VIII XAVIER DE MAISTRE
Il étudia maint grimoire, Il lut du matin jusqu'au soir, Et but à la fin Ponde noire, Tout surpris de ne rien savoir.
Il était entré dans V armée piémontaise , et ce fut peu de temps après l'aventure du ballon de Chambéry qu'il écrivait à Alexandrie ce Voyage autour de ma chambre , dont les chapitres délicieux n'étaient point — quel étonnement ! — destinés à la foule. Ce n'était là qu'un délassement, une songerie d'homme au gîte, ou de philosophe en prison :
Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe? Et que faire en prison à moins que l'on n'écrive?
De Maistre ne comptait pour rien les essais pseudoscientifiques qu'il avait jusque-là publiés sans les signer. Un jour que Sainte-Beuve , toujours en quête de la question des origines littéraires des écrivains, interrogeait l'auteur déjà vieux du Voyage autour de ma chambre, Xavier lui répondit en souriant : « Je dois à la vérité d'avouer que, dans ma première jeunesse, j'ai fait consciencieusement la vie de garnison sans songer à écrire, et rarement à lire. Il est probable que vous n'auriez jamais entendu parler de moi sans la circonstance qui me fit garder les arrêts pendant quelque temps. »
Voilà du moins un duel heureux, puisqu'il nous a donné un écrivain de cette valeur ; mais, à dire