‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 48 sur 211 · TITO AEL. HADR1ANO ANTON I NO AVO. PIO P. P. PONTIF. AVGVR · texte numérisé non relu

TITO AEL. HADR1ANO ANTON I NO AVO. PIO P. P. PONTIF. AVGVR

F.T AUTOUR DE LA MER MORTE. Soft

• A Titus ifllius Hadrien Antonin Auguste te Pieux, père de la patrie, pontife, augure, par décret des décurions. »

Nul doute que cette inscription n'ait été encastrée dans la base d'une statue élevée à l'empereur Antonin le Pieux. Krafft a conclu de sa présence, que la porte antique dont je m'occupe, était du régne d'Hadrien; mais Williams a fait justice de cette bizarre conclusion, tirée de la présence d'une inscription évidemment déplacée, puisqu'elle est sens dessus dessous, et il a cru devoir conclure que la porte en question était du temps de Justinien. J'ai déjà dit pourquoi je ne puis admettre cette opinion. Pour moi , comme pour le savant Williams, l'inscription a été mise là à l'époque où Justinien a ordonné la construction de l'église de la Vierge; mais voilà tout. 11 n'y a aucune analogie entre la nature de la pierre dont on s'est servi pour construire la porte, et celle de la pierre qui porte l'inscription. Il y a plus : un des voussoirs primitifs dont j'ai parlé, a été entamé pour servir d'encastrement au côté gauche et à l'angle inférieur de l'inscription. Celle-ci a donc été encastrée dans le mur, postérieurement à l'existence de la porte antique. Par suite, il est logique, s'il est vrai que cette inscription ait été placée là à l'époque de Justinien, de conclure que la porte inférieure est bien antérieure à cette époque. Aussi n'hésité-je pas, plus que pour la porte Dorée, à la considérer comme un fragment d'une porte de l'enceinte du temple reconstruit par Hérode.

Ma intenant, est-il possible de deviner l'origine de cette inscription précieuse? Je crois que oui, et je vais essayer de le démontrer. Commençons par dire que Krafft, qui conclut de la présence de l'inscription que la porte est du règne d'Hadrien, ne s'est pas aperçu , ainsi que le fait très-judicieusement observer Williams, qu'il ne s'agit pas d'Hadrien dans l'inscription, mais bien d'Antonin le Pieux, qui prit pour surnoms, par reconnaissance et par

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affection, les noms d'Hadrien et d'JSlius, qui ne lui appartenaient pas. Krafft aurait pu conclure tout au plus, si l'inscription eût été placée de façon à être lue , que la porte était du temps d'Anton in. Williams a publié cette inscription, étrangement estropiée par un de ses devanciers qui y lisait le mot noAH pour HOAI2, ville!, avec quelques légères incorrections que je crois dev oir signaler au -savant auteur de la Cité Sainte. Le texte porte positivement AEL au lieu de AIL. De plus, la dernière ligne ne se compose que des deux sigles D. I). (decurionum decreto), et non des lettres DDPP qui ne pourraient se lire que Decuriones posuerunt, contrairement au style lapidaire qui exige « Ponendum curavit ou curaverunt. »

Revenons à l'origine de l'inscription. Après l'effroyable dénouement de la révolte des Juifs soulevés par Bar-Koukeba (MaD^nio), Jérusalem fut transformée en colonie romaine, par Hadrien, qui lui donna le nom d'i^lia-Capitolina. Un temple païen fut installé sur remplacement même du temple des Juifs, et les magistrats romains de la nouvelle colonie élevèrent, au même point, une statue en l'honneur de l'empereur. Son successeur, Antonin le Pieux , reçut très-probablement le même hommage ; ce qui est sûr, c'est que le pèlerin de Bordeaux qui visita la ville de Jérusalem en 333, dit expressément dans sa description du temple : « Sunt ibi et statu» dua? Adriani, et est non longé de statuis lapis pertusus, ad quem veniunt Juda?i singulis annis et unguent eum, et lamentajit se cum gemitu et vestimenta sua scindunt, et sic recedunt. » Ce passage curieux constate que les deux statues impériales étaient près de la pierre visitée avec dévotion par les Juifs, pierre qui n'est que la roche vénérée encore aujourd'hui des Musulmans, sous le nom d'es-Sakhrah, et qui est enfermée dans la mosquée d'Omar.

ÉtaienUce bien deux statues d'Adrion qui .se voyaient, en

ft$S, sur l'emplacement sacré du temple? Il est fort probable que non. A quoi bon élev er deux statues au même prince, et au même endroit? Je n'hésite pas à croire que la seconde était d* Antonio le Pieux, et le pèlerin, en lisant l'inscription votive qui portait Tilo &tio Hadriano, n'aura pas pris, plus que Rrafft, la peine de lire plus loin une inscription qui devait le scandaliser. Ceci revient à dire que, pour moi, l'inscription dont je m'occupe, est bien celle qui était encastrée dans la base de Tune des deux statues élevées par les décurions d'jfclia Capitolina, à Hadrien d'abord et plus tard à Antonin le Pieux.

Continuons notre inspection de l'enceinte antique du temple. Le mur de clôture du jardin d'el-Aksa s'élève perpendiculairement, ainsi que je l'ai dit, sur le grand mur d'enceinte ; il se dirige droit au sud, sur une longueur de dix-neuf mètres quarante centimètres. Là il fait un angle droit à l'ouest, sur une longueur de sept mètres vingt centimètres ; puis un nouveau crochet au sud, de neuf métros trente centimètres, et un retour d'équerre, vers l'ouest, de dix mètres de longueur. I^es quatre branches de muraille que je viens de mesurer, sont en maçonnerie récente et probablement turke. Au point où nous sommes arrivés, la muraille salomonienne reparaît et descend directement au sud, sur une longueur de soixante-un mètres soixante centimètres. A l'extrémité de cette branche, commence une autre branche beaucoup plus longue, dirigée à l'ouest, et de construction salomonienne : celle-ci a cent cinquante mètre* soixante-dix centimètres ; là est appliquée contre le mur, une tour carrée moderne qui a six mètres de face et qui est en saillie decinq mètres, sur l'enceinte. Dans le flanc gauche de cette tour est une poterne fermée d'une porte de fer ; au delà il n'y a plus que des parties turkes de l'enceinte militaire de la ville, conduisant au Bab-el-Morharibeh (la porte occidentale).

L'enceinte sacrée que nous avons perdue de vue, à partir de

lu porte antique située au-dessous d'el-Aksa, ne doit pas être confondue avec les deux grandes branches de muraille salomonienne que nous venons de reconnaître, au sud du plateau qui servit d'assiette au temple; celles-ci, en effet, sont une partie intégrante de la plus ancienne enceinte militaire, dont fut munie la capitale du royaume de Juda. Il ne faut pas oublier, non plus, que je me sers de l'expression salomonienne, par pure abréviation, et pour indiquer la construction qui appartient incontestablement, suivant moi, à la dynastie de David, c'est-à-dire qui est antérieure au sac de Jérusalem par les Assyriens, et à la destruction du royaume de Juda. Le plan des ingénieurs anglais, publié par Williams, ne fait pas entrer ces deux magnifiques murailles dans le tracé de l'enceinte primitive de Jérusalem, et c'est bien certainement à tort, il en est de même pour le plan de Schultz et de Catherwood.

Quels que soient les textes sur lesquels il est possible de s'appuyer, pour reconstruire approximativement sur un plan, le tracé de l'enceinte que Josèphe appelle le premier mur, il faut, de toute nécessité, faire entrer dans ce tracé les deux portions de muraille salomonienne que j'ai décrites plus haut. Tous les blocs primitifs sont en place, aucun d'eux n'a été dérangé , et les assises sont en aussi bon état que si le tout venait d'être construit récemment.

Le récit de Josèphe est sans contredit de tous le plus important sur ce sujet. Voici donc ce qu'il dit en substance de l'enceinte primitive 1 : le premier mur commençait à la tour Hippicus, s'étendait vers le Xystus, gagnait de là le Sanhédrin, et venait se terminer au portique occidental du temple. L'autre branche commençait à la même tour Hippicus, se prolongeait d'abord en faisant face à l'occident, se dirigeait, en traversant

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