MINE DE HOUILLE DANS LE LIT DU NHAPSICONDO
dr
d'hui, à la suite d’un châtiment horrible que leur infligea le pondoro Dégué : il les contraignit à manger tous leurs morts et les battit jusqu’à ce qu’il léur eût fait perdre ce goût dépravé. :
Nous passons la nuit près du village du roi Chemuxéca. Depuis quatre jours d’une marche pénible, c’est la première fois que nous rencontrons un village et des habitants, et que je campe dans un lieu où se manifeste la vie. Les champs qui m’entourent sont si bien cultivés et couverts d’une si luxuriante végétation qu’ils donneront une récolte superbe, à moins que la pluie, unique espérance du cultivateur, ue vienne à leur manquer. Je m'apercois que les gens du pays ignorent l’art d'amener dans des canaux l’eau des rivières pour irriguer leurs champs.
Le 31. N'ayant plus de vivres pour mes porteurs, je suis obligé de demeurer dans cet endroit pour m'en procurer.
C’est aujourd’hui le dernier jour de l’année 1861. Si, pour moi, la vie s'écoule sans grands découragements, pourquoi faut-il que tous n'aient pas le même bonheur et que quelques-uns trouvent la mort? Pourquoi faut-il que l’ingrate trahison de Mariano Vozdos Anjos soit venue remplir de trouble et d'inquiétude les villes de Senna et de Quelimane, malgré l’infatigable activité, la persévérance et le courage de leur bien-aimé gouverneur, le lieutenant-colonel José da Silva, auquel elles doivent, pour la deuxième fois, la paix dont elles jouissent à présent ?
1° janvier. À 5 heures et demie du matin, tandis que je me préparais à continuer ma route, en rendant grâces au Tout-Puissant, qui m'a permis de voir lever l’aurore de ce jour et de commencer une nouvelle année, le roi me fait demander de lui livrer un chef des porteurs, à cause d’un soi-disant engagement que celui-ci aurait contracté envers lui, Je continue mon chemin sans céder aux exigences de
ce tyranneau et lui fais dire que j'en référerai au Capitainemajor de Quelimane. Vers 2 heures de l’après-midi, nous arrivons au village de Znhacana, du pondoro Daco-taco. J'y trouve le détachement qui m'avait précédé de deux jours. Je résolus de m’y arrêter pour y faire quelques provisions : ce village est le plus considérable de tous ceux que j'ai rencontrés depuis mon départ de Tête, on peut s’y procurer des vivres en quantité suffisante. Un peu avant d'arriver à ce village, j'avais traversé la petite rivière Inhaorire, peu profonde et peu large. À 4 heures après midi, le capitainemajor de Quelimane vient me rendre réponse (’). Le roi. Chemuxéca prétend qu’en passant sur ses terres de Senga, en 1859, le chef de mes porteurs, nommé Felicidade, avait commis le crime d'entretenir des relations avec une de ses femmes; il voulait donc tout simplement m’extorquer une bonne somme, car c’est ainsi qu'entre Cafres se règlent ces sortes de différends. Mais, soit à cause de mon caractère officiel, soit par crainte des forces qui m’accompagnent, il ne manifesta aucun mécontentement, se réservant sans doute pour une meilleure occasion.
Chemuxéca est un roi de Senga, battu en 1855 ou 1856 par Quiçaca et qui s’est caché sur les terres du mambo Zuda, territoire de Chemida. Sans influence aucune et se trouvant, pour ainsi dire, à la charge du chef chez lequel il est réfugié, il en est réduit à recourir aux expédients pour pourvoir à ses besoins.
En admettant que ses griefs soient réels, ce roi, ne pouvant contester mes droits de propriété sur le nègre en question, pourra, s’il revient jamais dans son pays, me créer des embarras sérieux pour mon voyage. Et je dois malheureusement avouer qu’il ne faut pas compter sur le gouvernement pour mettre fin à ces menées misérables et en faire un exemple comme cela eut lieu pour Chipsondo.
(1) On se rappelle qu? le capitaine-major de Quelimane accompagnait notre voyageur, (Voir la journée du 22 décembre.)
Nous sommes donc à la merci de pareils caprices et notre condescendance est considérée comme chose due. Toujours est-il que, soit qu’il se promette d’agir plus tard, soit qu’il craigne le gouvernement, le roi cesse de me voir.
Il a tonné aujourd’hui et il a plu fortement vers 4 heures et demie: j'eus beaucoup de peine à mettre mes bagages à l'abri.
Le 2. Nous sommes toujours au même endroit. À 2 heures après midi, Comme je commençais à diner, se présentent les envoyés de Chemuxéca qui viennent encore m'entretenir au sujet du nègre Felicidade, question que je croyais enterrée. Ils ne demandent pas moins de 12 pièces de coton de 30 mètres, une captive de 12 ou 14 ans, un baril de poudre de 25 livres, 3 macos de verroteries, une bouteille d’eau-de-vie ; de plus, une pièce de coton de 19 mètres pour eux : en tout une bagatelle de 150 pesos, pour laver la tache faite à l'honneur du roi par Felicidade.
Bien que cette affaire ne me regardât pas et ne dûüt en rien compromettre ma situation, j’en fus néanmoins vivement Contrarié. Je chargeai les envoyés de dire à Chemuxéca que je trouvais sa facon d’agir inqualifiable ; sachant très bien que j'étais en mission officielle, comment choisissait-il Ce moment pour me parler d’une semblable question ? Il n’a donc pas songé aux conséquences que pourrait avoir sa démarche inconsidérée, dont je ne manquerai pas d'informer le gouverneur du district. Je l’avertissais que dorénavant je ne répondrais plus à ses messages.
C'est la troisième ou quatrième fois qu’il soulève des difficultés aux marchands de Tête, et comme il s’en est toujours tiré à son avantage, il continue jusqu’à ce que le gouverneur prenne la chose au sérieux. Je m'étais arrêté à un endroit au bord du chemin pour me reposer, comme le font d'habitude les voyageurs et les marchands de Tête qui traversent ce territoire, quand le coquin, prétextant la
crainte d’être mal recu, m'envoie une de ses esclaves noires (qui pour la circonstance se donne comme sa femme, heureusement que cela n’était pas), avec mission de me faire enrager. Soit dévergondage naturel, soit calcul de la part de cette mégère, elle se lia immédiatement avec quelques-uns de mes porteurs et, le soir venu, les excita au plaisir. Faibles ou méchants (je dis méchants parce que nos nègres, mauvais par essence, ne sont Jamais Si COutents que quand ils ont mis leur maître dans l’embarras), ils se laissèrent séduire et me jouèrent ainsi le vilain tour de me forcer à payer, comme c’est la règle en pareil cas, pour me sauver, moi et ma fortune.
Le 3. À cause de cette dégoûtante question, que je suis obligé de débattre sans avancer mes affaires, je me décide à rester en cet endroit jusqu’à l’arrivée des bagages que J'avais laissés à Mussanangoë. J'ai fait partir hier, pour le village de’Chemuzxéca, 100 porteurs armés et approvisionnés et je les ai fait accompagner par deux soldats du détachement avec l’ordre de dire au roi, de la part du gouverneur, que si, pour n'importe quel prétexte, il pillait ou maltraïtait mes porteurs ou s’il se vengeait sur quelque voyageur traversant son territoire, ledit gouverneur lui demanderait un compte sévère de sa folie et de son obstination.
Un voyageur, originaire de Tête, nommé Joao de Meneses Guarda Figueira, qui se trouvait au même endroit, me fait cadeau d’un morceau de trompe d’éléphant, comme un présent délicat, en m'’assurant, d’après sa propre expérience, que, bien préparé, c’est un excellent manger; quant à moi, l’aspect de ce corps nerveux me causa une grande répugnance; je ne comprends pas qu’on puisse goûter à une pareille nourriture, et je fus rassasié rien que par l’odeur que je trouvai nauséabonde.
Les chasseurs de mon escorte me demandent la permission d'employer à la chasse le temps que nous perdons OST
Aujourd’hui, à 3 heures après midi, me reviennent Les deux soldats que j'avais envoyés à Chemuæéca, la réponse du roi est conçue en ces termes : « Puisque le capitainemajor ne veut pas me livrer le noir Felicidade, j'ai adressé uné plainte au gouverneur pour obtenir justice. » Ainsi, voyant qu'il ne peut rien obtenir de moi avec ses folles exigences, le polisson en appelle maintenant au gouverneur, ne se rappelant même pas que c’est là ce que je souhaitais le plus ; car je ne doute pas que si sa demande est transmise au gouverneur telle qu’elle me fut adressée à moi-même, il ne perde son procès. Je me réjouis beaucoup de la décision prise par ce nègre impertinent, à cause de la certitude que j'ai de voir approuver ma conduite et d'être débarrassé d’un obstacle que j'aurais pu renverser par la force, mais en compromettant l'avenir et la sécurité du transit par ce chemin.
Les 4 et à. Ces deux jours se passent sans incident. M’étant aperçu que la diarrhée sévit dans le camp, je soumets les malades à un traitement dans l'efficacité duquel j'ai confiance. Les pluics continuent sans interruption et, si la saison suit son cours avec autant de régularité qu’elle l’a fait jusqu'ici, les récoltes seront abondantes.
Le 6. Toujours au même endroit. J’ai employé mon temps à faire emplette de vivres pour mes porteurs, car on ma dit que d’ici à Boroma (à 5 jours de marche) on ne peut s’en procurer. C’est aujourd’hui l’'Épiphanie; je fais un copieux repas et je bois à la santé de mes parents et de mes amis en leur adressant, de ces lieux inhospitaliers, mes souhaits de bonne année et les vœux que je fais pour leur bonheur.
Le 7. Nous sommes encore au même point. Joao da Guarda Figueira poursuit sa route. La chaleur étouffante que nous avons ressentie, les pluies incessantes, l’abondance de viande de boucherie dans le camp et surtout la position insalubre de la localité ont donné naissance aux
diarrhées dont souffrent mes porteurs; j'en suis d'autant plus contrarié que je n’ai avec moi ni les médicaments nécessaires, ni quelqu'un qui sache soigner ces maladies qui sont pour ainsi dire inévitables ici.
Du 8 au 10. J’assiste aujourd’hui, dans le village où je suis venu camper, à la cérémonie par laquelle un ratao,
représentant un lion ou pondoro décédé, dans lequel se
trouve incarné l'esprit d'un Muanamotapua, se fait passer pour le défunt ressuscité. J'avoue qu’à la vue de cette dégoûütante mascarade; en entendant les rugissements qu'il
pousse pour contrefaire ceux du lion, les réponses inintel-
Jigibles qu'il fait aux questions que lui pose une foule nombreuse d’êtres stupides, en lui accordant la plus grande attention, get faisant pleuvoir sur lui, de tous côtés, des présents tels que des verroteries, de l’ivoire, des étoffes, des boissons; le tout accompagné de danses folles, de vociférations et de la prière finale adressée aux Mesimos pour que ceux-ci les préservent de la guerre et autres calamités ; j'avoue, dis-je, avoir eu l’envie de faire disperser cette foule par les soldats du détachement, surtout quand le commandant m’eut dit que les pondoros ne devaient pas voir d'instruments de guerre ni de couleur rouge. N'est:il donc pas de puissance humaine qui puisse faire ouvrir les
yeux à ces malheureux et leur montrer que ces ratoes
vivent de leur crédulité, c’est pourquoi ils sont si nombreux à Chedima?
Pour éviter toute contestation, le sergent du détachement s’éloigna, après quoi il ne nous arriva plus rien de nou-
veau. Bien au contraire, dans le village où je suis campé,
non seulement nous n'épr'ouvons aucune contrariété, mais il ne s'écoule pas de jour où je ne sois l’objet de fêtes et de présents; si tous ses habitants avaient les mêmes qualités que les Inhacana, le pays de Chemida serait charmant et mériterait un avenir heureux. La facon dont ce peuple témoigne sa reconnaissance est bien connue : quand l’un
dés ; & "2
ES
# Ko 2 LA ’ Û
,. 0 AR. à
NET) De. TRE
En re,
Dé ee Right
d'eux a reçu quelque présent, il s’administre sur les fesses une claque retentissante et se relire sans autre cérémonie. Entre eux, me disaient-ils, c’est une marque de profond respect, mais j'avoue qu’elle n’est pas décente.
Le 11. La diarrhée commence à faire des victimes; elle a causé aujourd'hui la mort d’un noir qui nr'élait assez utile. | s
Le 12. Retour des porteurs que j'avais envovés à Mussanangoë. [l ne leur est rien arrivé en chemin.
Du 13 au 15. Je fais mes préparatifs pour continuer mon voyage. Les chasseurs reviennent portant une dent d’éléphant, c’est le seul résultat de leurs fatigues et de la quantité de poudre qu’ils m'ont dépensée. Je donne les
- ordres nécessaires au Chirambaunua pour la marche de demain, les charges sont distribuées, tout le monde est prévenu.
Le 16. Je me mets définitivement en route aujourd’hui à 9 heures et demie du matin, je n’ai pu le faire plus tôt à cause de la pluie et des malades que je dus laisser ICI, CAE ils étaient incapables de me suivre. Quant au délachement, il était parti à D heures du matin. Je laisse aussi au village que je quitte une partie de mes bagages, car ayant voulu louer ici des porteurs, on me fit des conditions tellement exorbitantes que je résolus de m’en passer. À 6 heures du soir, je campe près d’un torrent appelé Vuco. J'ai traversé ce matin, non loin Qu village d’Inhacana, deux rivières
| portant les noms de Jnhacaperire et Berichaué, courant 1e” parallèlement et tellement rapprochées l’une de l’autre, qu'elles me semblent devoir se réunir, avant d’apporter au Zambèze leur tribut de sable et d’eau. i Elles sont toutes deux d'un assez pauvre débit, leur profondeur n’excède pas quatre palmes: la première a 20 brasses et la seconde seulement 4 brasses de largeur. Le 17. Je lève le camp à 9 heures trois quarts du matin, lorsque la pluie cesse après avoir tombé sans interruption
LA
depuis minuit, et vers 3 heures après midi je fais halte en un endroit élevé du grand et magnifique champ de Caririra, plus connu sous le nom de Chicoa', situé par 15°40° latitude Sud, et environ 32°30' longitude Est. C’est le plus beau site que l’on puisse rencontrer dans tout le pays de
Chemida et l'emplacement le plus favorable pour un grand
établissement colonial. De tous côtés, on jouit d’une vue superbe, et j'y salue le Zambèze que j'avais quitté il y a vingt jours. Ce tleuve est ici tellement beau et tellement grandiose, il possède un cours si majestueux et si tranquille, qu’il enchante et surprend l'observateur.
Et en effet, il est impossible de décrire les tableaux variés et charmants que la nature à moitié vierge et sauvage offre à mes yeux charmés et qui m'émeuvent profondément. |
Je me mets à promener mes regards sur les eaux de ce fleuve gigantesque coulant tranquillement au milieu de vallées d’une beauté étrange, et à contempler ces rives gracieuses, aussi riches en végétation naturelle que pauvres en cultures pour lesquelles il faudrait des bras. A ce spectacle infiniment grand qui captive mon cœur et mes sens, un sentiment de douleur et de mélancolie envahit mon âme. Je me rappelle nos gloires passées et je sens ce que le Portugal — aujourd’hui si arriéré et si déchu — pourrait être aux yeux de l’univers si quelque homme de cœur savait tirer parti de ses richesses. Je m’écrie alors avec le poète brésilien (?) :
LS
« Portugal! Portugal! naçao que outr’ora, « Do mar o spectro sustentava ufana,
(1) Le mot Chicoa signifie réunir ; Ce nom fut donné au village du nègre Churro, - situé sur la rive gauche du Zambèze, sur les terres des Mugoas, parce qu’on y rassemble les marchandises et l’ivoire des marchands qui vont de Tête à Zumbo, et réciproquement. Comme ce village se trouve en face du champ de Caririra, il lui a donné son nom, ainsi que nous venons de le dire. (C’est Chicoa ct non Chicova qu’on l’aprelle généralement.)
(*) Magalhaes, Poeta e a Inquesiçao.
es
di *
VOYAGE AU ZAMBEZE DE M P\\GUVYOI.
Lith. E. Munier, Nancy.
MINE DE HOUILLE DANS LE LIT DU MOATIZE a aval du campement de Para et au-delà du confluent du Nhapsicondo
des,-aut. Nancy
Albert Barbiet,
JE
“IUT PT 0p SMUONOQUE SIA 38 PIJEd D dULO np JeA ue SLIVON NC XTTINCH EQ ANIN
, ne AQRVAT ONE RCA VI QOUEN “Jne-"S9p ‘JA[QURE JI9QUV
LOXN9 ‘4 ‘IN AA AZHANVZ NV HOVAOA |
\, ‘ à sf LA
« EË o seu nome mandava a estranhos lares!
« O que é hojé (1)? »
La réponse est simple : les Portugais des temps heureux, q'i ne sont plus, vivaient pour la patrie et par la patrie ; Le plus grand nombre des Portugais d'aujourd'hui vendraient peut-être leur patrie pour conserver la vie !.….
Tout, dans cet endroit, parle de cela à mon âme et m'inspire une profonde tristesse; je dirai, pour en finir, que l’arbre à l'ombre duquel j'écris ces notes sommaires, est celui au pied duquel succomba, victime de la plus noire trahison, le distingué gouverneur Villas Boas Truao, avec presque tous les soldats qui l’accompagnaient ; trahison qui fit donner à une antique famille de Tête le plus exécrable nom !..... Le monceau de pierres qui se voit encore auprès du même arbre est un témoignage vivant du nombre des personnes qui ont pleuré ce malheureux événement ; mais la main du temps a déjà détruit en partie cette marque de notre piété pour les morts, et le pays, jusqu’aujourd’hui, a laissé sans vengeance un si odieux attentat.
L'esprit absorbé par ces pensées douloureuses, je continue mon chemin à 3 heures et demie, et, à 6 heures, je viens camper à la barre du rio Muse, sur les sables mêmes de la barre, qui ne sont pas couverts d'eau, bien que nous soyons dans la saison des pluies. La rivière mesure en cet endroit 50 brasses de large et une de profondeur; elle est bordée, sur sa rive droite, d'arbres appelés Mussango, de belle apparence, mais, dit-on, d’un bois très mou. Non loin de là, Je traversai un ruisseau dont les eaux étaient abondantes; personne ne put m’en dire le nom.
Le 18. À 5 heures du matin, je quitte ces parages eb après avoir toujours suivi la rive droite du Zambèze, je
(1) Portugal! Portugal! nation qui jadis a bravé le Génie de la mer et, en son nom, commanda aux pays étrangers, qu'es-tu aujourd'hui?
m'arrêle au milieu de la journée auprès de la demeure du mambo Candie, qui vient immédiatement me voir avec beaucoup de manières obligeantes, ce dont je le remerciai en lui disant combien j'étais sensible à ses politesses. A 2 heures après midi, je fus le voir à mon tour, il recut ma visite comme une faveur exceptionnelle. Ce chef est un membre de la famille du Huanamotapua actuel, et maître d’un grand territoire dépeuplé par les invasions qu'y firent autrefois les Landines. Son visage indique un homme d’une cinquantaine d'années, il est néanmoins vigoureux et promet de fournir encore une longue carrière.
Il vit comme tous les rois nègres, entouré de ses femmes, de $es enfants et d’un grand nombre de parasites qu’il nomme ses Uanhaë, collés à sa personne comme l’huitre au rocher, prompts, s'ils en recoivent l’ordre, à commettre tous les excès qui se présentent à leur esprit ; au moindre geste du roi, au moindre mot qu'il prononce, si dénué de sens qu'il soit, ils éclatent en battements de mains étourdissants en faisant entendre le monosyllabe di, di, et se contentent de l’acquiescement du roi à leurs applaudissementis flatteurs. Je dois néanmoins reconnaître que ses terres sont bien cultivées.
À 3 heures après midi, je continue mon chemin et, à D heures, je campe dans un lieu désert, une lieue au delà du village de Candie et encore sur ses terres. À cetendroit se trouve un arbre appelé Mutondo où Mutondo Inhamariu(), auquel la crédulité des Cafres attribue des vertus surnaturelles ; en conséquence, celui qui passe pour la première fois auprès de cet arbre doit le saluer avec des chants et des danses. Il a été planté par un célèbre Ganga (d’une humanité à toute épreuve !), dans le but de préserver les hommes de tous les maux en général; celui qui ne li rendrait pas immédiatement l'hommage dont nous venons
(1) Arbre des ensorcellements.
de parler, mourrait sur-le-champ. Mes porteurs, très convaincus de la vertu de l’arbre, lui payèrent un bon tribut de sauts accompagnés de chants et se retirèrent contents, certains qu’ils sont de n'être plus jamais malades (*). Quand je m'approchai de cet endroit, un soldat du détachement, enfant du pays, vint respectueusement me dire que personne ne pouvait passer sans se soumettre à ce sot usage, appuyant son dire en me citant les noms des personnes qui avaient eu la fantaisie de se prêter à cet enfantillage. Je lui répondis de se retirer, sans quoi je le ferais danser avec un bâton de canne des Indes, que j'ai avec moi, et qui est connu sous le nom de Tantia Topce, nom néfaste dans les annales de l’histoire moderne indo-britannique.
Le 19. Je me mets en roule à 5 heures trois quarts du matin. Je suis aujourd’hui un chemin accidenté ; je m’engage dans une gorge étroite formée de rochers escarpés et je remonte la pente des montagnes. À 9 heures, je suis au sommet de la chaîne de Manheréré, à une hauteur de 100 mètres au-dessus du niveau du Zambèze; je vois s’étaler à mes pieds une grande et sombre forèt, derrière laquelle se dresse, solitaire et courant dans la direction du Nord, la chaîne de Bungua, d’une hauteur et d’une étendue admirables, située sur le territoire du fumo Canhambiro (?). On ne peut trouver un spectacle plus enchanteur, un panorama plus riant et plus varié; mais le chemin est bordé de précipices et de gouffres capables d’impressionner le voyageur le plus exercé.
= Au pied de la montagne, je traverse le ruisseau Mussungo, peu large, mais dont les eaux sont abondantes ; et, entre 2 et 4 heures après midi, je franchis.les rivières Daqué et Bangoé, toutes deux à leur embouchure; la première a 30 brasses de largeur sur 5 de profondeur aux basses eaux ; la seconde, à son niveau moyen, mesure 20 brasses de
(?) Pourtant quatre d’entre eux payèrent de la vie leur folle crédulité. . (£) Fumo, chef (?).
largeur et 2 de profondeur. À 5 heures et demie du soir, je campe au village du roi Inhacassina (rive droite du Zambèze), après avoir laissé à ma gauche celui du chef Mucuitico. Le détachement a fait bonne garde aujourd’hui.
Le 20. À 5 heures et demie du matin, je continue mon voyage, je longe des campagnes charmantes, toujours parsemées de villages, et vers 10 heures j'arrive sur le territoire du roi Gogça, non loin de la demeure d’un roitelet fugitif de Senga, nommé Chaguaniquira (fils de Chémuxéca). Celui-ci ne vint pas me voir et j’en fus ravi, car ces visites sont toujours intéressées et je n’étais guère disposé à me plier à des usages aussi peu en rapport avec le caractère dont je suis revêtu. À 2 heures, je continue mon chemin, et à une demi-lieue au delà de ce village, près d’un autre où réside le nègre Nacachomba, je traverse le ruisseau Calupande, étroit mais très profond. À 4 heures, je franchis le rio Pata, de 40 brasses de largeur, actuellement sans une goutte d’eau et dont le litsablonneux est presque au niveau de ses rives. Je campe enfin à D heures du soir chez Ignacio Candido Loyola Diniz, habitant de Tête, installé aujourd’hui sur le territoire de, Boroma, où je fus reçu avec cérémonie. É
Les 21 et 22. Je reste à Boroma. Je suis toujours sans nouvelles du détachement, ce qui me donne quelque inquiétude.
Le 23. Le commandant du détachement se présente à moi et me raconte qu'ayant été pris d’une fièvre violente il n'avait pu me suivre, et que le caporal Joao de Brites Collaco, se trouvant gravement malade, ne pourrait continuer à marcher. Comme je dois rester encore ici, je lui ordonne de se soigner et je l’exempte de service.
Le 24. Toujours au même endroit, J’ai recu aujourd’hui un avis du gouverneur, daté du 24 décembre de l’année qui vient de s’écouler, en réponse à une de mes lettres, par lequel il m’autorise à punir de prison ou de simples
tours de garde, les soldats du détachement qui commettraient des fautes légères, mais je dois lui signaler ceux qui commettent des fautes graves, pour les punir comme on le fait au régiment.
Du 25 au 27. Je distribue aujourd’hui des vivres pour cinq jours à mes porteurs, et je les envoie à Znhacana chercher les bagages que j'y ai laissés. Pour obéir aux ordres que le gouverneur nravait donnés à Tête, j’envoie deux soldats au mambo Goça, pour lui faire savoir que le gouverneur désirait beaucoup le voir cesser d’importuner les voyageurs de cette ville ainsi que les commerçants, quels qu’ils soient, qui passent sur ses terres, sinon il se - verrait dans la dure nécessité de le contraindre par la force à renoncer à cette incroyable facon d'agir.
Du 28 au 30. Les émissaires envoyés à Gocça reviennent aujourd’hui avec la réponse suivante : « Le gouverneur commande à Tête, et moi sur mes terres, par conséquent je n'ai pas à tenir compte des plaintes que peuvent adresser au gouverneur quelques personnes de cette ville. Pour en finir aujourd’hui avec cette question, il conviendrait que le gouverneur recommandât à ses subordonnés de ne pas troubler les habitudes et les usages du pays que lui, Gocça, commande ; ainsi Manoel d’Asevedo (vulgo Mucunga) sait très bien qu'il est défendu de tirer une arme à feu dans le village d’un pondoro; il l’a fait malgré les avertissements, cela constitue un manque de respect envers moi. Néanmoins je prends bonne note des recommandations du gouverneur. »
Le 31. Toujours au même endroit; rien de nouveau.
Le 1° février. La pluie n'ayant pas cessé aujourd’hui, je n'ai pu faire porter ma réponse à Goca.
Le 2. J'envoie de nouveau expliquer plus complètement à Goca les ordres du gouverneur, et je lui fais dire que je joignais mes instances à celles du gouverneur pour obtenir
-satisfaction et m’'épargner le chagrin d’avoir à adresser un
rapport peu flatteur sur Goça, ce qui pourrait valoir à celui-ci de sérieux désagréments. ; :
Du 8 au 2. Toujours au même endroit, mon ambassade à Goça n’est pas encore de relour.
Le Ü. Les domestiques du chef Joao de Brites Collaco sont arrivés ici hier, apportant de Tête la triste nouvelle de la mort du capitaine Raposa, beau-frère de ce chef, perte d'autant plus regrettable qu’il laisse quatre orphelins.
Je placeraï ici le récit d’une scène singulière à laquelle j'ai assisté, car je tiens à la consigner dans mon journal. Me trouvant à Hussanangoë, le 26 décembre à 9 heures du malin, une femme venue à la suite du capitaine-major de Quelimane eut un accès de délire : la malade était dans un abattement effrayant, elle avait les yeux sortis de leur orbite; hagards avec un fort strabisme, et extrêmement injectés. Tout à coup, comme dans un accès de désespoir, elle voulait se jeter dans le Zambèze, ce que l’on n’arrivait à empêcher qu'avec les plus grandes difficultés; se tordant avec des efforts frénétiques, elle cherchait à échapper aux mains qui la maintenaient; elle divaguait et gesticulait comme si devant elle se fussent trouvés des objets invisibles qu’elle eût voulu saisir. Enfin, et comme mue par une idée fixe, elle se jeta sur du tabac en poudre qui se trouvait auprès d'elle, le prit, le mêla avec de l’eau et but d’un seul trait ce mélange. Cet acte fut suivi d’une défaillance complète ; la malade restait abattue avec le visage inondé de larmes.
Je ne puis définir cette maladie, car je ne suis pas versé dans la science médicale, et je n’ai fait aucune étude de physiologie animale. Toutefois, je pense avoir eu sous les yeux une attaque nerveuse ou une affection cérébrale ; du moins les hommes de l’art qui parlent de ces deux maladies, en décrivent les symptômes tels que je les at ob- SErvés.
- Le même fait s'étant reproduit hier, je vis employer un remède assez risible et que l’on m'assura être très cficace (*). Get antidote consiste à battre les tambours (*) au son desquels la possédée se met à danser avec frénésie jusqu'à ce qu'épuisée par la fatigue elle roule à terre. A ce moment, on lui jette de l’eau fraiche sur la tête pour laver l'endroit où réside la maladie, c’est-à-dire l’esprit malin. Cette maladie est nommée dans le pays Avungo et le remède s'appelle Marombo; ce dernier a, prétend-on, la propriété magnétique de chasser le diable du corps où il est entré. Quand, après cette cérémonie, la possédée n’est pas complètement exténuée malgré sa fatigue, le magnétiseur se retire honteux, disant pour se défendre que le malin esprit n’a pas trouvé suffisante cette épreuve et que la malheureuse doit redoubler ses sacrifices (bien entendu au profit du magnétiseur) pour débarrasser de leurs péchés les âmes de ses ancêtres, sous peine de mourir victime de son impiété ! Tel est le raisonnement des pauvres enfants de cette belle terre : « Terre d’anges, asile de démons ! », comme dit, en parlant de Cintra, lord Byron dans son Child Harold, le plus grand menteur que j'aie lu, parmi les auteurs qui ont parlé du Portugal.
Que les Cafres, sans instruction et sans propreté, ignorant les suites de leur intempérance et les règles qui président à la conservation de la santé, ajoutent foi à de pareilles sottises, à de tels racontages, cela s'explique; mais que des hommes civilisés, soit Européens, soit du
pays, se soumettent à cette épreuve au lieu de la proscrire,
voilà de quoi faire bondir les esprits les plus calmes. Quand on leur reproche d'aussi misérables superstitions et leur dit combien de semblables coutumes les rendent ridicules, ils répondent avec gravité que l’usage fait loi et ne rougissent pas d'enrichir ainsi les annales de la bêtise
(1) J’ai assisté à trois répétitions de l'emploi de ce remède. (2?) Nommés pour cela fambours magnétiques.
humaine d’une singularité de plus ; ce qui donne une triste idée de leurs facultés mentales...
Il y a ciuq jours que je souffre du foie à la suite du soleil de plomb que j'ai eu en chemin; la fièvre n’est pas très intense, mais elle est de celles qui accablent le malade et le conduisent au plus grand désespoir ; d'autant plus que n'ayant pas avec moi les médicaments prescrits par la science, j'ai été obligé, pour en finir, de recourir au cautère comme dernier expédient.
Le 7. À 6 heures du soir, se présentent à moi les deux soldats que j'avais chargés d’un second message pour Goca. D'après eux, le mambo ignorait la gravité de l'affaire: « Il s’excuse d’abord de n'avoir pas compris l’objet de ma première missive, c’est pourquoi il ne m'avait pas répondu convenablement ; aujourd'hui, mieux informé, il me fait dire qu’il a déjà donné satisfaction à Manoel d’Asevedo pour l’offense que celui-ci a recu à Dagué; il Jui a aussi fait rendre les armes confisquées, enfin 1l a averti le chef Cancuio de ne plus molester les voyageurs ou commerçants, sans quoi ceux-ci cesseralent de passer sur ses terres, ce qui lui causeraii un grand préjudice. » Il faut conclure de toute cette affaire que les Cafres, en général, ne sont arrogants. qu'avec les faibles et les polirons.
Du 8 au 10. Hier est arrivé le reste de mon bagage que j'avais laissé à /nhacana ; j'appris en même temps la mort d’un des porteurs que j'avais laissé malade dans cette localité ; c’est la seconde victime de l'épidémie de diarrhée qui les avait attaqués. Après avoir accordé le repos nécessaire, je voulus continuer ma route et, comme le temps ne m'avait pas manqué pour pourvoir à tout, une circonstance imprévue pouvait seule m'empêcher d’entrevoir la fin d’un . voyage aussi pénible. |
Les 11 et 12. Encore à Boroma. Un commercant de Tête est venu hier se plaindre à moi du chef Magoëé qui réside tout près d'ici. Ge marchand avait acheté, à un Uanhaëé, un
VOYAGE DE TÊTE A ZUMBO. 249 esclave qui depuis s'était évadé et s’était réfugié dans le village de Magoé ; il l'y avait vu et l'avait réclamé, mais on le lui avait refusé en disant : De même que les marchands considèrent comme leur appartenant l’ivoire qui se montre dans leur pays, pour la même raison, l’esclave trouvé sur les terres de Magoé appartient à ce chef, qui demande en échange un fusil, une boîte de poudre et six pierres à fusil. Une telle prétention étant un vol impudent, j'euvoie à Magoé le plaignant accompagné d’un soldat; le chef persiste dans son refus, voyant qu’on ne lui apporte pas la rançon qu’il exigeait. Cette nouvelle me remplit d'indignation et je lui aurais déjà arraché de force cet esclave, si je n’eusse été retenu par cette considération qu’en continuant ma route vers Zumbo, après cet acte de justice, je laisserais sans défense le commerçant Loyala, à la merci d’un chefirrité. En vue de lui réitérer ma demande appuyée de moyens persuasifs, je lui renvoyai le soldat avec l’ordre, s’il continuait à répondre de la même façon, de lui remettre une cartouche à balle, comme pour lui faire comprendre que j’emploierais la force. En faisant ainsi, j'agissais bien plus dans le but de l’intimider qu'avec l’intention de mettre ma menace à exécution. Nous verrons le résultat de ce stratagème.
Le 13. Le moyen que j'ai employé a eu le plus heureux succès : le jeune esclave a élé rendu sans rançon aucune. Le vol est tellement enraciné chez les GCafres, et notre tolérance, à cet égard, a été si grande, qu’il semble impos-
sible que nos commerçants puissent encore communiquer librement entre eux. Il faut que notre supériorité morale soit bien reconnue par cette race d'hommes pour que nous puissions aussi bien les tenir en respect.
Le 14, Je vais partir; Chirambaunua à recu les ordres relatifs à la marche de demain. J’ai enfin surmonté tous les obstacles qui s’opposaient à mon voyage, et si les pluies ne me retardent pas je pense être rendu à Zumbo
dans 18 jours. La sécheresse est arrivée à un point inquiétant, et les cultures qui donnaient de si belles espérances commencent à dépérir à vue d'œil. Je laisse ici le chef du détachement Joao de Brites Collaco, malade et ne pouvant marcher, 1l rejoindra avec les canots que je ferai envoyer LOTS Lane | |
Le 15. Aujourd’hui, à 9 heures du matin, je quitte cette maison hospitalière, pénétré de reconnaissance pour l'affabilité de mes hôtes. À 7 heures du soir, je viens camper auprès du village du prince Mucussa, et, avant d’être complètement installé, mon monde fut mis en émoi par un tigre qui vint attaquer notre campement. Après quoi survint une pluie torrentielle accompagnée d’une telle quantité de moustiques que je dus me promener la nuit avec une tente sur le dos comme un escargot. Tout le long du chemin parcouru aujourd’hui j'ai vu d'assez belles cultures, mais toutes avaient grand besoin de l’ondée que Dieu leur envoya à 11 heures cette nuit. Entre 10 et 11 heures du matin, j'ai traversé les ruisseaux Mucusé et Canhambiré, tous deux peu importants ; vers midi je franchis les villages des chefs Magoë et Cancuino, enfin à 4 heures après midi, j'avais traversé le rio Chou’, large de 60 brasses, complètement à sec et dont les rives basses étaient au niveau du lit. |
Le 16. Je ne pus me mettre en route, à cause du mauvais temps, que vers le milieu de la journée; on dirait que le ciel veut se fondre en eau. Ces pluies sont cependant les bienvenues. J'arrive à 9 heures du soir à /nhacaso pour y passer la nuit; j'avais traversé, avant d’y arriver, le ruis-
seau Chincaué, peu profond et peu large, mais ayant de
l’eau excellente, et j'avais laissé à ma gauche les deux grandes chaînes de montagnes Chibondoca et Cauhembanhemb a, qui s'étendent (en formant une seule cordillère) dans la direction du Nord, à une distance de plus de 5 ouGlieues, et doivent toutes deux mesurer 800 pieds d'altitude.
VOYAGE DE TÊTE À ZUMBO. Do
Le 17. Après avoir duré presque toute la nuit, la pluie cessa vers 8 heures et demie du matin, j'en profitai pour me mettre en route. Après avoir passé le ruisseau Tuvé, d’une largeur de 2 brasses et une de profondeur, je traverse à 10 heures le village du mambo Giré, le futur Muanamotapua de Chemida. Ge mambo vit par politique sur les terres des Pimbes, sur la rive gauche du Zambèze; il a toutefois ses plantations et ses cases sur le territoire de son futur empire, comme un acompte sur le commandement suprême qu'il attend. Le Muanamotapua actuel, bien qu'octogénaire, est encore tellement plein de vie que les décrets d’en haut peuvent seuls décider sa mort; en attendant, son successeur se morfond, ennuyé de cette puissante vitalité, mais comme il lui reste l’espérance, il attend avec assez de résignation son tour de gloire.
Au delà de ce village se trouvent ceux du fumo Manhama et pondoro Zinhemba et celui du souverain actuel du royaume de Musingua, entre lesquels on traverse deux ruisseaux qui ne sont plus que de vrais sillons creusés par l’eau des dernières pluies. Les territoires de tous ces princes sont bien cultivés: je campe dans le village de Musingua à D heures du soir.
Le 18. Journée perdue à cause du mauvais temps.
Le 19. À 9 heures et demie, la pluie cesse et je lève le camp. Je ne tarde pas à gravir une petite hauteur dont j'ignore le nom; au delà je traverse un ruisseau de peu d'importance et sans nom, puis une vaste forêt d'arbres superbes, enfin je monte Les pentes de la serra Cavinavina, dont la disposition en vastes gradins facilite beaucoup l'ascension, qui n’est pas longue, mais la descente est effrayante et très périlleuse. Après en être venu à bout, Je longe des champs superbement cultivés au bout desquels est bâti, en un lieu élevé, le village du chef noir connu sous le nom de Capitao, fils -de Musingua. Plus loin, je laisse à ma droite quelques misérables païllottes et je tra-
verse le rio Bzidia, qui contient peu d’eau en ce moment et doit mesurer 4 ou 5 brasses de large sur une brasse de profondeur ; enfin, à proximité de la rive droite du Zambèze, je contourne la serra Catutuma par un sentier pierreux et rempli de buissons sauvages. Je traverse une petite plaine inculte et je côtoie une autre chaîne appelée Muriraquase, par un chemin pierreux et rempli de fondrières ; au delà je passe le ruisseau Chilopose, à sec, et aussitôt après je franchis la serra Mussenguèse, près de la rivière du même nom, sur la rive droite de laquelle s'élève le village du fumo Musuarinne, où je m'arrête pour déjeuner et me procurer des embarcations pour passer la rivière. Une fois restauré et reposé, je me fais mettre sur l’autre rive du rio Mussenguèse, opération qui n’est terminée qu’à 8 heures du soir, et'je remets au lendemain le passage du détachement que je n'ai plus le temps de faire camper avec moi. Gette rivière a en moyenne 40 brasses de largeur et, à cette saison, 2 de profondeur; elle est presque à sec d'août à novembre. À quelque distance de ses bords je laisse à ma gauche la serra Caranguène, insignifiante comme altitude et comme étendue, et je m'installe, pour passer la nuit, dans un endroit couvert. de broussailles, auprès de quelques petits villages sans importance.
Le 20. À T heures du matin, je vais un peu plus loin et, une heure après, je campe pour attendre l’arrivée du détachement et acheter des vivres pour les porteurs, ce quime fait encore perdre un jour.
Le rio Mussenguèse étant la frontière du pays de GChedima, il me faut décrire ici les coutumes des habitants telles qu’elles sont dépeintes par les personnes compétentes et telles que je les ai observées moi-même. En choisissant les faits les plus vraisemblables, je n’omettrai cependant
aucune des circonstances ayant rapport à mon sujet, si insignifiantes qu’elles paraissent, pour que ma description ne laisse subsister aucun doute.