TL" MARCHE A TRAVERS LE PAYS DE CHEDIMA
Le 27. Effectivement, vers les 7 heures du matin, nous nous mettons en marche ; et, malgré les menaces du temps, l’après-midi est très belle. J’entreprends de passer le Mussanangoé et j'y perds quatre bonnes heures, car, pour 140 porteurs, je n'ai à ma disposition que deux petits canots qui ne peuvent prendre, à chaque voyage, que la charge de quatre hommes, en plus des deux rameurs. C’est pourquoi je ne puis faire plus d’une lieue aujourd’hui et je campe sur les terres du mambo Zuda, sur la rive droite du Zambèze, vis-à-vis Chibade. L'endroit est mal choisi, car, bien qu’il soit couvert d'herbe et de buissons épais, nous n’y trouvons pas les matériaux nécessaires pour y construire un abri. En revanche, nous jouissons d’un spectacle magnifique dont un homme de génie tirerait certainement parti pour faire un ravissant tableau ou des vers charmants. Les eaux du Zambèze courent avec impétuosité à mes pieds, assiégeant les roches avec une fureur épouvantable. Au delà, sur la rive opposée, se voient des groupes d'hommes et de femmes occupés à la culture d’une plaine verdoyante, de laquelle ils espèrent tirer une abondante moisson ; plus à gauche, est un village, dissimulé aux regards par une plantation régulière de calebassiers. Une
chaîne de montagnes élevées sert de fond à ce tableau : ses sommets et ses dépressions un peu confus et tout boisés se perdent à l'horizon dans une délicieuse perspective. |
Le 28. Nous levons le camp à 6 heures et demie du matin; je quitte les rivages rocheux du Zambèze et sa cataracte en m'écriant :
J’ai vu la cataracte de Carabaca, où l’eau se précipite avec fracas et rebondit en bouillonnant !
Vers 4 heures du soir, je m’arrête à Tocoma; je suis
encore sur les terres de Zuda. Le temps reste beau et le voyage se poursuit dans les meilleures conditions possibles.
… Le 29. Nous partons à 6 heures du matin et nous continuons notre voyage dans le meilleur ordre; toute la: journée se passe à gravir de hautes montagnes par des chemins sinueux, remplis d’aspérités et toujours au milieu de bois épais. Un des porteurs se permet de nous quiiter pour aller se coucher au fraïs, en laissant sa charge sur le chemin. À 4 heures du soir, je m’arrête à Nhauchuré.
Le 30. Nous nous mettons en route aujourd’hui à 5 heures trois quarts du matin, et cheminons toute la Journée dans une vallée longue et obscure couverte d'arbres qui fourniraient du bois excellent, mais de peu de diamètre. Cette vallée est resserrée entre deux cordillères de granit et arrosée par une rivière torrentueuse d’eau excellente, qui, prenant naissance dans ces montagnes, en descend par de nombreuses cascades et vient se jeter dans le Zambèze, après un cours accidenté auquel on donne le nom de Taca. Nous dûmes la traverser cinq fois, pour suivre le sentier qui longe lantôt une rive, tantôt l’autre. La cordillère de gauche se nomme Nhauterise, et celle de droite Inhambonga ; c’est cette dernière qui forme, sur son versant sud, la Carabaca. L’Inhambonga est habitée parles Uademas, un rameau des Maraves, maîtres primitifs de Chedima. Les anthropophages d'autrefois sont devenus très doux aujour-