‹ Voyage autour de ma chambreChapitre 16 sur 30 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

COQUILLARD, LARAMÉE, DUxNOÎS.

LARAMÉE, faisant deux pas en scène, et restant près de

la porte. U cxistc dedans ces lieux un être qui s'intitule de M Dnnois? (Le sergent est un personnage raide et tout d'une pièce; il parle avec prétention; tout entier à sa coisigne, rien ne le distrait. Il a constamment les yeux fixés devant lui, et ne regarde pas une seule fois Dunois pendant toute la scène. Il tient son fusil par la batterie, de la main droite, et le bras tombant à la coulure du pantalon, comme les sous-officiers.)

DUNOIS, s'avançant de l'air d'une victime qui marche au

•uppiice. C'est moi, mon brave camarade ; il est vrai que j"ai manqué trois gardes...

LARAMÉE, descendant la scène, au milieu. Il UC S a-

git pas de garde... vous êtes de droit dispensée du service. Veuillez accepter mon bras, la petite mère.

(il oCtre son bras gauche à Dunois.)

DUNOIS, à part, très-surpris. La petite mcrc!.. (liaut.)

Pourquoi m'ap|)elez-vous la petite mère?

COQUILLARD, comprenant et s'approchant du sergent.

Sergent, il y ix cacaphonie .

LAIUMÉE, passant rapidement son fusil dans sa maio gauche, et, de la droite, écartant brusquement Coquill.ird qui va en trébuchant aupr.'s de la table 4 droite. Je UC

connais que mon devoir 1 (a Duhois.) Le mandat porte que madame Clairvoyant, se disant M. Dunois...

DUNOis. Comment!

LARAMÉE, qui a repris son fuisil de la main droitit,

eomme à son entrée. Est Condamnée à réintégrer avec son mari... Je vous offre mon bras! (il présente son

bras gauche.)

DUNois. Vous m'offrez votre bras... vous m'offrez votre bras!., mais permettez, sergent; si aveugle que soit, en général, un mari, vous ne pouvez pas me prendre pour votre femme, que diable!

LARAMÉE, séTêrement. Ma femme?., je vous prie de rapetisser vos termes... je suis garçon !

DUNOIS, k part. Garçon ? (a Coquillard qui se trouve à sa droite, un peu en arrière.) Garçon (1)?

COQUILLARD, bas, à Diinois. Ce n'cst pas le même

sergent. (ll remonte tout doucement, et revient se placer à la droite du sergent.)

DUNOIS, à part. Ma chambre devient une caserne!.. (Haut.) Pardon, brave militaire; mais puisque vous venez pour madame Clairvoyant, vous devez bien voir que vous vous trompez (2) ? LARAMÉE. On connaît les filouteries des jolies femmes!..

DUNOis, riant. Ah ! il me prend pour une jolie femme!

LARAMÉE. Je n'entre pas dans les détails ! COQUILLARD, rianf. Ah I ah ! ah! (a part.) C'cst encore moi qui lui vaux cal

DUNOIS. Mais, mon brave ami, vous avez des yeux...

LARAMÉE. Ne cherchez pas à me séduire ! DUNOIS. Je n'en ai, sacrebleu, pas envie! LARAMÉE. Je ne connais que mon devoir ! AIR:

Sergent du guet !

Mon cœur, que rit:n n'euflamme.

Est froid comme la lame

De mon briquet !

Et la plus bulle femme, M'agaçant en secret, Ne saurait toucher l'ime Du sergent du guet!

Il faut qu'à son devoir un soldat s'asservisse; Et toujours sur ma face, au moment du service. On voit écrit, comme sur un fronton, Que j' sois de garde ou de planton :

Sergent du guet!

(il laisse glisser son fusil à terre, appuie le bras droit sur le canon, et prend un air souriant et de bonne humeur.) Mais, quand je descends de piquet, Je suis galant, tendre et coquet; Je ne suis i)lus sergent du guet!

Et ma gaîté, lançant ites flammes. J'entonne des refrains qui font sauver les femmes! (il rit; Dunois et Coquillard rient avec lui et plus fort que lui; ils s'en approchent gaiement et avec confiance. Le sergent s'en aperçoit enfin; il frappn vluleromenl par terre de la crosse de son fusil et se remet au port d'arme d'uo air sévère.)

i Laramée, Dunois, Coquillard.

2 Coquillard, Laraméc, Dunois.

Grâce au respect Que ma présence inspire, La gaîté se retire

A mon aspect.

Mes lèvres sont de cire, Et bien malin serait Celui qui ferait rire Le sergent du guet!

Il faut qu'à son devoir un soldat s'asservisse; Et toujours sur ma face, au moment du service. On voit écrit, comme sur un fronton, Que j' sois de garde ou de planton :

Sergent du guet !

(Présentant son bras gauche.) Je VOUS offre mOU braS,

la petite mère.

DUNOIS. Mais, sergent, donnez-moi votre invincible main, et passez-la sous mon menton... sentez

ma barbe. (ll prend la main du sergent cl la frotte sous son menton.)

LARAMÉE, qui a fait une petite grimace de douleur, et en secouant sa main. Ccci UC prOUVe rien! UOUS avOUS

des fortes beautés qui sont douées de cet ornement... Allons, marolions!

COQUILLARD, s'approchant du sergent, et avec force. Eh

ben 1 non, ça ne sera pas!

LARAMÉE, le repoussant vers la gauche. Rébellion contre l'autorité! (coquillard, après avoir trébuché, remonte avec humeur et entre dans le cabinet à gauche.)

DUNOIS. Je vous jure, sergent, que je ne suis pas du beau sexe... je suis de la garde bourgeoise!., c'est si vrai que je ne monte pas ma garde, ainsi !

COQUILLARD, sortant du cuhinet et en rapportant des armes et un chapeau à cornes avec plumet; il pose le sabre et le chapeau sur la talile à gauche, et garde à la maiu le fusil qui est armé de sa baïonnette.) Que même VOilÙ

son fusil, son sabre, son chapeau.

LARAMÉE, d'un air narquois. AvCZ-VOUS Ull paSSC-

port?

COQUILLARD. S'il en a un?., il arrive de Néviocre!

LARAMÉE, avec autorité, en frappant le sol de la crosse de son fusil. SilenCC, portier! (CoquiUard, effrayé, saute sur lui-même, et se met en défense dans l'attitude d'un homme qui croise la baïonnette; mais c'est la crosse du fusil qu'il oppose au sergent; un peu après il va mettre le fusil contre la chaise qui est à droite de la table.)

DU.NOIS, se fouillant et tirant un passe-port de sou pur-

tefeuiiie. Ail 1 parbleu ! voilà qui est remarquable! je viens de faire trois inilk; six cents lieues sans avoir eu à exhiber ce document... et, chez moi,

dans mon propre gîte... (il donne «on passe-pon au

sergent.) Voycz le signalement.

LARAMÉE, parcourant le passc-port. « DuUOis, Jcan- Panlalcon. » (Avec déHancc, «n cachant le passe-port derrière lui.) Comment est-ce que vous vous appelez

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