‹ Voyage au ZambéseChapitre 34 sur 55 · XX VIL · texte numérisé non relu

XX VIL

Il y a dans le pays de Chedima de nombreuses forêts qui fournissent des bois estimés et variés, tels que : Mussanha, Murangam, Mogingenia, Bois de fer, Mutondo, Murullo (ces deux derniers sont excellents pour la construction des canois), Tamarinier, Paçaça, Mucunite ou Sandal (ce dernier dans les environs de Tête), Muxinge, Pingue ou Jacaranda, Monio ou calebassier géant (?),

(*) Maxillas, chez les Maraves.

(2) A Tête, le calebassier géant est connu sous le nom de mulambeira. Le bois de cet arbre est très faible; les naturels se servent de son tissu cellulaire pour leurs cordes qui conservent une grande solidité. Le fruit est employé contre les maladies du ventre.

Mutoué, Mucuio, Mutumbotumbo, Mussango, etc. Bien que ces arbres aient une belle végétation, on ne rencontre pas parmi eux ces colosses qui font la richesse des forêts du Brésil. Le Boasé, arbuste duquel les naturels tirent le jin, se rencontre ici à Chaque pas.

Les arts sont dans l’enfance à Chedima, faute de matière première pour les appliquer. Les armes et les instruments de travail viennent de l’Usesuro ou de Senga, parce que ces pays possèdent du fer et des forgerons habiles qui savent le travailler (). Les constructions en bois ne demandant pas chez eux d’aptitudes professionnelles, les naturels appellent Messire Inhacussema, où charpentier, celui qui leur fournit les mesios, mortiers ou vases en bois ; les dure ou pilons (pour broyer le grain); les pando ou trônes sur lesquels s’assoient les mambos quand ils donnent audience à Matanda (?) ou à Danto (°) ; les samiro ou oreillers de bois, au même titre que ceux qui font les petites et grossières embarcations avec lesquelles ils naviguent sur le Zambèze.

Il existe une terre tellement imprégnée de sel que celui-ci apparaît, à la suite des grandes pluies, à la surface du sol, sous forme de givre ; les naturels le recueillent et, le mettant au feu dans des marmites de terre, ils en extraient un sel excellent qu'ils échangent avec les peuples voisins contre des esclaves ou des outils de labour. Ils se servent aussi d’argiles pour faire les poteries suivantes : Bare, vase pour mettre l’eau ; Faro, vase pour faire cuire

(1) Les forgerons s'appellent messire inhacufeira-utaria. () Du nom d’un arbre sous lequel les mambos donnent audience. Les Maraves

l’appellent buaro.

(3) Nom de la résidence des mambos; elle est située auprès de Matanda.

les pâtes de farine ; Inhambico, marmite pour faire cuire les légumes et la viande: Bia, écuelle qui leur sert d’assiette.

Ils emploient comme remèdes différentes écorces et racines de plantes. À Calumba, l'écorce de poirier; à Batatinha, les racines d’abutua, de vigne sauvage, d’aspérule, d’itaca forment, avec les pratiques de la sorcellerie, la base de toute leur médecine ; mais tous ces médicaments (michongas) agissent par sympathie.

Les animaux domestiques que l’on rencontre à Chedima sont les poules, les pigeons, les chiens, les chèvres, et plus rarement les moutons. Il n’y a pas de bestiaux, ce que l’on doit attribuer à la présence en grande quantité de la mouche venimeuse Pebse (*) qui est le plus grand fléau du pays, après les incursions des Landines. Les bœufs étant très nombreux dans l’Usesuro, où l’on n’aurait pas de considération pour un mambo qui n’en posséderait pas quelques-uns, les causes que je viens d'indiquer empêchent seules les princes de Chedima d’en posséder également. Il y à en revanche ‘un nombre de chiens étonnant ; les naturels s’en servent pour la chasse, quelques-uns les mangent, mais ce n’est pas le cas général. On ne trouve pas ici un seul exemple de domesticalion de la race porcine ou féline; les sectateurs de Mahomet pourraient vivre dans ce pays sans être scandalisés. Les rats de toutes sortes sont en quantité prodigieuse, et les naturels font un grand usage de la chair de ces innombrables animaux.

(/)\ Sans doute la Tsétsé.

Lé

Les oiseaux sauvages sont très nombreux.Les espèces que j'ai vues étaient des pintades, des perdrix et des cailles, des perroquets et des perruches. Les tourterelles sont particulièrement nombreuses ici ; J'en ai compté cinq espèces différentes : la tourterelle couleur de brique, de la taille d’un bon pigeon domestique, connue dans le pays sous le nom de Gucupse ; la Giusa ussaro, où tourterelle commune; la . Catunduro ou tourterelle blanche; la Chidimiga ou tourterelle verte, et la Bampe, tourterelle très petite. Il y a aussi des passereaux de couleurs variées, quelques-uns ont un chant mélodieux ; les fauvettes (/nhadumbos) et les cardinaux (Paramoreros) sont en assez grand nombre. On y voit aussi des chauves-souris en immense quantité et de toutes erandeurs, on les appelle Caremuaremua. Les autruches, appelées dans le pays Tiva-tiva, ne se rencontrent que dans l’'Usesuro ou le Macomo ; les vautours sont très nombreux partout.

XXXIIT:

Les animaux sauvages sont d'espèces très variées. J’y ai vu l'éléphant, le lion, le tigre, Le rhinocéros (Pembere pour les naturels), l’antilope, le bufile, le bœuf sauvage, le Zirana (?), le zèbre, le Merum (?), le Gire ou sanglier, le Nongo ou porc-épic, le Bonga ou chat sauvage, la Suara (?), la Caçanha (?), l'Inhaca (?), la Bauara (?), le Nasomo (?), la Bitte ou loutre, la Libre (?), le lapin, des singes et macaques de toutes sortes, le Chiné (une espèce de furet), la Neacas ou biche sauvage ; quant à la girafe, on ne la trouve que dans l’Afrique centrale.

Les rivières sont couvertes de bandes d'oiseaux aquatiques; leur surface est émaillée par leur plumage de différentes couleurs. Les canards grecs (Sécué dans le pays), Les

Colhereiros (?), les perdrix de marais, les canards sauvages de différentes espèces, les Vua-vua où canards sacs, les Inhamurundos avec leur protubérance ou crête sur le bec, les Para-para où canards nobles, le Jrires, tout petits canards, les hérons (Cacoas dans le pays) et les grues (Inhamucosore) vivent ensemble en tres grand nombre et en bonne harmonie.

Les oiseaux de proie sont aussi très nombreux; les plus redoutables sont une espèce d’aigle pêcheur qui a la tête - blanche et que les naturels appellent Cungué (à Tête on dit Quarré); une autre espèce avec le ventre et le dessous de la queue vermeil, appelée Chinzu; enfin les aigles fauves appelés bénédictins, à cause de la ressemblance entre leur plumage et l’habit de l’ordre de Saint-Benoit.

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