‹ Voyage autour de ma chambre (volume 2)Chapitre 9 sur 101 · PREFACE XV · texte numérisé non relu

PREFACE XV

horizontales du matin) ; j'entends ouvrir la porte avant que la sonnette eût donné le signal. Surpris de cette violation de l'étiquette, je crie : « Qu'est-ce « que c'est donc que cela? — C'est ton frère », me répond Xavier en ouvrant mes rideaux... Il a fait quatre cents lieues pour passer seize jours avec moi. Cela s'appelle en Russie une course '. »

Plus loin, Joseph donne des nouvelles de son frère : s'il arrive quelque bonheur à Xavier, il l'écrit aussitôt à M'm Hubert Alléon ; si Xavier dit quelque chose de plaisant, il le raconte. Xavier, qui sait peindre, fait des portraits pour les absents et se désennuie ainsi, désespérant d'attraper /'oiseau vert. « Le bonheur, dit Joseph de Maistre, est comme l'oiseau vert, qui se laisse approcher et puis qui fait un petit saut. »

Comme Joseph l'aime, ce « mauvais sujet de Xavier » / qui met neuf ans à composer une ode à son frère, et qui, ayant commencé le portrait pour M"* Adèle de Maistre, le renvoyait toujours à demain , disant à propos de toute autre chose : « A propos, il faut que je te fasse ton portrait : voyons si j'ai des idées!... » On pourrait reconstituer ainsi, par de petits traits pleins d'une malicieuse affection, la physionomie des deux frères. J'ai voulu seulement montrer combien ils s'aimaient.

Le Voyage autour de ma chambre avait été assez

i. Lettre du 1 4 février 180 b.

peu remarqué lors de son apparition, quoique le Journal de Paris, par exemple, en eût donné un compte rendu favorable ; mais que venait faire cette causerie à la Hamilton au milieu de la Révolution, la satanique Révolution pour parler comme Joseph de Maistre ? Tandis que Joseph subissait des visites domiciliaires ', Xavier de Maistre, forcé de quitter la

i . Cette note inédite, trouvée aux Archives, se rapporte sans doute à ce fait :

« Du io pluviôse.

i Vil la réclamation du citoyen de Maistre et sa mise en liberté en date du 22 thermidor dernier, le comité de sûreté générale arrête que les effets, titres et papiers à lui appartenans et enlevés lors de son arrestation, et déposés es mains et dans tels dépôts qu'ils puissent être, lui seront à l'instant remis et restitués sous son récépissé, pourvu toutefois qu'il n'y ait rien de suspect et qu'aucuns effets à lui appanenans et réclamés ne ponent aucun sujet ni marque de féodalité.

« Signé : Legendre, Auguis, Perrin, Guffroy,

l'H. Gob'l'ILLIAL' et LOMONT.

Pour cojiie conforme : Bourguignon »

Et plus bas on lit . « Avoir retiré les pièces le .... venin 111.

Signé ; Monvoisin. »

Archiva nationales, Y. 7-4621.) Voyez, sur Joseph de Maistre et sur la Savoie à celle époque, le livre intitule : Un homme d'autrefois, souvenirs recueillis par son arncre-petiifils, le marquis Costa de Beauregaul 1 vol. m-*, t. Pion, 1N77 . L'histoire de Henri-Joseph, maïquis Costa de Beau- I, est intéressante au point d<- vue de l'histoite et de U philosophie • i lui).

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