‹ Voyage au ZambéseChapitre 22 sur 55 · DÉPART DE TÊTE. VOYAGE PAR LE ZAMBÈZE JUSQU'A MUSANANGOÉ · texte numérisé non relu

DÉPART DE TÊTE. VOYAGE PAR LE ZAMBÈZE JUSQU'A MUSANANGOÉ

Depuis ma nomination jusqu’à ce jour, 12 décembre, tout mon temps a été absorbé par Les préparatifs et la mise en ordre de mes bagages. Je me lève vers 4 heures du matin ; l'épouse de Tithon (") apparaît enveloppée de son manteau de roses; elle est si belle que je m’écrie avec le poète :

Que bella! que formosa vem rompendo

Nocturnas sombras, o rosada Aurora !

Sao d’alegria as lagrimas que chora,

La lumière des mondes (*), en se levant majestueusement, vient ensuite briller du plus vif éclat, et la nature entière, sous l'influence de ses rayons créateurs, montre la plus féconde vitalité.

Je m’embarque vers 1 heures du matin ; Tête dort avec son aspect appesanti, comme s’il lui en coûtait de sortir des ruines d’un passé, non encore éloigné, qui rendra éternellement odieux les noms de Quissaca et d’Ahacide.

En face, sur la rive gauche du fleuve, est le pays de Matundoë, avec ses jardins bien cultivés, avec sa plantation récente de cannes à sucre qui donne déjà de bons résultats, et avec le souvenir des repas magnifiques que leur propriétaire nous offre avec tant d’affabilité et de courtoisie.

Nous longeons l’île de Canhimbé et passons auprès de l’infortuné vapeur anglais Me Robert; nous voyons Mussonha avec ses plates-bandes de verdure choisie et les fêtes joyeuses que donne son fermier actuel. À gauche, sur la rive droite, est Matundoë où Chimase (*), qui nous rappelle

() L’aurore.

(2) Le soleil.

(3) Ce territoire est à la limite des possessions portugaises sur la rive droite du Zambéze.

les excellentes bambocartalas (?) offertes par son propriétaire

si distingué et si courtois, et combien on le regrelte encore à Tête. Chimbonde, la terre à droite, appartient au Saint- Sacrement : jusqu’en 1860, elle a fourni l'huile de sa lampe, tel est son pelit mérite! Voici Znhaufa avec ses délicieuses et vertes campagnes où croissent à l’envi le maïs et Lex autres productions du pays, grâce à l’activilé de son administrateur actuel ; puis Canjanda avec ses excellents choux et ses vergers de délicieuses mangues (*). Ce séjour, naguère agréable et animé, grâce à l’heureuse influence de son propriétaire, enlevé depuis par un accident malheureux, est aujourd’hui livré à un lameniable abandon,

sous la direction d’une vieille femme infirme. Vers le mi-

lieu du jour, j'arrive à Déguë, au loane de José Anselmo, où je recois une hospitalité aussi gracieuse que je puis l’espérer du caractère de ce digne jeune homme; qu'il en recoive 1C1 mes sincères remerciements.

Le 13. Mon hôte me retient à diner.

Le 14. À 6 heures du matin, je m'embarque pour continuer mon voyage, laissant à droite (rive gauche) la terre de Tunta et ses cultures dues au labeur infatigable de ses fermiers, et en ligne oblique, à l'embouchure du Mu/a, l’île de Caiongo où naguère périt assassiné le malheureux Filippa Lobato. Viennent ensuite Chigogoé, dont le sol maigre offre peu de ressources au cultivateur, et Nhaondoé, à Jose Agostinho Xavier, où abondent aussi bien les sources thermales etles gisements aurifères et carbonifères,

. que les terres propres à la culture. Voici Merinde Grande,

à D. Joaquina de Santanna, avec ses côtes à pic, ses maigres plantations et ses semis plus maigres encore, et Merinde Pequeno, appartenant aux héritiers de Jose Antonio Mendès, tellement improductif qu'à peine peut-on s’y nourrir de mangues, bien que les vergers y soient nom-

(!) Mangue ou mango, fruit des pays chauds, ressemblant à une pomme. (Note du trad.)

breux. Vers 4 heures et demie du soir, j’arrivais à cette propriélé, quand je fus rejoint par le détachement qui traversait le Zambèze, venant de la rive droite. Comme mon canot trop chargé retardait ma course, j'en profitai pour renvoyer à Tête deux hommes estropiés qui devaient accompagner les charges venues dans ces embarcations.

Le 15. Vers 9 heures du matin, je me mets en route et, à 11 heures, je passe devant Inhamboë Pequeno, à José Anselmo de Santanna; en cet endroit, le sol est tellement aride et désert, que Je ne vois sur ses bords aucun endroit dont on puisse tirer parti, ce ne sont que montagnes dont le pied vient plonger dans les eaux du Zambèze. Vient ensuite Znhamboé Grande, aux héritiers de Luisbactano Batelho, aussi sec et aride que ses propriétaires sont maiores et efflanqués. J'arrive enfin à Panzo, une des plus grandes propriétés des environs de Tête, mais très montagneuse et offrant à peine quelques bandes de terre cultivées le long des rives du Zambèze et du rio Mavuse; j'ignore complètement si dans l’intérieur on trouve des champs. Là, cependant, se récolte un blé excellent en assez grande quantité, beaucoup de maïs, des fèves et autres légumes du pays. Je me décide à passer la nuit à l'embouchure du rio Rosinga, et j'achète des vivres pour les porteurs. |

Le 16. Vers 5 heures et demie du malin, je continue ma route, naviguant toujours dans les eaux qui baignent le domaine de Panzo, et je viens camper un peu au delà du rio Hoendo Angombé, sur le territoire de Hicurungo (rive gauche).

Le 17. À D heures du matin, je continue à remonter le Zambèze. À 2 heures après midi, je laisse derrière moi Micurungo, dernière terre du district de Tête, sur la rive gauche du fleuve. J’y ai peu vu d’endroits propres à la culiure, si ce n’est sur le bord de l’eau et presque à sa limite. Je m'arrête, pour passer la nuit, en face de Bréco (rive gauche).

Le 18. Je démarre à 6 heures du matin et je continue à suivre le Zambèze. Vers 6 heures du soir, je m’arrête à un endroit appelé Machécampanga (rive gauche), territoire dépendant de Macanga.

Le 19. À 7 heures du matin, je remonte le courant au milieu des montagnes et des rochers qui commencent à embarrasser le cours du fleuve et lui donnent, à cet endroit, un aspect effrayant ("). À midi et demi, je débarque à Mussanangoé (?), sur la rive droite du Zambèze; ici se termine mon voyage en canot. Après 7 heures d’une navigation assez ennuyeuse, je foule enfin aux pieds le sol de Chedima, où règne le Muanamotapua, pays immense, digne d’un sort plus heureux, mais que la nonchalance de son chef et la turbulence des naturels ne cessent de bouleverser et de disloquer au point qu’il n'offre plus qu’un pâle reflet de sa puissance d'autrefois. Encore pourrait-on lui rendre son antique renommée, si le gouvernement portugais, débarrassé des difficultés politiques dans lesquelles il est engagé, voulait imiter le système des Anglais et s’en emparer.

Les soldats du détachement, une fois réunis, firent prisonnier en ma présence le chef du village voisin, parce qu'il voulait les empêcher d'entrer; celui-ci me dit au contraire avoir été maltraité par eux. Je le renvoyai en lui recommandant de ne plus se permettre pareille chose à l'avenir.

Le 20, Je reste dans la même localité afin de me procurer des vivres pour les porteurs. Il a plu abondamment aujourd’hui, ce qui nuira certainement à la rapidité de mon voyage.

Le 21. Le pondoro Déqué vient me faire une visite, je le remercie. J'écris aujourd’hui à Tête ; j’envoie au gouver-

(1) C'est là que l’on trouve de la picrre calcaire qui, essayée déjà par le curé de Tête, a donné d'excellents résultats.

(?) On dit généralement, par corruption ou abréviation, Mussanangoé ; mais les naturels disent :, Mussana-a-ingué, qui signifie « côte de tigre », à cause de son parcours qui semble imiter les côtes de cet animal.

neur un rapport sur mon voyage et ce qui s’est passé jusqu’à présent. Ces lettres partiront par les canots qui m'ont amené ainsi que mes bagages, car à la vue du Zambèze, je ne puis me décider à naviguer plus Join et me faire mettre à Caurabaca (*), au milieu de ces brisants maudits qui font frémir les plus braves : on n’a pas trouvé jusqu'icile moyen deles faire disparaître ; ils font un grand tort au commerce et au développement de la navigation en isolant de malheureuses populations qui vivent encore dans les ténèbres de la plus cruelle barbarie.

Le 22. Je fais partir les canots pour Tête et me prépare au voyage par terre. Le commandant du détachement recoit mes ordres pour se mettre en marche, et ceux qui sont chargés des vivres savent avec combien de provisions ils doivent nous suivre. Le capitaine-major de Quelimane, qui m’accompagne, se trouve à peu près guéri d’un rhume opiniâtre, grâce aux pommes sauvages qu'il a mangées, après les avoir fait cuire.

Le 23. Le temps est devenu mauvais au point de ne pas nous permettre de sortir de notre campement, nous ne pouvons continuer notre route.

Le 24. Le mauvais temps continue et les marchands ne SOnt pas encore venus.

Le 25. L'Église catholique célèbre aujourd’hui la naissance du Rédempteur du monde, et comme fils de cette Église, je vois lever avec joie ce jour solennel.

À 7 heures du matin, le commandant du détachement me dernande de lui avancer des vivres pour ses soldats qui. ont consommé ceux qu'ils avaient apportés de Tête; je lui accorde ce qu’il demande. À 8 heures du soir, les marchands arrivent enfin, mettant leur retard sur le compte du mauvais temps, et aussi sur ce qu’ils n'avaient pu se

(1) Les indigènes appellent cette cataracte Caurabaca, parce qu’à son entrée se trouve une petite montagne isolée, couverte seulement de plantes herbacées où du

moins sans un seul arbre; c’est de cette colline que la cataracte tire son nom, qui signifie : ao lem serviço (en français : qui n’a aucune utilité).

procurer qu’à Macanga les provisions demandées, encore était-ce à des prix très élevés. |

Le 26. Nous sommes encore au même endroit. J’ nr. au Chirambaunua de répartir les charges de façon à nous mettre en route demain matin si le temps le permet. Je me décide à ajouter quelques porteurs et à laisser ici plusieurs charges que prendront les nouveaux recrutés. Un voyage dans ces conditions devient excessivement lent. Aujourd'hui il cesse de pleuvoir, c’est déjà quelque chose.

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