XAVIER DE MAISTRE. XI
de quelques tableaux aimés, au milieu de leurs livres choisis et chéris , heureux de se retremper dans ta vivifiante atmosphère, ô solitude!
Xavier de Maistre était de ces derniers. En dépit de son existence « sans lectures », il avait déjà beaucoup réfléchi, et il y a dans les pages tracées par le jeune homme quelque chose de ce charme savoureux que Sainte-Beuve retrouva plus tard dans la causerie et sur les lèvres du vieillard. « Sa bonhomie, disait Sainte-Beuve, composant d'après nature un portrait du comte Xavier de Maistre (1839, M. de Maistre avait soixante-seize ans), sa bonhomie cache sa sensibilité et un fond sérieux et mélancolique. En général, ses qualités sont voilées et à demi dérobées par cette bonhomie et cette modestie. On pourrait être longtemps avec lui dans un salon sans s'en douter ; il prend peu de part aux questions générales, et ne se met en l avant sur rien; il aime les conversations à deux; on croit sentir qu'il a longtemps écouté. L'esprit fran- / çais se retrouve sous son léger accent de Savoie et s'en pénètre agréablement. « L'accent du pays où Von est né, a dit La Rochefoucauld , demeure dans l'esprit et dans le cœur, comme dans le langage. » La pensée semble parfois plus savoureuse sous cet accent, comme le pain des montagnes sous son goût de sel et de noix ' . »
1. Sainte-Beuve, Portraits contemporains, lome III (édit. de 1870).