X VI
Le pays de Chedima est en général montagneux ; les montagnes, couvertes d'arbres, sont formées d’une pierre rougeâtre assez friable, qui se présente sous forme de blocs volumineux, faciles à briser. On y trouve aussi du granit, du silex et du quartz.
La contrée est sillonnée de fleuves, de rivières et de ruisseaux, les uns périodiques, les autres impraticables par suite des obstacles naturels qui obstruent leur cours et du peu de profondeur de leur lit; aussi le manque d’eau se fait-il cruellement sentir dans la saison sèche. A l’exception du Zambèze, tous les autres cours d’eau sont peu poissonneux, mais les crocodiles y sont nombreux, ainsi qu'une espèce de lézard inoffensif, que les naturels appellent « Samba » et nous Tahagova.
Aux époques primitives, la population de ce pays était assez nombreuse ; elle est bien diminuée aujourd’hui. Les naturels sont de couleur noire, d’une taille avantageuse; ils ont de grands et beaux yeux, et, malgré les nombreuses marques qu'ils se font sur la figure, le frontet la poitrine,
comme ornement, et qu’ils appellent Nhoras, leur aspect est imposant. Ils vivent réunis dans des villages plus où moins nombreux suivant la puissance et la richesse du prince Muenemucha dont ils sont les sujets.
Les Adimas sont très arrogants, mais en même temps extrêmement lâches. À un caractère vindicatif ils joignent un haut degré de dissimulalion. [ls ont cependant du respect pour les vieillards, mais c’est de peur que ceux-ci ne leur jettent un sort, car ils ne peuvent admettre qu'on arrive à un âge avancé sans être sorcier. Ils sont adonnés à la boisson et enclins au vol, ils aiment les disputes, détestent le travail et sont trop paresseux pour éviter la majeure partie des calamités dont ils sont victimes ; tout leur sert de prétexte pour se livrer à leurs défauts habituels. Régis par des coutumes traditionnelles au lieu de lois, ils vivent en disputes continuelles, mais il est très rare qu'ils se livrent entre eux des combats sanglants. S'ils sont audacieux, et encore bien peu eu égard à notre Condescendance, c'est parce que nous cédons à toutes leurs exigences, si absurdes qu’elles soient, pour arriver à nos fins ; en faisant payer à notre commerce des sauf-conduits et d’autres droits encore plus onéreux, jamais ils ne rencontrent de résistance à leur cupidité immodérée. Ils sont en ce moment doux comme des agneaux, résultat de la très sage mesure prise par le gouvernement actuel du district, M. Antonio Pavarez d’Almeida, qui a puni de mort le chef de ces voleurs éhontés, acte juste et utile, pour lequel le commerce de cette ville est pénétré de reconnaissance envers un fonctionnaire si méritant. Le transit est de nouveau libre et le commerce débarrassé des continuelles impositions que les princes exigeaient arbitrairement et qui étaient si contraires à la dignité de la nation portugaise.
Au milieu de tous défauts, il existe cependant une vertu dans ce peuple ; voici en quoi elle consiste : quand l’un
d’eux amène à Tête des marchandises pour les échanger, il les livre et se retire pour un ou plusieurs jours et même quelques mois, sans crainte qu’on lui fasse aucun tort. Cette confiance, réellement singulière, mérite d’être opposée au procédé habituel des Cafres qui ne livrent jamais rien et ne rendent aucun service avant d’en avoir recu le paiement. |
La religion des Adimas est un mélange de croyances aussi superstitieuses que ridicules. Ils admettent cependant l’existence de Dieu, auquel ils donnent le nom de Murungo, mais, d’après eux, ce dieu ne s’occuperait pas des affaires de ce monde. Ils n’ont ni idoles ni temples pour les pratiques du culte. Ils donnent aussi le nom de Murungo au soleil, à la lune, aux comètles, aux étoiles, à la foudre, qu’ils considèrent comme des émanations de la divinité. Ils croient à la métempsycose, mais seuls leurs mambos jouissent de l’immortalité et reviennent comme prophètes. Ils n’ont pas l’habitude de baptiser leurs enfants, cependant ils leur donnent un nom dérivé du premier objet qui, à la naissance, se présente aux yeux du père ou de la mère. Au sujet de la création du genre humain, ils racontent que Dieu fit les hommes d’une seule couleur. Ceux-ci se trouvant réunis au centre de la terre, résolurent de se disperser, mais pour gagner l’endroit désigné à chacun, il fallait traverser un grand fleuve et se purifier dans ses eaux. Ceux qui se mirent en route les premiers trouvèrent le fleuve avec beaucoup d’eau, ils le traversèrent et devinrent blancs. Cependant les Africains, beau“oup plus paresseux, s'étaient laissés aller au sommeil d’une facon immodérée ; quand ils s’éveillèrent le fleuve était presque à sec. Ils voulurent alors faire un barrage pour en retenir les eaux, mais ils réussirent à peine à se mouiller la plante des pieds et la paume des mains, seules parties de leur corps qui soient devenues à peu près blanches. Cette his-
toire prouve que l’indolence est innée chez la race nègre ; ce n’est que tardivement qu’ils auront leur part du bonheur dont jouissent les autres peuples du monde ; elle confirme aussi les antiques prophéties et la parole du Tout-Puissant : À cause de vos iniquités et de votre paresse vous vivrez éternellement sous Le joug.