‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 98 sur 211 · I. Voir pl. xt et xli · texte numérisé non relu

I. Voir pl. xt et xli

l'état d'ébauche plus ou moins avancée. Il est facile de reconnaître en beaucoup de points de la surface, et notamment dans les aisselles des colonnes et des antes, que tout le mausolée, ou tout au moins le dez inférieur, a été entièrement revêtu d'un crépi rouge très-lisse, qui ne s'est conservé que dans les parties défendues contre les injures du temps et des hommes.

Voici maintenant le détail des mesures principales de ce curieux monument. Le pilastre de gauche de la face principale a cinquante-six centimètres de largeur, et la demi - colonne qui lui est accolée, a trente centimètres; entre cette demicolonne et la colonne entière qui suit, il y a un intervalle nu de quatre-vingt-treize centimètres; l'intervalle des deux colonnes est de quatre-vingt-quatorze centimètres. Il n'y a que quatrevingt-huit centimètres entre la colonne de droite et la demicolonne qui la suit. Celle-ci a, comme l'autre, trente centimètres de largeur, et le pilastre extérieur n'a que cinquante-quatre centimètres de largeur. On voit donc que ce monument ne brille pas par l'exactitude rigoureuse des mesures. Les diamètres des deux colonnes sont, pour la première, cinquante-six centimètres, et pour la seconde, cinquante-quatre centimètres seulement.

Au-dessus des chapiteaux règne une architrave simple, de cinquante-sept centimètres de hauteur, surmontée d'une corniche égyptienne semblable à celle du tombeau d'Absalom, et formée d'un tore ou boudin, de trente centimètres de hauteur et de vingt centimètres de saillie seulement; le cavet placé audessus, a soixante centimètres de hauteur, et quarante centimètres de saillie extérieure. Enfin, la plate-bande qui couronne la corniche, est un peu inclinée de dehors en dedans, et a trente centimètres de largeur. Le tout est couronné par une pyramide quadrangulaire équilatérale. Le monument est évidemment enterré d'une quantité assez considérable, et qui va pro-

babloment toujours croissant. Ce ne sont pas cette fois les pierres jetées par les Juifs, qui se sont accumulées à la base du mausolée. Bien loin de là, ce monument est chez eux en grande vénération, et c'est à qui se fera enterrer le plus près possible de sa base, sinon contre elle. Les pierres tumulaires hébraïques forment en quelque sorte un large pavé qui garnit la base actuelle du monument , et celui-ci est lui-même couvert d'inscriptions pieuses et de noms de visiteurs. La hauteur au-dessus du sol actuel , et comptée jusqu'au sommet de la corniche égyptienne, est de cinq mètres soixante centimètres.

Les chapiteaux sont d'un ionique pur et d'une grande élégance. Au-dessous du chapiteau, le fût de la colonne est garni d'une guirlande de cannelures amorcées, dont chacune peut exactement être comparée à une petite niche. Ce genre d'ornementation s'est, je crois, retrouvé sur quelques colonnes appartenant à des monuments observés, en Asie Mineure, par mon ami M. Ch. Texier. Les chapiteaux d'antes sont formés de moulures simples, et au-dessous de ces chapiteaux, au lieu d'amorces de cannelures, paraissent des cordons formés de quatre patères. Tous ces ornements ne se répètent pas sur les autres faces, qui non-seulement ne sont pas terminées, mais qui, de plus, présentent parfois de véritables défauts de symétrie.

Quoi qu'il en soit , le tombeau de Zacharie offre une masse très-imposante , et je comprends l'admiration que le Pèlerin de Bordeaux témoigne pour ce mausolée qu'il a reconnu comme étant vraiment monolithe, et auquel il donne le nom de tombeau du prophète Isaïe. On voit que de 333 à notre époque, la tradition a complètement changé, sans avoir d'ailleurs rien gagné en certitude. Quel est le Zacharie auquel on attribue aujourd'hui ce mausolée? Personne n'en sait rien, et je n'en sais pas plus que les autres sur ce point.

Williams, dans son excellent livre sur la cité sainte, déclare

que pour lui, les trois tombeaux que je viens de décrire, sont bien certainement antérieurs à l'époque de Constantin; il émet même une opinion qui trahit ses tendances à voir en- eux des monuments d'une époque fort reculée. Ainsi, à propos du tombeau d'Absalom, il se demande s'il ne se pourrait pas faire que ce fût réellement la base du cippe construit par l'ordre du fils de David, dans la vallée royale, et que des artistes grecs auraient accommodé au style d'une époque de beaucoup postérieure. Je ne suis pas, je l'avoue, partisan de cette opinion qui implique un mezzo termine peu admissible, à mon avis. Dans tous les temps, on a restauré des monuments, on ne les a pas, que je sache, rhabillés de façon à déguiser complètement leur caractère primitif. Je n'hésite donc pas à admettre que ces monuments , tels qu'ils sont encore aujourd'hui, ont conservé leur décoration primitive, et que leur existence peut servir d'argument en faveur de l'opinion bien arrêtée que je me suis formée sur place , que l'art grec s'est inspiré, de la manière la plus commode, c'est-à-dire par des emprunts purs et simples, pour constituer les ordres ionique et dorique, dont il trouva les éléments en Égypte et en Asie.

MONUMENT DE S1LOAM'.

Le village de Siloam est bâti sur le flanc du mont du Scandale, et au-dessus des jardins potagers arrosés par la fontaine de Siloë, et qui fournissent de légumes le marché de Jérusalem. La plale-formc de roc qui porte ce village, présente, à chaque pas, d'antiques arasements de monuments qui ont du être détruits à une époque excessivement reculée. Enfin, les huttes du village sont adossées a une muraille de rochers, dans laquelle se voient partout des vestiges d'excavations considérables. I n

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