétation, ainsi que les rivières Barué et Matalunde. En 1862, les embarcations venant du Zambèse purent passer par tous ces canaux et arriver jusqu’à Cafuma ; maintenant ii serait absolument impossible de faire le même trajet et ce serait folie que de le tenter. Et cependant l'institution des antiques prazos est une conséquence des projets que l’on avait de maintenir ces ruisseaux navigables ; peu à peu les servitudes ont été négligées. Les emphytéotes étaient obligés de conserver dans un état satisfaisant les canaux et les chemins qui traversaient leurs domaines et le capitao-mor des rivières de Senna devait surveiller ce service. Jusqu'à une certaine époque, cette clause a été exactement observée ; mais le peu d'autorité qu'avait le fonctionnaire en fit oublier l’accomplissement et l’on ne forca plus les locataires à satisfaire à la condition stipulée dans leurs baux. De là résulta l’état actuel de toutes les rivières qui sillonnent le grand et fertile delta du Zambèse.

Aujourd’hui encore, on remarque que les colons des

différents prazos ne manifestent aucun refus à nettoyer les chemins quand on leur en donne l’ordre et cela sans qu'ils recoivent aucune rémunération pour ce travail. Il serait très facile d’obliger les fermiers, administrateurs ou emphytéotes à conserver propres les chemins et canaux; il en résulteraitune grande économie pour l’État sans que les colons fissent pour cela de grands sacrifices. Pourquoi ne pas employer ce moyen, puisqu'il y a peude temps il était encore en usage en Europe ? Nous pouvons résumer dans le tableau suivant les différents canaux ou rivières compris entre les rivières d'Nhamissengo et de Quilimane :

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