XAVIER DE MAISTRE. XXVII
quelques vers qu'il nous a laissés, il l'était surtout par l'émotion, la grâce des images, la délicieuse tendresse des soupirs poussés. Ce ne sont point les rimes qui font la poésie, quoi qu'en veuillent bien dire les sertisseurs, les joailliers littéraires de ce temps. Ce qui fait la poésie, c'est le pénétrant de la pensée uni à la séduction de la langue.
On est poète en prose comme on est poète en vers. Une page des Confidences de Lamartine vaut une strophe des Méditations. N'est-ce pas de la poésie, et la plus touchante, et la plus doucement mélancolique, que ce chapitre où Xavier de Maistre nous montre le portrait de Mme de Hautcastel souriant au premier venu comme il sourit à celui qui aime, et suivant des yeux Joannetti avec son éponge mouillée, aussi bien que Xavier de Maistre étendu dans son fauteuil?
« Quel trait de lumière ! Pauvre amant ! tandis que tu te morfonds loin de ta maîtresse, auprès de laquelle tu es peut-être remplacé ; tandis que tu fixes avidement tes yeux sur son portrait et que tu t'imagines [au moins en peinture) être le seul regardé, la perfide effigie, aussi infidèle que l'original, porte ses regards sur tout ce qui l'entoure et sourit à tout le monde. »
Et la rose desséchée, la fleur de carnaval de Tan dernier, qu'il présente à celle qu'il aime, et que la coquette, ne regardant qu'elle-même, n'aperçoit même pas! N' ] est-ce point là de la poésie? Il y a en-