‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 192 sur 211 · Qtwst., 1i0 in Otwstm · texte numérisé non relu

Qtwst., 1i0 in Otwstm

ET AUTOUR DE LA M EH MORTE. 557 inscriptions anciennes) ; je m'étais donc promis d'y courir ce matin, avant le départ. C'est ce que j'ai fait, en compagnie d'Edouard. Le temps est redevenu supportable, il promet même d'être beau dans la journée, car le vent a changé, et les nuages se dispersent peu à peu, en laissant la place au soleil.

De loin , la vieille porte me semble de construction arabe ; de près, j'acquiers bientôt la conviction qu'elle est fort insignifiante. Les belles pierres de taille qui en constituent les parements, ont été empruntées à tous les monuments antiques d'alentour, et au-dessus de l'archivolte est encastré un véritable tarikh arabe, que je n'ai pas le temps de déchiffrer, mais dont je lis assez pour me convaincre que je suis devant l'œuvre d'unsoulthan mamlouk Baharite. Cette porte débouche sur une espèce de pont qui traverse un cours d'eau très-vif et considérablement enflé par les pluies. Évidemment, voilà encore un des affluents principaux du Jourdain. A droite et à gauche du tablier de ce pont, sont couchées, en guise de parapets, de très-grosses pierres, provenant aussi des monuments de la Caesarea Philippi , ou de la Neronias qui lui a succédé.

Partout dans le village, et surtout du côté du canal dans lequel est resserré le ruisseau venant du Paneïon , on voit des tronçons de colonnes, presque toujours gisant sur le sol ou dans l'eau, quelquefois debout et en place. Il faudrait évidemment passer quelques jours à Banias, pour étudier sérieusement le terrain et les ruines. Celles-ci fourniraient des données assez nombreuses encore, je le crois, pour qu'il fut possible de reconstituer une sorte de plan de la ville antique.

A. droite du large chemin, je ne veux pas dire de la rue, qui dtï Banias aboutit au pont et à la porte arabe qui ouvre sur ce pont, se voient cinq grandes arcades de construction grécoromaine. Ces arcades sont de bel appareil, et enterrées aujourd'hui presque jusqu'à la naissance des archivoltes ; elles ne

sont du reste que dessinées , car elles forment un mur plein qui

sert de base à un mur moderne.

Je le répète : le site de Banias promet de belles découvertes à qui voudrait y faire un séjour suffisant. Les habitants sont doux et inoffensifs, et avec un millier do francs, je suis convaincu que l'on ferait retourner le sol de Banias tout entier.

Une fois rentrés de notre promenade matinale, nous avons déjeuné en bâte, fait charger nos bagages, seller nos chevaux et pris la route de Damas. Cette route, pendant quelques heures, à partir de Banias, traverse un pays ravissant. Elle commence au pont même que nous étions venus visiter le matin. Là, on tourne à Test et on longe, à droite, le cours d'eau qui vient de la source la plus éloignée du Jourdain, et à gauche, à proximité de Banias, des prés plantés de grands arbres, sous lesquels nous avons retrouvé le scheikh, à qui nous avons ainsi pu faire nos adieux. Le ruisseau coule au fond d'un petit vallon frais et bien boisé, qui s'étend jusqu'à plus d'une lieue à l'est de Banias. Nous finissons par quitter le bord du ravin , et nous appuyons alors un peu au nord, pour contourner le pied de la montagne, au sommet de laquelle se trouve la forteresse imposante qui se nomme Qalâat- Banias. C'est une forteresse en ruines et qui de loin semble dater de l'époque des croisades. La montagne dont elle couronne le sommet, est fort élevée et verdoyante. Au sommet, toutefois, ce sont des herbages seuls qui lui donnent cet aspect , car les arbres cessent de se montrer sur ses flancs, au delà des deux tiers de leur hauteur. Les habitants de Banias assurent que la citadelle (le Qalàat) a été bâtie avec les débris antiques de la ville, et que l'on voit plusieurs tarikhs dans les murailles. La chose est fort possible ; mais s'y trouve-t-il une seule inscription antique? Voilà ce que j'ignore et ce que je n'ai pas été Vérifier.

Dr puis que nous avons commencé à contourner la base de la montagne qui supporte le Qalâat-Banias, la route est devenue assez difficile. Elle monte rapidement et ello est complètement détrempée et défoncée par les pluies précédentes. Les arbres, couverts d'humidité, nous arrosent incessamment; enfin Pair est très-froid, et, à mesure que nous gagnons du terrain, nous reconnaissons, fort désagréablement , que nous cheminons vers la région des neiges éternelles. Nous passons à côté d'une source dont mes guides ne peuvent me dire le nom et que jo trouve indiquée sur la carte de Zimmcrmann, sous le nom de Ayn-el-Hazoury. Je me contenterai de faire remarquer la singulière analogie de ce nom avec celui du Ayn- Hazor, mentionné dans le livre de Josué, parmi les villes fortes de la tribu de Nephtali. Le terrain où nous sommes faisait-il pnrtie du territoire de Nephtali? Y a-t-il auprès de cette source des ruines auxquelles puisse s'appliquer le nom biblique? Comme je ne Pai pas vérifié, je n'en sais absolument rien, el je recommande ce sujet de recherche aux voyageurs futurs.

Depuis que nous sommes en train de monter , je m'aperçois que mon pauvre cheval n'a plus aucune énergie ; la fatigue qu'il paraît ressentir n'est pas naturelle; il est sûrement malade, et je n'ai pas envie de voyager à pied. J'ordonne donc à Matteo de me donner sa monture, et de s'en choisir une autre parmi les chevaux de bagage. Cet échange fini , je m'aperçois que j'ai fait un excellent marché. Matteo avait nommé son cheval cl-Bapour (il vapore, la vapeur), et il avait eu raison ; c'est une petite bétc enragée et que je dois plutôt calmer qu'exciter. Saïd traîne mon cheval par la bride, et nous continuons notre route.

Après avoir longé , à quelques cents mètres en contre-bas, la face orientale du Qalaat-Banias, nous avons, ainsi que je Pai déjà dit, passé près de l'Ayn-el-llazoury, et laissant à

quoique distance sur notre droite, un mamelon sur le flanc duquel est placé le village nommé Djebbata-ez-Zeit \ nous arrivons enfin au niveau d'une assez belle plaine, que Ton appelle Merdj-el-Afoureh, et qui s'étend de l'ouest à l'est. A notre gauche commencent immédiatement les pentes assez rapides du Djebel-ech-Cheikh, de ce magnifique sommet de l' Anti-Liban, dont tant de fois nous avions aperçu de bien loin la cime éclatante de blancheur. Les neiges commencent à trois ou quatre cents mètres au-dessus du point où nous nous arrêtons pour déjeuner, et elles se montrent, sans interruption, jusque sur le pic le plus élevé de la montagne. Devant nous s'ouvre, à l'est, le Merdj-el-Afoureh, au fond duquel nous apercevons au loin les bâtiments d'un moulin qui s'appelle Tahouahin-es-Sahar, du nom de l'Ouad-cs-Sahar, dans lequel coule un ruisseau large et gonflé à cause de l'époque où nous sommes ; c'est ce ruisseau qui alimente le moulin. A droite de celui-ci, c'est-àdire un peu au sud, se trouve un étang assez vaste et que nous apercevons de loin; c'est le lac Phiala, dont Josèphe parle à propos des sources du Jourdain a. Enfin, sur le flanc du Djebel-ech-Cheikh, en face et à l'ouest de l'Ouad-es-Sahar, se trouve le village nommé Mcdjdel-ech-Cheins , dans lequel on pourrait peut-être rechercher Beit-Chems de la tribu de Nephtali3.

1. Cette Djebbala ne serait-elle pas par hasard celle dont parlent les Talmudistes, et entre laquelle et Antipatris se trouvaient, à ce qu'ils prétendent, soixante myriades de villes. (Voyez Reland, p. 801, 808, ad vocein Gebath.)

î. On a souvpnt avancé que le nom Jourdain était formé des noms Yor et Dan, de ses deux sources principales. Josèphe lui-même laisse deviner qu'il partageait cette opinion, puisqu'il donne le nom Danos a celle de ces deux sources qui engendre le petit Jourdain. Ne serait-il pas plus naturel de chercher dans ce nom les mots ï% Rivière de Dan ? Je suis bien tenté de le croire, bien que ce ne soit pas l'avis de Retend. Ce qui est certain, c'est que les Arabes prononcent le nom de ce fleuve Ordan, ce qui est bien voisin de lordan.

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