‹ Voyage au ZambéseChapitre 27 sur 55 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Inhampando et Boroma, fils de Mucombue, neveu du prophète, et par suite princes du sang, se déclarèrent en commun successeurs de Matope et furent agréés par le

(1) Le premier mot signifie « grand sorcier » ou « féticheur » ; et le second, « seigneur de Pégui » ou de peaux, car il est le premier qui fit usage de peaux d’animaux pour couvrir sa nudité.

(2) Les Uanhaes croient pieusement qu’il n’est pas mort.

(3) Nous ignorons quel est l’animal désigné par ce mot. (Note du trad.)

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peuple. [ls convinrent entre eux de n'avoir chacun pas plus d’un enfant mâle, pour éviter qu’un grand nombre de princes, ayant droit à l'empire, ne fût la cause d’un démembrement ; celui qui manquerait à cette convention perdrait pour ses fils le droit de régner. Cependant Inhampando, malgré sa promesse, ayant écouté davantage la voix de la nature plutôt que les raisons qui lui avaient fait consentir à un sacrifice aussi pénible, chercha un moyen d'y remédier en faisant cacher tous ses enfants mâles au sommet de la serra Nhauterese. Boroma, ayant su par hasard qu’il était trahi, reprocha durement à son frère sa déloyauté et l’injuria en lui disant que son nom avait toujours été Inhampando, qui signifie traître. Néanmoins la contrariété qu’il en éprouva fui si vive qu’elle le conduisit au tombeau. Sa mort fit passer les rênes du gouvernement dans les mains du prince Inhampando, mais celui-ci, mal vu du peuple qui n’ignorait pas la violation des engagements pris avec son frère, ne put supporter sa disgrâce et ne tarda pas à mourir. |

Chissamparo, fils héritier de Boroma, se présenta immédiatement pour disputer le pouvoir au fils d'Inhampando et, dans une bataille sanglante livrée aux partisans de son rival, vengea la mort de son père. Le prophète (auquel en avaient appelé les deux prétendants) mit fin à cette lutte en décidant qu'à l’avenir, pour concilier la volonté du peuple avec le droit des princes, le pouvoir suprême serait exercé alternativement par les héritiers respectifs directs, tantôt d’une famille, tantôt de l’autre. Cet arrangement accepté dura jusqu'à nos jours, malgré quelques luttes fratricides engagées par formalité ou par imitation de la première.

En exécution de cette convention, le mambo Chissamparo, devenu aveugle et dont le fils était encore mineur, avait associé au gouvernement de l'empire son neveu Mucuitico. Gelui-ci, au lieu de s'occuper de son oncle et

de l’aider à supporter son malheur, lui enleva une de ses femmes. Chissamparo donna l’ordre de poursuivre la fugitive, ce dont se chargea le prince Cacombué, cheuanga (administrateur), fonction qu'il exerçait auprès dudit Chissamparo. Mais, au lieu d'exécuter les ordres de son mambo, qui consistaient uniquement à ramener la femme en question, ce fonctionnaire infidèle tua Mucuitico et alla se cacher à son tour, avec la femme volée, dans le pays de Dandes. Gupo, Zéze et Camota (*), frères de Chissamparo, à la nouvelle de la mort de leur cousin Mucuitico, se révoltèrent contre leur frère qui, abandonné et aveugle, se réfugia à Inhameterara, dans le pays de Tête; là, il donna l’ordre à son fils {nhacusso de poursuivre ses oncles, mais il mourut avant d’avoir vu venger son affront. Inhacusso, qui lui succéda, tua Gupo, Zéze et Camota qui étaient cause de . la mort de son père. Ponzaguio, prenant parti pour les victimes, déclara la guerre à Inhacusso et, l’ayant vaincu à Namounga, le tua de sa propre main. Après s'être ainsi débarrassé de son rival, il prit en main les rênes du gouvernement et fit exterminer les Uademas, à cause de leur cannibalisme (ils dévoraient les cadavres des prisonniers); mais, devenu odieux à cause de sa barbarie, comme Inhacusso, les remords abrégèrent sa vie. À sa mort om reconnut comme mambo Mulanicua ou Nhaguro (aujourd’hui pondoro Daco-taco), auquel succéda Chieué et, quelque temps après, le mambo Canhambas qui mit à sa place le prétendant Inhamguia. À la mort de ce dernier, le pouvoir fut donné au mambo Changara ; à Chitengo succéda Mutédué ; à Mutédué, Combué; à Combué, Candie qui, attaqué par le prince Utiora, livra aux troupes de celui-ci divers combats dans lesquels Utiora fut vainqueur, et furent tués deux princes ses fils, Chissamba et Giré. Néanmoins, Utiora

(1) Les femmes de Boroma, malgré les ordres sévères et la vigilance du mambo, avaient réussi à cacher trois enfants en plus de l'héritier ; ce sont ceux dont il est ici question.

fut contraint de céder le pouvoir à son compétiteur, car ce dernier lui fit une guerre acharnée et, aidé de ses fils Camputo et Go6, réussit à le chasser. Candie, délivré d’un ennemi redoutable, eut une bonne administration et vécut en paix.

Chicué qui lui succéda, ne conserva pas longtemps le pouvoir suprême, il mourut dans la force de l’âge. A ce prince malheureux succéda Changara, mambo doué d’un bon caractère et pour cela aimé de son peuple. Mutua ou Bangomoë essaya bien de lui disputer le trône, mais vaincu dans plusieurs rencontres, il mourut sans avoir pu obtenir le pouvoir qu'il ambitionnait. Utiora, dans sa vieillesse, vit enfin couronner ses désirs; 1l succéda à Changara, mais son règne fut court, 1l ne tarda pas à succomber au poids des ans. Après lui, vint Choofombo, prince de génie, mais allant jusqu'à la perversité, et en outre turbulent comme un vrai sauvage. C’est sous son règne, environ vers 1806 ou 1807, que le gouverneur de Tête, Antonio Roberto de Barbosa de Villas Boas Fruao, concut Le projet de s'emparer de force du point appelé Caririra (vulgairement Chicoa) et d’en faire l’entrepôt du commerce entre les villes de Tête et de Zumbo, ce qui devait faciliter les communications entre ces deux localités'et permettre en outre le libre trafic par Uzezuro. Mais, par une trahison sans nom, le gouverneur lui-même, sacrifié à des vengeances personnelles, fut mis en disgrâce; ainsi furent interrompues pour plusieurs années les relations d'amitié entre les deux peuples et le précieux commerce d'échanges avec Uzezuro.

Inhamiexhenqué, Chicanza et Chiminiambo régnèrent les uns après les autres sans pouvoir renouer le fil des relations rompues, malgré de continuels messages envoyés dans ce but au gouverneur de Tête. Pendant ce temps-là les expéditions commerciales continuèrent (non sans grand danger) au milieu des déprédations et des vexations

exercées par les princes de l'empire, encouragés par leur propre chef.

A Chiminiambo succéda Zéca, homme de peu de caractère ; il eut à subir une grande famine et laissa ravager son pays par les Landines. C’est de cette époque que date la décadence de ce fameux empire. Zéca mourut expatrié et l'héritier direct s’étant désisté en faveur du prince Caturusa, celui-ci monta sur le trône.

Le mambo actuel, Calturusa, vingtième souverain, est descendant d’Inhampando, tandis que son successeur Giré descend de Boroma; aussi ces deux personnages sont-ils ennemis. La dynastie d’Inhampando se fait remarquer par un grand orgueil joint à une pusillanimité bien connue; celle de Boroma, au contraire, diffère de la précédente par un peu moins de hauteur et un attachement plus sincère à notre amitié, si bien qu'elles travaillent toutes deux à changer les mœurs de leur peuple et à rayer le nom de leur pays de la liste des nations africaines.

Le chef suprême de Chedima a le titre d’'empereur. Le Zimbaué qu’il habite actuellement n’est pas l’ancienne résidence de ses ancêtres ; la cause en est probablement dans des raisons d'intérêt ou de convenances personnelles, ce dont j'ai négligé de m’enquérir.

Le gouvernement de Chedima est despotique et héréditaire. La succession revient aux fils aînés de femme esclave et, à leur défaut, au frère du défunt, à la condition qu'il soit de même mère et de père Muanamotapua. La branche féminine est exclue du trône.

La cour du Muanamotapua est composée de différents personnages, dont les titres les plus connus sont les suivants :

Neuange, prince héritier.

Machindas et Muanambos, princes et princesses ses enfants.

Zingua, première femme et son esclave, condition sans laquelle elle ne pourrait être mère du prince héritier.

Muanambos, princesses ses femmes, prennent le titre de Nehandas aussitôt qu’elles entrent dans son Zimbaué (°).

Mucarangas, ses femmes libres ou esclaves dont le nombre est illimité.

Muanamambos, princes feudataires et seigneurs des districts dont se compose l’empire. Ils sont aussi appelés Mucnenhico, qui signifie « seigneurs de terres ».

Nachenanga, prince chargé de transmettre et de faire exécuter les ordres du Muanamotapua, il est au courant de tout ce qui peut se passer dans le Zimbaué. Chimumo, prince commandant les troupes, remplit les fonctions de Chinanga.

Netondo, prêtre chargé des cérémonies dans les Macanzas, de sacrer l’empereur et de nommer les princes feudataires au gouvernement des districts,

Muenemuxa, prince chef de la ville, chargé de veiller et d’aviser à tout ce qui peut s’y passer.

Chuanze, esclave attaché au service particulier de l’empereur. Au pluriel : Bzinanze.

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I] a été dit plus haut que deux familles ont des droits incontestables au commandement suprême de Chedima. Aussitôt que meurt un souverain, le Chimumo lui succède, et tous les princes de sa maison, abandonnant les districts qu'ils gouvernent, accourent se réunir dans le Zimbaué.

(1) Leurs fils, bien que Machindas, ou princes du sang, n’ont jamais droit au trône ni au commandement des districts, parce que ces princesses, jouissant d’une grande liberté, ne peuvent jamais être convaincues d’adultère ; aussi les princes se croient-ils autorisés à douter de la légitimité des enfants qu’ils ont avec elles.

À cette nouvelle, le chef dissident rassemble aussi tous ses partisans et les princes de sa famille et, traversant le Zambèze à la barre du rio Mussenguëse, il s'arrête sur les bords du rio Inhacaperere, où il fait provision de flèches. Marchant ensuite contre le Zimbaué du défunt, où l’attendent les princes ses rivaux, il engage avec eux une lutte acharnée, recommencçant (s’il ne remporte pas la victoire à la première rencontre) jusqu’à ce qu’il les ait chassés, ce qui arrive loujours parce que le prophète se joint à ses troupes. Les Uanhacs, tenant pour un grand crime le fait de combattre leur ange tulélaire, se soumettent alors (suivant l’exemple que leur donne leur vénal prophète) et se réunissent au parti vainqueur qui les recoit comme des frères. Le chef victorieux est aussitôt proclamé Muanamotapua ; on procède à toutes Les cérémonies d'usage et, dès ce moment, 1l est le souverain de Ghedima, maître de la vie et des propriétés de ses sujets.

Élevé au trône de la facon que nous venons de décrire, le Muanamotapua place immédiatement les princes de sa maison à la tête des districts abandonnés par les princes de la famille du défunt. L’héritier, avec tous les siens, se retire à Senga ; il doit se disposer (formalité à laquelle il ne peut se soustraire) à gagner les terres de Tête, à s'y. embarquer pour traverser le Zambèze, et de là se rendre au lieu de son exil, sur la rive gauche du fleuve [dans les terres des Pimbes, en face de la barre du Mussenguëése, près de Monio Tussére (')|, jusqu'à ce que le dispensateur de tous les biens lui fournisse l’occasion de revenir dans son pays natal et d'y reprendre le rang qui lui appartient.

Dès qu’il a réussi à évincer ses rivaux, le Muanamotapua fait part de son succès au gouverneur de Tête, afin d’être couronné par celui-ci ou par ses délégués, reconnu

(1) Eudroit où se trouvent huit baobabs ou calebassiers réunis, Les naturels l’appellent Monio.

avec le cérémonial accoutumé et proclamé avec l’assistante de nos troupes. Si le souverain actuel, et ses prédécesseurs depuis Gheofombo, ont négligé de se faire sacrer par le gouvernement de Tête, son successeur m'assura qu’aussitôt au pouvoir, il demanderait cette faveur, pour renouer avec nous des relations d'amitié singulièrement refroidies aujourd’hui, et obtenir par cette démarche un appui honorable et avantageux.

X EEE.

L'empire de Chedima se divise en fiefs gouvernés par des princes de premier ordre (proches parents du Muanamotapua) qui en ont l’usufruit et doivent à peine à l’empereur une obéissance nominale, presque dérisoire. Ces princes recoivent le titre de mambos et sont aussi appelés muenenhicos, mot qui signifie « seigneurs de terre », parce que, descendant des frères et compagnons de Mutota qu'ils aidèrent à conquérir ce territoire, celui-ci en récompense leur donna la jouissance perpétuelle des districts avec droit de suecession. Aussi prennent-ils les armes dans les mêmes circonstances que le mambo suprême ; leurs héritiers doivent également être fils de femme esclave.

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