XXXÎI XAVIER DE MAISTRE
la tour avec son plan et celui du jardin, ont donné sur le malheureux illustré par l'écrivain des détails authentiques. Mais le Lépreux n'eût-il pas existé, qu'il vivrait maintenant, grâce à Xavier de Maistre, dans la mémoire des hommes. Quoi de plus émouvant et de plus navrant que ce dialogue avec le misérable qui languit, comme un pestiféré, loin de toute créature humaine, et qui, le cœur gonflé d'amour, embrasse des arbres pour se donner l'illusion de la vie ?
Pour lui, pour le malheureux, la douce solitude du penseur, dont Xavier de Maistre célébrait les charmes, est devenue l'isolement farouche, cruel, le supplice du condamné! Et pourtant il n'y a aucune haine dans sa plainte. Il ne menace point, il ne fulmine pas; il se résigne. « Cellula continuata dulcescit » , dit-il doucement. Que nous sommes loin, devant cette douleur atrocement réelle et pourtant silencieuse, des souffrances imaginaires d'un René, des larmes d'un Werther, des malédictions d'un Antony !
Ce récit touchant et qui va droit au cœur est, par sa simplicité même, par sa netteté puissante, la condamnation des héros du romantisme, malades imaginaires que torture le « vague à Pâme »J et qui, en dépit de leurs suicides, sont aussi parfaitement ridicules que l'Argan de Molière entouré de ses médicaments.
Xavier de Maistre aimait, en toutes choses, le clair,