‹ Voyage autour de ma chambreChapitre 12 sur 30 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

CLAIRVOYANT, puis GOQUILLARD.

(clairvoyant ouvre la porte du carré avec violence, entre avec une vivacité extrême, descend le théâtre ct va à l'armoire, en passant entre la table et la cheminée.) CLAIRVOYANT, en entrant. Ah! c'eSt ici !... j'en Suis sûr! (clairvoyant, sur une grosse peiruque poudrée, porte un chapeau rond un peu pointu, bas de coton blancs rayés de bleu, souliers à boucles, culotte de soie jaune rayée ; l'habii, boitonné, est de couleur de brique, échancré très-haut sur la poitrine; gilet blanc à raies vertes, cravate blanche. Aucun des costumes n'offeclê la recherche du grotesque; leur comique ressort du goût et de la mode du temps. Il a une petite voix fliitée.

COQUlLLAfiD {{) , entrant ensuite d'un pas pressi! mais pesant; il descend jusqu'au milieu du théâtre.) Eh biCU !

je le crois parti... il se glisse le long de Tesca-

lier... (il remonte auprès de l'alcôve, ct dit avec humeur à Clairvoyant qui regarde dans l'armoire.) MoilSieur,

vous n'avez pas le droit de vous introduire dans des lieux privés; je vous invoque de sortir !

CLAIRVOYANT, qui a refermé l'armoire avec violence. Ml'S

informations sonl préci.ses; où est ma femme? coQL'iLLARD, avec force. Je ne la coniiais pas! CLAIRVOYANT. C'cstcequi! nous verrons! (il regarde

dans l'alcôve. En ce moment la porte du cabinet s'agite. Dunois l'entre-bâille pour entrer.)

COQL'ILLARD, se précipitant <ur la porte du cabinet ct repoussant Dunois qui est derrière.) M. DuUOis, ITiazette! (il ferme la porte au verrou.)

1 Gociiliilard, Clairvoyant

CLAIRVOYANT, qui a vu ce mouvement. 11 ferme la porte! (Allant à CoquiUard, qui est adossé à la porte.)

Elle est là!

COQUILLARD, le repoussant vivement et avançant vers

lui. Monsieur, il n'y a point de femme ici !

CLAIRVOYANT. Porticr, ne jouons pas sur les mots! Je ne suis pas fort, mais je suis nerveux! (il veut

aller au cabinet. Coquillard le repousse et descend un peu

la scène.) Je sais qu'elle a pris les vêtements d'un homme, qu'elle porte des habits d'homme, la malheureuse I

COQUILLARD. Monsicur, je n'entre pas là-dedans!

CLAIRVOYANT. Porticr , ne jouons pas sur les mots!... Ah! si mon ami Diego Ramirez était ici pour me prêter main-forte... il a le poignet solide, lui !.. (Il met le poing sous le nez de Coquillard.) Il

cherche aussi ma femme de son côté, lui!... Il n'est pas nerveux, mais il est fort, (ii veut encore s'élancer vers la porte du cabinet. Coquillard le repousse violemment en le faisant pirouetter ; Clairvoyant se retient, incliné en avant, à la table de droite. Il a sous les yeux le gant que Dunois a jeté sur la table.) Que vois-je?... Ce gant JDiiquillel... C'est le gant d'Emilie!... c'est ma couleur!... (Le flairant.) C'est SOIl odour 1 (Allant à Coquillard.) Nieras-tu encore, misérable?

COQUILLARD. Monsieur, je vous prie de vous rétrograder de ce domicile... ce gant ne prouve rien,

CLAIRVOYANT, lui mettant le gant sous le nez.) MaiS,

sens donc, misérable !... sens donc!

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