XII XAVIER DE MAISTRE
Ce (( fond sérieux et mélancolique » dans l'esprit, ce goût de sel que Sainte-Beuve trouvait aux propos de Xavier de Maistre vieux et apaisé, sont des qualités rares qu'on rencontre déjà dans ce Voyage autour de ma chambre, premier essai qui fut un coup de maître. Je disais que V auteur de ces pages exquises n'avait pas eu l'intention de les voir imprimées toutes vives. Ce ne fut guère, en effet, que vers 1793 ou 1794 que Xavier, passant à Lausanne, montra son manuscrit à son frère Joseph.
« Mon frère, dit-il, était mon parrain et mon protecteur ; il me loua de la nouvelle occupation que je m'étais donnée, et garda le brouillon, qu'il mit en ordre après mon départ. J'en reçus bientôt un exemplaire imprimé1, et j'eus la surprise qu'éprouverait un père en revoyant adulte un enfant laissé en nourrice. J'en fus très-satisfait, et je commençai aussitôt /'Expédition nocturne; mais mon frère, à qui je fis part de mon dessein, m'en détourna ; il m'écrivit que je détruirais tout le prix que pouvait avoir cette bluette
1. Première édition : Turin, 1794, in-8. Il y a eu bien des éditions de ce Voyage, sans compter l'édition revue et augmentée par Mme Olympe Cotte , assistée de Lamennais (1824, in-8). C'est le Voyage « défiguré ». Une autre édition bien curieuse est celle qui a paru en 1870, à Largentière (typographie de A. Herbin), avec eaux-fortes de M. P. Latil et épigraphes en vers du docteur Ducrest. M. Ducrest s'est avisé de mettre en vers la prose de Xavier de Maistre. C'est un plaisant projet. Mais, après tout, n'a-t-on pas aussi mis en vers Y Avare de Molière ?