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À l’époque des cultures, les naturels de l’un et de l’autre pays quittent leurs villages et s’établissent auprès des champs qu’ils ont ensemencés. Cette époque de l’année est de beaucoup la plus agréable pour eux : aussitôt le travail de la journée fini, ils se rassemblent pour danser, chanter, s’amuser et boire avec tellement d’entrain qu'ils semblent le peuple le plus heureux de la terre. Cette appréciation serait exacte sans les cruautés que leur fait commettre la superstition, soit à l’époque des semailles,
soit à celle de la récolte : ils croient que les grains ne viendraient pas à bien sans sacrifices humains; un pareil attachement aux coutumes barbares des temps anciens montre à quel point ces peuples sont arriérés. Il est étonnant de voir combien ces peuples ont peu gagné à notre contact : c’est qu’au lieu de leur montrer la supériorité de nos mœurs, de notre morale et de nos habitudes, nous devenons au contraire esclaves des mêmes superstitions sans nous inquiéter de savoir si nous ne devenons pas ridicules à leurs yeux.
L'industrie de Dande se borne à la confection des ustensiles domestiques. Les naturels vivent plus du commerce de l’ivoire que de l’agriculture à laquelle ils prêtent peu d'attention. Les articles qui s’écoulent bien dans le pays sont : les cotons américains et les imitations anglaises, les indiennes portugaises, les mouchoirs de couleur rouge, la flanelle bleue, la percale rouge, les manilles de cuivre: jaune unies ou ciselées, les verroteries de toutes couleurs, le faux corail, les buzios et les cauris, les armes à feu et la poudre, le sel, l’étain, etc.
Il n’y a pas à Dande de finances publiques ; il n’est pas facile non plus de décrire la religion de ce peuple. A pari la métempsycose et le respect qu’ils professent pour leurs Macanzas, les naturels n’ont aucun autre culte et n’obéissent qu'à leurs Mesimos, desquels dépendent leur bonne et leur mauvaise fortune. Cependant ils rendent hommage à la lune, dont ils saluent l'apparition par des cris et du
tam-tam.
Les arts sont ici tout à fait dans l’enfance ; je parle du peuple qui habite auprès du Zambèze, mais il paraît qu’il
en est de même dans l’intérieur du pays, d’après les données que je possède. ;
Ni à Dande ni à Chedima on ne fait commerce d’esclaves ; toutefois, l'esclavage domestique existe. Le manque de bras qui se fait sentir dans les deux pays oblige les habitants à aller acheter des esclaves à Senga et chez les Maraves pour les employer à cultiver la terre ; mais aucun enfant de ces deux pays ne se vend, ils seraient du reste condamnés pour cela par le Muave. Ils sont très jaloux de leur liberté et ce n’est qu’à ce point de vue que je les admire,
Les vallées et les forêts de Dande ressemblent à celles de Chedima ; on y trouve les mêmes sortes de bois, à l’exception du Muconite qui n’est pas connu ici, et les mêmes plantes pharmaceutiques dont les propriétés ne sont cependant pas démontrées scientifiquement. Les fruits sauvages que mangent les naturels et qui plaisent à notre palais sont : Matondo, Fusa ou Jangôma, Fenci,
Mutacha, Maca, etc. | CURE
Les richesses minérales sont bien peu importantes à Dande, il n’en est pas de même du règne végétal et du règne animal. Les oiseaux domestiques, sauvages et aquatiques appartiennent aux mêmes espèces que celles de Chedima, il faut seulement y ajouter le Coroane (que les naturels appellent Podne [‘]) que l’on commence à renconrer à partir de Mussenguèse, Les animaux domestiques sont : les poules, les moutons, les chevreaux et les chiens ; les naturels se servent des derniers pour la chasse et ont pour eux des égards parce qu'ils sont l’animal de prédilection des premiers conquérants du pays. Comme à Che-
(1) A Tête et à Senna cet oiseau se nomme gar'o.
dima, il n’y a plus de bestiaux; ils ont tous été enlevés par les Landines.