‹ Voyage au ZambéseChapitre 46 sur 55 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ARRIVÉE A ZUMBO, VILLE ET TERRITOIRE DE ZUMBO, SA PERTE ET SON ABANDON, RELÉVEMENT, PEUPLES VOI- SINS, RELATIONS COMMERCIALES, ETC.

Mon voyage à peine terminé, à peine ai-je recouvré mes forces, je me mets au travail et je suis à la lettre mes instructions. J'avais à prévenir le roi Buruma de mon arrivée et du motif qui m'amène, enfin à lui demander au nom du gouverneur du district de venir me mettre en possession du territoire qui, par ordre supérieur, fait partie de son administration depuis 1836. Dans le même but, et pour le principe. je devais prévenir les rois Masambué et Mutunda que, suivant la coutume, ils sont obligés d’assister à cette remise. |

Je dus attendre quelques jours avant de pouvoir réaliser Ce programme, Car je n'avais pas avec moi les cadeaux qu’il faut remettre au roi, coutume dont j'ignorais entièrement l’existence. Cette importante lacune une fois comblée, dans l’après-midi du 24 mars, je vois arriver Buruma accompagné d’une nombreuse suite de gens sur la figure desquels je vois rayonner l’espoir d’une bonne récompense pour leur importunité ; cela ne me touche point. Les règles établies par les anciens doivent être tombées en désuétude, à en juger du moins par le peu de résultat qu'elles ont

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donné aujourd’hui : Masambué et Mutunda se sont excusés en me faisant répondre que jamais ils n’ont assisté à de tels actes, ce qui n’est pas vrai. La raison de leur abstention est qu’ils ne veulent pas se trouver avec Buruma.

Le 25 du même mois, à 10 heures du matin, je me rends au local de l’ancienne feira et au boulevard $S. José (*) où je trouve déjà hissé le drapeau national et le détachement rangé en bataille. Je pousse alors les vivats suivants répétés avec enthousiasme par le peuple et la troupe : À Sa Majesté Très Fidèle le Roi de Portugal et toute la famille royale ! À la gloire du Portugal et de ses colonies! A la prospérité de Zumbo! A Son Excellence le Gouverneur général de la Province et à l’illustre gouverneur du district ! Je déclare ensuite qu’au nom de Sa Majesté et par ordre du gouverneur du district, je suis venu reprendre possession du territoire de Zumbo et de tout le territoire qui en dépend ; je fais signer par toutes les personnes présentes l'acte de prise de possession du pays où tous les Portugais pourront dorénavant se livrer au commerce, à l’agriculture et à tous les arts utiles, aussi bien sous la protection du gouverneur que sous celle des rois nos amis et alliés. Après la lecture de cet acte, le détachement fit trois décharges en signe de réjouissance et regagna çes quartiers; quant aux nègres et aux uarenjes de Buruma, ils se mirent à chanter et à danser à leur facon jusqu’à une heure fort avancée de la nuit. Leurs chants étaient tous allégoriques et témoignaient de l’espérance de voir terminer les maux dont ils souffrent depuis si longtemps et commencer une ère de prospérité. Ils n’oubliaient pas non plus d’invoquer frère Pedro pour le prier de venir en aide au nouveau Capitaine-major dans sa mission difficile et pénible.

(1) On lui a donné ce nom parce que c’est là que fut dressé le mat de pavillon, le 19 wars, jour de Saint-Joseph.

Voici la traduction d’un de leurs chants :

Maintenant je suis vêtu d’écorce, Autrefois je portais de la soie!

Oh ! oui, oui, oui,

Je suis malheureux ; pauvre de moi!

Buruma se présente ensuite à moi pour me dire qu'ilremet solennellement entre mes mains les terres qu’il a en son pouvoir, 1l espère que je reconnaitrai et que je rendrai hommage à sa fidélité. Je lui réponds que le gouverneur, informé de son procédé, aura pour lui la plus grande considération.

Après cetle cérémonie je pris mes quartiers d'hiver, car dans ces mois de mauvais temps je ne pouvais me livrer à aucun des travaux relatifs à la mission dont on m'avait chargé. Le 20 avril, le temps étant déjà sûr, j'allai à l’emplacement de l’ancienne ville choisir un endroit pour y bâtir la caserne (le terrain de la feira ne convenant pas pour cela); je réglai les travaux, promptement terminés sous la direction du capitaine-major de Quelimane, qui voulut bien se charger de cette besogne et s’en tira habilement et économiquement.

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