‹ Voyage au ZambéseChapitre 30 sur 55 · EX · texte numérisé non relu

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La langue adima est remplie de dissonances et désagréable pour l’oreille des Européens. Ce peuple montre cependant un goût décidé pour la danse et le chant; mais ce dernier ressemble plutôt à un récitatif qu’à un chant proprement dit. En voici un exemple:

Chéca, Choca, Sec’an sange, Massuco ch’aca an die (!).

La danse, la boisson et le jeu de Soro (espèce de jeu de dames très compliqué) constituent tous ses divertissements. Mis en contact avec nous, les Adimas n'ont plus peur des cartes et autres papiers écrits ; ils n’en ont pas moins beaucoup d’admiration pour notre manière de transmettre nos pensées et nos ordres, et regardent l'écriture comme un don surnaturel.

Les usages et les coutumes de ce peuple sont tellement semblables à ceux des Maraves, que je m’abstiens de les décrire pour ne point paraître plagiaire ; M. Gamitto, dans son Muata Casembe, les a dépeints avec une grande exactitude. Même croyance aux Maganas (esprits), aux sortilèges et aux sorciers; mêmes cérémonies pour les mariages, mêmes droits sur l’adultère, même recours au

(1) Va, va, — Ne sois point jaloux, — Mon cœur est à toi — et non à lui.

beau-père ou Dumbze (muenemuxa à Chedima); dans ce cas, mêmes épreuves de l’eau et du feu, mêmes serments, d'où le nom de Muteio. Pourtant les Adimas ne brülent pas les sorciers. Les deux peuples ont les mêmes danses, les mêmes repas aux mêmes heures; le mode de construction de leurs cases, avec cette différence qu'au lieu d’un clayonnage de roseaux, ils se servent de piquets plantés d’aplomb ; ce qui ne les empêche pas de changer de demeure chaque fois qu’il leur arrive un malheur, qu'ils appellent Marosa. Ils vont auparavant déposer de Ia farine à l’endroit qu’ils ont choisi ; ils nomment cette cérémonie « deitar Sembre ». Si la farine reste intacte, cela est d'un bon augure, les mesimos approuvent le choix ; maïs si elle se trouve répandue, ils se mettent à la recherche d’un nouvel emplacement. Ils ont les mêmes objets pour les usages domestiques et professent un égal respect pour les Macanzas où cimetières, dans lesquels ils vont déposer des offrandes et des prémices.

Quand meurt un Muanamotapua, et qu’on l’ensevelit, on n’enterre avec lui aucune de ses femmes ou Mucarangas, on ne désigne pas davantage de victimes pour lui tenir compagnie dans l’autre monde ; ces sanglants sacrifices n’existent pas chez eux. La première de ses femmes (Zingua) reste dans le village où a vécu le défunt, sans communiquer avec aucun homme; et, si élle manquait à ce devoir, elle finirait ses jours victime de l’ombre du mort, qui la poursuivrait sans trêve ni merci, ne lui laissant aucun repos, passez-moi l'expression, pas même pour boire de l’eau. Il appartient à Dieu de savoir jusqu’à quel point elle aura suivi ce précepte inventé sans doute par quelque gaillard, poussé par l’aiguillon de la jalousie, pour mettre un frein au libertinage d’êtres qui ne con-

La

naissent pas d'autre bonheur que celui d’assouvir leur

sensualité.

Les naturels se servent d’arcs et de flèches ; ils ont six sortes de haches de formes différentes, des couteaux de différentes grandeurs, qu’ils portent 4 là ceinture, ef dé grandes sagaies. Les noms respectifs de toutes ces armes sont les suivants : Utate-mive (utate l’arc et mive la flèche), Santos, Pompæs, Nhembes, Mateanos, Guangas, Chiembes (*), Chipangas et Fumos. Ils prisent très fort les armes à feu dont ils font déjà usage, mais tous ne peuvent s’en procurer ; les princes seuls en achètent et s’en servent à la chasse, car ils en connaissent admirablement la supériorité sur les autres armes.

Quelques princes fortifient leurs villages en plantant tout autour une palissade qu'ils nomment Vinga; c’est la seule défense qu'ils opposent aux insultes de leurs

ennemis.

XXIIT.

Les Adimas pratiquent la polygamie, et ceux qui possèdent le plus grand nombre d’Eves d’ébène sont considérés comme protégés de Dieu et favorisés du sort.

Les femmes de Chedima ne se percent pas la lèvre supérieure ; du moins celles qui adoptent cette coutume se font un trou pas plus gros qu'une épingle et y placent la queue d’une rosette, de laiton ou d’étain, en forme de bouton pyramidal, qu’elles nomment Catoto, ou bien encore un bijou ou un petit anneau des mêmes métaux, qu’elles n'ôtent plus et auquel elles donnent le nom de Petite. Elles

(1) Outre les santos, ils ont aussi les canos : ils se servent des premiers pour couper le bois et des seconds pour la chasse à l’éléphant. Tous les autres leur servent d’ornements dans les danses (le nhembé pour la danse des pondoros).

se fendent le lobe de l'oreille et y introduisent des rondelles d'ivoire de la taille de pions du jeu de dames, ou plus fréquemment un fragment de roseau qu’elles nomment Mabora. Les hommes se font encore de plus gros trous et leurs oreilles deviennent pendantes sous le poids d’énormes anneaux de cuivre, d’étain, de laiton ou de fer, semblables pour la forme — sauf les dimensions — à ceux que portent les Asiatiques. Ils appellent cet ornement Inhanmgangara. {ls prisent aussi beaucoup les coquillages appelés Doros et en portentdes quantités, enfilés avec du faux corail, au cou et à la ceinture ; plus rarement les portentils sur la tête. Ils aiment aussi beaucoup les verroteries pour se parer; ils enroulent autour de leur chevelure des rubans faits de l’écorce d’une plante appelée Cheruca et cousus avec de la paille de maïs fin, le tout peint d’une couleur tirant sur le rouge. Ils appellent cette coiffure Nhunzos ; les princes y ajoutent du faux corail, de la verroterie blanche et rouge et donnent au tout une forme de bonnet. :

Quand un homme recoit quelque chose, il remercie en frappant le sol du pied avec force ou en traïnant le pied sur le sol ; les femmes y mettent plus de facons : avec une extrême courtoisie elles se prosternent presque jusqu'à terre, ou bien, et c’est le cas le plus fréquent, elles se donnent une grande tape sur les fesses, comme je l’ai déjà raconté plus haut. pot

Quand deux naturels se rencontrent sur un chemin, ils se saluent en se frappant la poitrine de la main droite d’une façon modérée et en continuant tous deux leur route. Mais quand l’un d’eux rencontre un mambo ou lui parle, | voici ce qu’il fait : il s’assied les jambes croisées et étendues le plus possible, et se met à battre des mains très légèrement d’abord, en augmentant le son graduellement jusqu’à ce qu'il ait fini sa péroraison ; celle-ci n’est jamais adressée directement au mambo lui-même, mais à un de

ses serviteurs qui répète toujours le monosyllabe di, di, qui signifie : après ou ensuite. En entendant la réponse du mambo, il redouble ses battements de mains à grand fracas et se retire sans plus de cérémonie, Né Les femmes portent aussi des Doros au cou et, aussi bien que les hommes, des bracelets de laiton, de cuivre ou de fer, aux jambes (mendarira) et aux poignets (coingire). Les princes en portent d'ivoire (‘) et de métal, que leur fabriquent nos noirs orfèvres (*). Ceux-ci passent le métal à la filière et l’enroulent sur un gros cordon d’algadas ou de Boase tordu d’avance, à l’imitation de la plus grosse des cordes d’une viole française. Dans tous les villages où j'ai passé, j'ai remarqué que les Adimas, au contraire des Maraves, aiment à être bien vêtus; on les voit pour la plu-

part couverts d’étoffes de toutes sortes et de toutes couleurs

(à l'exception du rouge réservé aux princes), importées

d'Europe, d'Amérique et d’Asie, qu'ils obtiennent par

échange contre de l’ivoire et d’autres produits. Si quelques-uns font encore usage de peaux, c’est plutôt par économie que par goût, et aussi en souvenir des vêtements que portaient leurs premiers mambos. Les célibataires portent auitour de la taille un ou plusieurs cordons assez gros de verroteries de différentes couleurs qu’ils appellent Chimpotes ; plus ils en ont, plus on a d’égards pour eux, car on les croit plus riches. Cet usage est imité des Sengas.

Les femmes portent aussi des étoffes de différentes sortes et de différentes couleurs, dont elles s’enveloppentle corps

et qu'elles font tenir avec une ceinture de couleur en

coton (tissée dans le pays), qu’elles appellent Muxéca. Les femmes non mariées, connues sous le nom général de Uassicana (*), portent autour des reins un cordon de cauris et de

(1) Maringa. Le tourneur qui les fait s'appelle : messire a maringa.

(2) Ces orfèvres sont appelés messire & pette.

() Tant qu’elles sont vierges, elles vont les seins découverts et ne prennent le pagne qu’une fois femmes.

faux corail (‘), pour remplacer la ficelle (?) avec laquelle les femmes soutiennent le pagne (°) qui leur cache les parties naturelles. Elles s’ornent aussi la tête et le cou de rubans (*) et de fils (*) de verroteries de différentes couleurs qu'elles disposent avec symétrie ; leur facon de se vêtir n’est pas indécente. |

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