Rois, i
«. Josué, m, 11.
large ravin dont l'origine n'est qu'à une centaine de mètres à notre gauche, et sur le plateau même du Hadjr-Lasbah. En deçà de ce ravin sont quelques ruines qui se montrent également sur le revers opposé. Là commence le terrain nommé Ardh-el-Qenetrah. Ces ruines ont un aspect assez étrange, grâce à la couleur rouge-brune des blocs irréguliers qui les constituent. Nous coupons encore une ravine, au delà de laquelle la route s'élève. A neuf heures cinquante et une minutes, nous sommes au bord d'un ouad assez profond, nommé Ouadel-Abiadh , qui s'ouvre immédiatement à droite en un vaste précipice. Nous marchons alors directement au nord, et à neuf heures cinquante-trois minutes, nous passons entre un édifice carré ruiné et une immense muraille en blocs rouges, dont il ne reste comme d'ordinaire qu'un arasement. Ce mur s'infléchit au nord-nord-ouest, pour former à notre gauche une sorte de vaste enceinte arrondie, sur laquelle s'appuie une ruine carrée, vers l'extrémité. Du premier édifice carré, dont j'ai signalé la trace, part un autre mur de même nature que l'autre, et qui se dirige au nord-nord-est , sur le plateau que nous parcourons, plateau qui n'a qu'une centaine de mètres de largeur, à droite de notre route. A deux cents mètres à droite de celle-ci, commence une petite chaîne de monticules de sable, au delà de laquelle paraît un ouad qui s'appelle Ouad-Dabor. Sur la colline qui domine à l'est cet ouad, paraît encore un édifice carré ruiné, qui était construit en blocs rouges, et auquel se rattachent les fondations d'un pan de mur formé encore des mêmes matériaux , et qui gravit le revers opposé de l'Ouad-Dabor. Ce lieu qui, ainsi qu'on le voit , présente les traces non équivoques d'une assez vaste enceinte, datant très-probablement d'une époque fort reculée, porte le nom spécial de Racem-el-Qenetrah ( les vestiges de Qenetrah). Les montagnes de la chaîne canâanéenne, se
sont rapprochées de notre route, et la branche de gauche du mur d'enceinte s'élève sur leurs flancs, pour redescendre sur le plateau et recouper notre route qui est alors à l'ouest quelques degrés nord, précisément vis-à-vis des ruines qui paraissent sur le flanc gauche de l'Ouad-Dabor. Il est neuf heures cinquanteneuf minutes, quand nous passons sur les fondations de la muraille , et au delà nous marchons au pied même des escarpements de gauche , dans l'Ouad-el-Qenetrah, où nous entrons par un chemin tortueux dont la direction générale est à l'ouest.
Il serait extrêmement curieux de savoir quelle est la localité antique qui est représentée par le Racem-el-Qenetrah. Mais j'avoue que je suis dans l'impossibilité absolue de rien proposer d'admissible à cet égard. Serait-ce par hasard la forteresse voisine de Jéricho et que Pompée réduisit après la prise de Jérusalem, forteresse que Strabon nomme Threx? Bien que la chose soit possible, j'en doute très-fort.
Nous continuons à marcher, à peu près directement à l'ouest, et, à dix heures dix minutes, nous laissons à notre gauche le chemin qui conduit de Jéricho à Mar-Saba. A dix heures quinze minutes, nous faisons un large crochet pour descendre dans POuad-Dabor, qui vient du sud-est. Il est dix heures vingt minutes, quand nous atteignons le fond de l'ouad, et nous y faisons la halte du déjeuner. Cet ouad est tapissé de la plus charmante verdure émaillée de fleurs délicieuses; nous admirons entre autres un convolvulus ou liseron nain, à fleurs bleues d'une délicatesse extrême. Au reste , tous les coteaux tournés à l'est ou au sud, sont garnis d'une verdure printanière qui leur donne un aspect des plus riants, et bien différent de tout ce que nous avions vu jusqu'ici. Au fond de l'ouad se montrent, dans la roche, des filons de la pierre bitumineuse qui se nomme Hadjr- Mousa (pierre de Moïse). Cette pierre, qui brûle comme de la mauvaise houille, sert, à Jérusalem, pour fabriquer des coupes
et d'autres petits objets qui se vendent aux pèlerins , comme souvenirs de la Terre-Sainte et de la mer Morte.
A onze heures dix-neuf minutes, nous repartons, et après avoir suivi quelques minutes l'Ouad-Dabor, nous gravissons le flanc opposé de celui-ci. Quelques zigzags assez durs nous amènent, à onze heures vingt-sept minutes, sur la crête opposée de l'ouad dont nous nous éloignons, en marchant d'abord directement au nord. L'ouad continue à l'ouest; nous sommes bientôt sur un plateau très-étroit, ou, mieux, sur un col, compris entre l'Ouad-Dabor, que nous suivons à peu près parallèlement, en le laissant à cent mètres sur notre gauche, et un vallon verdoyant qui s'ouvre immédiatement à notre droite. Ce vallon est dominé par des collines calcaires, en ce moment couvertes de verdure. Notre route est alors au nord-nord-ouest, et elle s'avance dans un ravin étroit, de huit à dix mètres de largeur au plus, et qui nous amène, à onze heures trente-huit minutes, sur le plateau accidenté où est placé le monastère musulman de Naby-Mousa. Là, nous voyons d'abord un puits nommé Bir-er- Ràay, au delà duquel paraissent les ruines d'une muraille. Sur notre gauche, se voit, dans un petit vallon, un oualy nommé Qobr-cp-Râay. Er-Râay, pour les Musulmans, est le confident et l'ami de Mousa ou Moïse. Nous approchons enfin du monastère, dans lequel nul Chrétien ne peut pénétrer. Nous tournons derrière cet édifice religieux , par un crochet d'une centaine de mètres, et nous établissons notre camp au pied même de Naby-Mousa. C'est un grand édifice carré dont la face d'entrée est orientée au nord-est. Il est onze heures quarante-quatre minutes , quand nous mettons pied à terre. Nos tentes sont adossées à un monticule calcaire peu élevé et qui se relie à une série de monticules de la même nature.
Le ()obr-er-Ràay est à un kilomètre à l'ouest, quelques degrés sud, de Naby-Mousa. Du haut du monticule au pied du-
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. . 473 quel nous sommes campés, nous voyons très-distinctement le Bordj-er-Riha , et la ligne qui joint ces deux points fait un angle de vingt-sept degrés est, avec la direction du nord magnétique. Enfin, le plateau au milieu duquel se trouve établi le monastère se nomme Koutzban-Naby-Mousa (les collines sablonneuses de Naby-Mousa).
Pendant qûe notre camp s'établit, j'envoie quelques-uns de nos Arabes me chercher des échantillons du calcaire bitumineux que nous avons rencontré au fond de l'Ouad-Dabor, afin d'en emporter et d'en brûler sur place, pour constater sa propriété combustible. Je monte sur les monticules voisins pour examiner un peu le pays; il semble que nous soyons au milieu d'une mer orageuse pétrifiée , tant les mamelons qui nous entourent sont arrondis et multipliés autour de nous. L'imam qui est à la tête des religieux musulmans établis a Naby-Mousa, vient nous faire une visite, intéressée, comme toujours. C'est un homme en haillons, ayant la tète nue, les cheveux très-noirs, longs et crépus, et le teint olivâtre; en un mot, il nous offre le type de la saleté et du fanatisme. C'est un Indien, et nos guides nous apprennent que presque tous les religieux qui viennent s'établir ici, sont, comme celui que nous voyons en ce moment, des Indiens. Il s'agit de payer notre bienvenue à cet ignoble magot, et je lui donne une vingtaine de piastres, qu'il reçoit sans dire merci, et de l'air du monde le plus farouche.
Ma pierre de Moïse est apportée en bonne provision, et j'extrais du tas quelques échantillons , plus précieux que tous les autres, parce qu'ils présentent quelques empreintes parfaitement nettes d'un très-joli peigne (pecten), coquille dont la détermination servira, je l'espère, à préciser l'âge géologique de la formation dans laquelle il se trouve. Quelques morceaux du calcaire sont immédiatement allumés, et ils brûlent comme une houille de mauvaise qualité, en répandant une odeur infecte
de bitume. Loysel s'est mis en chasse, selon sa louable habitude ; une espèce de moineau, tout occupé à piailler sur un tas de pierres, ne voit pas arriver notre Nemrod, qui lui tire un coup de fusil à bout touchant et le fait voler en miettes. Je ne voudrais pas affirmer que la pauvre petite bête ne s'était pas posée sur le bout du fusil. Quoi qu'il en soit, le chasseur jubile, il ramasse une aile et deux pattes qui tiennent encore un peu ensemble, et il nous apporte en triomphe sa pièce de gibier. Enfin, j'en ai tué un ! s'écrie-t-il. — Un quoi? — Un vanneau!
— Ça un vanneau; c'était un pierrot ! — Du tout! c'était un vanneau jeune! Et nous, de rire de tout notre cœur.
Pour les Musulmans, le tombeau de Moïse est renfermé dans l'intérieur du saint édifice qu'ils appellent Naby-Mousa , et au pied duquel nous sommes campés. Nous allons brièvement examiner cette étrange tradition, qui ne peut pas supporter le moindre examen. Nous lisons dans le Deutéronome ( xxxiv ) :
— 1. Moïse monta des plaines de Moab à ta montagne de Nabou, au sommet du Fesgah, qui est en face de Jéricho; l'Éternel lui fit voir tout le pays , de Galàad jusqu'à Dan. — 2. Et tout Nephtali, et tout le pays d'Éphraïm et de Manassé, et tout le pays do Juda, jusqu'à la mer qui est derrière lui. — 3. Kt le midi et la campagne de la valléé de Jéricho, ville des palmiers, jusqu'à Zoar — 5. Moïse mourut là, au pays de
Moab, d'après la parole de l'Éternel. — 6. Il l'enterra dans la vallée, au pays de Moab, vis-à-vis de Beit-Fàour; personne, jusqu'à ce jour, n'a connu sa sépulture. —
Quel que soit l'auteur de ce trente-quatrième chapitre du Deutéronome, chapitre qui ne peut évidemment être attribué à Moïse lui-même, mais qui a probablement été écrit par Josué, il est bien clair que Moïse est mort et qu'il a été enterré sur la terre moabitique, c'est-à-dire à Test du Jourdain. Il n'y a donc pas de tradition musulmane qui puisse avoir la moindre valeur
contre le texte précis que je viens de rapporter. Ce texte a de plus l'avantage de donner lieu à deux observations assez curieuses. La première, c'est que de la teneur du verset 3 qui dit : et le midi et la campagne de la vallée de Jéricho, la ville des palmiers, jusqu'à Zoar, il faut nécessairement conclure contre ce que l'on a cru devoir déduire des versets de la (ienèse (xni) où il est dit : — 10. Loth, levant les yeux, vit toute la plaine du Jourdain; elle était arrosée partout, avant que Jéhovah ne détruisît Sodome et (iomorrhe; elle était comme un jardin magnifique, comme le pays de Misraîm jusqu'aux environs de Zoar. — Et 12. — Abram habitait le pays de Canaan, et Loth dans les villes de la plaine, et il dressa ses tentes jusqu'à Sodome. — Ces versets n'ont pas la moindre valeur pour prouver que la mer Morte n'existait pas avant la catastrophe de la Pentapole. Et c'est pourtant du silence de ces versets sur le compte du lac Asphaltite, qu'on a prétendu déduire le fait que ce lac n'existait pas au temps auquel ces versets se rapportent. Or, il n'est pas plus question de la mer Morte dans notre verset du Deutéronome ; en conclurons-nous que cette mer n'existait pas à l'époque de la rédaction du Deutéronome? Comme cela n'était pas possible, on a prudemment laissé de côté ce verset, si gênant pour la théorie malencontreuse que l'on a longtemps opposée aux textes sacrés eux-mêmes, quelque explicites qu'ils fussent sur ce point de doctrine.
La seconde observation que me suggère le texte sacré dont je viens de donner la traduction , est relative au mont Fesgah de la Bible (ruDD). De tous les passages de l'Écriture où il est question de cette montagne célèbre , il résulte qu'elle était dans le pays de Moab, et, par conséqnent, sur la rive gauche ou orientale du Jourdain et du lac Asphaltite. J'ai vainement interrogé les Arabes Thâamera, les Djahalin et les Beni-Sakhar surtout, pour savoir s'ils connaissaient un Djebel-Fesgah dans les
contrées parcourues par eux dans le voisinage d'Er-Riha. Ils ont été unanimes pour me répondre qu'il n'y avait qu'une seule montagne de ce nom, et qu'elle était située précisément audessus de Jéricho; en un mot, que c'était le Djebel-Fechkhah, qui projette au dehors de la chaîne de Canâan, le cap nommé Ras-cl-Fechkhah, sur le flanc nord duquel est située la source nommée Ayn-el-Fechkhah.
La ressemblance singulière qui existe entre les deux noms de montagnes Fesgah et Fechkhah a dû naturellement me frapper, et je me suis demandé s'il n'était pas possible qu'une mauvaise interprétation des textes sacrés où le mont Fesgah est mentionné, eût fait admettre, à tort, que cette montagne, au Jieu d'être à droite de la vallée du Jourdain , était dans la position précisément opposée. Commençons par dire que, pour l'observateur placé à Jéricho, deux sommets seuls se distinguent par une plus grande élévation, ou par une position telle que tout le pays, au sud et au nord, en soit réellement visible: ce sont, dans la chaîne moabitique, le Djebel-Atarous (mont Nebo), et, dans la chaîne canàanécnne, le mont Fechkhah.
Ceci posé, examinons un à un tous les passages des textes sacrés où il est question du Fesgah. Nous avons d'abord le verset lrr du chapitre xxxiv du Deutéronone, cité plus haut , et où il est dit que Moïse monta des plaines de Moab à la montagne de Nabou, au sommet du Fesgah qui est en face de Jéricho ( mT n:D-:n wn îaa in ^« ). Des mots hébreux eux-mêmes, il résulte que le mont Nabou est la tête, le sommet du Fesgah qui est en face de Jéricho, à moins que le mot »tn n'ait été pris dans le sens de in [roule , visà-vis de. Si, ce dont je doute fort, cette interprétation était possible, notre texte deviendrait parfaitement clair, et le Fesgah de la Bible ne serait autre que le Fechkhah des Arabes de nos jours.
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 1"T Le Deutéronome parle trois fois encore du Fesgah. Nous y lisons (ch. m , 17) : — Et la plaine, et le Jourdain, et la limite, depuis Kenerout jusqu'à la mer de la plaine, la mer salée, sous Asedout du Fesgah, à l'orient. — Il me paraît bien étrange que l'expression, à l'orient (nmro), ait été jugée nécessaire, après la mention du Fesgah. Ne semble-t-il pas résulter de ce fait que, le Fesgah étant à l'occident, il a fallu exprimer très-explicitement que le territoire de Raouben et de Cad était à l'orient, afin d'éviter une confusion possible? Je laisse à de plus habiles à le décider. Quant à Asedout, Ounklousse explique ce mot par~3t?c, effusion. Cohen ajoute : t Ce sont les pieds des mon- «tagnes qui semblent se répandre, ou les torrents qui se précipitent du haut des montagnes. » Enfin, les Septante ne traduisent pas le mot Asedout, tandis que la Vulgate le traduit par radiées. Le verset que nous venons de rapporter , à l'examiner de près, prouve donc plutôt que le Fesgah était à l'occident de la vallée du Jourdain.
Le troisième passage du Deutéronome est plus embarrassant, et pourtant il est loin d'être aussi concluant qu'on serait tenté de le croire au premier abord. Le voici (ch. m, 27) : — Monte au sommet ? du Fesgah (c'est Dieu qui parle à Moïse) , lève tes yeux vers l'occident, le septentrion, le midi et l'orient, et regarde de tes yeux, car tu ne passeras pas ce Jourdain. — Le texte porte mocrt r*o n*?y simplement, et ce texte, sans la préposition Sn, après le verbe nSj?, monte, présente une sorte de monstruosité. r6y est un verbe essentiellement neutre , et qui ne saurait comporter de régime direct. Si donc , cette fois encore, nous admettions la possibilité de traduire le mot WH isolé, par en face de, vis-à~ris de, notre verset deviendrait parfaitement clair. Si l'on met do côté cette traduction, hypothétique, je le veux bien, le texte demeure boiteux et obscur. Reste
enfin, dans le Deutéronome, le passage suivant (ch. iv, fctn : II. 12
— Et toute la plaine en deçà du Jourdain, à l'orient, jusqu'à la nier de cette plaine, sous Asedout du Fesgah. — Nous avons vu, tout à l'heure, ce qu'il fallait entendre par Asedout du Fesgah; remarquons que, cette fois encore, il est bien spécifié qu'il s'agit de l'orient de la vallée du Jourdain. Le dernier membre de la phrase signifie très-nettement, à la lettre : Et jusqu'à la mer de la plaine (qui est) au pied du Fesgah (sous Asedout du Fesgah). Ce verset ne prouve donc absolument rien en faveur de l'opinion qui place le Fesgah à l'orient de la vallée du Jourdain, et c'est précisément le contraire qui a lieu, puisqu'il a fallu faire mention de l'orient; en effet, il semble probable quo la phrase contient la mention d'un point géographique placé à l'occident, et dont la présence pourrait induire le lecteur en erreur.
Dans le livre de Josué (ch. xii), nous trouvons la description du pays enlevé par les Hébreux, combattant sous les ordres de Moïse. — 3. Et la plaine jusqu'à la mer de Kenerout, à l'orient et jusqu'à la mer de la plaine (qui est) la mer salée, à l'orient, (qui est) le chemin de Beit-Heyasmout et (qui est) vers le sud, au pied du Fesgah, (toujours sous Asedout du Fesgah, mosn miH nnn). — Ne semble-t-il pas que cette expression, que nous retrouvons constamment la même, soit une expression consacrée, une sorte de formule géographique? Je suis bien tenté de le croire, pour ma part. Du reste, cette fois encore, le verset que je viens de traduire ne peut servir à rien, pour prouver que le mont Fesgah était à l'orient du Jourdain; et, comme le mot à l'orient est répété deux fois, j'en conclus encore que la phrase mentionne probablement un point qui est à l'occident. S'il n'en était pas ainsi, à quoi bon cette insistance à bien établir que le pays décrit est à l'orient du Jourdain et de la mer Morte?
Malheureusement il n'en est plus de même du verset 20, du
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. m chapitre xm de Josué, où il est question des possessions territoriales de la tribu de Raouben , possessions qui étaient bien positivement à l'orient de la vallée du Jourdain. —20. Et Beit- Faour, et Asedout du Fesgah, et Beit-Heyasmout. — De la teneur de ce verset, il résulte irréfragablement que Beit-Fâour (Beth-Peor) et Asedout du Fesgah étaient dans la même contrée. Or, pour Beit-FAour, il n'y a pas l'ombre d'un doute à conserver , donc pour Asedout du Fesgah le doute devient bien difficile.
Dans le livre des Nombres , il est deux fois question du Fesgah. D'abord , au chapitre x\i. — 20. Et de Bamout à la vallée qui est au territoire de Moab, au sommet du Fesgah, et qui a vue vers Hyesimoun. L'expression hébraïque est encore ruDDn vm; or, il est bien clair qu'il n'y a pas de vallée (tfvn) au sommet d'une montagne, et ces deux mots, la vallée qui est au sommet du Fesgah , hurlent de se trouver ensemble. Le sens, la vallée qui est en face du Fesgah, serait certainement plus naturel; mais serait-il admissible? J'en doute fort, je le répète.
Enfin , le dernier passage biblique où il soit question du Fesgah se trouve dans les Nombres (xxm). Balak , roi de Moab, veut que Balaam maudisse les Israélites, et, pour cela: — ib. 11 le conduisit dans la campagne de Soufim, vers le sommet du Fesgah. — Le texte porte cette fois TODSil bu, et il peut, à la rigueur, se traduire : au sommet du Fesgah; mais signifie versus, ad, ergà , adversùs, prope, juxtà, plus exactement que super, qui se rend proprement par ty. Il serait donc très -naturel de traduire cette fois l'expression biblique par : advenus eaput Fesgœ; ce qui reviendrait trèsnettement au sens, en face du mont Fesgah.
J'ai passé en revue tout ce qui, dans la Bible, concerne le mont Fesgah, et je n'ai pas cru devoir négliger un seul texte,
parce que la position de cette montagne historique est d'une extrême importance. De tous ces passages, un seul est décisif, et fixe à l'orient du Jourdain la position du mont Fesgah ; tous les autres nous laissent dans le doute, et, je dirai plus, nous conduisent à croire que le mont Fesgah était à l'occident. Je ne me permettrai pas d'émettre une opinion précise sur ce point de géographie, et je me bornerai à dire que, sur les rives de la mer Morte, près de Jéricho, il n'y a qu'une seule montagne qui ait une position exceptionnelle qui ait dû la faire remarquer de tout temps, c'est le Djebel-Fechkhah. Cette montagne forme un véritable redan, le Ras-el-Fechkhah, qui se prolonge fortement en avant de la chaîne canâanéenne. Enfin, le sommet du Fechkhah est en face du sommet du Djebel- Atarous, ou mont Nabou, sommet qui est à une assez forte distance horizontale de la vallée du Jourdain et de la mer Morte.
Qu'il y ait une analogie frappante entre les deux noms Fesgah et Fechkhah , cela ne peut faire question. Je ne saurais admettre que la dénomination Fechkhah soit moderne, puisqu'elle s'applique à des ruines contemporaines de la pentapole maudite; je ne pourrais donc accorder qu'une seule chose, c'est qu'à l'orient de la plaine du Jourdain, aussi bien qu'à l'occident, il y avait un Dj ebeU Fesgah , ou Fechkhah. Mais, il est nécessaire de constater une fois de plus que les Arabes, et entre autres les Beni-Sakhar, qui sont les maîtres de la contrée orientale où devrait se trouver le Fesgah de la Bible, sont unanimes pour ne reconnaître d'autre montagne de ce nom que le Djebel-Fechkhah. Voilà donc, à mon très-grand regret, une curieuse question de géographie sacrée que je suis obligé de laisser dans le doute.
Eusèbe, au mot ÀÇapei'a, mentionne le mont «Daiyw, dans une phrase que saint Jérôme traduit de la manière suivante :
Abarim. . . . , dicitur autem et mons esse Nabau , in terrâ Moab, contrà Jéricho, suprà Jordanem, in supercilio Phasga. Ostenditurquc adscendentibus de Libiade in Esbum , antiquo hodieque vocabulo juxtà monterai Phogor. Pour Eusèbe et saint Jérôme, donc, le mont Nabou, ou Atarous, est au sommet du Fesgah, et je me contenterai de faire observer qu'il est assez étrange de mettre le moiit Nabou au sommet du mont Fesgah.
Hâtons-nous d'abandonner cette digression , trop longue peut-être, et revenons à notre séjour auprès du monastère musulman de Naby-Mousa. Je suis arrivé ici avec un assez violent mal de tête, qui ne me donne pas beaucoup d'ardeur pour les recherches que je pourrais faire autour du camp. Aussitôt que notre tente et les couchettes ont été installées, je me suis jeté sur la mienne , et j'ai fait une sieste de deux heures. J'espérais qu'au réveil le mal aurait disparu , il n'en est rien. Je vais bien ramasser quelques échantillons de roches dans les ravins ; mais je n'ai aucune énergie , et je viens piteusement attendre, en fumant auprès des feux de la cantine, que l'heure du dîner arrive. Je passe mes notes à l'encre, ainsi que ma carte de la journée. Enfin , le repas accoutumé nous est servi; il est, cette fois, affreusement mauvais. Tout ce qui nous est offert empoisonne la fumée, et quelle fumée! grand Dieu! celle de la pierre de Moïse. Il semble que nous soyons condamnés à manger des quartiers de trottoir en asphalte. Cela n'est pas fait pour me remettre le cœur et la tête ; aussi, à peine le café nous a-t-il été apporté, que je me suis couché, et j'ai dormi tout d'une pièce pendant la nuit entière.
s FÉVRIER.
Ce matin au réveil la migraine a disparu; je me retrouve frais et dispos, et je songe une fois encore avec bonheur, que je
vais rentrer aujourd'hui à Jérusalem , pour y achever mon étude de tous les monuments antiques de la cité sainte. A huit heures précises, les préparatifs de départ étaient achevés, nous étions à cheval et nous quittions Naby-Mousa.
Repassant devant la porte d'entrée du monastère, nous nous dirigeons à l' ouest-nord-ouest, par un sentier qui s'élève entre deux mamelons qui servent d'entrée à un terrain extrêmement tourmenté, coupé de tous les côtés de ravins profonds, dominés par des collines calcaires, souvent assez abruptes. A huit heures douze minutes, nous marchons à l'ouest quelques degrés sud, et nous conservons fort longtemps cette direction. A huit heures quatorze minutes, nous descendons par un ravin dans un fond placé à la tète de l'Ouad-el-Atzrour (vallée des eaux abondantes, dejjj/, pluriel de»;î?) qui le ferme au sud; à droite de nous s'ouvre l'Ouad-el-Mesraoul, ouad escarpé et profond, dont la direction générale est de l'est à l'ouest. Bientôt nous apercevons à deux kilomètres sur notre droite le sommet d'une montagne assez élevée : c'est le Sebq-et-Theif (le précurseur du fantôme); d'où vient ce nom? je l'ignore.
A huit heures vingt-quatre minutes, nous cheminons toujours dans la même direction, à cinquante mètres à gauche de l'Ouad-el-Mesraoul , et à notre gauche s'ouvre une vallée trèscreuse, ou plutôt un ravin abrupt. A huit heures trente minutes, après avoir cheminé entre deux rangs de collines, nous nous trouvons de nouveau sur une sorte de col de vingt mètres de largeur; l'Ouad-el-Mesraoul n'est alors qu'à cinquante mètres sur notre droite , et nous avons, à notre gauche, un ravin très-profond qui se rattache à celui que nous avons longé tout h l'heure. En ce moment nous apercevons, en avant et à env iron six kilomètres sur notre gauche, la plaine nommée Sahelel-Ebqéa. Au loin, sur les flancs des coteaux placés au delà de l'Ouad-el-Mesraoul , nous apercevons de nouveau les bouffées
de pierres brunes, à l'aspect rôti, et que je considère comme des déjections d'un cratère d'explosion. La direction des taches qu'elles forment est nord-ouest.
A huit heures quarante minutes, notre route, qui longe toujours do très-près de véritables précipices béants sur notre gauche, est a l'ouest. Bientôt les précipices se montrent à droite comme à gauche, et nous cheminons sur une véritable langue de terre, qui est parfois extrêmement étroite. A huit heures quarante-six minutes, nous y reconnaissons des traces parfaitement visibles d'une voie pavée antique. Celle-là, sans aucun doute, ne menait pas à Jéricho, mais très-probablement à la ville ruinée que nous avons trouvée au Racemel-Qenetrah, si ce n'est au Kharbet-Goumran, c'est-à-dire à Gomorrhe elle-même. A huit heures cinquante-trois minutes, notre route est à l' ouest-sud-ouest, et nous retrouvons encore des traces de la voie antique. A notre gauche s'ouvre devant nous une vallée verdoyante et fort creuse. A huit heures cinquante-quatre minutes, nouveaux tronçons de la voie antique qui ne cesse de reparaître jusqu'à neuf heures trois minutes. Nous sortons alors du véritable défilé sur lequel nous cheminons depuis près de cinquante minutes, et nous entrons sur un plateau mamelonné que nous traversons, en marchant directement à l'ouest
Bientôt après, nous avons tourné à l' ouest-sud-ouest, en longeant un nouveau ravin, ouvert à notre gauche. A neuf heures seize minutes, nous retrouvons la voie antique, et à neuf heures vingt-trois minutes, après avoir marché quelque temps à l'ouest, nous revenons à l'ouest- sud -ouest, en entrant dans une vallée qui se nomme Ouad-el-Médaouarah (la vallée ronde), et qui est plutôt un plateau, recouvert de ruines dont je ne puis obtenir le nom. A neuf heures vingt-huit minutes, nous coupons le lit à sec d'un torrent qui vient d'une vallée ouverte à droite
I8i YOYAGK KN SYRIE
et qui s'infléchit immédiatement vers l'ouest : c'est l'Ouad-es- Sedr; à gauche s'ouvre une autre vallée, à environ trois cents mètres ; à l'entrée sont trois grottes servant de citernes et que nous distinguons parfaitement ; cet endroit se nomme Heraïber-Rahouahoua. Le lit du torrent que nous venons de traverser s'infléchit vers ce point, et faisant un coude brusque à l'ouest, il se rapproche de la route que nous suivons et qui court parallèlement à lui, sur te flanc et sur le sommet d'une colline nommée Heudb-ez-Zouar (la bosse du prince). À neuf heures quarante et une minutes, nous sommes au sommet de la colline et nous en descendons par deux zigzags très-développés, qui portent le nom de Aqbat-es-Soulthan (la descente du soulthan) , sur un plateau nommé el-Melàeb (le lieu où l'on joue) ; nous y touchons à neuf heures quarante-six minutes.
Là se montrent des ruines et un pavé de très-gros blocs encastrés dans le roc. Nous marchons alors directement à l'ouest et nous rencontrons d'abord une petite enceinte carrée, dont les fondations seules subsistent. A neuf heures cinquantesix minutes, nous marchons à l'ouest-nord-oucst, et nous passons par dessus les fondations d'un long mur, construit en blocs énormes, qui a deux mètres d'épaisseur et qui fait deux coudes successifs. La première portion de ce mur est dirigée au nord, quatre ou cinq degrés ouest ; puis par un coude à angle obtus, le mur se dirige au nord-est , pour se redresser ensuite à angle droit au nord-ouest. Au loin, sur notre droite, paraissent toujours les bouffées volcaniques. A dix heures et une minute, nous marchons à l'ouest quelques degrés nord, en longeant un ravin qui court à notre gauche. Là sont encore des ruines en très- gros blocs, et qui sont complètement inconnues des Arabes. Ce point se nomme spécialement Maksar-el-Heçan (le lieu de fracture du cheval).
Il serait d'un extrême intérêt de reconnaître la ville antique
à laquelle appartiennent les ruines étranges d'el-Melàeb , dont le nom significatif est plus étrange encore que les ruines qui le portent, le Lieu où l'on joue ! Le sens de ce nom lui-môme, donne immédiatement à penser que les Arabes, entendant appliquer à cette localité un nom assez voisin d'un mot de leur langue, comportant un sens qui le rendait facile à graver dans leur mémoire, l'auront altéré, sans scrupule, pour se l'assimiler. Voyons donc s'il est possible de trouver quelque nom qui puisse être rapproché de notre Mel&eb.
Nous lisons dans le livre de Judith (iv, !i) que les Juifs envoyèrent des émissaires à Beit-Horon, à Belmen et à Jéricho, pour engager les habitants à mettre leurs villes en état de défense, afin de fermer à l'ennemi, c'est-à-dire aux Assyriens conduits par Holophcrne, l'accès de la Judée, par les routes qui y conduisaient à travers les montagnes. La version latine écrit le nom de cette localité Baalmaim. Au chapitre vn-3 du même livre, il est question d'une Bsà6«(a que Reland considère comme la même , en conséquence de quoi il propose de lire dans les deux passages BeX&cpi. ou, si l'on préfère, BeX(ùv. L'ennemi pouvait s'approcher par la vallée du Jourdain, puisque Jéricho est l'une des villes auxquelles recommandation est faite de se tenir sur ses gardes et de fermer le passage aux Assyriens. En tournant Jéricho , qui commandait la route ordinaire de cette ville à Jérusalem , une armée d'envahissement pouvait aisément gagner le passage, étroit et difficile, il est vrai , sur lequel sont assises les ruines considérables d'el- Melâeb, et cela devenait d'autant plus praticable, qu'une route publique, dont j'ai reconnu les restes évidents, occupait trèscertainement les défilés qui précèdent el-Melâeb. Cette seule considération me porte à rechercher dans el-Melaeb la BeX(jt«v du livre de Judith. Ainsi que je l'ai dit plus haut, ce nom, grâce à la permutation toute naturelle du B en M et récipro-
quement, aura pu devenir Me>&v , et de là a Melâeb, il y a si près, qu'il est tout simple de penser que les Arabes ont transformé ce nom, dont ils ne comprenaient pas le sens, puisqu'il n'en avait pas, en MaJâeb, qui avait un sens qui leur était tout h fait familier.
Je n'ajouterai plus qu'un mot à propos du passage du livre de Judith, c'est qu'il résulte de la mesure prise par les Juifs envoyant des émissaires à Beit-Horon et h Jéricho , que deux corps d'armée distincts menaçaient Jérusalem, en suivant, l'un la route par les plateaux, et l'autre la route de la vallée du Jourdain. Au reste, une semblable mesure était commandée par la prudence pour un capitaine qui tenait à ce que son armée trouvât sur son chemin les subsistances nécessaires. Jeter une multitude de soldats sur un seul et môme point à la fois, c'était ruiner le pays, en s'affamant; diviser cette multitude en plusieurs corps opérant simultanément par des routes différentes, c'était diviser les forces de la défense, en subvenant à tous les besoins de l'attaque. En résumé , les ruines placées à el-Melâeb sont incontestablement à cheval sur une route antique qui, de la vallée du Jourdain, conduisait dans le haut pays et à Jérusalem. Le livre de Judith nous parle d'une Belmènqui était certainement une place forte établie sur une route semblable, peu éloignée de Jéricho ; je propose donc de voir cette Belmèn, dans les ruines d'el-Melâeb.
Revenons à notre itinéraire. Du point nommé Maksar-el- Heçan, on aperçoit au loin, devant soi et un peu à gauche, les sommets du Mont des Oliviers. Nous traversons alors, en nous dirigeant à peu près constamment à l'ouest , une belle et large plaine, très-favorable à la culture, mais qui semble aujourd'hui un peu abandonnée. A dix heures quinze minutes, nous marchons à l'ouest quelques degrés nord, et nous avons en vue, à notre gauche, les ruines d'un khan assez vaste, et à environ
quinze cents mètres au sud, une grotte taillée dans le flanc de la montagne qui de ce côté ferme la plaine. Cette grotte se nomme Raq-ed-Deïr (la petite source du couvent). Sur notre droite et au nord-ouest se montre, à environ huit kilomètres, un sommet couvert de ruines et qui se nomme Arkoub-es-»Safah (l'éminence de Safah). Quelle est cette Safah? je l'ignore.
A dix heures vingt minutes , nous passons à côté d'une fontaine moderne , à la droite de laquelle est tracé le chemin qui conduit au khan ruiné dont j'ai parlé tout à l'heure ; ce bâtiment, que les Arabes ne connaissent que sous le nom do Kharbet-el-Khan (le khan ruiné), est alors à trois cents mètres au plus à notre gauche. En ce point notre route longe un cimetière placé entre elle et le khan. Ici le terrain est en culture et la plaine est coupée à notre droite par un lit de ruisseau à sec, que nous suivons parallèlement. A dix heures vingt-huit minutes, la plaine se couvre de larges mamelons assez bas, entre lesquels nous cheminons à l'ouest. A dix heures trente-quatre minutes, le lit de ruisseau que j'ai signalé tout à l'heure, entre dans un vallon qui se nomme Ouad-es-Snecel, et coupe notre route, pour passer à notre gauche. A dix heures trenteneuf minutes, il la recoupe encore une fois, et enfin à dix heures quarante-cinq minutes, nous rejoignons la route d'cr-Riha, c'est-à-dire le chemin que nous avons parcouru trois jours avant. A partir de ce moment je cesse naturellement de prendre des notes topographiques sur un terrain que j'ai suffisamment étudié à mon premier passage.
Une fois rentrés dans la vallée que nous avons déjà parcourue en sens inverse, nous accélérons notre marche, afin d'éviter la pluie qui nous menace depuis une heure. En arrivant au Bir-el-Haoud, nous faisons halte pour déjeuner, et nous sommes obligés de nous réfugier dans les ruines du khan voisin , contre les larges gouttes d'eau qui commencent à tomber. Nous
regagnons ensuite Ei-Aazarieh, et, comme la pluie a cessé, nous faisons un détour, pour entrer dans le village et visiter, en passant, la grotte sépulcrale à laquelle la tradition rattache le miracle de la résurrection de Lazare. C'est un caveau profond, à plusieurs étages, et où l'on descend par des escaliers fort raides. Au fond, on trouve les parois du rocher tapissées de revêtements en grosses pierres de taille, avec ouvertures ogivales. Un autel grossier, en pierre, sert, à certains jours, pour célébrer le saint sacrifice de la messe. Est-ce bien là le caveau funéraire où fut déposé le cadavre de Lazare? Je l'ignore, mais c'est parfaitement possible ; ce qui est sûr, c'est que dès l'époque des croisades, époque à laquelle il faut rapporter les constructions ogivales de l'intérieur, la tradition qui concerne ce caveau était déjà établie.
D'El-Aazarieh , où nous avons fait une pause d'un quart d'heure, nous regagnons, le plus promptement possible, la vallée de Josaphat et la porte Saint^Étienne. Nous voilà donc rentrés à Jérusalem , sans accident et avec une ample moisson de faits nouveaux de tous les genres. La pluie, du reste, nous a repris pour tout de bon sur le flanc du Mont des Oliviers, et nous sommes fort heureux de nous réfugier, au plus vite, dans nos cellules de la Casa-Nuova. Après une heure de repos, donnée aux délices du moka et du latakieh, je passe à l'encre mes notes topographiques de la matinée, et je me complais à ruminer mes trouvailles de l'heureuse course que je viens de terminer. La pluie s'est établie sérieusement; le ciel est pris de tous les côtés; en voilà, sans aucun doute, pour quelques jours.
Di: 8 Al' SI FEVRIER.
Je me suis réservé de m'occuper en détail et séparément, des monuments antiques de Jérusalem; c'est ce que je vais faire
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 489 maintenant, en groupant sous le nom de chacun des édifices que j'étudierai, toutes les observations que j'ai faites sur son compte, et, le plus souvent, à plusieurs reprises. Je n'avais pas d'autre moyen d'éviter les redites, ou de sauver à mes lecteurs l'ennui de revenir un certain nombre de fois sur le même sujet ; ils me pardonneront donc de résumer, en deux lignes, l'histoire de notre dernier séjour à Jérusalem , pour procéder immédiatement à l'examen des curieux débris qui existent à l'intérieur et à l'extérieur de cette ville. J'y suis arrivé con- j vaincu que je ne trouverais pas trace de monuments datant de l'époque des rois de Juda : j'ai acquis, de visu, la conviction qu'il en est tout autrement, et que ces monuments abondent. , Puissé-je faire passer cette conviction dans l'esprit de tous ceux qui me feront l'honneur de lire ce livre, que je destine bien plutôt à dire ce que je crois pour mon compte, qu'à dire à autrui : Voilà ce qu'il faut que vous croyiez.
Depuis le jour de notre rentrée , jusqu'au vendredi 21 février, nous avons été presque constamment bloqués à la Casa- Nuova, par des pluies effroyables qui ont fait crouler une quarantaine de maisons, si bien que toutes les rues de Jérusalem sont coupées, par ci, par là, par des barricades de décombres, que l'on escalade comme on peut, en prenant force précautions afin d'éviter l'ennui de se casser les jambes. Nos soirées, quand il a été possible de franchir le seuil de notre porte, ont été consacrées à notre ami, M. Botta, à l'exception de quelques-unes que nous avons données à l'excellente famille Pizzamano. Cet horrible temps a fini par nous réduire au désespoir le plus comique. Aussi, vienne le premier rayon de soleil, et nous fuirons sur l'heure, au risque d'aller nous enterrer dans les fondrières de la plaine d'Esdraélon; et ceci n'est pas une plaisanterie ! Car les courriers de Beyrouth , d'ordinaire si réguliers, n'arrivent plus qu'après des retards de plusieurs jours.
dus aux difficultés que présentent des chemins complètement défoncés. Nos lourds bagages auront bien de la peine à s'en tirer; mais nous avons perdu patience, et nous regardons, à l'avance, notre départ de Jérusalem comme l'heure d'une véritable délivrance.
Ceci dit, je viens en hâte à mon étude archéologique de la cité sainte. L'enceinte du temple de Salomon a droit à la place d'honneur, je commencerai donc par elle.