‹ Voyage autour de ma chambre (volume 2)Chapitre 17 sur 101 · PREFACE XXXIII · texte numérisé non relu

PREFACE XXXIII

damnation des héros du romantisme, malades imaginaires que torture le « vague à l'âme », et qui, en dépit de leurs suicides, sont aussi parfaitement ridicules que VArgan de Molière entouré de ses médicaments.

Xavier de Maislre aimait, en toutes choses, le clair, le simple et le vrai. En cela, cet Allobroge est de pure race française. Y a-t-il, dans notre littérature, des nouvelles d'une valeur beaucoup plus haute que la Jeune Sibérienne, ou que les Prisonniers du Caucase ? Sainte-Beuve les comparait un jour aux chefs-d'œuvre de Prosper Mérimée. Après réflexion, on ne trouve pas que l'éloge soit exagéré. Mérimée est plus pittoresque, mais de Maistrc est aussi profond et d'une note aussi juste. Il croyait que certaines histoires sont assez intéressantes par elles-mêmes, a sans autre ornement que la vérité ». Et la touchante et héroïque aventure de Prascovie Lopouloft, défigurée par M'ne Cottin dans son Elisabeth, peut se comparer aux récits les plus fameux du traducteur de Gogol et de Pouchskine. La mode est aux romans et aux drames russes aujourd'hui. On n'en écrira pas beaucoup d'aussi pénétrants que les deux nouvelles de Xavier de Maistre, — ce Mérimée ému, un Mérimée qui sait attendrir parce qu'il s'attendrit lui-même.

Je sais bien que de tels récits, simples et sincères comme la réalité même, paraîtraient bien ternes au-

jourd'hui que le pittoresque déborde et que la littérature d' imagination dispute ses couleurs à la peinture. Xavier de Maistre n'a point de palette, mais il a un style sobre et ferme, une langue admirable. Le filet d'eau pure qui coule à travers les prés vaut bien le flot boueux du fleuve traversant la ville. Et, sans nul doute, on aura depuis longtemps oublie ou jeté dans l'herbier desséché les brassées de fleurs éclatantes aux pénétrantes et capiteuses odeurs, les enivrantes plantes de serre chaude, adorées aujourd'hui, que l'on respirera encore le petit bouquet de fleurettes cueillies par Xavier de Maistre sur les montagnes de Savoie, et dont le parfum de sauge et de lavande embaumera éternellement les doigts qui l'auront touché.

Jlh.es Claretie.

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