PAR TERRE MANUEL GALVAO DA SILVA EUIN
Ce ne fut que vers le milieu du mois d'août que je pus entreprendre le voyage de Manica, mission qui m'avait été confiée. Depuis deux mois je me trouvais arrêté dans la ville de Senna, d’abord par le mauvais temps qui ne permettait pas un voyage dans lequel j'avais à passer beaucoup de rivières enflées et rapides, ensuite par une pleurésie dont je fus atteint au commencement de juillet et à laquelle je faillis succomber. Cependant, à mesure que la saison s’avança je repris peu à peu des forces. À peine convalescent, je pris des Cafres pour me porter et, le 10 août au matin, je me mis en route pour la terre appelée Santa, propriété de la Couronne, où j'arrivai le quatrième jour. J’y restai neuf jours et j'engageai de nouveaux Cafres pour remplacer ceux qui m’avaient porté de Senna jusqu'ici.
Bien disposé, je continue mon chemin le 1° septembre ; je traverse la terre de Sungué, qui appartient aussi à la Couronne, et le quatrième jour je viens passer la nuit au bord de la rivière Muazi, surle territoire de Barui(note 1). Le lendemain matin, je me remets en route et je marche sans encombre jusqu’à 2 heures après midi ; j’aperçois alors deux Cafres manamucates, envoyés par Macombé, roi de Barui. Malgré la distance à laquelle je passe de sa résidence, ce mendiant me fait demander un cadeau suivant la coutume des voyageurs: je ne pus me sous-
traire à cet usage et je fis un présent au roi et à ses envoyés, moyennant quoi j'eus la liberté de continuer mon chemin. Je marche encore pendant plus de trois ‘heures et je passe au nord d’une rivière qui coule à environ une lieue de rio Xitora.
Le 6 septembre, je me lève de bonne heure ; à 11 heures du matin, je passe la rivière Znhazonha, difficile à franchir à gué, même en été, à cause de la rapidité de ses eaux et des pierres qui encombrent son lit. Une lieue plus loin, je rencontre d'autres manamucates qui font poser à terre les . bagages que portaient mes Cafres, pourattendre le Hambo (°) du pays, qui prétend avoir à me parler (note 2). Après une attente de plus d’une heure, je vois enfin apparaître le chef nègre et sa suite ; je dus subir un long discours qui se terminait par une demande de vêtements. Après avoir cédé à ses importunités, Je pensais pouvoir continuer mon chemin, quand il vint encore m'inviter à passer le reste de la journée et la nuitdans son village, où, disaitil, il me recevrait de bon cœur. Comme mes Cafres désiraient me voir accepter l’hospitalité du Mambo, craignant aussi quelques désordres si je refusais et voulant surtout éviter les obstacles que l’on pourrait mettre à mon voyage, je me décide à le suivre jusqu’à sa case. À mon arrivée chez lui, il fait donner une chèvre et du mil à mes Cafres, et me recoit si bien que je ne manque pas de le payer au centuple en lui remettant un vêtement, ainsi qu’à sa mucaranga (?). Le matin au point du jour, je vais prendre congé de mon hôte. Celui-ci me fait encore de beaux discours, auxquels je ne comprends rien, si ce n’est que je dois lui donner d’autres nipes et des verroteries. J'y consens pour obtenir que son frère me serve de guide jusqu'aux frontières de Manica et éviter ainsi de nouveaux embarras. Effectivement, accompagné de ce manamucate, j'arrivai
(1) Chef.
(5) La principale de ses femmes.
Albert Barbier, des.-aut. Nancy Lith. E. Munier, Nancy.
MINE DE CHARBON DANS LE LIT DU MOATIZÉ en amont du campement de Palira
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sans encombre jusqu’à la rivière Aruangua, qui sépare le pays de Barui de celui de Manica (°). :
Le royaume de Manica est une commanderie portugaise dont le commandant forme à lui seul toute la garnison aujourd'hui ; cependant ce passage a dû être mieux défendu autrefois, car on y voit encore deux pierriers du calibre de deux, montés sur fourches, et une autre de ces pièces non montée, COMME réserve.
Après m'être reposé un jour, je me mets en route le lendemain pour la Feira de Manica, faisant une partie du chemin à pied, et accompagné par un millier de nègres qui me suivent pendant plus d’une lieue me demandant à grands cris quelques verroteries. Vers le soir je m'arrèête sur le bord d’une rivière appelée Mavuzi (*). Après avoir enduré pendant la nuit les rigueurs du froid dû au serein et les importunités des Cafres d’un village voisin, j'arrive à la Feira le jour suivant, à 3 heures après midi.
La Feira de Manica, c’est-à-dire l’endroit occupé parles Portugais, a environ deux milles de circuit : deux rivières, le Revui et le Mucuromazi, et plusieurs ruisseaux en forment les limites. Une garnison de quinze hommes du pays, avec un capitaine et un lieutenant portugais, forment actuellement toute la garnison de la Feira. La forte-
(1) Aruangua.— L’Aruangua est une belle et large rivière, tantôt parsemée de rapides, tantôt régulière et facilement guéable. Elle vient du nord-ouest d’une chaîne de montagnes appelée la serra Nhangani d’où sort également vers le nord, l’Aruenha ou Luyéna, affluent du Zambèse, et va se jeter dans la mer dans la baie de Maca- Zani, qui reçoit aussi le rio Uréma. Elle paraît être dans la plupart des cartes, désignée sous le nom de rio Buzi au voisinage de son embouchure, bien qu’un autre fleuve portant ce nom de Buzi, se jette dans la mer un peu au sud de Sofala.
Le bassin dé l’Aruangua est séparé du bassin du Nhandoué par un vaste plateau où l’on rencontre de temps en temps quelques dômes granitiques isolés, s’élevant presque à pic comme des pains de sucre au milieu de la plaine. Les plus curieux de ces dômes sont : l'Nhamacongoué, le Sété et le mont P’handoa.
L’Aruangua recoit : 1e sur la rive gauche : Le Vundusi qui forme la limite entre les pays de Gorongoza et de Barué ; le Muasi; le Chitora ; le Nhasonha. Entre ces deux rivières se dresse la serra Humbe, Sur la rive droite du Nhasonha, se trouve la serra Manga. ,
20 Sur la rive droite : Le Condé, qui coule au pied des monts Mahoué-ma-Smique, reçoit lui-même le Garrura ; le Mavuzi, qui vient de la serrä Panga.
(?) On l'écrit souvent Mavouzi.
resse, pour l’entretien de laquelle on ne cesse de faire des dépenses, ne possède aucune disposition intérieure ou extérieure qui puisse justifier cette appellation. C’est un carré fait de pierres et de terre glaise et dont les murs sont couverts de paille ; chaque mauvais temps la démolit en partie, elle est toujours à refaire. Elle ne possède aucune pièce d'artillerie et n’est percée d'aucune meurtrière d’où l’on puisse tirer un coup de fusil ; c’est à peine sielle a dans quelque coin un mât en haut duquel on puisse arborer notre drapeau. La seule utilité de ce mur est d’entourer une petite église, construite également de pierres et de boue, et couverte de paille, qui sert de paroisse sous l’invocation de Notre-Dame du Rosaire. Bien que cette misérable fortification soit la seule que les Portugais possèdent aujourd'hui à Manica, on voit, non loin de la Feira, et dans une situation bien autrement avantageuse, les ruines de deux forteresses régulièrement construites, élevées sans doute par les premiers conquérants. Les Portugais, venus par Sofala, ont en effet traversé autrefois tout le royaume de Quiteve et découvert Manica où ils se fortifièrent. De là ils étendirent leurs conquêtes jusqu’à la Serra de Abutua; mais ils ne purent s’y maintenir à la suite des maladresses d’un commandant qui, à deux reprises différentes, molesta un des fils de Changamira. Ce roi nous déclara la guerre, et nous ayant vaincus et chassés, se proclama seul maître des territoires qui nous avaient appartenu (note 3).
C’est à partir de cette époque que Changamira, afin d'assurer la conservation de sa nouvelle conquête, nomma un Mambo, qui conserve le nom de Chicanga, pour gouverner Manica et empêcher toute révolution. Les Portugais expulsés, se trouvaient dépossédés de toutes les mines, principalement de celles d’Abutua, d’où ils tiraient leur meilleur profit. Dans cette extrémité, ils durent traiter avec Changamira qui leur céda une certaine étendue
de terres à Manica pour y fonder Feira et continuer à faire du commerce, moyennant un tribut (note 4), que le capitaine-major paie annuellement sur ses propres appointements et que l’on répartit entre Chicanga, les chefs de Manica et Changamira. En plus de cette pension annuelle, chacun de nos Cafres donne à Chicanga une pièce de coton valant ici vingt cruzades (*), sans compter ce qu'ils sont obligés de payer aux rois et chefs sur le territoire desquels ils font le commerce.
Bien que le territoire de Feira nous ait été cédé par Changamira en toute propriété, nos droits sont entamés de jour en jour: ce potentat n’a-t-il pas établi sur notre terrain une de ses femmes qui se dit princesse de Feira, et reçoit pour cela une pièce d’étoffe qui, petite au début, est exigée très grande aujourd'hui. C’est un nouveau tribut que doivent payer tous ceux qui entrent à Feira, quel que soit le commerce auquel ils veulent se livrer. Et ce n’est pas seulement dans cette localité et à Manica que les habitants de Senna, apportant les marchandises consommées dans le pays, sont exposés à ces vexations, mais encore sur les territoires de Quiteve et de Barui. Notre commerce consiste en quelques verroteries, blanches et bleues, en calaim ou étain, en manchillas, qui sont tissés à Senna, et toutes les toiles de coton, blanches ou de couleur, qui ont cours dans la majeure partie de l’Afrique orientale. Cependant les zuartes, et principalement les dotins, qui sont des pièces plus larges et d’une longueur de huit brasses, sont préférées dans tout Le pays de Manica, où les Cafres, habitués à voir un plus grand nombre d’étoffes, savent discerner la meilleure qualité; ce qui n’arrive pas pour Quiteve et les terres d’Embixe, appartenant à Barui, où les toiles de n'importe quelle espèce ont cours et augmentent de valeur à raison de l’éloignement de ces
(1) Monnaie portugaise,
localités, au point de valoir le double de ce qu’elles coûtent à Feira. En échange, nous tirons de l’or, de l’ivoire, des bêches de bonne trempe et plus estimées que celles des Maraves dont on fait usage à Tête et que celles amenées par les Mujaos à Mozambique, enfin du cuivre qui vient de Duma, à six jours de marche de Feira.
Mon premier soin, en arrivant de Feira de Manica, est de visiter les marondos (°) : ainsi se nomment les ouvertures que font les Cafres pour tirer l’or quand les mines sont profondes. Ces puits sont verticaux et de forme cylindrique, ayant une brasse au plus de diamètre. C’est absolument le seul travail que fassent les nègres, et, quand même un puits leur fournirait du métal en quantité suffisante, ils l’abandonnent quand il se remplit d’eau par infiltration, ce qui ne manque pas d’arriver, puisque ces forages se font ordinairement auprès des rivières. Comme ce sont les noirs qui s'occupent surtout de l’extration de l'or, il est très rare qu’ils creusent des mines profondes ; ils se contentent de chercher le métal précieux à la surface du sol et sur les rives des cours d’eau, surtout après les débordements. C’est après les grandes pluies que se ramasse l’or ainsi charrié, dans les endroits plus élevés et dans les montagnes du voisinage, Les Cafres donnent à ces inondations le nom de mafussureiras. |
Après avoir examiné toutes les mines des environs de Feira et y avoir-recueilli des échantillons, je me fis conduire par mes Cafres sur le territoire d’un roi nommé Manaca, d’où l’on tire de l’or que les Maniqueiros nomment muçonso et nos commerçants or blanc ; on l'extrait d’une mine de quartz blanc. Maïs une fois sur les lieux, le roi mit tellement d'obstacles à mon projet, qu'après quelques jours d’inutiles tentatives pour visiter la mine, je dus revenir à Feira n’emportant avec moi que quelques échan-
(1) Marondo; cri par lequel les naturels du bassin du Zambèse proposent un marché ou la vente d’un objet. Se traduit littéralement par : chose à vendre.
tillons dérobés furtivement, grâce à cette circonstance que les morceaux de la roche, destinés à être broyés et lavés, avaient été remisés non loin de la case où je logeais.
Chicanga fut informé de ce voyage : 1l apprit non seulement toutes les observations que j'avais faites à Manica, mais encore celles auxquelles je m'étais livré à Tête etsur les terres des Marraves, Pour ce grand crime (*) [note D|, je fus condamné à payer comme rançon cent grandes pièces d’étoffe qui valent ici quatre pastas d’or, monnaie de Feira. Chicanga prétendait que j'étais venu pour espionner son pays avantde luifaire la guerre et pour ensorceler ses mines afin d’en faire disparaître l’or (note 6), parce que j'étais armé d’un instrument (c'était mon marteau de géologue) dont on n'avait jamais fait usage dans le pays et qu’il n’avait jamais vu de sa vie. Ge tyranneau me fit dire que si le capitaine-major protestait, 1l ferait battre le tambour de guerre et me ferait conduire par ses Biugas (soldats) jusqu’à Aruangua, qui est, nous l’avons dit, à la limite du royaume de Manica et de celui de Barui.
Je serais parti de Feira avec ces seules données si je n'avais appris que mon départ en cachette serait interprété comme un nouveau crime et que Chicanga satisfait de l’étoffe qu'il avait reçue cesserait de m’importuner. De cette façon je me vis obligé de vivre dans ma paillotte et de moins me promener dans les environs de Feira, où l'or semble exister en grande abondance et, de même que dans nos mines du Brésil, « naît entre la picarra (?) et le cascalho (*) », comme disent les mineurs. Mais les Cafres ne l’y cherchent pas et se contentent de celui qui apparaît à la surface du sol.
Après avoir joui d’un peu de tranquillité etréuni le plus (1) Milando.
(?) Roche de caïlloux et de sable, (3) Blocaille, gravois.
grand nombre possible d'échantillons des mines d’or et autres, je pars pour Senna en compagnie. du capitaine-major qui venait de tomber malade. Nous prenons un chemin différent de celui par lequel j'étais venu à Manica, c’està-dire beaucoup plus long, mais tout en plaine. Nous cheminions sans encombre quand tout à coup, le troisième jour de notre voyage, éclate un conflit: nos Cafres avaient emprisonné un Maniqueiro qui était venu d’un village voisin se mettre en embuscade sur le chemin où devait passer une troupe de négresses portant des bagages et avait volé à l’une d’elles une manchilla.
Les cris poussés par ce noir ameutent tout le village ; les habitants sautent sur leurs arcs et leurs haches. Leur chef, sans écouter le capitaine-major qui lui disait de venir à Aruangua pour juger ce différend, veut s'opposer à notre passage et sans doute nous piller à la faveur de la nuit qui approchait. Nous voici donc obligés de livrer bataille pour pouvoir passer, et il est bon de noter que trente ou trente-cinq Maniqueiros suffiraient pour mettre en fuite à coups de flèches plus de quatre-cents Cafres comme ceux qui formaient l’escorte du capitaine-major (note 7). Cependant, grâce à nos fusils nous leur tuons trois hommes et en blessons un autre, tandis qu'un seul de nos Cafres est atteint de deux flèches sans blessure grave (note 8). Voyant qu'ils ne sont pas les plus forts, les nègres cessent le combat ; nous rassemblons notre monde et continuons noire chemin vers Aruangua. Nous y passons la nuit dans l’inquiétude d’être attaqués de nouveau et voir nos cases incendiées ; deux jours après, nous sommes à Barui, et arrivons enfin à Senna le 14 novembre 1788 (note 9).
Note 1. — Le royaume de Barui, qui entoure toutes les terres de Senna . du côté de Tête, est séparé de celles-ci par la terre Sungué et confine
avec elles par l'intérieur de Tambara, Tipui et Macangano (!), propriétés de la Couronne qui commencent au bord du Zambèze et s'étendent très loin. Barui est séparé de Tête par l’Aruenha (?), rivière qui se jette dans le Zambèze et sert de limite entre les territoires de Tête et de Senna. C’est le rio Aruangua qui, du côté de Feira, sèpare Barui du royaume de Manica.
Note 2. — Bien que Barui possède, comme tous les États cafres de cette partie de l'Afrique, un roi investi de la souveraine puissance, ce pays n’en a pas moins une quantité de princes, appelés Mambos, qui souvernent des provinces et sont les fils ou les parents du roi.
Note 3. — Comme chez les Cafres, les fils et les vassaux du roi portent tous le même nom de js, on ne peut savoir à quelle catégorie appartenait le Gafre molesté.
Note 4.— Ce tribut se paye en étoffes, en verroterie, et en boissons. Quand il paye, le capitaine-major ne manque pas de faire établir en présence des Cafres un inventaire de ce quileur est dû, afin que ceuxci ne demandent pas davantage l’année suivante, ce qu'ils ne manquent jamais de faire, sans compter qu'ils doutent toujours de la qualité des pièces d’étoffe.
Note 5. —- Le terme milando s'applique à n'importe quel crime imputé à quelqu'un ou à n'importe quel procès intenté; le jugement de la cause se dit éongar, et la condamnation de celui qui perd le procès se nomme Chibinga.
Les Portugais se voient pour le moindre prétexte accusés de milando par les Cafres, qui emploient tous les moyens pour nous vexer et nous rançonner. Ge serait un miracle si l’un de nous, entré chez les nègres, en sortait sans un milando. Parmi les procès ridicules dont je fus témoin, et dont je dois taire quelques-uns par décence, je vis intenter le suivant à un Cafre, cuisinier du capitaine-major, qui dut payer une chibinga de quelques pièces d'étoffe. Ce cuisinier, qui avait
(1) Macangano ou Massangano. Est loin d’être aujourd’hui une terre de la Couronne ; possession de la famille Santa-Cruz ou Bonga, elle s’est affranchie de la domination portugaise et la résidence du mambo actuel, attaquée plusieurs fois par les troupes européennes, n’a jamais été prise. Troisexpéditions ont succombé devant Massangano et leurs chefs y ont été tués.
Massangano est sur le Zambèse en amont de la Lupata et près de l'embouchure de la Luyena.
(2?) Aruenha, Aroenha et Luyena sont les divers noms sous lesquels on connaît la rivière affluent de la rive droite du Zambèse et à 40 kilomètres en aval de Tête, que les Portugais ont appelé jadis « R. de l’'Esprit-Saint ». La Luyena vient de la serra Nhangani et coule du sud-ouest au nord-est. Elle reçoit en outre de divers cours d’eau de médiocre importance, le Luia et le Mazoé (rive gauche). Cette dernière rivière reçoit le Nhacumbite qui sert de limite de séparation entre les terres de Nhacatembe et de Nhasanga ou Caprigicio.
Le principal affluent de la Luia est le Kangouzi qui recoit à son tour le Nhamuganga, P. Guxor.
demeuré autrefois ici, était chamuar (ami) d'un Maniqueiro auquel il vint un jour rendre visite. Il trouva chez son ami une jeune enfant et, après l’avoir considérée, demanda à celui-ci si c'était sa fille, en ajoutant qu'eile ressemblait à une enfant qu’il avait perdue. Gela suffit au Maniqueiro qui répondit incontinent : C’est même ta fille; je suis le sorcier qui l'a tuée et, comme elle est ressuscitée, c'est à toi de te charger de la nourrir et de la vêtir. Le cuisinier fut condamné pour avoir comparé une personne vivante à une morte, d'après le considérant formulé par la princesse noire de Feira, qui jugea ce milando dans la case même du capitaine-major. Nous ne mentionnons pas les milandos que le capitaine-major tranche en notre faveur ou celle de nos Cafres contre les Maniqueiros, car ces jugements ne servent à rien: si ces derniers ne veulent pas s’y soumettre, ils en appellent à Chicanga qui tranche la question suivant son bon plaisir et avec le droit du plus fort. ;
Note 6. — Le plus grand crime aux yeux des Cafres est d'être sorcier ; ils attribuent aux sorciers tout le mai qui leur arrive: une maladie, la mort, tout ce qui arrive par hasard, ou ne leur semble pas naturel. Un tigre apparait-il à l’un deux, un autre tombe-t-il malade, un troisième perd-il une femme, vite ils consultent le Ganga (le devin): le premier pour savoir ce que lui veut ce tigre, l’autre pour demander de quoi est morte sa femme ; et malheur à celui auquel le Ganga fait boire le poison d’épreuve et qui s'arrête étonné de se sentir brülé vif.
Nole 7. — Bien que les Maniqueiros ne soient pas aussi braves que les Cafres de Quiteve et de Barui, nos Cafres sont encore bien plus pusillanimes, surtout les Butongas, ou Gafres affranchis, qui habitent les terres de la Couronne, et ceux qui formaient l’escorte du capitainemajor appartenaient à cette dernière tribu. |
Note 8. — Les Mauiqueiros n’ont pas l'habitude d'empoisonner leurs flèches, comme le font ceux de Barui et de Quiteve, aussi les blessures qu'ils font ne mettent pas généralement la vie en danger.
Note 9. — Ce fut l'unique cas pour lequel il n’y eut pas s#ilando (voir noée 5), parce que Chicanga se trouvait l'ennemi du chef qui nous avait combattus et désirait le punir.
(Traduit du portugais par M.C. Mizor.)
N. B. — Les petites notes sont dues exclusivement à M. P. Guyot et rattachent son exploration personnelle à celle du Portugais Galvao da Silva.
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En 1861-1862 (1)
(Journal du capitaine-major Albino Manoel Pacheco.)
Le 12 octobre 1861, je fus nommé capitaine-major intérimaire à Zumbo, parle major Antonio Favares de Almeiïda, alors gouverneur de Tête, dont l’indulgence et l’extrème
bonté, rassurant mon insuffisance, me firent accepter cette
mission honorable, malgré une grave infirmité qui me retint au lit de douleurs plus d’un mois.
Ce ne fut que le 27 novembre que je pus m'occuper de mes nouveaux devoirs. Je reçus avis, le même jour, que les fonds nécessaires aux premières dépenses me seraient fournis par l’intermédiaire de l’almoxarifado (°) et qu’on me remettrait un drapeau national ainsi que les munitions de guerre qui me revenaient; on me dit aussi que les ordres avaient été donnés à chacun de ceux qui devaient m'accompagner à ma nouvelle résidence où je devais me rendre moi-même le plus tôt possible. Un détachement de 20 hommes du 2° bataillon de chasseurs, approvisionnés
el payés pour six mois, devait m'aider à rentrer en posses-
sion de notre ancien territoire et tenir en respect Les peuplades voisines.
(1) Manuscrit portugais communiqué à la Société par M. Guyot et traduit par C. Millot.
(, Receveur des impôts qui se payent à l’entrée des villes et dans les ports. (Note du trad.) VOYAGE AU ZAMBÈSE. 15