‹ Voyage au ZambéseChapitre 26 sur 55 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

L'histoire de ce pays est aussi obscnre. On sait seulement que des chasseurs d’éléphants (Uajero), venus de Changoë sous la conduite d’un noir résolu nommé Mutota (de la famille de Changamira), et attirés par les étotfes et le sel qu'avait répandus dans le pays un Mutonga de Chemida, nommé Netondo (le créancier des blancs de Tête), commencèrent la conquête de ce grand territoire, sans pouvoir l’achever du même coup, car la mort leur enleva le chef, au sommet de la serra Chitacoxangonha, aux approches de cette terre promise. Seniant venir sa dernière heure, Mutota appela ses fils, Namangoro, Samarengo et Maiope, et leur parla en ces termes : « Celui qui désire continuer mes conquêtes doit épouser sa propre sœur, Inhamita (°), ici présente ; je le nomme alors mon héritier et successeur et lui fais don de tout le pays qu'il aura conquis. » Il mourut après ces singulières paroles. Les deux premiers de ses fils ne voulurent pas se soumettre à une aussi révoltante condition, mais le dernier, Matope, ambitionnant la renommée et le pouvoir et accordant peu d'attention aux liens qui l’unissaient à la femme destinée, accepta cette clause et succéda à son père. Le peuple lui jura une obéissance absolue pour avoir obéi à la volonté du chef mourant. Après avour: obtenu le pouvoir par un procédé aussi déraisonnable, Matope donna à sa sœur et femme le titre et la position de Nehanda (?) et, continuant les conquêtes commencées par son père, s’avança victorieux jusqu'aux bords du rio Raenha. Revenant sur ses pas, il rencontra, à quelques jours de marche de cette rivière, une princesse appelée Chicara qui lui barra le

(1) Elle était du même père, maïs non de la même mère. (2) Correspondant, chez les nègres, au titre de Dona (maîtresse de maïson; titre honorifique de femme en Portugal).

passage, malgré les efforts incroyables qu’il fit pour la mettre en déroute. Dans une circonstance aussi critique, et comme il réfléchissait aux moyens de pouvoir vaincre son efnemie, il lui fait prisonnier un noir du nom de Chicuma. Celui-ci, interrogé, raconte avec la plus grande ingénuité que le moyen de venir à bout de Chicara était que Matope couvrit la tête de ses Uanhaes avec des colliers: de buzios (*) et des cauris (*). I] pensait en disant cela que ce prince ne possédait pas de pareilles richesses ; mais Matope, ayant orné immédiatement ses guerriers avec les coquillages en question, marche fièrement à la rencontre de Chicara qui se voit perdue et prend aussitôt la fuite.

Mais, poursuivie par les troupes de Matope, elle disparut

à un endroit nommé Nacacote, laissant comme unique trace de son passage un lac appelé Choma, qui existe encore aujourd’hui, et dans lequel on raconte qu’elle fut engloutie avec les siens. |

Débarrassé de Chicara, Matope reprit le cours de ses conquêtes et les étendit jusqu’au pays de Canvurantenga (?), où il établit définitivement son pouvoir absolu, ce dont témoigne encore aujourd’hui le village de Zimbaué, fondé par lui et habité par des Uanhaes des deux sexes. Du mariage avec sa sœur 1l eut un fils nommé {nhancuma, mais il mourut sans l'avoir désigné comme son successeur et le peuple refusa de le reconnaître comme tel, d’abord à cause de la réprobation qu’inspirait sa naissance, ensuite parce qu’il était Le fils d’une princesse à laquelle le droit naturel défendait de monter au pouvoir.

Rameau du tronc primitif, Matope est le fondateur de la monarchie de Ghedima, il détacha à son profit le territoire Dande de celui de Chedima et fut reconnu comme prophète après sa mort, sous les noms de Nobésa ou Nhan-

(1) Buzios et cauris, coquillages servant de monnaie. (2) Aux environs de rio Panhame.

téqué (*) [exemple que suivirent sa femme et sœur Inhamita et ses frères Namangoro et Samarengo|, car avant de disparaître (?), il avait déclaré que son esprit étant immortel se mélamorphoserait en un lion et, sous cet état, continuerait à veiller et à travailler au bonheur de son peuple. C’est là l’origine du grand nombre des prophètes de second ordre, qui se nominent eux-mêmes sapos (chüre dans le langage du pays), et qui, sous le pseudonyme de Pondoros parlanis (après avoir été Muanamotapuas), abondent daus tout le pays de Chedima avec l’agrément du prophète en chef. C’est aussi là l’origine du culte sacré, dégénéré en fanatisme, que les naturels rendent au lion, animal choisi de préférence par l'esprit de ses mambos pour s’y incarner. Les Uanhaes ou gardes du Pondoro professent également un grand respect pour les immondes Quisumbas (°); tuer un lion où une quisumbas dans les villages des pondoros est un crime impardonnable.

Matope ne fut pas seulement le premier mambo de -Chedima, il eut aussi la gloire d’être le premier qui eut des relations avec les Portugais et le premier à porter le titre de Muanamotapua, qui signifie littéralement « enfant pris pendant la guerre », parce qu’il était né d’une négresse prisonnière de guerre; enfin, ce fut lui qui fit naître l’agriculture à Chedima : avant lui, les Vadema ne vivaient que de chasse et ne se livraient à aucun travail.

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