‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 181 sur 211 · Ant. Jnd., v, vi · texte numérisé non relu

Ant. Jnd., v, vi

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ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 533 située sur les bords du lac Sainakhonite, et que les marais qui environnent ce lac, détendaient jusqu'à la région de Daphné. Voici le passage qui contient ce précieux renseignement. « Séleucie était située auprès du lac des Sémékhonites, SAeuxeta $t rpo; Th 2ê(uxo>viTûv >i(avyi, (rpoç peut se traduire indifféremment : auprès ou devant). Ce lac vaseux étend ses marécages jusqu'au pays de Daphné, pays délicieux et fertile, qui possède des sources qui, grossissant le cours d'eau appelé le petit Jourdain, audessous du temple de la vache d'or, le jettent dans le grand.1 » Ce nom de Daphné est-il correct? Reland en a douté et a proposé de le remplacer par celui de Dan. J'adopte pleinement cette substitution qui me paraît nécessaire.

Revenons à notre itinéraire. Dès que nous sommes engagés sur le liane des collines verdoyantes qui ferment au nord le bassin du lac Samakhonite, nous commençons à en voir les sommets garnis de ruines immenses, d'édifices construits en gros blocs de lave. 11 semble que l'on reconnaisse les traces d'une enceinte qui couronnait la crête de ces collines. Des pans de murs sont encore en place, et en quelques points paraissent de ces longues allées de pierres fichées que j'avais déjà vues en Moabitide et dans le pays de kcnàan. Ces ruines continuent de se montrer pendant un temps infini. Les hautes collines que nous longeons, cessent tout à coup de s'étendre de l'ouest à l'est, et tournent au nord; elles forment alors le flanc gauche d'une large vallée, ou, plus exactement, elles dominent une plaine mamelonnée , à travers laquelle nous cheminons pour gagner Banias. La branche de collines dirigée au nord , est comme celle qui fait face au Bahr-el-Houleh, garnie, à la crête, de ruines immenses s'étendant à perte de vue. La plaine même que nous traversons dès que nous avons quitté le flanc du pâté

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de collines couronnées de ruines, est littéralement couverte de blocs énormes de lave , n'offrant plus aucune trace de travail humain.

Cette fois encore, l'abbé* qui m'entend lui répéter à dix reprises : — Ces pierres constituent les ruines d'une ville; qui était un monde; — l'abbé hausse les épaules, se moque de moi, et me dit que je suis fou. — 11 ne peut y avoir eu, dans ces contrées, une ville d'une immensité pareille! D'ailleurs, la nature de ces blocs trahit leur origine. Nous parcourons un terrain volcanique, et les blocs ont été jetés là par des éruptions antéhistoriques. Voilà tout le secret de cette colossale accumulation de pierres qui couvrent des espaces d'une étendue véritablement effrayante. — Je suis furieux d'avoir affaire à un contradictcur aussi têtu, et je désespère de le convaincre, tout en conservant ma conviction personnelle, lorsque cette fois encore, ma bonne étoile me vient en aide, comme à Gomorrhc. Il me semble que j'aperçois à une centaine de mètres, à gauche du chemin et vers le sommet d'un mamelon, quelque chose qui ressemble fort à un pan de mur cyclopéen, des temps les plus sauvages. J'y pousse mon cheval, je reconnais que je ne me suis pas trompé; je jette un cri de joie et de triomphe; j'appelle l'abbé, en mettant pied à terre; l'abbé vient, regarde ce que je lui montre du doigt sans dire une parole, reste frappé de stupeur devant ce qu'il voit, et, comme toujours, se rend à l'évidence, sans chercher à faire un pas en arrière.

Je ne crois pas qu'il y ait au monde un savant qui cherche de meilleure foi que l'abbé Michon, à être convaincu, et qui cède plus résolument, à la première preuve qu'on lui donne que le fait qu'il niait un instant avant, est un fait réel. — Voilà la découverte la plus curieuse de notre voyage, me dit-il aussitôt; il faut que vous ayez le diable au corps pour avoir deviné des ruines dans ces amas de blocs que j'eusse parcourus cent fois,

KT AUTOUR DE LA MER MORTE. 535 sans songer à y chercher les restes d'une ville. — Maintenant, cher ami, lui dis-je, il ne s'agit pas de discuter, mais de lever le plan do co monument ; plus tard nous chercherons ce qu'il peut être : pour le quart d'heure, à l'œuvre.

Je fais mettre pied à terre à tout mon monde; je déclare que j'ai pour une heure de travail sur ce point, et que par conséquent nous y déjeunerons. Pendant que je prends des mesures et des croquis avec l'abbé, Édouard, Philippe et Papigny se mettent à chercher des insectes, sous les pierres de dimension abordable, qui jonchent le terrain. A la première qu'ils lèvent, un serpent très-venimeux, que les Arabes d'un village voisin, accourus en foule, pour se donner le plaisir de nous examiner à Paise *, me nommèrent Abou-Mezrâq (le père Javelot), cherche à filer grand train à travers leurs jambes, et reçoit un coup de courbache qui lui casse les reins. A la seconde pierre, même histoire. A la troisième, encore ! Ces trois épreuves suffirent à mes naturalistes, qui se dispensèrent de déranger un serpent de plus. En été, il doit être horriblement dangereux de se promener au milieu de ces ruines, qui sont devenues le domaine exclusif des reptiles.

Voici , en quelques mots , les principales mesures que nous fournit le plan de l'édifice que nous avons levé. C'est un carré peu régulier, assez bien orienté d'ailleurs, et dont les faces ont à peu près soixante mètres de développement. Aux quatre angles, sont placés des avant-corps carrés, de six à sept mètres de côté, en saillie d'un mètre sur les faces externes des murailles. Celles-ci ont deux mètres d'épaisseur, et sont formées d'énormes blocs bruts, reliés entre eux par de petits blocs également bruts, s'encastrant dans les vides irréguliers que les aspérités des grosses masses laissent entre elles. Sur le milieu de chacune des longues faces sont des saillies, d'un mètre aussi, et de six mètres de longueur, simulant des avant-corps comme ceux des

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angles, et dont les portions qui on faisaient des sortes de tours carrées fermées, manquent, à l'intérieur, aussi bien qu'aux tours angulaires. Une série de murailles ont laissé à l'intérieur leurs arasements, en arrière des faces est et ouest. A l'extérieur de cette dernière, se relient à l'édifice principal d'autres murs arasés, présentant des contours bizarres, qu'une description ne pourrait faire comprendre et dont te tracé sera beaucoup plus intelligible, à la première vue du plan. A une faible distance, qui ne dépasse pas cent mètres, et vis-à-vis de la face occidentale du khan, se trouve une enceinte polygonale irrégulière, cyclopéenne comme celle du temple, quoiqu'on appareil plus petit. Nous fûmes frappés immédiatement de l'analogie étrange de cette disposition, avec celle du temple de Garizim et de la plate-forme des sacrifices. Cette analogie est-elle fortuite? Je n'en crois rien *.

On voit qu'il y a une ressemblance très-grande entre l'ordonnance générale de cet édifice et celle du temple du (iarizim. Je n'hésite donc pas un seul instant à voir dans cette ruine, celle d'un édifice religieux, appartenant à l'antiquité la plus reculée. Les Arabes du village placé à l'est de ce monument, dans une espèce de bas-fond planté de petits arbres, appellent la ruine que je viens de décrire El-khan , mot par lequel on désigne, dans tout l'Orient, les espèces d'hôtelleries où les caravanes s'arrêtent pour passer la nuit. Ce village arabe placé près d'EI-Khan, et dont j'ai négligé de recueillir le nom, est trèsprobablement celui que M. de Bertou appelle Ardh-ez-Zouk. Mais c'est là le nom d'un pays et nullement celui d'un village. Je n'hésite donc pas à penser que colui-ci se nomme es-Souq, le Marché, et non ez-Zouk, ce qui a une tout autre signification.

Quelle a été la ville immense dont nous venons de parcourir les ruines, et à laquelle appartenait le temple dont nous avons

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