XI
À Dande, le fils aîné de la femme esclave est, comme à Chedima, l’héritier de son père. À la mort de celui-ci il prend le pouvoir et entre en possession des revenus du district auquel appartenait le défunt, il hérite aussi de toutes les femmes de son père (!) [à l'exception de sa propre mère] qui deviennent ses secondes femmes, car la première doit irrévocablement être son esclave.
XIT.
Le peuple de Dande a aussi une législation traditionnelle. Il possède le plus renommé des prophètes de toute la Cafrerie, à l'égard duquel les mambos pratiquent l’obéissance et le respect au point de vue spirituel. Ceux-ci ne craignent pas de jamais perdre leurs districts, comme il arrive à ceux de Chedima, parce que la succession est pour eux perpétuelle ; aussi se considèrent-ils comme maîtres absolus de leurs districts qu’ils administrent en toute liberté et dont ils considèrent les revenus comme leur propriété. Ils ont entre eux de fréquentes disputes et en viennent aux mains pour les motifs les plus futiles, ce qui n’a pas peu contribué à leur discrédit. Il existe chez ce peuple une règle invariable : quand deux mambos se rencontrent, ils doivent se battre jusqu’à ce que l’un d’eux succombe dans la lutte ; aussi ne peut-il exister entre eux aucune union, aucun accord, aucune tolérance, vertus pourtant nécessaires à l’accroissement et au bonheur des peuples. Malheureux sans doute pour n'avoir pas trouvé quelqu'un qui leur ouvrit les yeux, éclairât leur raison, combattit les préjugés et les superstitions, conséquences de leur aveuglement et de leur ignorance, et pour les arracher à leur condition malheureuse, ils resteront dans cet
(1) Quel édifiant exemple de moralité!
état de sauvagerie et de férocité, jusqu’à ce que le temps seul vienne les modifier, en leur-faisant voir les erreurs de leur déplorable doctrine. Plus turbulents, sans contredit, que leurs cousins de Chedima, ils ne leur sont cependant pas supérieurs en bravoure, mais plutôt en arrogance et en orgueil. Ils n’ont pas d'armes défensives, et les offensives consistent en quelques fusils qu’ils nous ont achetés et en zagaies, arcs et flèches, qu'ils tirent de l’Usesuro et
du Hacomo (°).
XIIT.
Les Dandes regardent l’écriture comme une invention (æ)
diabolique ; ils n’osent toucher un papier quelconque de
peur d’être ensorcelés. Cependant, il n’y a pas de règle sans exception ; ainsi un prince de ce pays, nommé Chissunga, étant venu me voir il y a quelques jours, me demanda entre autres choses du papier, des plumes et de l’encre en me disant que c’était pour écrire. Je lui accordai en riant ce qu'il demandait : quelque temps après il revint et me présenta une feuille couverte de traits de plume ; je fus très heureux de cette occasion de voir son habileté.
Elle me toucha et je me mis à penserqu’avec de la volonté
et de la patience, si tous les princes de Dande étaient dans les mêmes dispositions, on pourrait avec le temps en faire des hommes utiles à leur pays.
Les femmes de Dande sont pauvrement vêtues et d’une facon disgracieuse ; j'en ai vu qui, faute d’étoffe, n’avaient qu'un morceau de natte pour cacher leur sexe. Elles se font les mêmes marques sur là péau et portent les mêmes ornements que leurs cousines de Chedima. À Dande non plus la modestie n’est pas considérée comme une vertu
(1) Macomo signifie pays montagneux,
pour les femmes non mariées, surtout dans les villages des Pondoros, et plus elles se prostituent, plus elles sont
considérées, à cause du profit qu'en retirent ces Muene- |
muxas. Toutefois l’adultère est puni d’une facon cruelle et barbare, sans préjudice d’une somme d'argent fabuléuse que l’on exige du coupable : mais cette sévérité ne s’applique qu'aux femmes vulgaires, car les Muanambos ou princesses jouissent des mêmes immunités que celles de Chedima. Comme dans ce pays, les femmes célibataires de Dande portent des ceintures de cauris. Dans Les villages où j'ai passé j'ai pu voir que l’insouciance, l’inconstance d'esprit, la nonchalance et la paresse forment le fond du caractère de ce peuple ; les princes eux-mêmes aiment peu la propreté, ils se couvrent de peaux ou de bizas, comme le peuple en général; ils ne portent aucun ornement sur la tête qui puisse les faire reconnaître ; c’est certainement le peuple chez lequel les princes ont la plus mesquine apparence.
Les gangas ou chirurgiens jouissent dans le pays d’une
grande considération ; mais ils ne font que l’office de char- Jatans, car les prédictions ou Ombesacoes sont l’apanage des Pondoros.