‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 46 sur 211 · EL-HARAM-ECH-CHERIF , ENCEINTE DU TEMPLE · texte numérisé non relu

EL-HARAM-ECH-CHERIF , ENCEINTE DU TEMPLE

Je savais depuis longtemps qu'il existait à l'intérieur de Jérusalem, et sur un point de l'enceinte du haram qui a pris la place du temple de Salomon, un pan de muraille que les Juifs ont, de tout temps, considéré comme un débris du temple primitif. Je savais, de plus, que le pied de ce mur, dont l'approche n'était pas interdite aux Juifs, était pour eux une sorte de sanctuaire où ils venaient prier le vendredi soir ; que là, on les voyait souvent se lamenter, pleurer et enfoncer la tête dans les trous de la sainte muraille, afin d'y faire couler les larmes qu'ils versent en pensant à la ruine de Jérusalem et du temple. Ne comptant rencontrer que cet unique débris des constructions salomoniennes, on conçoit que ma première visite à l'enceinte du haram dut être pour le Heit-el-Morharby (le mur occidental). C'est sous ce nom que la vénérable muraille est connue à Jérusalem, bien que les Juifs allemands et polonais qui se fixent dans cette ville , prononcent ce nom Coutz-el-Màarabeh.

En arrivant devant ce mur respectable , je fus frappé d'admiration. Sur une hauteur de plus de douze mètres, la construction primitive est restée intacte; des assises régulières de belles pierres, parfaitement équarries, mais en bossage, c'est-à-dire

offrant une bande lisse qui encadre les joints, sont superposées jusqu'à deux ou trois mètres du faîte de la muraille. Il suffit d'un seul coup d'œil pour reconnaître que la tradition juive est indubitablement vraie. Un mur semblable n'a été construit ni par des Grecs ni par des Romains. C'est évidemment là un échantillon de l'architecture hébraïque. Dans les assises inférieures, les pierres sont assez régulièrement d'une largeur double de leur hauteur; parfois, cependant, des blocs carrés se trouvent juxtaposés entre les blocs à grande largeur. Les quatre dernières assises sont formées de blocs carrés, sauf l'avant-dernière, qui est composée de blocs trois fois plus longs que hauts. A mesure que les assises s'élèvent au-dessus du sol, les dimensions des blocs diminuent. Enfin , chaque assise est en retraite de cinq centimètres sur l'assise précédente, et ces retraites successives constituent, on le voit, un fruit considérable pour la muraille salomonienne. La portion de celle-ci qui est laissée comme lieu de prière aux Juifs, est comprise entre le mur d'enceinte du mekhemeh (tribunal turc) et le mur de clôture d'une maison particulière. Sa longueur, mesurée entre ces deux limites, est de vingt-neuf mètres soixante-dix centimètres. On aperçoit, au delà de ces murs infranchissables, la muraille antique se prolonger, en droite ligne, de douze mètres environ à droite, et de onze mètres à gauche, c'est-à-dire vers le mekhemeh. Au delà, les constructions modernes ont masqué la muraille du temple. Enfin, le mur primitif est couronné, à son sommet, par quelques assises régulières, il est vrai, mais de petites pierres de taille. Certainement ces assises supérieures sont de construction assez récente, et il faut nécessairement n'en faire remonter l'âge que jusqu'à l'époque musulmane.

Sur la face du mur antique se montrent des entailles considérables qui ont servi sans aucun doute, mais à une époque indéterminée, à appliquer un fronton à ce point de l'enceinte

sacrée. Ces entailles creusées en niche, c'est-à-dire arrondies par le haut et à encastrement rectangulaire par le bas, ont des dimensions différentes, l'une d'elles a jusqu'à un mètre vingt centimètres de hauteur; peut-être ont-elles été pratiquées lors de la reconstruction du temple par Hérode , pour qui l'emploi des frontons devait être tout naturel. Y eut-il au-dessous de ce fronton une porte ou poterne donnant accès dans l'enceinte sacrée et percée dans la muraille primitive? Je l'ignore. 11 faudrait pour s'en assurer pouvoir pénétrer dans des maisons particulières, et en ce pays la chose n'est pas facile à effectuer.

En étudiant avec soin le Heit-el-Morharby , je m'étais mis à mémo do reconnaître, partout où elles se montreraient, les traces des constructions judaïques, c'est-à-dire datant de l'époque de Salomon et des rois de la dynastie de David. Je pouvais donc commencer l'examen de l'enceinte du temple, avec la certitude que je ne me tromperais pas sur l'âge des différents appareils dont j'y constaterais la présence. Suivant donc la rue nommée Tharik-el-Aalam (la voie douloureuse) , je gagnai la porte Saint-Étienne (Bab-Setty-Maryam) , en longeant toute la face nord de l'enceinte du temple. Deux portes placées au bout de deux ruelles sombres donnent accès sur le plateau du Moriah, c'est-à-dire sur le vaste préau au milieu duquel était bâti le temple, remplacé aujourd'hui par le Qoubbet-es- Sakhrah, qui est la mosquée d'Omar proprement dite.

Il est impossible, grâce à la présence de nombreuses constructions modernes, telles que le Serai et la caserne qui recouvrent cette longue face septentrionale, de savoir si des fragments de l'enceinte primitive sont englobés dans ces constructions. C'est du haut de la terrasse du Serai que les chrétiens, assez heureux pour obtenir la permission d'y monter, jouissent de la vue la plus rapprochée de l'intérieur du Harain. J'ai dû à

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l'intervention de notre ami, M. Botta, le plaisir d'aller contempler, du haut de cette terrasse, l'enceinte sacrée dont ma qualité de chrétien m'interdisait l'accès, sous peine de mort, et j'ai pu juger de là avec quelle scrupuleuse exactitude avait été levé le plan du Haram, reproduit d'après Catherwood, dans l'admirable plan de Jérusalem , que nous devons aux soins et aux recherches de feu II. Schultz. Un tiers de la longueur de cette face nord, et le tiers qui est attenant à l'angle nord-est, est recouvert par une vaste piscine, sur le compte de laquelle je reviendrai en son lieu. En approchant du bord de cette piscine, on reconnaît l'angle de l'enceinte salomonienne ; quatre belles assises de blocs énormes en bossage, font retour sur la face nord de l'enceinte sacrée, et il n'y a pas de doutes à conserver sur la présence, en ce point, de l'angle même de cette enceinte. Le rempart moderne est appuyé contre cette amorce de la face nord, et il forme la continuation de la face est du temple, face qui se trouve ainsi parfaitement reliée à l'enceinte actuelle de la ville.

Sortant alors par la porte de Saint-Étienne et tournant Iramédiatement à droite, on longe une plate-forme quadrangulaire qui a servi de base à une église chrétienne aujourd'hui rasée. Suivant la tradition, c'est en ce point que saint Étienne a été lapidé ; là commence immédiatement le cimetière musulman. A trente et un mètres cinquante centimètres de la porte de Saint-Étienne, la face du mur d'enceinte est recoupée par une longue ligne verticale de construction salomonienne. C'est le côté est de l'angle primitif dont nous avons vu le côté nord, en visitant la piscine. En ce point onze assises de blocs salomoniens sont restées intactes et elles s'étendent vers le sud, sur la face de la muraille. Quelques-uns de ces blocs ont une saillie trèsconsidérable en bossage , en dehors du plan dans lequel est compris le cadre de jointoiement. J'ai mesuré deux de ces

blocs qui n'ont pas moins de cinq mètres vingt-huit centimètres et sept mètres vingt-cinq centimètres de longueur, sur un mètre de hauteur. On peut juger par là de l'énormité de l'appareil salomonien.

Les onze assises cessent bientôt de se montrer, les inférieures seules étant restées en place. La face salomoniennc, qui se présente ainsi la première , est en retraite de trente-quatre centimètres sur la face du mur moderne, dans lequel s'ouvre la porte de Saint-Étienne ; elle a un développement de vingt-cinq mètres soixante centimètres. A l'extrémité de cette face commence, en retraite de deux mètres vingt-cinq centimètres, une face de cinquante-cinq mètres de développement, avec soubassement formé de deux assises de blocs salomoniens, en retraite, l'une sur l'autre, de trente-cinq centimètres. La même retraite de trente-cinq centimètres existe entre le mur supérieur et la face de la deuxième assise. C'est naturellement à partir de la face de ce mur supérieur, que doivent se compter les deux mètres vingt-cinq centimètres de distance qu'il y a entre les plans des deux faces de mur. A l'extrémité sud des cinquantecinq mètres, reparaît l'appareil salomonien, avec une saillie telle, que la face commençant en ce point, soit exactement le prolongement de la face salomoniennc de l'angle nordest. A vingt-cinq mètres en deçà de ce nouvel angle, se trouvent deux assises, sans retraite, formées de deux 'pierres énormes ayant cinq mètres soixante-quinze centimètres de longueur, sur un mètre soixante-cinq centimètres de hauteur. Entre ces blocs immenses et la nouvelle face de mur salomonien, l'appareil est petit; le mur d'enceinte est par conséquent moderne en ce point et il a été destiné à fermer vraisemblablement une brèche. La face salomonienne suivante , qui commence juste à quatre-vingts mètres soixante centimètres de l'angle nord-est, a un développement de vingt et un mètres

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cinquante centimètres. Les assises inférieures sont seules de l'appareil salomonien.

Vient alors une nouvelle face, ayant deux mètres de saillie sur la face précédente , et un développement total de seize mètres quatre-vingt-dix centimètres. C'est là qu'est placée la porte Dorée (les portes oires des croisés); sauf les piédroits des deux arcs de la porte et les archivoltes de celle-ci, tout y est moderne et de construction turke. lœs piédroits ont deux mètres dix centimètres de largeur, et ils sont construits en grosses pierres de taille, bien supérieures, sans doute, aux blocs delà maçonnerie moderne dans laquelle elles sont enclavées, mais bien inférieures, pour les dimensions, aux blocs des portions salomoniennes de l'enceinte. Il serait trop difficile de décrire par le menu les moulures chargées d'ornements et d'acanthes, ou de rinceaux de feuillages, qui couvrent les archivoltes des deux arcs de la porte Dorée ; j'aime mieux renvoyer aux dessins que j'en ai pu recueillir, malgré l'état de dégradation avancée de tous les ornements, que le temps a fortement rongés. La largeur de chacune des arcades de la porte est de trois mètres quatre-vingt-cinq centimètres. Dans la maçonnerie moderne, au sommet de la muraille et au-dessus du centre même de la double porte , est encastré un chapiteau antique, d'apparenc romaine des bas temps.

A quelle époque appartient la porte Dorée? C'est la une question qui a été bien souvent débattue, sans avoir jamais reçu de solution satisfaisante, La tradition chrétienne veut que ce soit la porte même sous laquelle a passé Notre Seigneur, lors de son entrée triomphale à Jérusalem, et je déclare, sans aucun scrupule, que j'adopte pleinement la tradition chrétienne sur ce point. Il m'est imposible de ne pas attribuer à Hérode la construction de la porte Dorée, et je vais en déduire les raisons. Nous savons que ce fut par cette porte que l'empereur Héra-

clius fit son entrée triomphale à Jérusalem , quand il y apporta la sainte croix reprise aux Perses; cette porte existait donc déjà sous Héraclius. Il n'est pas question de cette porte parmi les constructions dont Justinien orna Jérusalem ; d'ailleurs, elle n'est nullement du style des édifices de Justinien ; elle est encore bien moins du style des monuments du siècle d'Hadrien. En revanche , elle offre une ornementation végétale outrée, essentiellement hébraïque, mais imprégnée d'hellénisme. Qui, dès lors, peut, mieux qu'IIérode, avoir fait élever cette belle porte, lors de la construction du temple somptueux qu'il lit bâtir? De la sorte, la tradition chrétienne devient certaine. Sans aucun doute, cette tradition existait déjà à l'époque d' Héraclius, puisque ce fut par la porte Dorée, sanctifiée par l'entrée du Christ, que ce monarque voulut entrer lui-même à Jérusalem, avec sa précieuse conquête.

Encore un mot. Contre la face sud de l'enceinte du temple, se voit la mosquée d'El-Aksa, qui n'est autre chose qu'une église de la Vierge, construite par l'ordre de Justinien, suivant la narration de Procope. Bien au-dessous du niveau de cette église, et contre elle, se voit, dans le mur d'enceinte, à moitié cachée par le mur du jardin de la mosquée d'El-Aksa, et à demi enterrée, une belle porte, exactement du même style que la porte Dorée. Cette seconde porte a été forcément condamnée à l'époque de la construction de l'église ; elle n'est donc pas de l'époque byzantine; elle n'est pas romaine non plus, cela est indubitable : force est donc de la reporter, comme la porte Dorée, à l'époque d'Hérode, et de la considérer comme une partie des constructions magnifiques ordonnées par ce monarque. Je puis, sans doute, me tromper, mais j'attendrai qu'on me le démontre par des arguments péremptoires, avant de changer d'opinion '. Williams, dans son excellent livre sur

1. Voyez lexcellente discussion de Williams (The Holy city, t. II, p S7i et sni-

ET AUTOUR DE LA MER MORTE 497 la cité sainte (tom. II, pag. 355 et suiv.), a accumulé une foule de faits qui démontrent que la porte Dorée, ainsi que le veut la tradition chrétienne, musulmane et juive, est bien une porte du temple. Il laisse entrevoir son désir d'y reconnaître une porte d'Hérode; mais, parce qu'il était encore seul de son avis, il n'a pas osé l'émettre nettement. Nous sommes deux, maintenant, et je soutiendrai, jusqu'à démonstration contraire, que la porte Dorée n'est ni byzantine, ni romaine; il est bien entendu que je ne parle ici que de ce que j'ai pu voir à l'aise, à l'extérieur du haram. Cette porte est d'un style particulier, qui convient à merveille à l'époque gréco-juive, c'est-à-dire au régne d'Hérode.

Pendant l'existence du royaume latin de Jérusalem, les portes oires restaient fermées, et elles n'étaient ouvertes que deux fois l'an. La première, le dimanche des Rameaux, en commémoration de l'entrée triomphale de Notre Seigneur Jésus-Christ, arrivant à Jérusalem par cette porte; et la seconde, le jour de la fête de l'Exaltation de la Croix, en souvenir du passage d'Héraclius. Très-probablement, cette double porte n'était que close et non murée, à cette époque. Il paraîtrait bien difficile d'admettre qu'elle eût été dégagée et condamnée deux fois tous les ans, par les Chrétiens; c'eût été une besogne à y laisser les maçons en permanence. Ce sont les Musulmans qui l'ont murée, parce qu'il existe chez eux une tradition, fort répandue, qui dit que, si un jour les Chrétiens chassent de nouveau les Musulmans de Jérusalem, ils entreront dans cette ville par la porte Dorée. Ce qui a pu donner lieu à cette tradition, c'est le fait que les croisés pénétrèrent dans la place, très-près

tantes) sur l'identité de l'église de la Vierge et de la mosquée d'el-Aksa. Il est difficile dp trouver un livre plus soigneusement et plus consciencieusement écrit que l'ouvrage que je viens de mentionner. Pour uia part, j'en fais très-grand cas, et je prise très-fort la critique judicieuse de son auteur.

de la porte Dorée, qui dut être ouverte aux assaillants, par les premiers guerriers qui réussirent à déloger les défenseurs de la muraille orientale du temple.

Au delà de la porte Dorée, en suivant la direction que nous avons suivie jusqu'ici , c'est-à-dire en allant du nord au sud, on voit, à quinze mètres cinquante-cinq centimètres du flanc droit de la porte Dorée, une petite poterne murée, de deux mètres de hauteur, sur un mètre cinquante centimètres de largeur, au plus. Depuis le ressaut de la porte Dorée, jusqu'au côté droit de la poterne, toute la base du mur d'enceinte est salomonienne, et la hauteur de la poterne est exactement formée de deux hauteurs des assises de ces blocs énormes. A partir du coté gauche de la poterne, la construction salomonienne disparaît pour un certain temps; mais l'appareil est toujours très-beau. Ou bien nous avons ici, ainsi que je le crois, un pan de mur de l'époque d'Hérode, ou bien nous sommes en face d'une reconstruction datant de l'époque d'Hadrien, c'e*t-àdire du haut empire. Le linteau de la poterne murée est formé d'une seule pierre, qui offre une particularité fort curieuse : on y distingue encore, avec un peu d'attention, une croix grecque pâtée. Elle est peinte en rouge et entourée d'un double cercle vert, bordé de rouge, et d'un troisième cercle extérieur, dentelé et peint en rouge. Enfin, à un pied à gauche de la poterne, se voit une sorte de pilier carré» en saillie sur le mur, et offrant une cavité sphérique, percée dans le fond, contre le mur, d'un trou rond dont il ne m'a pas été possible de deviner l'usage. Était-ce une sorte de conduit par lequel on devait, la nuit, se faire reconnaître, pour obtenir l'ouverture de la poterne ; c'est possible, mais je me garderais bien de l'affirmer. Ouoi qu'il en soit , il est certain que cette petite porte est bien celle qui est désignée sous le nom de porte de Josaphat, dans la curieuse description de la Jérusalem des croisades, publiée par

M. le comte Beugnot, comme annexe à sa magnifique édition des Assises de Jérusalem.

A partir de la poterne que je viens de déerire, commence, ainsi que je l'ai dit, une face de muraille de construction hérodienne, ou tout au moins romaine, qui a un développement de dix-huit mètres trente centimètres. Un peu en avant de l'extrémité se trouve, appliqué contre la muraille, un petit édifice carré , qui a quatre mètres vingt centimètres de côté. C'est une sorte d'édicule recouvrant des tombes musulmanes. Le mur fait saillie de soixante-six centimètres sur la face précédente, et, sur une étendue de cent quatre-vingt-quatorze mètres, sa construction montre, par ci, par là, des fragments de l'appareil d'Hérode ou des Romains, mais presque partout du rhabillage turk. C'est dans cette partie que se voient, encastrés dans la maçonnerie, des bouts de colonnes, de matière parfois magnifique, faisant saillie à l'extérieur. Ces colonnes, encastrées là par les Arabes ou les Turks, viennent, très-probablement, des édifices somptueux qui, depuis le temple de Salomon , se sont succédé sur le plateau du mont Moriah. L'un de ces tronçons de colonne, placé au faîte du mur d'enceinte et vers l'angle sud-est, a reçu des Musulmans le nom d'Et-Tharik (le chemin). Cette pierre, lors du jugement dernier, doit jouer pour eux un grand rôle, car c'est par là que le prophète redescendra sur la terre.

Au bout des cent quatre-vingt-quatorze mètres du mur moderne, reparaissent, sur une longueur de neuf mètres seulement, les blocs salomoniens; puis de nouveau un pan de rhabillage moderne, de onze mètres d'étendue. A partir de là jusqu'à l'angle sud-est, les blocs salomoniens se rencontrent en place, et quelques-uns d'entre eux atteignent des dimensions énormes : ainsi l'un d'eux, que j'ai mesuré, porte sept mètres quatre-vingt-cinq centimètres de longueur, sur un mètre de

hauteur. Du point où les blocs salomoniens reparaissent jusqu'à l'angle sud-est , il y a soixante-huit mètres quatre-vingts centimètres.

Sur cette portion de la muraille d'enceinte, j'ai eu le bonheur de faire une petite découverte qui n'est certainement pas sans intérêt et dont je vais dire quelques mots, avec d'autant plus de plaisir, que je n'ai pas oublié l'importance que feu M. Schultz sembla attacher à ce fait tout nouveau, lorsque j'eus le plaisir de lui en faire part, le lendemain même du jour où je Pavais constaté.

A vingt-cinq mètres en arrière de l'angle sud-est de l'enceinte, le mur rentre de douze à quinze centimètres, sur une largeur de trois mètres cinquante centimètres; il fait ensuite saillie de la même quantité sur une largeur de six mètres, pour rentrer encore sur une largeur de un mètre quatre-vingts centimètres, au delà de laquelle il se retrouve dans \e plan extérieur général de cette portion de la face orientale. Il y a donc, en d'autres termes, une saillie du mur salomonien de six mètres de largeur, encadrée entre deux faces en retraite et de largeur différente. L'assise inférieure est aux trois quarts enterrée dans les détritus de toute nature, amoncelés autour de l'enceinte du Haram, et formant un sol couvert d'herbe , qui , à partir de ce point, est en pente très-sensible, jusqu'à l'angle sud-est de la muraille. L'assise qui est placée au-dessus de celle dont je viens de parler, est composée de deux grands blocs et d'un petit bloc carré qui a été rajusté à droite. Les deux blocs principaux sont en saillie de quarante centimètre < sur la face du mur, et ils forment un énorme boudin ou tore. Au-dessus est une assise de un mètre cinquante centimètres de hauteur, formée de deux blocs égaux de trois mètres de longueur chacun, et taillés eu véritables voussoirs , c'est-à-dire évidés en arc de cercle à leur partie inférieure, de façon à donner une longueur

ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 201 de soixante-quinze centimètres au pan coupé supérieur qui représente un joint. Une seule pierre, moitié moins haute que les précédentes, recouvre les deux voussoirs et formait vraisemblablement le sol d'une fenêtre avec balcon, donnant sur cette portion de la vallée de Josaphat, qui regarde la fontaine de Siloé, le village de Siloam et les beaux jardins potagers dont est rempli le fond de la vallée. Effectivement, un seul bloc de un mètre quatre-vingts centimètres de hauteur, sur un mètre de largeur, est établi perpendiculairement au milieu du plateau de six mètres, faisant sol do fenêtre, et à droite et à gauche de ce bloc vertical, sont deux ouvertures de un mètre quatre-vingts centimètres de hauteur, sur deux mètres cinquante centimètres de largeur, murées en pierres de petit appareil, et par conséquent sans accord avec toutes les portions de murailles placées autour de ce point. Enfin, au ras du sol de la fenêtre, et à gauche, existe encore dans le mur un bloc assez gros qui porte deux encastrements carrés fort distincts, dont l'un est immédiatement en contact avec le montant gauche de la fenêtre de gauche et avec le sol de cette fenêtre, et l'autre, un peu plus haut de quelques pouces et rejeté un peu a l'extérieur. Sans aucun doute, ces encastrements n'ont pas été taillés là sans raison, et pour moi il est évident qu'ils ont été destinés à assujettir une balustrade qui garnissait la double baie à balcon que je viens de décrire. Certes le fait de l'existence d'une fenêtre à balcon à l'époque salomoniennc, car je n'hésite pas à attribuer cette antiquité à la portion du mur d'enceinte dans laquelle elle est percée, est un fait que les architectes seront fort étonnés, je le crois, de voir énoncer sans scrupule. Au reste, si j'ai bonne mémoire , le palais de Karnac, palais bien plus ancien encore, présente un fait à peu près analogue. Quoi qu'il en soit, voici déjà un premier exemple de l'emploi du voussoir à douelle circulaire, à l'époque purement hébraïque.

2Ui VOYAGE EN SYRIE

A partir de l'angle sud-est, la muraille a un développement en ligne droite, de cent quarante-six mètres cinquante centimètres, jusqu'au mur latéral du jardin attenant à la mosquée d'el- Aksa. La construction salomonienne se présente immédiatement à l'angle et elle continue, sur une étendue de trente et un mètres vingt-deux centimètres, jusqu'à une porte ogivale murée, de deux mètres cinquante centimètres de largeur. Cette porte est de l'époque des croisades très-probablement, mais elle n'a pas de caractères assez distincts, pour qu'il soit possible de lui assigner une origine chrétienne ou musulmane. A trente mètres à gauche de cette première porte, se voient trois grands arceaux d'apparence romaine , en plein cintre , murés comme la porte ogivale précédente. Les baies de cette triple porte ont chacune quatre mètres trente-deux centimètres d'ouverture, et les piédroits ont un mètre soixante-quinze centimètres de largeur. A partir du flanc gauche de la dernière des trois portes (vers l'ouest bien entendu), recommencent immédiatement les assises salomoniennes, qui se montrent sans interruption jusqu'auprès du mur de clôture moderne de la mosquée d'el-Aksa, mur qui vient recouper perpendiculairement la grande muraille d'enceinte, à soixante-dix mètres vingt-deux centimètres de la triple porte murée.

A cette même porte de gauche se trouve en place un magnifique bloc, orné de moulures, auquel on n'a fait aucune attention jusqu'ici, et qui néanmoins est, si je ne me trompe, d'un prix inestimable. Évidemment nous avons dans ce bloc un fragment du piédroit primitif, resté en place ; or, ce fragment, qui se relie immédiatement à des assises de l'appareil salomonien, est salomonien lui-même; il nous offre un échantillon de moulure qui n'est ni bysantine, ni romaine, ni grecque ; force est donc d'y voir autre chose, et cette autre chose ne peut être qu'une moulure juive, très-probablement salomonienne.

Je m'abstiens de donner la description détaillée de ces moulures, pour épargner au lecteur l'ennui de chercher à se rendre compte d'une série de mots techniques et de chiffres, formant un tout peut-être incompréhensible. J'aime mieux renvoyer au dessin que j'ai fait avec le plus grand soin, de ce précieux débris de sculpture judaïque *.

Le mur de clôture du jardin d'el-Aksa coupe a peu près par le milieu, ainsi que je l'ai déjà dit, une porte antique a demi enterrée , d'un style architectural assez étrange, et chargée d'ornementation végétale complètement analogue à celle de la porte Dorée a. Évidemment nous avons là, sous les yeux, les restes d'une belle porte antique, enclavée dans de la maçonnerie beaucoup plus récente. De cette porte on voit un arc surbaissé formé d'un large cordon couvert de rinceaux de feuillage , auquel est tangent un encadrement rectiligne, composé de deux larges bandes à rinceaux semblables, séparés par un cordon d'oves. La portion supérieure du cadre est tangente , non pas à la partie extérieure de l'arc orné de rinceaux , mais bien à la courbe inférieure de cet arc, ce qui est au moins fort étrange, et bien loin de ce qu'aurait exigé l'art grec ou romain. Audessus du cadre, paraît d'abord une assise de blocs très-grands, que surmonte une assise de voussoirs, dont rien absolument ne justifie la présence ; au-dessus de ceux-ci règne une corniche assez élégante formée d'un beau rinceau qui court au-dessus d'une ligne de modillons, et que surmonte une moulure simple. Toute la portion de droite de cette corniche manque aujourd'hui, de sorte qu'il serait impossible de deviner où elle se terminait. L'arc inférieur ne repose d'aplomb sur aucun système de piédroit; il en existe bien un, formé de gros blocs superposés, mais il est dévié et rejeté en dedans de la porte, de

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