‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 99 sur 211 · I. Voyez pl. lui et itv · texte numérisé non relu

I. Voyez pl. lui et itv

seul monument est resté intact, au-dessus de l'escarpement qui domine les jardins plantés au fond de la vallée, et je ne puis, en aucune façon, m' expliquer comment un monument d'une importance aussi grande, et qui d'ailleurs saute aux yeux des passants, a pu rester inaperçu jusqu'à ce jour, ou du moins comment il n'a été décrit par personne. Je me félicite d'ôtre le premier à mettre en lumière un aussi curieux édifice, dont on ne pourra jamais contester la haute antiquité.

Voici la description exacte du monument. C'est un bloc monolithe détaché de la masse, sur trois cotés seulement , c'est-àdire au sud, à l'ouest et au nord. L'entrée est à l'ouest. C'est exactement la copie en grand de ces édicules monolithes égyptiens qui ornent nos musées. In dez carré à arêtes légèrement inclinées en dehors, constitue la base du monument. Au-dessus, règne une corniche égyptienne, formée, comme aux tombeaux d'Absalom et de Zacharie, d'un tore ou boudin, surmonté d'un large cavet que couronne une simple plate-bande. Au milieu de la face est ouverte une porte, munie, au sommet, de deux entailles rectangulaires, placées en dehors des piédroits, et dont les analogues se retrouvent fréquemment aux portes des excavations égyptiennes. Voici maintenant les dimensions des dif-

férentes parties de cette façade :

Largeur de ta face au-d.\ssous du tore 4-64.

Id. aux deux tiers de la hauteur de la porte

d'entrée 4, 7i.

Hauteur de la porte d'entrée !, 45.

Largeur de la porte d'entrée 0, 70.

Distance du sommet de la porte au tore 0, 50.

Largeur du tore 0, 20.

Dislance du sommet «lu tore à la plate-bande . . o, 40.

Hauteur de la plate-bande o, 28.

Largeur de la plate-forme supi'iuure. .., 5, 16.

Saillie de ln plate-bande sur la face. 0, 26.

Saillie du tore 0, 12.

Longueur de la (date-forme , depuis la face extérieure

jusqu'au rocher u, 23,

li.es faces latérales ne sont qu'ébauchées, ou du moins elles ne sont terminées que vers les parties voisines de la façade.

L'intérieur de l'édifice est aujourd'hui rempli de fumier qui sert de litière à quelque misérable fellah de Siloam. Voici , maintenant, la description de cet intérieur. La porte, ouverte dans une paroi de trente centimètres d'épaisseur, débouche dans une petite antichambre carrée, de quatre-vingt-douze centimètres de coté, au fond de laquelle est percée une petite porte basse, de soixante-dix centimètres de largeur, qui traverse une seconde paroi de trente centimètres d'épaisseur. Cette porte débouche dans une seconde chambre carrée, de deux mètres quarante-trois centimètres de côté, qui offre sur les parois de gauche et du fond, à quatre-vingts centimètres environ au-dessus du sol, deux niches en arceaux. La paroi de droite est nue.

Il n'est pas possible de méconnaître la ressemblance fraj)pante qu'il y a entre ce monolilhe et les édicules monolithes purement égyptiens; il ne viendra donc à l'idée de personne qu'il faille l'attribuer à une époque romaine ou grecque. Ce qui est fort curieux, c'est de comparer la corniche qui le décore, avec la corniche de l'un des bAtiments ninivites exhumés par M. Botta du monticule de Khorsabad Le système des deux corniches est exactement le même. Seulement, comme il s'agissait à Ninivc d'un édifice beaucoup plus considérable que celui de Siloam , toutes les dimensions des moulures sont un peu plus fortes, sauf celle de la plate-bande. Voici le tableau comparatif de ces mesures :

Siloam.

Khop>aba4.

Hauteur du cavet

1. Voir la planche 150, du bel ouvrage de M. Bottu. Livraison 69.

A coup sûr, les deux architectes qui ont tracé les deux corniches avaient étudié à une même école architecturale, et ils avaient les mêmes principes. L'un était assyrien, et vivait au moins six cent vingt-cinq ans avant l'ère chrétienne ; l'autre donc n'était ni grec ni romain.

Ici, se présente une fort curieuse question. Le monument de Siloam appartient-il à l'époque des rois de Juda? C'est ce qu'il serait fort important de préciser. Ici, deux hypothèses se présentent, et nous allons les examiner tour à tour. Ou c'est un tombeau, ou c'est un édifice sacré. Voyons la première supposition. Nous savons que les jardins du Roi occupaient le fond de la vallée de .Tosaphat, dans toute la partie que remplissent aujourd'hui les vergers et les potagers arrosés par la fontaine de Siloë. Sans aucun doute, le roi n'aurait pas souffert qu'on vînt placer des tombeaux autour de ses jardins, et de façon surtout qu'ils les dominassent. Or, c'est ce qui serait infailliblement arrivé si une nécropole, remplacée par le village de Siloam, eût continué à recevoir des morts, à partir du moment où les jardins du roi furent tracés. 11 est donc fort probable que cette nécropole de Siloam aurait été abandonnée, à partir du jour où Salomon eût choisi le terrain placé à quelques mètres au-dessous, pour en faire ses jardins royaux. Dès lors, il n'y aurait rien que de très-logique à regarder cette nécropole comme celle des Jébuséens, qui occupaient le territoire de Jérusalem, avant la venue des Israélites, et qui restèrent même les maîtres d'une portion de la ville, après que David se fut emparé de la forteresse de Sion. Je proposerais donc formellement de voir un monument jébuséen dans le tombeau monolithe de Siloam, s'il était admis que c'est un tombeau.

J'ai parlé tout à l'heure des jardins du Roi : voici les passages de l'Écriture dans lesquels il est spécialement question de ces

jardins. Nous lisons clans les Rois (II. \xv) &, La ville fut fendue (une brèche fut faite) et tous les gens de guerre s'enfuiront la nuit, par lo chemin de la porte, entre les deux murailles, au-dessus du jardin du Roi; et les Casdim (Chaldéens) étaient sur la ville à l'en tour; et il prit (le roi Sedekias) le chemin de la plaine. — 5. L'armée des Casdim poursuivit le roi ; ils l'atteignirent dans la plaine de Jéricho, et toute son armée se dispersa d'auprès de lui. — Du premier passage, il résulte que les Assyriens ne serraient pas d'aussi près cette portion de la ville placée vers le Tyropœon , entre l'enceinte du temple et l'enceinte militaire qui couronnait le mont Sion. Là s'ouvre, au point le plus favorable pour la construction d'une porte de ville, le Bab-el-Morharbeh qui a, je le suppose, remplacé la porte dont il est question dans les versets que je viens de transcrire. Sedekias s'enfuit avec son armée vers Jéricho; les Assyriens l'y atteignirent en le poursuivant ; donc ils n'occupaient pas la vallée du Jourdain, et l'armée envahissante avait suivi, sinon le littoral, du moins la route qui conduisait à Jérusalem par les plateaux.

Nous lisons dans Néhémie (m) ; — 15. Et Saloum-ben-Koulhazeh, chef du district de Mesfah, éleva la porte de la Source; c'est lui qui la construisit, la couvrit, en posa les portes, les verrous, ainsi que les murs de l'étang de Sehah ( rfcn ) , au jardin du Roi, et jusqu'aux rampes qui descendent de la ville de David. — Cet étang de Selah n'est que la piscine de Siloë, et la porte de la Source devait par conséquent se trouver bien près de la fontaine actuelle de la Vierge. Cette porte de la Source devait dès lors être si près aussi de la porte par laquelle s'enfuit le roi Sedekias, que pour ma part je suis tenté d'identifier ces deux portes entre elles d'abord, et avec le Bab-el-Morharbeh ensuite. Une ville aussi petite que Jérusalem ne pouvait avoir une enceinte criblée de portes. A quoi bon, d'ailleurs?

ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 3H puisque toutes les voies par lesquelles on pouvait s'éloigner ou s'approcher de la ville, avaient et ont encore aujourd'hui une porte qui leur correspond. Concluons-en, que dans la nomenclature des nombreuses portes mentionnées par l'Écriture Sainte et par Josèphe, il y a forcément des double-emplois» A Jérusalem plusieurs noms étaient indifféremment appliqués à la même porte, aussi bien autrefois qu'aujourd'hui. Là est la seule solution raisonnable du problème qu'implique l'étrange multiplicité des sorties de la ville sainte. L'étang de Siloë était donc, d'après le texte de Néhémie, au jardin du Roi.

Nous retrouvons dans Jérémie (xxxrx, fi) la narration de la fuite du roi Sedekias, devant l'armée assyrienne. Voici la teneur du verset merne : — Ce fut quand Sedekias, roi de Juda, et tous les gens de guerre les eurent vus, qu'ils prirent la fuite et sortirent de la ville, pendant la nuit, par le chemin du jardin du Roi, par la porte entre deux murs, et ils sortirent par le chemin de la Plaine. — La porte entre deux murs était donc celle qui conduisait au jardin du Roi, et cette porte, c'est toujours, pour moi, celle qu'a remplacée le Bab-el-Morharbeh f.

Nous trouvons encore dans Jérémie (lu, 7) la narration de la fuite de Sedekias; mais cette fois nous avons la copie à peu près exacte du verset k du chapitre xxv du livre \1 des Rois, verset que j'ai cité plus haut. Ce sont les mêmes expressions, sauf l'addition des trois mots essentiels : TJJP iNin VTa\ dont la présence serait nécessaire , pour que le texte du Livre des Rois ne comportAt pas une ellipse impossible; sauf encore l'omission, dans Jérémie, de l'article n devant le mot PiV^, nuit;

1. L'un des deux murs qui flanquaient !;i p.rte par laquelle sVnfuit Sorl.kias, et qui donnèrent leur nom à cette porte, ne peut être que 1.- magnifique mur ualomonieu dans le prolongement duquel se trouve percé le Bab-el-Morliarbch. Le second était vraisemblablement une autre branche de l'enceinte partant de la porte et se dirigeant au sud-ouest, tandis que la première faisait face au sud.

.sauf enfin la présence, dans le texte de Jérémie, du pluriel "DT, ils prirent, au lieu du singulier peu naturel "]^\ il prit, que présente le verset du Livre des Rois. Concluons-en que le texte de Jérémie est sur ce point beaucoup plus pur que celui du Livre des Rois.

Quoi qu'il en soit, il est évident, par la teneur même du verset que je viens de commenter, que le jardin du Roi était contre la piscine de Siloë et, ainsi que je l'ai dit, au point où existent encore tant de jardins potagers parfaitement arrosés. Dès lors si notre monument monolithe de Siloam était un tombeau, il appartiendrait nécessairement à une époque antérieure à la prise de Jérusalem par David, c'est-à-dire aux Jébuséens.

Passons à la seconde hypothèse, c'est-à-dire admettons qu'il ne s'agisse pas d'un tombeau; car il faut l'avouer, nous avons ici la copie exacte de l'un de ces édicules monolithes, consacrés par la piélé égyptienne. Existe-t-il une circonstance par suite de laquelle un édicule de ce genre aurait pu être construit en ce point? Oui, certainement, si nous n'oublions pas que le village de Siloam est placé sur le liane du mont du Scandale. Nous lisons dans les Rois (I, xi) : — 1. Le roi Salomon aimait plusieurs femmes étrangères, outre la fille de Faraon : desMoabites, des Ammonites, des Édomites, des Sidonites et des Hittites... — 5. Salomon marcha derrière Astaroth , divinité des Sidonites, et derrière Melkom, abomination des Ammonites...

— 7. Alors Salomon bâtit un haut lieu pour Kamous, abomination de Moab, sur la montagne qui est vis-à-vis de Jérusalem, et pour Woloch, abomination des enfants des Ammonites...

— 8. Et il fit ainsi pour toutes ses femmes étrangères, qui faisaient des encensements et sacrifiaient à leurs dieux. — Très-probablement la princesse égyptienne, qui était la première épouse de Salomon, dut exiger que le culte dans lequel elle était née, ne fût pns le seul dédaigné; sans aucun doute

encore, cette princesse qui n'avait pas embrassé le judaïsme, puisque le roi la reléguait dans un palais qu'il lui avait fait construire, hors de l'enceinte de la forteresse de David, eut un lieu particulier où elle pouvait se livrer au culte de ses pères. L'origine du Sacellum — monolithe — égyptien de Siloam , n'est-elle pas étroitement liée à ce fait historique? Je le crois, mais cette fois encore je ne prétends imposer ma croyance à personne.

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