Voyage autour de la Mer morte
La nuit a été horrible; les rafales de pluie se sont succédé sans interruption, et souvent nous nous sommes réveillés en songeant , avec certaines angoisses préventives, à la maudite Sabkhah qu'il nous faut nécessairement traverser le plus vite possible, si nous ne voulons pas nous établir, pour un mois peut-être, dans le Rhôr-Safieh.
Maintenant que nous avons parcouru la Moabitide, arrêtonsnous un instant, pour voir s'il nous sera possible d'identifier les noms modernes des ruines dont nous avons relevé les positions, chemin faisant , avec les noms que nous fournissent les écrits sacrés et profanes de l'antiquité ; mais avant tout, rappelons le plus brièvement possible l'histoire de la Moabitide.
La Genèse nous apprend (\ix-37) que Moab naquit de l'inceste commis par Loth avec sa fille aînée. Après la catastrophe de la Pentapole, les Moabites, ses descendants, envahirent la rive orientale de la mer Morte et le vaste plateau qui la ii. *
2 VUYAUE EN SYRIE
domine; ils en chassèrent les Émim, car nous lisons dans la Bible1: — 9. L'Éternel me dit : Ne tourmente point Mono et ne commence pas de guerre avec eux, car je ne te donnerai pas de son pays un héritage; car j'ai donné Ar aux enfants de Loth pour héritage. — 10. Les Émim y avaient auparavant demeuré ; un peuple grand, considérable et de haute stature comme les Anakim. — 11. Les Rephaïm sont réputés aussi comme des Anakim, et les Moabites les appelèrent Émim. — Jl paraît évident que ces deux versets 10 et 11, aussi bien que le verset 12, constituent une glose marginale , certainement postérieure à l'écrit de Moïse lui-même, et qui se sera introduite dans le texte sacré; en effet ces trois versets qui mentionnent la conquête Israélite comme achevée , viennent couper incidemment Tordre que Dieu donne à Moïse. Quoi qu'il en soit, il est certain que les Émim, premiers habitants de la Moabitide, furent expulsés et remplacés par la race issue de Loth, et de son fils Moab.
Les Ammonites, frères des Moabites par Ammon , fils de Loth et de sa seconde fille, s'établirent également sur la rive orientale de la mer Morte et du Jourdain, mais plus a l'est que les Moabites. Ces derniers, après avoir étendu leur domination jusque vis-à-vis Jéricho et au bord du Yabbok, furent refoulés plus tard par les Ammonites au delà de FArnon (Ouad-cl- Moudjeb) qui devint la limite septentrionale de la Moabitide. Cette limite était déjà celle du pays de Moab, lorsque les Hébreux, partis d'Égypte, vinrent se présenter sur ses frontières. Nous lisons effectivement dans les Nombres (xxi) : — 13. De là ils (les Hébreux) partirent et campèrent en deçà de l'Arnon qui est au désert, sortant des confins de l'Amori, car l'Arnon est la frontière de Moab, entre Moab et Amori. — 14. C'est pourquoi
i. Dcutcronoiue, n.
ET AUTOUR DE LA M EH MORTE. 3 il est dit au livre des Batailles de l'Éternel , le Ouahnb à Soufah et les torrents de Timon. — Ce deuxième verset est entièrement inintelligible; que signifie ce mot 2m, Ouahab? on l'ignore complètement. En arabe w*j signifie donner, concéder. Ce verset devrait-il, par hasard, se traduire ainsi : — C'est pour cela que dans le livre des Batailles de Jehovah, il est dit : La concession faite à Soufah, et les torrents do l'Arnon, — et était-il destiné à fixer les limites de la terre donnée aux enfants de Moab, et qui commençait à un lieu nommé Soufah, pour s'étendre jusqu'à l'Arnon. Je me garderai bien de proposer cette interprétation comme incontestable, et je me bornerai à faire remarquer que si, dans Soufah, on voulait retrouver un lieu tenant au Djebel-es-Soufah qui est au sud de l'Ouad-cz-Zouera, et au sud-ouest du Djebel-el-Melehh , on aurait probablement les limites méridionales et septentrionales de la Moabitide proprement dite, puisque Zoar était sur cette limite. Ceci résulte clairement du commentaire de saint Jérôme », dans lequel nous lisons : Segor in finibus Moabitarum sila est, dividensab iis terram Philisliim. Mais quittons bien vite le terrain dangereux des hypothèses, en ajoutant toutefois que la teneur du verset suivant, 15: — Et le cours du torrent qui tend vers la ville d\\r, et qui s'appuie a la frontière de Moab, — semble en quelque sorte compléter la délimitation de la terre moabitique, en déterminant sa frontière orientale.
Quant à la marche même des Hébreux vers la frontière, elle est parfaitement tracée dans le livre des Juges (xi, 17, 18). — (Israël) envoya aussi vers le roi de Moab, qui ne voulut pas ( permettre le passage de l'émigration hébraïque sur son territoire) et Israël resta à Rades (au sud du pays de Canàan). — 18. Il parcourut le désert, lit le tour du pays