‹ Voyage autour du CaucaseChapitre 14 sur 20 · Rue de la ville baute, etc · texte numérisé non relu

Rue de la ville baute, etc

i3. Au centre de la ville baute s^élevait majestueusement la catbédrale, le plus bel édifice du pays.

On verra (i), dans le résumé de mon histoire de la Colcbide, que, jusqu^à la fin du dixième siècle , les princes du Lazique et d^Abkbasie avaient été presque toujours sous Tinfluence, et même sous la vassabté des empereurs d^Orient. Les princes de KartbU ou de Géorgie avaient le plus souvent suivi la fortune des Arméniens. La conversion des Géorgiens eut beu avant Pan 3oo , peu de temps après celle des Arméniens , et leur christianisme leur vint d^Arménie. Les Lazes et les Abkbases recurent la leur de Cons— tantinople, et les empereurs saintement empressés à faire des conversions, ne se contentèrent pas d'envoyer des colonies de prêtres et de moines; ils fondèrent nombre d'égbses sur toutes les côtes de la Mer-Noire. J'ai décrit Pune des plus belles qui était celle de Pitzounda j dé-

(i)T. II. .

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— 4o5 ~ diée à la sainte Vierge, et fondée en 55o environ par Tempereur Justinien. Il en existait déjà avant cette époque chez les Lazes. L'église de Saint- Étienne, à Khoni ou Oni (Onogouris), bâtie en mémoire d\ine victoire remportée sur les Huns, le fiit dans le cinquième siècle (i), et Procope rappelle même que Justinien fit aussi restaurer la plus ancienne de leursr églises, qui tombait en ruine, et qui ne peut être que celle dont j'ai donné un dessin, et qui était placée en face de l'entrée du palais des rois des Lazes, à Archéopolis , aujourd'hui Nakolakévi (2) .

Toutes les anciennes églises des pays que je viens de nommer portèrent l'empreinte du style du Bas-Empire ou Byzantin , imitation toujours plus grossière et plus dégénérée du style grec.

On adopta pour les plus grands édifices, la forme en croix; on en éclaira le centre par un dôme supporté par des piliers carrés , ou par des colonnes en marbre copiées siu* le corinthien ou sur l'ionique, et parées de croix, soit sur leurs fûts , soit sur leurs chapitaux. On se servit même de colonnes d'anciens temples. L'église actuelle de Kertch fondée en 767 de J. C. (6*265 du monde), comme cela se voit par mie iiiscription gravée sur une des colonnes du dôme , est

(1) Agathias. 1. 3, p. 77.

(2) Voyez Atlas, 2*" série, pittoresque, pi. 9.

— 4o6 — presque le seul échantillon qui nous soit resté intact de cette architecture. Les égUses de Kherson , d^Aïthodore , de PAibudagh en Crimée , celles d^Abkhasie , étaient pour la plupart bâties dans le même style. Toutes étaient desservies par quelque membre éleTé de la hiérarchie: '

évéque, archeyèque ou archimandrite.

Les égUses de villes ou de villages furent très simples, et construites sur un même plan.

On imita aussi en Abkhasie et en Colchide la manière romaine ou byzantine de bâtir, qu^il ne faut pas confondre avec la manière persane. On |

faisait un singulier mélange de la brique et de la pierre de taille , les faisant alterner par lits, ou construisant rintérieur de l'édifice avec la brique, pour réserver la pierre de taille pour Pextérieur. Ce singulier mélange qui est très rare chez les Persans, n'appartient qu'au style byzantin, à l'ouest du Caucase, et dénote toujours des édifices antérieurs au onzième siècle. Je mets dans cette catégorie les églises d'Abkhasie , de Nakolakcvi, de Tchamokmodi, le priais de Tsikhédarbasi , etc. Même les anciennes murailles d'Archéopolis sont dans ce style-là.

En Géorgie , la plus ancienne église , fondée en 3oo environ par Miriam, était en bois. Cène fut qu'en 870 qu'on lui en substitua une en pierre; bienlong'temps les Géorgiens suivirent dans leurs constructions le genre des Arméniens j car les

— 4o7 ~ Arméniens furent leurs maîtres. Depuis long-* temps la grande Arménie était un grand et beau royaume, couvert de monuments de tous genres. Terdat, contemporain de Constantin et grand ami des Romains au milieu desquels il avait été élevé I avait voulu introduire en Arménie Tarchitecture grecque. Il construisit pour sa sœur Khosrovitoukhd, ce magnifique temple ou palais d^ordre ionique, dont on admire les superbes ruines à Garni. La première église d^Arménie construite aussi sous Terdat, lors que saint Grégoire Tilluminateur Teut converti au christia*nisme après Van 275, eut ses frontons et ses corniches ornés de caissons. Mais ce style se perdit après Mithridate. Les Arméniens restèrent fidèles à cet antique genre oriental, à ce luxe d^ornements et de ciselures, à ces formes massives qu^on remarque dans les portiques de Persépolis, dans les tombeaux des rois, et qui n^étaient peut-être que Técho des monuments de FEgypte..., Combinant ce style avec les besoins et avec la forme de leurs églises , ils se créèrent une architecture sacrée à eux. Les églises de Saint-Ripsimé et de Sainte-Kajane à Vagarchabad, qu'ion suppose être du sixième siècle , en sont le prototype. Elles frappent surtout par le grandiose et la simplicité de leurs proportions. Celles qu^on construisit plus tard s^enrichirent toujours davantage de sculptures et de ciselures ; mais

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poui* toutes , la pierre de taille fut le seul élément de construction, et pour Pintérieur et pour Textérieur : nulle part on n^ vit appliquer Fusage de la brique. L^abondance de la lave poreuse et de la lave compacte, des grès, de la craie et des roches jurassiques, évitèrent aux Arméniens la peine de chercher une plus grande quantité de pieiTC à bâtir.*

Parmi les églises anciennes de TArménie, outre celles que je viens d'indiquer, je citerai celle d'Arkgouri. Une pierre sépulcrale portant la date de gîS, année du baptême d'Olga à Constantinople, dressée dans le cimetière qui entoure l'église , à quelques pas de la grande porte d'entrée, prouve que cet édifice, déjà en partie enterré comme le Panthéon à Rome, avait été construit avant le milieu du dixième siècle.

Le célèbre monastère de Marnachène fut fondé en 988 de JMZ. , par Sombat, fils d'Achot , et terminé par Vagram, prince des princes, Antipater, Patrice , fils du grand prince d'Arménie, Grégoire, de la race des Paklavoùni, en 1029 de J.-C. environ 20 ans avant les expéditions des Turcs Seldjoukides contre l'Arménie (1).

L'église magnifique de Kétcharousse , située

(1) Tous ces titres sont dans une inscription dont Klaproth a donné une traduction. (Mémoires relatifs à TAsie p. 274.) On écrit aussi Marmarachen.

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— 4o9 — dans le Daratchitchak (vallée des fleurs) , près de Randamal , date du règne de Goghik ou Gagik, en io33deJ.-C.

Voilà, sans compter tant dWti'es monuments qui ornaient FArménie , et principalement Ani 1- une de ses capitales , assez dVglises sur lesquelles on peut se convaincre par Tinspection , jusqu^à quel point de perfection Parchilecture sacrée avait été poussée dans ce royaume, avant la grande révolution des Turcs SeldjoUkides , qui vint changer la face du sud du Caucase. En affaiblissant TArménie qui renfermait déjaaudedans d^elle nombre d^éléments de destruction, et en cherchant à envahir les vallées de la Géorgie , et à y prendre pied , les Turcs donnèrent Fcveil aux peuples et aux princes d^Abkhasie et de KartUi, qui, fiers et jeunes encore de force et d^esprit d^indépendance, les repoussèrent vi^ gouï'eusement, grandirent, s^affermirent à mesure que TArménie tombait et se déchirait par lambeaux, que les en&nts de Rarthlos disputèrent aux dévastateurs de POrîent.

Avant cette révolution , les rois de Géorgie avaient presque toujours été les fidèles copistes des monuments de FArménie. Le farouche Thémour ravageant la Géorgie en i4i4i ^^ laissa pierre sur pierre ni de la métropole de Mtzkhètha, ni de nombre d^autres temples de la Géorgie. Quelques églises échappèrent cependant à la dé-

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vastation, dans les vallées reculées; d^autres ont été restaurées diaprés le plan primitif, et il reste encore assez de ces vieu^ monuments poiu* ju*ger de Parcbitecture ancienne de la Géorgie.

La tradition et la chronique géorgienne de Vakhtang Y, atti^ibuent à Vakhtang Gourgaslan la vieille église de Métékhi ou de la rupture, dont les murs noirs et sans ornements dominent la nouvelle forteresse ou prison d^état de Tiflis. £Ue serait de la fin du cinquième siècle; mais on peut douter de la véracité de la tradition, au moins pour la coupole qui est postérieure au onzième siècle.

La même chronique attribue à Gouram Kou^ ropalate, qui régna à la fin du sixième siècle, Péglise de Djvaris Monast)ori , sur le sommet méridional des monts Koukhethi : il est très probable qu^elle a été reconstruite.

Le monument le plus authentique que je puisse citer, pour appuyer mon assertion sur Torigine arménienne de Parchitecture en Géorgie, est Féglise du monastère de Sion, près d^Alêni, antérieure à Tannée 998, puisqu'elle fut bâtie par Bagrat II, dont le nom se trouve dans une inscription géorgienne, taillée dans la muraille extérieure. Cette église est une copie exacte, mais corrigée de TégUse de Saùit-Bipsimé à Yagharchabad , et je ne m^étonnai pas de cette ressemblance, quand je vis le nom de Farchi-

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- 4ii -

tecte Boghos, arménien, qui a voulu aussi peiv pétuer son nom dans une inscription écrite en stiperbes lettres arméniennes , au-dessus de Finscription géorgienne du roi.

Les Géorgiens ne copièrent cependant pas toujours les Arméniens : on trouve ça et là, dans les vallées les plus reculées du Caucase, ou dans les plus anciennes villes de la Géorgie, des églises dont la forme est tout-à*«fait originale, et qui foiv ment une branche à part de monuments. Ce sont de petites églises avec de simples frontons au levant et au couchant; point de coupoles; pour tout ornement dans le champ des frontons, dans une ou plusieurs niches eu plein cintre , des groupes de figures grossièrement sculptées, etc. Je crois que c^est ce que Parchitecture sacrée ofire de plus ancien en Géorgie. L^église de Rouissj, celle de Lomissa, celle de Gahert chez les Ingouches, sont des modèles de ce style*^

La régénération du royaume de Karthli et d^Abkhasie, en donnant à la Géorgie une Uttéra«<* ture, lui donna aussi une architecture.

Bagrat III fonda la cathédrale de Koutaïs, et Bagrat IV Facheva. Bagrat en épousant Hélène, fille de Tempereur romain Argyre, obtint de son beau-père des architectes et des ouvriers pour terminer son église. Commencée par des architectes géorgiens, terminée par des grecs, le style de cet édifice se rtssentit du style arménien et du style

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byzantin, et tout ce qu'ail y a de beau et d'élégant dans ces deux styles fut combiné pour en faire Fun des plus beaux monuments de la Géorgie.

L'église est bâtie en forme de croix byzantine ou romane (i). La grande nef, y compris le choeur, mesure 112 pieds de roi de long et 26 de large. Les bas côtés n'ont que 4^ pieds de long et 10 et 12 pieds de large. Le chœur qui répond à la grande nef est semi^circulaire, ainsi que les deux sacristies qui répondent aux bas côtés. Deux grandes niches semi-circulaires,

(1) On a donne ce nom à un style imité du byzantin qui fut en vogue dans les 9, 10, 11 et 12« siècles, et qui précéda le style gothique. LVglise que la mne Berthe fonda à Payerne en 960, la collégiale de Neuchâtel en Suisse, de quelques années plus lécente , Saint-Gennain-des- Prés du 10^ siècle, le dôme de Mayence, IVglise de Sainte- Hélène à Bonn, celle de Saint-Gérion à Cologne, le dôme de Gelnhausen, etc., sont de beaux modèles de ce style. Qu'il est fâcheux que messieurs de Payerne aient si peu su apprécier le beau monument qu'ils possèdent. Pourquoi , demandai-je dans mon étonnement , ne s'en sert-on plus comme église; elle était trop belle, me répondit-on ; et en attendant on a fait du portique une prison , du corps du temple une grande et une petite halle des blés ; le chœur est uri poids public, les sacristies sent des écuries et des bûchers, et, pour ne pas perdre de place, on a fait de l'espace qui restait au-dessus des halles , deux immenses magasins à tabac^ à foin, etc.

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dans les proportions exactes du choeur, terminent les bras de la croix, qui donnent à Téglise 83 pieds daiis sa plus grande largeur (i).

Au centre de la croix, quatre colonnes octogones supportaient le dôme qui n^arait que 26 pieds de diamètre. D^énormes tambours de sept pieds trois pouces de diamètre , seryaiént de premières bases, sur lesquelles reposaient des piédestaux cylindriques haut de sept jneds y compris les tambours. Sur chaque piédestal venait la Traie base de la colonne haute de deux pieds, et imitant de loin une base ionique. Audessus s^élevait le fût octogone de la colonne large de deux pieds trois pouces, haut de dixsept pieds, sans diminution et counnmé d^uu chapiteau haut de deux pieds trois pouces; ce qui dqphait vingt-huit pieds deux pouces de hauteur à toute la colonne (2).

Les chapiteaux (pi. i5, fig. Set 6), étaient .or^ nés du côlé le plus exposé à la vue, de figurés d^animaux et surtout de tigres combattant des cerfs , des ânes sauvages , etc. Sur les coins émoussés , on avait représenté des espèces de sphinx, oiseaux avec des têtes d^hommes parées de larges colliers, et tenant dans leurs serres des serpents, des colombes. On nWait sculpté

(1) Voyez Atlas, 3 série, architecture, pi. i5. (a) Voyez Atlas, 3* série, pL jy, fig. 5.

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que des arabesques sur les cotés moins appa* rents.

Sur ces colonnes Tenaient de simples pilastres de 23 pieds de hauteur sur lesquels s^appuyaient les quatre grands arcs en plein cintre^ qui pointaient le dôme« La def de la Toûte de ces arcs éudt élevée de 6a pieds au'^essus du sol.

Les bas côtés comme à Pitzounda, étaient partagés en deux à3i pieds de hauteur^ où comr mençdient les galeries des catéchumènes*

Toutes lès voûtes de Tintérieur étaioat de plein cintre»

Les deux côtés du grand chœur étaièntsup» portés sur le devant par d^x petites colonnes d^un ts^avail asseî riche. Voyeft«^en la base pl« lÔ,fig.7.

On voit que Tintériéur de Péglise a 'été plà<« tré tout simplement, et peint à fresque t à peiné eiirreste*t*il maintenant quelques vestiges.

Le style byzantin prédominait de fait dans Fintérieur, pour la forme et pour les ome*ments.

Mais ce qui caractérisait principalement Cet édifice, tenait plus au style et aux proportions de Textérieiir. On avait élevé des deux côtés de la &çade de devant, deux espèces d^ailes ou de tours carrées dans le genre de celles qui ornent les églises de Lavra et de Sainte^phie à Kief. L'espace qui restait entre deux servait de pôr-

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tique, qui s'ouvrait par trois arcades : la plus grande au milieu, les autres sur les côtés; on Payait orné avec tout le luxe d'architecture possible* Il s'est écroulé pendant le printemps de i833, à la suite de grandes pluies, peu de mois avant mon arrivée à Koutaïs (l).

Ce qui paraît extraordinaire, c'est qu'en ayant adopté le plein cintre pour tout l'édifice, on ait essayé» pour le portique et pour la porte d'entrée, de l'ogive qui, combiné avec les doubles et triples colonnes effilées de ce que nous appe-^ Ions gothique, ferait croire qu'on est à l'entrée d'une de nos églises antiques (22) « Les arabesques et les feuillages variés sculptés sur les cintres, siu* les corniches^ sur les bandeaux des portes et les faces des pilastres, étaient du travail le plus délicat.

Cependant c'était pour la façade du choeur qu'on avait réservé tout le grandiose de l'arche tecture. £n construisant dans les églises byian*

(1) four avoir une idée de ce portique avant qu*U s'écroulât , Je ne connais d'autre dessin que celui que M. Gamba a donné dans son Atlas, d'aprèô le croquis de M. le baron de Frlks^ que M. Gamba appelle Frit£. Où peut se faire une idée de Tétat actuel du portique d'aprètf les pi. i 3 et 16 de mon Atlas , 3° série, architectui^.

(2) On me dira que la porte est postérieure à l'église ; je puis assurer qu'elle date de la première fondatlob , et qu'il est impossible d'y voir les moindre» ti^aces de rapiéçage.

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tines et romanes, les trois choeurs semi-circu-^ laires, on faisait répondre rextérieui* à Tintérieur et il en résultait comme aux églises de Payeme, de Neucbatel, de Pitzounda, de Ghélati, ces trois sorties en demi-cercles qui ne sont rien moins quW ornement pour un édifice.

Déjà dans les plus anciens temples de FArménie on avait su éviter ce défaut, en cherchant à régulariser les chœurs et sacristies sous une seule façade, et en pratiquant de grandes niches dans les espaces vides. Cette forme est encore très grossière dans Péglise de Saint-Ripsimé à Vagarchabad; on Pavait déjà très perfectionnée dans les ruines de Garni, mais il était réservé à Bagrat IV d^employer ce genre d^ornement en lui donnant les plus belles proportions.

Après avoir aUgné les trois chœurs en une seule façade (i), il la décora de deux niches triangulaires de 7 pieds et demi d^ouverturé et 40 pieds de haut, terminées par une voûte en coquilles de saint Jacques. Le reste de la façade fut partagé en trois grandes fausses arcades, exprimées par de triples colonnes effilées, tellement dans les styles roman et gothique, qu^on les croirait copiées sur quelques-uns de nos édifices de POccident (2).

CO Voyez Adasy 3*^ série ^ architecture , pi. 17^ fig. 8 et 9.

(2) M. Gamba a donné un plan de la cathédrale de

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Les façades de côté et celle de devant fiirent ornées delà même manière en symétrie. Partout prodigalité d^omements, en variant presque chaque petit chapiteau , chaque moulure , comme cela se voit dans tous nos anciens édifices.

La plus grande de ces fausses arcades, qui montait jusqu^au sommet du fronton du grand chœur à une hauteur de 67 pieds, était décorée d^une seule fenêtre dont le cadre était couvert de belles arabesques sculptées. On avait gravé sur un second cintre qui couronnait la fenêtre comme un 12, une inscription que j^ai représentée Pi. 18, fig. 1, 3** série, et dont voici la traduction telle que je la dois au prince héréditaire de Mingrélie et à M. Brosset jeune.

« Avec le secours de Dieu, Bagrat par la (miséricorde) de Dieu , Roi des Aphkhazes et des Karthles, a construit ce saint... (pour) sa (mère), la reine Gourandoukht. »

Les mots entre parenthèses, sont ceux qu'on a suppléés à quelques parties effiicées de Finscription.

Une seconde inscription se ht sur la pierre qui tient heu de base à la belle fenêtre percée à gauche du choeur, dans Fangle du bras de la

Koutaïs, dans son Atlas : il est complètement faux pour la façade du chœur ; d'ailleurs Féchelle est trop petite de moitié.

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croix : eUe est partagée en deux (i); dW côté de la fenêtre on lit :

K O Roi, qui commandes à tous les rois, exalte de plus en plus le puissant Bagi^t Couropalate, roi des Aphkhazes et des Karthles, ainsi que son père, sa mère, la reine (sa femme) , et son fils. Amen. )>

De Tautre côté se trouve :

a Quand le fondement fut posé, c^était Tannée 223 de Père pascale. »

Cette date répond à Tannée ioo3 de notre ère. M. Brosset a été étonné, tout comme moi, et comme plusieurs savants finançais,* de la voir exprimée en chiffres arabes de cette forme 033^ Ce serait Tun des plus anciens usages connus de ces chiffres; onpeut s^enes^liquer&cilement Temploi , par les rapports continuels que les rois de Géorgie avaient avec les descendants des Arabes conquérants de la Perse* Quelqu^énigmatique que soit ce fiât, abstraction &ite de ces chiffres, ces inscriptions ne peuvent se rapporter qu^à Bagi^at 111 ou à Bagrat IV, les premiers qui aient pris le titre de Roi des Aphkhazes et des Kaiv thleSé

En lisant mon abrégé de Thistoire de Colchide et de la Géorgie (2) , on s^expliquera

(1) Voyez Atlas , 3® série, Archit., pi. 18, fig. 2.

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pourquoi Bagrat mettait en tête son titre de Roi d^Abkhasie, de cette partie du Caucase aujourT d^hui presqu^ignorée et abandonnée»

Il est singulier de voir à la même époque^ presqu^à la même année, les princes russes à Kief, et les princes Géorgiens à Koutaïs, prendre un essor spontané de gloire et de puissance, et songer k s'^illustrer par des monuments. Car si la cathédi^e de Koutaïs fijii construite sous Ba*grat III et sous Bagrat IV^ entre le commencement et le milieu du onzième siècle, Téglise de Sainte-Sophie à Kief fiit fondée en 1087, et celle de Lavraen io54et parachevée en 1077. Le même empereur de Constantinople avait envoyé des ouvriers au monarque russe Jaroslav et au Méphé abkhasien Bagrat IV.

Mais à mon avis, les églises de Kief sont bien loin d'approcher de la beauté et de Félégance de la cathédrale de Koutaïs ; la lourdeur de Fintérieur et le peu d'apparence des façades de- ces premiers édifices russes, ne peut se comparer au grandiose et à la magnificence de celui-ci.

Les inscriptions que j'ai citées sont en Géorgien , et écrites* en caractères sacrés dont la beauté, la simpUcité et la netteté peuvent riva-^ User avec les belles inscriptoins des Grecs ou des Romains. Les caractères géorgiens sacrés , d'après les traditions arméniennes, auraient été inventés au commencement du cinquième siècle,

par le savant Mesrob , également inventeur des caractères arméniens (i). Je crois plutôt que Mesrob modifia et corrigea Tancienne forme des lettres; car Ton sait que les Géorgiens avaient une écriture cursive, une main de guerre, dès Tépoque d*^ Alexandre de Macédoine. Il rendit carrées dans la nouvelle écriture les rondeurs du caractère primitif, qui peut bien avoir upe origine zend, comme le remarque M* Brosset jeune (2). Comme dans la plupart des langues sémitiques, telles que THébreu, TArabe, j'ai remarqué qu'on élaguait souvent les voyelles dans le corps des mots de ces inscriptions ; ainsi pour écrire le nom et le titre de Bagrat, qui s'écrirait en toutes lettres :

« BAGRAT KHOUROPALATI APHKHASTHADA KHAR- THELTHA MEPHE )>

On avait mis :

« BGRT KHRPLTI APHRHSTHÀDA KHRTHELTHA MPH. )>

Outre ces trois inscriptions en mémoire de Bagrat, j'en trouvai encore une quatrième gravée à droite du chœur, sur une pierre de la corniche qui regarde le sud : il s'en faut de beaucoup qu'elle soit aussi bien écrite que les autres; en

(i) Moïse de Khorène, IIP, 62, 53, 54 cité par Saint- Martin, Joum. Asiat., juin i8a3, p. 322.

(2) Voyez sa Grammaire autographiée, p. i, 5 et 7.

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voici la traduction par M. Brosset jeune (i) :

« L^architecte de cette église ressuscitera aussi; Dieu fasse grâce à Maïsa. »

Excepté ces quatre inscriptions , il n^ ^n & pas d^autres; en géttéral, cette modestie des monuments géorgiens frappe à côté de la prodigalité des Arméniens à recouvrir les leurs de longues écritures qui occupent presque toutes les murailles.

En feit de bas-reliefe, il n^ en a qa^un seul ; on a représenté dans une petite niche, sur le cintre de la fenêtre la plus élevée et la plus richement ornée de la façade de devant , un ange qui tient Bagrat par la main, comme pom* le présenter ; on a sculpté une belle croix sur la muraille au-dessus de cette niche (2).

Une espèce de basilic et un griffon , qu^on a sculptés sur le cadre de la fenêtre, sont bizarrement partagés, de façon que les têtes se trouvent à droite et les queues à gauche. Ce griffon, quej^ai &it dessiner III' série, pL 18, fig. 5, se retrouve partout dans, les monuments de rorient, depuis les reHefs des tombeaux de Panticapée jusque sur ceux de Persépolis.

Je ne quitterai pas ce magnifique édifice saos

(1) Voyez roriginal géorgien, 3** série , Architecture, pi. 18, fig. i3.

(2) Voyez Atlas, 3* série, pi. 18, fig. 3 .

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regretter amèrement que leshommes Paient aussi cruellement maltraité; il était fait cependant pour résister encdre bien des siècles, à roir ces belles pierres de taille d'un calcaire jurassique jaiine, compacte. Les Tuîrs ont commencé sa ruine en iôgi, en la renversant et en la faisant sauter pendant qu'ils étaient maîtres de la forteresse 1(4). Gûldenstâdt vit encore, en 1772, quelques-unes des colonnes de Fintérieur debout (2). AugourdTiui il ne reste plus rien ni du dôme, ni de la plupart des voûtes : on a déblayé Tinténeur pour y ensevelir ceux qui paient bien les prêtres, et ceux-ci, ramassant les plus beaux de ces débris et les rejoignant tant bien que mal, en ont reconstruit une petite chapelle adossée au long côté du sud, où Fexarque va lire la messe. Une pierre étant tombée tout près de lui pendant qu'il officiait, pour prévenir un malheur, il a demandé au gouvernement la permission de démolir en grande partie le côté de cette ruine qui menaçait la chapelle ; ce qu'on lui a accordé et ce qu'il a exécuté (3).

(1) Chronique arménienne envoyée par M. Schultz à M. Saint-Martin, et dont je dois la comnmnîcation à M. Brosset jeune.

(2) Giildenstàdt, Reisen nach Géorgien , etc., p. i64? éd. Klapr.

(3) Qu'on compare Tétat actuel de cette église avec son état primitif, en regardant, Atlas, 3"-' série, les pi. i3

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Déjà le lierre grimpe partout sur ces murailles attristées ; il s^élère comme un voile pour aller se suspendre aux arbustes qui en couronnent les corniches.

Koutaïs était encwe en 1773 le siège d^un Métropolite (Metropolito Kouthathèli) , qui dépendait du patriarche d^Abkhasie, résidant ordi-« nairement à Ghélathi. Aujourd'hui les fonctions de patriarche et de métropolite sont réunies en la personne d'un seul, qui prend le titi'e d'archevêque d'Iméreth, et qui dépend du métropo- Ute eitarque de Géorgie, résidant à Tiflis. Cette dépendance n'empêche pas qu'on ne donne à cet archevêque de Koutaïs .ifeus ses anciens titres (1).

et i4* J'ai donné dans la pi. 1 3 deux vues de ces ruines ht dans la pi. i4 j*ai restauré la façade du chœur.

(1) En 1772 , voici le tableau que Guldenstadt donnait de la hiérarchie de la Colchide :

Llméreth avait un patriarche ou katholîcos qui prenait le titre de patriarche de Bitchvinhà et d'Abkhasie ; il avait sous lui le métropolitain de Koutaïs f Tarchevéque de Khoni , Tévèque de Nikor-Tzmiuda ; les évêques de Chamokmodi et de Djoumati dans le Gouria dépendaient aussi de lui. Le partage de Tlméreth en trois sièges épiscopaux eut lieu en iSsg ^ selon la chronique géorgienne de M. BrossetjéunC) p. 7.

La MingréUe , par suite des disputes de Dadian avec le roi d'Iméreth, obtint, peu de temps avant FaiTivée ds Guldenstadt en 1772, son propre patriarche ou katholi*: cos 'y auparavant les trois éyéques d'Odichi, de Letohkoum

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Les Bagrat III et IV furent donc les fondateurs dWe nouvelle architecture en Géorgie eten Imé-. reth. David II, son petit-fils, en Êdsant construire Ghélathi à la fin du onzième siècle, copia presque exactement le plan de Pitzoundà , mais adopta les ornements de Koutaïs. Nikortkminda et Martvili, sièges épiscopaux, datent à peu près de cette époque, ainsi que Péglise de Khatcheki. Quant, à la grande cathédrale de Mtzkhètha, nous avons vu plus haut qu^elle avait été renversée de fond en comble par Timoiu*; elle fut reconstruite en i4i4 P^^ ^^ roi Alexandre, qui Foma d'une belle coupole qui s^écroula malheureusement en i656, l&l<qui fut rebâtie la même année par Rostom, roimahométandeGéorgie. On a imité la cathédrale de Koutaïs dans Pensemble et dans nombre de détails (i).

Je me suis arrêté longtemps sur cette église de Koutaïs, parce que c^est non-seulement un monument historique du plus grand intérêt, mais aussi parce que c^est le plus ancien modèle d^une architecture remarquable. Je vais continuer Texplication de mon plan.

14. Ce sont les anciens édifices qui entouraient Féghse et qui servaient de demeure aux prêtres et au métropolite; un grand escalier,

et de Mingrélie dépendaient aussi du patriarche d'Abkhasie.

(1) Voyez Atlas , a« série pittoresque , pi. 6.

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en fece du portique de gauche, servait à la com'« munication avec Péglise,

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