SUR LA COTE DE LA CIRCASSIE
Départ de Sévastopol et arrivée sur la côte de la Gircassie.
Les lilas fleurissaient encore et embaumaient les jardins de Sévastopol, lorsque je quittai les rives desséchées de Fantiqûe Chersonèse héracléotiquepour cingler vers la côte de la Gircassie.' Le II mai le capitaine-lieutenant Grégoire Ivanovitche Romanovitche, commandant notre brirn gantin, le Narcisse, ordonna, à 3 heures et demie du matin, de lever les ancres, et saluant le B^andvacht ou vaisseau de garde, nous sortîmes du superbe port de Sévastopol. Je passai pour la dernière fois en revue ces ruines mêlées aux batteries des Russes, qui bordent le rivage et les baiçs nombreuses. Le j| à minuit nous doublâmes le cap^Féolent ou Parthénique; pendant la nuit, le vent nous poussa sous FAja, et le matin, à mon réveil, j^eus sous les yeux toute la charmante vallée deLaspi encaissée des superbes I. %
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rodbes de TAja et de Pllia, que le soleil du matin éclairait de toute sa pompe magique. Je distin— guais si bien la miaisoa de mes bons'^mûs, leurs jardins; j^aurais pu les suivre sur les chemins qui serpentent sur la côte; j^étais comme Tantale..
L^Aja, avec ses couches redressées de calcaire gris, vu delamer, sepréseiite comme un mur gigantesque, qui plonge brusquement dans les flots. Tout près du rivage^ les sondes donnent déjà 27 toises deprofbndeur* Arrivés sous ce mur énorme, le vent nous quitta tout à coup tant nous étions bien abrités. Pour le ramener dans nos voiles, nous cherchâmes à regagner le large ; mais ilous eûmes bien de la peine à avancer; nous restâmes toute la journée du 16 et du 17 en face de cet Aja et de cet lUa, implorant Ëole. Si le capitaine se plaignait, je n^en avais pas sujet , tant le paysage qui s^étendait devant nous était beau ; après avoir visité par terre chaque point de cette cote, quelles délices de contempler tout cet en*semble de la mer, et d^en embrasser dW coup d^oeil toutes les diversités, toutes les nuances, tous les détails!
J^eus le loisir de dessiner ce panox^anm (i). Il comprend toute la côte de Crimée, de TAja au CasteU Jusqu^au Tchat jrdagh, elle est couroimée à!\m énonne mur uniforme, semblable à Tija.
(i) Voyez Atlas; a® série, pi. $9.
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A pedne remarqu€kt-on sur la cime de ce mur quelques inégalités ; c^est une. jaïla (i) perpér tu elle.
Ce mur calcaire repose sur une base schidteuse; quand il est éclairé par le soleil, on est frappé de ces longues lignes perpendiculaires qui le sillonnent et qui ont Pair de fentes énormes. Labasedurocher est ordinairement festonnée de forêts, tandis que sa paroi perpendiculaire grisâtre n^est que tachetée du peu de pins, de gêné* yriers et d^arbousiers qui se sdnt hasardés dans ses fissures.
Sur la base schisteuse rapidement terrassée, s^accroît chaque jour le nombre des campagnes cbarinantes dont les maisons et les toinrs blanches ressortent à travers la verdure; les villages tatares sont à peine visibles à cause de leur couleur de terre et de la petitesse des maisonsé Quelques taches de neiges brillaient encore dans les longues fentes au-dessus de Jalta et d^Oursouf.
Je passai trois jours dans Fenchantement de ce passage, saluant tour ji tour le promontoire dUphigénie, les bocages de Laspi, limène, Siméïs, au^^beaux figuiers, Aloupka, cette superbe création du comte Woronzof, Ourcânda, avec ses jardins si pittoresques, Jalta, Oursouf, etc. Le
(i) Jaïla ou Eîla signifie , en tatare, un plateau de montagne couyert de pâturages.
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matin du 19 nous avions pris le large, à la hau- . teur de FAïondagh, et la Crimée, le Tchatyrdagh n^étaient plus, hélas ! pour moi qu'un nuage vaporeux et incertain sur Fhorizon.
Le 20 nous' nous trouvâmes à notre réveil à
quelques milles de la côte asiatique, ayant pai*-
. couru rapidement toute la distance qui sépare la
cHaîne Taurique des premiers contre-forts du
Caucase»
D'Anapa jusqu'^à mi-chemin du cap Oussous— soup, la côte est basse et sablonneuse. Ensuite, en avançant vers le cap, elle se relève; le rivage jaunâtre et escarpé est à peine tacheté de quelque verdure. Il paraît que ce sont des lambeaqx de sable ou de glaise de formation tertiaire et d'alluvion.
Mais au cap même commence un autre système. Ses flancs consisteht en schiste à fucoïdes d^un gris-violet, parfait analogue de celui qui constitue en majeure partie les étages de la craie en ItaUe et dans le canton de Claris, en Suisse. Toutes les colUnes sont arrondies et couvertes de forêts : le pied en est déchiré vers la mer par les flots j des falaises présentent de grandes parois nues à'pic, encadrées de verdure. Ici le schiste a les couches horizontales.
Ces collines s'appuient ainsi sur des falaises, jusqu'à la pointe de Soudjouk-Kalé. Leur chaîne est continue, et seulement le revers qui se pré-
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sente à la mer est entaillé dé quelques courts Talions arrosés de petits ruisseaux. La Soukha et le Dersoukh(i), séparés par une colline basse, se jettent tous les deux dans la mer assez près Fun de Fautre, au sud du cap Oussoussoup.
L^Ozéreike et le Tchapsine y entrent plus loin vers Soudjouk-Kalé.
Entre le Dersoukh et POzéreike s^élève une
^i) Persuadé que mon premier devoir, dans un pays aussi peu c(»inu, est de commencer par débrouiller le chaos dçs anciennes nomenclatures et des nouvelles , j'aurai toujours soin de donner les variantes et synonymies des points les , plus importants , d'après les mcâUeures cartes citées ci-dêssous.
' P. Vesscy signifie Petrus Vessconte d'Ianua , dont l'atlas, dessiné en i3o8, et déposé a Ja bibliothèque de Vienne , a été publié par fragments dans le périple de la Mer*Noire, par le comte Jean Fotocki.
G. Ben, , indicée l'allas de Gratîosus Benincasa de i48o^ qui se trouve aussi à la bibliothèque de Vienne , et dont le comte Jean Potocki a de même fait usage dans son périple.
• AL «r//ii.,c6a'téd'Alexandre,roid'Iméreth,dansGamba, de 1738, *
. SUj Carte manuscrite de M. le conseiller d'état de St^ven.
^ GauL est la carte du capitaine Gautier, 1820. Khat,^ carte du général Khatof, de 1826.
CdeFEL-M.^ carte de l*état-majordeTiflis,dei83îi-33. ^ Pan.y M. le capitaine Panioutine.
• Au lieu de DersouUx ; Gaut. écrit Dersou,
Digitizëtl by
haxàià coUine^ la plus haute de cette partie du ma^ ; elle est couronnée^ au dire de M. Tausch, qui a été pendant sept ans agent du gouyemement russe en Qrcassie, dWe ancienne forteresse ^ avec un souterrain, très long et très curieux.
On Yoit, diaprés la description <;ue je viens de faire , que les cimes neigeuses du Caucase sont ^shcore bien loin de nous et que rien ne nous apparaît de leur imposante majesté. Gu* la ligne de faîte de cette chaîne qui se dirige de FE. S. E. à rO. N. 0. , en remplissant tout Pespace qui sépare lamer Caspienne de la Mer-Noire, vient heurter de toute sa hauteur àGagracontreles flots. Ses pics granitiques, porphyriques , trachy tiques, etc., qui ont percé et soulevé le schiste et les bancs de calcaire jurassique inclinés qui s^appaient au nord et au sud sur leurs flancs ^ se termiaent ici par FOchetène. Plusieurs soulèT€H ments ont eu lieu , comme on le rerra dans un supplément géologique. L^un des derniers n^a pu se faire sans produire plusieurs contre-forts, parmi lesquels je regarde comme le plus considérable celui qui, se prolongeant presque dans le sens de Taxe de la chaîne, borde toute la eâte de la Circassie, depuis Fembouchure de la Kintchouli jusqu'à Anapa, sur une longueur de 280 verst. Il présente partout ses masses crayeuses et feuilletées de schiste à fucoïdes, qui sV baissent petit à petit en s'éloignant du p<»nt cen-
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^7 — ttû èa soulèTément. Telle est la nature générale de la côte sur laquelle je vais aborder et qui sera Pobjet de mes premières recherches. C'est ce contre-fort qui est principalement tombé en partage aux tribus, tcherkesses; c'est la qu'on les trouve dans la plus haute antiquité et c'est là que je vais les étudier encore aujourd'hui.
Soudjouk-Kaléy bazar de Zàmmé,
A 32 verst (i) au sud du cap Oussoussoup^ la chaîne de collines qui bordeint la côte se ter^ mine par un long promontoire très bas qui se dirige vers le sud, et derrière lequel se dévoile un second rang de collines semblables aux premières. L'espace qui les sépare du cap laisse vta large intervalle, dans lequel la mer s'enfonce sous forme de baie profonde ^ c'est celle de Soud-* jouk-Kalé, l'un des meilleurs ports de la côte. Il est bien défendu par ce cap de tous les vents du N. et de l'O. ; mais s'ouvrant vers le S.. E., ceux qui tiennent de ce côté-là y sont dangj^ reux.
Le petit ruisseau de Zimissé qui coule dans la courte vallée qui n'est qu'une prolongation
(i) 4 verst font i lieue de France environ.
5 verst — i lieue de Suisse -. — 7 verst — i mille d'Allemagne — io4 i/4- — 1 degrédeFéquateur.
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^ ié la baie, au lieu de se jeter immédiateiiieiit dans la mer, forme le petit lac de Chéssétouko au fond de la baie, dont il n^est séparé que par une petite langue de terre.
A gauche vers la pointe du cap, les Turcs construisirent, on ne sait à quelle époque, imfort, aujourd'^hui ruiné et abandonné. Les courtines de ce vieux château carré, flanqué de quatre bastions, dont lesmui'S sont en briques, peuvent avoir 100 toises de longueur. On y reconnaît la main qui dirigea la construction des forts de Soukoum* Kalé et de Poti en 1 678. Il paraît que récemment les Turcs ont voulu y faire des changements, à voir la grande quantité de chaux non employée qui est restée dans le fort (i)»
'A droite de la baie, vers Tembouchiire du ruisseau Zimissé, se trouvait en i832 le bazar de ce nom, qui consistait en une cinquantaine de maisons , que les Russes brûlèrent au mois dWût de l'a même année; car c^était un des prin<âpaux marchés entre les Tcherkesses et les Turcs qui apportaient aux premiers du sel et de la poudre, en échange d^esclaves et d'autres • produits du pays.
C'est précisément ici que le Vixen vint aborder pour braver la Russie, en soutenant
(1) L'aoule de Soudjouk-Kalé devait être de ce côté-la, selon la carte du général Khatof.
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les Tcherkesses par des munition^ de gûétrè. !
A Fopposite de la forteresse, vers le rivage^ sevoient les traces noxubreuses d^ujae grande ville, ' où Ton trouve en fouillant une quantité de mon- : naies grecques et romaines. \Jn viçux Russe, qui avait été prisonnier pendant près de vingt ans chez les Tcherkesses et que: je vis à Gfaélindîik, ne^ pouvait assez vapter les merveilles et les riches- s ses qui j sont enfouies. Il nous parlait de tumur, lus d«as lesquels les Tcherkesses prétendaient: avoir vu des cercueils (sarcophagçs)', remplis d'or et de pierreries.
Césont des Êibles sans doute ; mais cela n'em-. pêche pas de regretter que nous ayons si peu de notions sur cette localité, qui, dVprès ce que» m'a dit M. Tausch, paraît avoir été jadis une. cité très importante. Jusqu'à présent on a été, très embarrassé pour savoir à quels noms de Pântiquité ces ruines et la belle baie qui en était le port répondaient. . . .- >
, Voici ce qu'il m'a paru. Ayant travaUlé ^^ cialement la Géographie du Caucase , je renvoie à cet ouvrage des détails d'archéologie qui ne peuvent trouver place ici } mais voici quels sont les. résultats de mes recherches.
Soudjouk-Kalé et sa baie sont le limëne et le bourg de Bâta de Strabon (i), le Patous de Scy-
' (i) Strabo , éd. Basil., p? 477-
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lax# Plus tttrd Hine (i) et Arrien (2) mettent ici VÊk Ihnène et une ville Hiéros. Je ne doute pas de ces identités. Mais était-ce la Gorgippia de Strabon, comme le suppose notre savant helléniste de Berlin , M. Bœckh (3) , qui ne voit dans le nom de Hiéros quWe ^ithète qu'on aurait doBBée plus tard à cette ville des Sindes. C'est encore une énigme. On sait cependant par les médailles que Gorgippia devait être ime ville ma* rWme : elles ont cette épigraphe rOPriIIEQN, au-dessus d'une proue de vaisseau.
La baie de Soudjouk-Kaléprit, dans le moyenâge, le nom de Galo-Limena (la belle baie)4u'on i*ettouve sur toutes les cartes de Vessconte, dç Bénincasa, etc.
Quant à celui de Soudjouk-Kalé qu'elle a aujourd^ui et dont les Russes font généralement Soundjouk, il lui vient des Tcherkesses qui le donnèrent au fort bâti par les Turcs ; il signifie château des petites souris , et se prononce Dschougo-Djouk-Kalé. (Dschougo en tcherkesse signifie souris) (4).
0)Plî»iihist.nat.,VI,«.
(2) Aniani hist. Periplus ad Adriantun ,' éd. Gcnev», ^^77 9 iaii9 pagination.
(3) Boeckh, Corpuè inscriptionuin) II, i65.
(4) Reineggs, AUgemeine Beschreibung des Kaukasus , I, p. 277 , dit que les Tatares appelaient SoudjodtrKalé, Koetschanda, c'est-à-dire va plus loin^ parce qu'il l^Ur
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— ti — -
L^usage génénl cependant défi Tcherkesses est de bapliser leurs yillages ou leurs denHerures du nom des ruisseaux qui passent auprès, et ils se servent par conséquent plutôt du nom de Zi-* nûssé que de Soudjouk*-Kalé«
Merkbotkbi. Ghenségur, Tatcbagus. Dobé.
La chaîne de collines qui s^étend derrière la baie de Soudjouk-Kalé, porte le nom de Merkhotkli jusqu^à Pemboucliure de la Mézippe qui est au sud de Ghélindjik: plus loin, longeant toujours le bord de la mer, elle prend celui de Gbenségur jusque vers Pcbade. Ces collines offrent im aspect particulier ; elles sont pointues, angulaires; leurs flancs sont sillonnés par des ravins qui s'ouvrent vers la mer, séparés par des contre-forts à arrêtes tranchantes : le schiste crayeux à fiicoïdes prend une teinte plus blanchâtre. Les cimes des collines sont gazonnées d'un beau -vert, mais dépouillées de forêts qui voilent seulement le fond des ravins et une partie des contre^forts. Leur hauteur ne dépasse pas ici i5o à 200 toises.
A peu de distance au sud de Feutrée de la baie de Soudjouk-Kalé, se détache duMerkhotkhi un groupe isolé de collines, le Tatchagus qui sV
était défendu df ftire paître leurs troupeaux dam le rajon qm entourait la ville.
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yance et f^^me ainsi en partie 'au S. . E. le vaste pourtour de la baie et la sépare dé .celle de Ghé^ lindjik. L^angle S«-£. de la baie est marqué par une petite rade, au fond de laquelle est le village tcherkesse de Dobé, bâti au bord du petit ruisseau de Nakops.
De Dobé au bazar de Zimissé, le long de la baie, il n'y a pas d'autre village.
Le Tatchagus assez bien boisé, présente, du côté de la pleine mer, une série de falaises qui ont fair d'une longue bande de festons pointus blan*. châtiées qui ressortent, sur le fond verdoyant : entre chacun des festons aboutit à la mer un des ravins qui sillonnent ses flancs.
La partie méridionale du Tatchagus.se détache, comme un long promontoire, s'aplanit petit à petit et embrasse tout le côté nord de la baie de Ghélindjik. . •
Une anse ouverte qui s'arrondit entre ce pro-* montoire et le pied même du Tatchagus trompe souvent les navigateurs qui naviguent pour la première fois dans ces parages et qui la prennent pour celle de Ghélindjik : ils lui ont ^niié le nom de faux GhélindjUi.
^ I^ village tcherkesse d'Açhajnpé ^ étend aii fond; de . cette anse ses maisoni éparses ; de vieux arbres ombragent ces cabanes qu'ils ont vu. impassiblement se. renouveler tant de fois. Les habitants d'Achampé ont sur les pentes du
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Tatchagus leurs champs dont les cairés de toutes nuances font Tefifet d^une vraie marquettërie dans la verdure foncée des bois qui les encadrent.
Tels sont les détails que je puis donner sur la côte depuis Anapa à Ghélindjik.
Notre navigation.
Pour en reyenir à notre navigation, notre pilote (condouctor, en russe), en quittant la côte de Grimée, nous av%dt conduits directement vers Ghélindjik; déjà Ton apercevait la côte à la hauteur de la baie de Soudjouk-Kalé, lorsqu'à 4 heures du matia du \^ j^n» le pilote quitta le gouvernail pour aller reposer un instant après avoir veillé la plus grande partie de la nuit. Le capitaine Romanovitche auquel il détailla les localités avant de descendre, prit sa place. Mais je. ne sais comment notre capitaine, malgré tous ces renseignem^ns et malgré qu'il eût passé toute une partie de Fêté de Tannée précédente en face de cette côte, s'avisa de prendre la petite anse qui s'appuie au sud du cap Oussoussoup pour la baie de Ghélindjilî, et nous voilà cinglant tout bonnement vers cette anse, c'est-à-dire vers le N. E. au lieu d'aller au S. E. Qu'on juge de la surprise de notre pilote à son réveil... Mais nous n'avions pas pris Salente pour Ithaque.
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Nous eûmes beau retirer notre capitaine de son erreur ^ il eût beim se frotter les yeux et croire comme le pilote d^Adoam qu'aune mmge mensongère les lui avait fascinés , il était trop tard y nous avions manqué le vent qui nous aurait menés en quelques heures à Ghélindjik. Mous fûmes forcés de louvoyer pendant toute la journée^ et cela ime veille de Pentecôte, en face de cette côte inhospitalière. Toute la journée de la Pentecôte même (V j*!^) se passa à ramer et à profiter d^un léger souffle du vent qui nous poussa enfin vers le port.
Mais peu s^en fallut que nous ne fissions une seconde bévue. Nous ne prîmes pas, il est vrai, le faux Ghélindjik, dont j^ai parié, pour le vrai ; nous fûmes assez sages pour cela : mais nous tombâmes à peu prè^ de Scy lia en Carybde ; car nous nous imaginâmes voir le vrai Ghélindjik dans cette autre anse assez bien marquée et assez profonde, qui est à Fembouchure de la Mézippé à 6 ou 7 verst au sud de Ghélindjik. Des navigateurs trompés comme nous, lui ont aussi donné le nom de &ux Ghélindjik ; il est à droite de rentrée, et Fautre à gauche.
Dans le &dt. Feutrée de la baie*de Ghélindjik est assez difficile à rec(Huiaître, parce que les promontoires qui Femhrassent connue deux bras sont très bas ; il n^ avait dans ce temps-là ni phare ni signaux.
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Cependant il y aurait un moyen bien sûr et bien &ciie de s^orienter. Pès quW a reconnu le TatchaguS) et ^^on est à sa hauteur, on n^a gu^à compter sur le rivage, en commençant du 'pied du Tatchagus vers le S. E. une bande de neuf festons pointujs, au bout desquels on trouve la ùimse baie. On peut alors se diriger &k toute sécurité Vf rs Textrémité de la longue bande blanche qui termine les neuf festons, et qui marque la gauche de Fentrée de k baie.
Au sud, ou à droite de Tentrée, il y a encore dVtttres lestons , mais ils sont orrondîs.
Tandis que nous cinglions donc tout droit vers le deuxième Ùlwl Ghélindjik, nous apperçûmes des mâts, dont les corps de vaisseaux nous étaient cachés : nous crûnœs d^abord que c^^ talent quelques batimens turcs fiiisant la Mntrebande, et le capitaine jurait d^ qu^ en ferait bonne prise; mais le pavillon russe que nous roconnûmes nous retira bientôt de notre double erreur. Nous sûmes où était GhéUadjik.
Nous entrâmes dans la baie à 4 heures du soir fusant toujours force rames; car le vent nous avait complètement quittés. Nous laissâmes à rentrée àgaûdie quelques maisons du village tcherkessé d^Atsesboho. Pour notre Inenvenue sur cette côte, nous eumesle spectacle des six petits vaisseaux de guare à Fancre au fond de la baî«| pavoises en rfaonneur de la fi^e, de pavil-
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Ions et de flammes de toutes couleurs. Je cheiv chai avidement des yeu^ sur le rivage la nouvelle forteresse : à peine distinguait-on alors autour de quelques groupes d^arbres ses huttes de terre et ses remparts en gabions. Nous la saluâmes de sept coups de canon ; elle y répondit par un nombre pareil, et déjà le soir je pus me promener dans cette nouvelle création de la Russie.
Conquête de Ghélindjik.
Lorsqu^on eut décidé de soumettre les Tcherkesses par la force, et qu^on eut adopté pour système celui de détruire autant que possible leurs ressources , en les tenant bloqués de toutes parts, et en leur ôtant tous les moyens de commumcation et de commerce avec les Turcs et toute autre nation, on reconnut la nécessité d'occuper quelques points de la côte , et Pimportance de la position de Ghélindjik. Par cionséquent on envoya par mer les deux régimens de fusiliers de Nachembourg et de Kozlof , avec Tordre de s'^en emparer. La flotte.de débarquement comptait quinze voiles, et] portait, tout compris , soldats et matelots , près de 5,000 hommes, commandés par le général Bergmann. Les Tcherkesses, qui sWendaient à cette expédition, avaient mis autant de monde sur pied. La descmte, chaudement disputée,
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^ 17 — s^exécuta par le cap qui forme la baie au sudest, et les Tcherkesses, repoussés, sVppuyèrent d^un magasin que M. de Scassi avait fait construire quelques années auparavant pour son conunerce d^échange, et tinrent ferme. Ce fut là que se fit Pattaque principale ; on fiit obligé de tirer long-temps avec de Tartillerie sur ce point avant d^en débusquer les Tcherkesses. Le petit bouquet de bois de Cathrine , qui avoisinait ce magasin, témoigne, par les nombreuses traces des boulets, la vivacité de Fattaque.
Ainsi fut conquis, dans Tété de i83i, le petit hameau de Koutlizé, qui appartenait à un noble Tcherkesse dont on ignore le sort actuel.
Les troupes, avec leurs officiers, se campèrent sous les arbres, auprès du hameau briUé, et attendirent qu^on leur envoyât les bois de construction qui devaient leur venir de Kertche et de Théodôsie. Mais Tété se passa, et Fautomne et ses tempêtes menaçaient déjà sans que Ton eût pu exécuter quelques-uns des préparatifs nécessaires. L'armée se vit obUgée de se créer elle-même des reftiges pour rhiver.
Sans bceu& ni chevaux, il fallut porter à dos d^homme, des forêts voisines, tout le bois dont on eut besoin pour loger 3,ooo hommes sous des huttes chétives. Cétait un cruel contre-
létnps , mais ce ne fut pas tout. On fut au mo ment de manquer de provisions.
Cette prise de Ghélindjik et les suites inéritables d^un premier établissement coûtèrent à la Russie près de 4^^ hommes. On ne s^étonnera pa^ de cette perte ; ne sait-OB pas ce qu^il a coûté à la France pour son Algérie et ses colonisations ?•••. L^avantage ici pourrait être du côté de la Russie; car, de tous les soldats européens, le Russe est certainement celui qui est capable de supporter le plus de fatigues, de travaux , de surmonter le plus d^obstacles; c^est le plus sobre , le plus endurci.
Cependant ces braves soldats de Nadbem** bourg et de Kozlof , qui venaient de gagner les drapeaux de S. Georges , dans les campagnes coiitr^ la Perse et la Turquie d^Asie , gémissaient de tomber lâchement comme des mouches , au heu de succomber glorieusement sous les coups de Tennemi. Dans leur désespoir^ ils regrettaient les beaux pays du midi du Caucase, le bon vin et les belles Géorgiennes qu^ils y avaient laissés. Maintenant seuls, séparés du monde en^tier, renfermés dans un étroit espace , sans cesse luttant contre les intrépides et irréconciliables Tcherkesses, ils cherchaient à étouffer de doux souvenirs en se tuant à force de travail. Leurs officiers, attristés et souffrants comme eux, ne pouvaient les contenir. Combien ont ainsi
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ti'ouvé la mort, et en se sacrifiant à leurs souvenirs, ont encore cherché à utiliser leur sacrifice pour le bien public !
Uxie soixantaine d''entre eux^ la plupart Polonais, se sauvèrent chez les Tcherkesses ; mais c^était tomber de mal en pis. Six sont revenus de bon gré et ont trouvé que les misères qu^ils supportaient à Ghélindjik étaient encore pré^ férables à celles qu^ils enduraient chez les Tcherkesses qui les traitaient presque comme des pri* sonniers. Leur première question auprès de ces fugitif est de sHnformer s^ils savent faire de la poudre à canon.
Un autre Polonais , pour mettre fin ù sa pé* nible vie, s^élança du haut dW rodier de l5o pieds d^élévation , et se frs^assa la cervelle sur les Cailloux du rivage.
Tout ce que je viens de dire est vrai à la lettre ; les officiers qui me le racontaient avaient encore la paupière ïiumide de ces tristes réminiscences» Mais déjà en i833, quand je passai à Ghé-* lindjik, la plupart des causes de ces premiers malheurs avaient cessé, et un tout autre avenir
se préparait pour cette nouvelle colonie
Quatre ans plus tard, le son du canon lui annonçait Tarrivée de son grand monarque qui venait dire à ses enfens qu^il ne les avait pas abandonnés.
Description de Ghélindjik.
. La baie de Gkélindjik est sans contredit le plus beau port de la côte de la Cireassie et de FAbkhasie. Elle a à peu près 3 verst de large et 2 verst de profondeur, et forme un ovale qui s'oeuvre sur Fun des côtés longs par une bouche (passe) de i verst de large. Cest un beau bassin que la nature a réservé au centre des bancs de schiste à fucoïdes qui rencaissent de toutes parts. Ni fleuve, ni courant ne Pont creusé et ne viennent Fencombrer, Isolé comme celui de Soudjouk-Kalé, ces deux bassins sont de beaux exemples de grandes baies dans les formations crayeuses.
Partout le fond en est uniforme et très sûr; il varie de 5 à 7 toises (sagènes) de profondeur(i). L encrage en est commode et c^est un séjoui* ajgréable pendant toute la belle saison pour les plus gi^ands vaisseaux. Mais en hiver et au printemps, les vents de N. E. qui se précipitent avec impétuosité du haut des collines y sont presque insupportables, et le séjour de
(1) Taitbout de Marigny ( Voy- en Cireassie j p. 283 , éd. Klaproth)dit que la baie a, à Ventrée, 10 brasses de profondeur, et que cela va en diminuant jusque près de terre , où on ne trouve plus que 4 brasses.
Soukoum^Kalé, quoique infiniment plus ouvert, est alors beaucoup moins fatigant pour les vaisseaux.
Le bras ou cap qui ferme la baie par le sud est une espèce de plateau légèrement arrondi de 3o toises d^élévation tout au plus. Une plaine légèrement sillonnée de 3 à 4 verst de large borde comme une ceinture le reste du pourtour de la baie : le léger talus du rivage n^a que quelques pieds de hauteur.
Lorsque les officiers, las d^attendre des secours Retardés par des contretemps qui ne dépendaient pas de la bonne volonté du gouvernement, se décidèrent à se fortifier pour Thiver, sans ingénieurs et sans guide, ils ne choisirent pas pour leur camp la plus forte assiette comme forteresse, mais Fendroit qui leur parut le plus commode : ils s'^établirent au pied du plateau, le long dWe grève douce, au bord d'^un petit ruisseau et de quelques belles sources ombragées de vieux arbres, qu^admirait déjà Taitbout de'Marignj en i8i8.
Les casernes de Tartillerie s^établirent à Tabri dW beau frêne et à^un magnifique tremble qui mesurait 23 pieds de roi de pourtour. Une grande tente qu^on adossa à un vieux chêne servit d^église. On plaça entre les branches dW second chêne la sentinelle qui devait observer les mouvements de Tennemi. Sauf quelques autres diènes
— aa —
qu^on ménagea, on fit malheureusement main basse sur le reste.
Chacun se logea tant bien qu'il put, sous terre et sur terre. Des murs en clayonnage blanchis avec de la glaise; des toits en terre assis sur des couches épaisses de branches, ou des caves creusées dans la terre devaient servir de premiers abris contre les rigueurs de la saison. On se fit des fours à la hâte et tant bien quW put. Les soldats pétrirent et.cuisirent des briques; les soldats murèrent les cheminées; les soldats taillèrent les poutres dans les bois, les apportèrent, les dressèrent ; ils fiirent architectes, maçons, charpentiers, serruriers; avec quelques morceaux de verre empruntés d'un vaisseau, ils se firent des fenêtres : en un mot, les soldats furent et firent tout au monde. Ils creusèrent le fossé qui devait entourer le camp, construisirent le rempart avec de doubles étages dont ils comblèrent de ten-e Fintervalle; ils couronrnèrent ce rempart de gabions qu'ils remplirent aussi de terre et qui devaient leur tenir heu de créneaux. Les officiers qui dirigeaient leurs tra-* vaux, leur firent élever au quatre coins quatre plate-formes semi-circulaires pour y placer leurs canons. Il est vrai que l'espace était ^ petit que les affûts se touchaient et que les pièces étaient si mal pratiquées qu'on ne pouvait pas même balayer de loin le rempart ; mais on était
bienhçureuxdWoir suffi aux premiers besoins* Quand les ingénieurs vinrent, un peu tard il ^st vrai, déjà tout tout était créé, et ils n^eurent plus qu^à critiquer. Ils blâmèrent surtout messieurs les officiers de ligne dWoir pu placer leurs fortifications à 2 ou 3oo pas d^un plateau d^où, avec deux pièces de canon, en tirant quelques volées, on pouvait mettre sa forteresse sens des^ sus dessous. Les officiers leur répondirent qu^ils avaient dierché de Peau, du bois et un abordage facile, et que nulle part ils n'avaient trouvé ces trois conditions aussi bien remplies.
Dè&-lors messieurs les ingénieurs, 'quisentaient fort bien la force de ce raisonnement , n'ont été occupés qu'à trouver un moyen de corriger, par des travaux, la faiblesse de cette position : ils avaient le projet d'élever un fort sur le sommet du plateau; la seule difficulté qui les arrêtât était celle d'y trouver de l'eau; je ne sais si elle a été résolue d'une manière satis&isante.
Ghélindjik est fâcheusement placé pour des constructions de tous genres. Bien loin à l'est et à l'ouest de cette nouvelle forteresse, la côte n'ap-» partient, comme nous l'avons vu, qu'à une seule formation, celle du schiste gris et blanc à focoïdes; il est fortement chargé de taie et d'alunûnei et parsemé de rognons de fer sulfureux ; il est disposé par couches feuilletées à l'infini et dont l'épaisseur varie d'un pied à une ligne.
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Cest une vraie craie à cassure terreuse, écailleuse ; quelques couches rappellent la craie marneuse buUiforme que j'ai décrite près de Baktchiséraï, en Crimée (i).
Les fiicoïdes dont quelques couches sont remplies, tandis que d'autres en sont complètemait dépourvues, se rapprochent beaucoup du fucus que M. Studer a fait dessiner dans les Nouveaux Mémoires de la société helvétique des sciences naturelles (2), comme caractérisant le sdùste crayeux des Grisons , des Alpes de Glaris et de Saint-Gall.
Cette craie schisteuse fendillée à Finfini, est à peine sortie de la carrière qu'elle tombe par éclats; son usage est donc presque nul pour des constructions.
Quelques couches de silex corné (Kieselschiefer) seraient d'un excellent emploi si elles étaient plus fréquentes et plus épaisses ; elles alternent avec le schiste marneux à un verst et demi de la forteresse, lorsqu'on longe le rivage pour tourner le plateau dont j'ai fait mention plus haut. Dans cette partie du rivage les couches ont été redressées; celles de schiste ayant été détruites facilement, il n'est resté que celles de
(1) Bulletin de la société de géologie de France, 1837, p. 385 , tableau.
(a) Voyez Die Gebirgsmasse von Davos , tab. 3 , fig. 6.
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silex corné qui sortent leurs têtes et forment, à travers le plateau, de longs dos qu^on prendrait pour des remparts.
La chaux manque aussi tout-à-fait autour de Ghâlindjik, et ce sera assez loin quHl faudra aller chercher les traces du calcaire jurassique ou du calcaire grossier.
Cependant avec im peu de dépense, il sera Étoile de remédier à ces désavantages, étant à portée de Kertch et de la Crimée qui sont si riches en matériaux de bâtisse et en chaux.
Ghélindjik nV pas de rivière, ni même de ruisseau; un filet dWu qui coule en hiver et au printemps, tarit complètement en été. Mais le sol est riche en sources (i) ; où elles ne jaiUissent pas d^elles-mêmes, on aura de Feau avec felicité en creusant des puits.
Le sol qui entoure Ghélindjik est fertile, le schiste à fiicoïdes, se décomposant très facilement , donne en résultat une terre végétale susceptible de presque tous les genres de culture.
Les forêts qu^on voit s^étendre dans la plaine e^ jusque sur les collines, consistent principalement en chênes^ en charmes, en érables, en frênes, en térébinthes, en trembles, en poiriers, à
(i) J'ai trouvé la température des deux source qui sont dans les jardins , au N. E, de la forteresse, de lo^ 5 de Réaumur.
rombre desquels croifisent une multituda de ro«« aîei^ d^e$pèces variées , entremêlés de chèvre* feuille (Lonicera caprifolium) , de troène, df cormiers ou oornouilliers.
Pluaieurs espèces de cratmgus deyieimeBt ici des arbres dont le tronc mesure de g pouces à 1 pied d^épaisseur.
Le fustet des corroyeurs (Rhus cotinus) si recherché par les tanneiu*s en Turquie et^en Crimée, comme tannin, couvre des espaces grands comme des champs.
Le rosier nain (Rosa pumila) qui n^a tout au plus qu'un pied d'élévation, est innombrable.
Le geiiévrier cade ( Juniperus oxyoçdra) est rare.
Parmi les térébinthes qui bordent les falaises au sud de l'entrée de la baie , j'en ai vu dont le tronc avait près de 2 pieds d'épaisseur.
. * La vigne sauvage ou abandonnée rampe partout, particulièrement au pied des collines. Cette année (1 833) dès les premiers jours de juin (v. s.), elle a commencé à fleurir, et le 6 et le 7 elle était en pleine floraison. Il m'a paru qu'il y en avait de plusieurs espèces.
A 5 verst au sud de Ghélindjik commencent, au bord de la mer , des forêts d'un pin qui a beaucoup d'analogie avec le Pinus taurica. J'ai remis les cônes de ces deux variétés de [»ns, avec tous ceux des autres conifères que j'ai re-
oueilKs dans le Caucase et enArméme, à M* le professeur Meyen à Berlin, pour les fiôre passer à M. Lambert à Londres : je n^ai reçu micore aucune nouvelle de cet envoi , quoîqu^il se soit déjà écoulé deux ans d^uis lors ; j^espère ce* pendant que ceux qui sHntéressent à cette &-*mille de plantes, trouvwont un jour dans la publication de Fouvrage de M. Lambert les explications que je ne puis leur donner.
Ici comme sur plusieurs points de la Crimée, le chapeau d'évéque ou épine de Christ (Rham* nuiTpaliurus) est le fléau des forêts qu^ peuple) il en rend Pabord difficile.
M. de Stéven à qui j^envoyai une cinquantaine de plantes que j^avais recueillies sur le sommet et sur les pentes de la colline la plus élevée des alentours de Ghélindjik, n^ en trouva pas une qui ne fût aussi indigène en Crimée, à Pexcep^ tien d^une anthémis qui lui parut douteuse (i).
(i) Voici,pour les botamates^ lai noms de ces cinquante plantes : CoroniUaemeiiisiCainpanula siberica, *-* glo^ merata , <— rapunculdides ; Lathyris tuberosus; Poljgala major; Salyia verticillata; Asclepias fuscata; AUium rotUB" dum ; Scorsonerahispanica; Hesperis steveniana ; Helian^ themum vulgare ; Smymium nudicaule, -^ perfoliatiun; Linum tenuifolium ; Tbalictrum médium; Ranunculus Itr nuginosus; Pastinaca pimpinellifiJia ; AohiUea biserrafa, «^ nobilis ; Scabiosa bibersteinii ; Althaaa hirauta ; Diaothus bicolor^ — prolifer^ ~ atrorubens ; Vicia polyph jUa{
Les régiments qui sont à Ghélindjik ont autour de la forteresse de beaux jardins qui produisent Cous les légumes d^Ëurope : chaque compagnie a le sien qu^elle soigne avec zèle. Les choux, les ognons, les concombres sont surtout Fobjet de tous ]^. soios : fidèles compagnons du soldat russe, ils le suivent à toutes les extrémités de Fempire et sous tous les climats ; quand le sol*dat est établi quelque part que ce soit en Perse ou eh Sibérie, sa première pensée est de trouver un petit coin de terre où il puisse semer et planter ses chers légumes, et quand il peut y jcÀndre quelque peu de pommes de terre, il se croit riche. Les choux et les ognons sont les ingrédients principaux de ses soupes Êivorites, le chetchi et le borchitche.
. En i833, à Fépoque où je m'y trouvais, être à Ghélindjik ou aux avant-postes d'une armée en &ce de Tennemi, c'était à peu près la même
Anthémis tinctoria, — anDovaspec.?;Phlomis herbavenli; Triticumyiiiic^uiTi.^; Hiperîcum perfor&tum; Bromus sterilis ; Agrostema githago -, Carduus hamulosus ; VaiUantia taurica; Adonis aestivalis ; Physalis alkekengi; Convolvulus cantabrica ; Alyssum murale; Erysimum cu8pidatam;Do' rycnium herbaceum ; Lâthospermum officinale ; Linàrîa genistifolia ; Nigella arvensis; Anacamptis pyramidalis; Ljsimachia verticillata ; Rosa pumila; Gaucalis latifolia; Delphinium consolida; Phleum annuum; Dictamnus cretsnsis.
chose. Ghélindjik était cerné de toutes parts paï* les Tcherkesses dont les habitations commençaient déjà à 4 ou 5 verst de la forteresse. Leurs partis maraudaient et guettaient sans cesse autour de la forteresse ; cachés derrière de petits tas de pierres, ils attendaient patiemment Foccasion de tuer leur ennemi ; les bois étaient parsemés de ces cachettes , qui furent fatales à nombre de soldats, surtout dans les premiers temps. On ne pouvait faire un pas hors delà forteresse sans convoi considérable. Le bétail même n^était mené au pâturage qu'avec cinquante hommes d'escorte et une pièce de canon. Cependant les Tcherkesses voyant les précautions des Russes et souvent Finutilité dé leurs attaques et de leur attente, s'étaient un peu ré-' lâchés dans leur système de guérillas^ pour se réserver pour les grandes occasions... A cet effet ils avaient placé une sentinelle au sommet de la plus haute montagne qui avoisinait Ghélindjik. De ce point élevé, on pouvait observer tout ce qui se passait dans la forteresse, tout ce qui entrait, tout ce qui sortait. Accoutumés à voir sortir le bétail tous les jours avec son convoi, ce n'était plus un sujet ni d'inquiétude ni d'attaque : mais dès que la sentinelle remarquait un mouvement un peu extraordinaire, des pré-* paratifs pour une expédition plus lointaine, un coup de fusil donnait l'aUarme, et à l'instant on
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Toyait toute la population des alentours se pré^ cipiter armée hors des villages , et courir vers le point sur lequel se dirigeait Fexpédition, prêts à disputer chaudement aux Russes le passage et k retraite*
A rapproche de la nuit, dès que les Russes avaient fermé les portes de la forteresse, les Tcherkesses se hasardaient jusqu^à une portée de fiisil du rempart ; ils aiu*aient même pillé les jardins, si Ton n^ ^t placé des gardes pour les défendre» Il n^était donc pas rare d^être réveillé en sursaut par des vives fusillades au miUeu de la nuit. Cest ainsi que nous le fûmes le 3o mai^ vers minuit. Qu^ques Tcherkesses maraudaient et voulaient arracher les balles de plomb qui se perdent dans les buttes de terre contre lesquelles on exerce les fusiliers. L^un entre âU'très s^avança jusque dans les jardins pour y prendre quelques ognons, et il fut tué sur la place. Ses compagnons se sauvèrent, et les sol*^ dats traînèrent le mort dans la forteresse. C^était un tableau digne de pitié ; on reconnut un pau^ vre garçon de dix^neuf à vingt ans, chez lequel tout portait Tempreinte de la misère. 11 n^avait pomr tout vêtement qu^un tchok (i) avec des pentalons déchirés de gros drap brun, çans au« cun linge quelconque. Nous apprîmes par là
(i) Redingote ôu haUt long tcherkecMe.
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âuitequid c^était le fils uhique dWe pauvre nmUè femme d^Aderbey , et qu^hem^eusement il n^étaii paâ marié* On ne trouva sur lui quWè seule charge de poudre, et la misère Tavait poussé^ ainsi que ses compagnons , à venir hasarder leur vie pour tâcher de trouver de quoi charger leura
Le lendemain de cet événement, un parler mentaire tcherkesse vint annoncer Farrivée d« deux des principaux habitans des alentours, qiii voulaient, suitant Pusage, traiter du rachat du mort. On indiqua une place découverte à 5oo pas de la forteresse ; on y établit un poste de quelques soldats* Les deux Tcherkesses s^avancèrent à cheval dW côté ; le commandant de la forteresse avec son interprète de Tautre^ et là à une distance respectueuse, les Tdherkesses descea^ dirent de cheval, s^assiretit suj" Thei^be, et Ton conunença à entrer en pourparler. Ils offrit'ent plusieurs pièces de bétail, qu^on ne voulut pas accepter : le commandant exigeait d^eux la red^ dition de deux soldats déserteurs, porteurs de la croix de S. Georges* Aprèîi de longues discussions et mille objections, ils la promirent pour le len-^ demain : mais le jour venu, on les vit arriver lefc mains vides. Ils n^avaient pas voulu ni osé trahir les droits de Thospitalité, et Ton fut obligé de se contenter dW chevaL Tout en avouant qu^il y avait beaucoup de la faute du jeune TcherL^ssé^
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ils avaient cependant sur le cœur qu^on Peut tué pour quelq[ues ognons.
La vie de Ghélindjik nWait donc rien de bien agréable, ni pour un naturaliste ni pour personne. La plus petite promenade ne s^ faisait pas sans convoi} on était gêné de toutes maniè^ res par mille mesures de précaution, et s'il n'y avait pas eu ce joli bouquet d'arbres couvert de vigne, que Ton appelait le bosquet de Cathrine, et sous lequel on pouvait aller prendre le frais à 100 pas de la porte du sud, je ne sais ce qu'on y serait devenu.
Excursion sur le Merkhotkhi.
J'avais été chargé de faire un mémoire sur les ressources minéralogiques et agticoles des environs de Ghâindjik. Pour être à même d'y travailler, je fis plusieurs excursions dont je vais donner les détails ; je décrirai ce que j'ai vu des alentours de la forteresse et des Tcherkesses.
Afin d'embrasser d'un seul coup d'oeil le plus d'étendue de pays et d'en saisir d'autant mieux l'ensemble, j'avais prié M. le colonel Tchaïkof3ki, commandant de Ghélindjik, de me permettre d'escalader la plus haute cime du Merkhotkhi. Personnen'avaitencore osé s'y hasarder, à l'exception d'un officier qui eut le courage d'aller mettre le feu à une hutte qui servait de
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guérite aux Tcherkesses postés là pour surveiller les Russes comme du haut cl\m observatoire.
Les Tcherkesses n^avaient pas rétabli cette hutte, et la sentinelle plus prudente s^était placée sur la pointe dW mamelon ; on la distinguait parfaitement de la forteresse et rien ne pouvait échapper à ses regards. Comment donc la tromper ? Voici comment nous nous y prîmes. Nous sortîmes, M. le lieutenant d^artillerie Jakovlef qui m^accompagnait et moi, de la forteresse avec notre escorte de quarante-six hommes, commandés par un officier, à Paube du jour, pêlemêle avec le bétail et le convoi qui devait le garder au pâturage. Nous traversâmes ainsi la plaine qui s^étend du pied du Merkhotkhi jusqu^à la baie, sans que le Tcherkesse en faction se doutât le moins du monde de nos intentions. -
Cette plaine est couverte d\m terreau noir, très fertile. Toutes les espèces d^arbres forestiers y sont dWe belle venue; le poirier ou sorbier terminal y était le moins commun.
A chaque pas nous retrouvions les traces d'une population considérable qui a dû habiter longtemps sur le pourtour de cette baie. Nombre de grands tombeaux, semblables à de longs coffres en pierres comme les tombeaux mahométans, excepté quHls avaient jusqu'à dix et quinze pieds de long, étaient semés çà et là dans toutes les directions. La vigne d'une abondance extrême, I. 3
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-34^ , rampait principalement sm^ celte partie de la plaine qui aborde insensiblement le pied de la colline. La végétation des graminées était superbe, et différentes céréales, restes de Pancienne population,, le seigle entre autres, y croissaient sauvages. Nous entendions le rossignol, le pinson et le merle doré s^égosilleràlavenue de Paurore: tout nous promettait une superbe journée.
Dès que nous eûmes abordé, assez brusquement, le pied de la montagne, Tofficier intelligent qui commandait Fescorte, nous guida à travers les forêts de chênes et de charmes qui recouvrent les deux tiers des pentes, et dont quelques lambeaux remontent parfois jusqu^à la cime. Nous profitâmes de Pun de ces lambeaux, et ce ne fut qu^à quarante pas du sommet que nous nous trouvâmes à découvert.
Cest en montant que je cueillis sur les pentes de schiste crayeux, les cinquante plantes de Ghélindjik que j'envoyai à M. de Stéven. Les couches du schiste sont fréquemment à nu et se présentent tantôt horizontales, tantôt inclinées. Leur couleur blanchâtre donne aux déchirures et aux ravins de la montagne cette teinte éclatante qui nVst propre qu^aux ravins et aux déchirures de la craie.
Le sommet de la montagne, superbement gai^onné d'une herbe touffue dans laquelle les soldats se couchèrent pendant que je faisais mes
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observations, était marqué par un léger aplatissement de trente à quarante pas de large, der-* rière lequel recommençait immédiatement la contre-pente.
Il est difficile de décrire la magnificence de ce point de vue et la beauté du paysage qui s^étendait en panorama à nos pieds. L^on conçoit que les Tcherkesses Paient choisi pour observer leurs ennemis ; car on plane si bien sur la for<teresse, quHl ne peut pas s^y promener ni soldat ni officier dans les rues qu''on ne le voie; ils peuvent compter les pièces de bétail qui en sortent, le nombre des hommes qui composent les convois, etc. ; rien n^écfaappe à leurs regards. Ils se servent même de lunettes d'approche : pendant que j'étais à GhéUndjik, ceux de Pchade envoyèrent vers nous un des leurs", qui avait son entrée libre dans la forteresse, pour tâcher d'en obtenir une de nous; la leur s'étant gâtée.
Voici en peu de mots l'ensemble de ce paysage.
En me tournant vers le N. E. j'ai, parallèlement au Merkhotkhi, une autre chaîne de collines élevées dont les cimes festonnées se dessinent en forme de dômes ou de mamelons arrondis, gazonnés, semblables a des tumulus. De longs contre-forts à dos étroits, boisés et ga-. zonnés alternativement, s'en détachent, séparés par des vallées ou plutôt par des ravins plus étroits et plus resserrés encore ; le fond en e^
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marqué par de petits filets d^eau et par quelques champs qui entourent les ounes (habitations) tcherkesses. Tous ces ravins «^ouvrent dans la vallée longitudinale d'Aderbey, que le Merkhotkhi flanque d\m côté. Elle est arrosée par la rivière d^Aderbey, qui prend le nom de Mézippé lorsque, réunie à une autre petite rivière, elle entre dans la gorge taillée dans le Merkhotkhi, qui s^ouvre pour la laisser couler près de là dans la baie de la Mézippé, autrement dite le faux Ghélindjik.
Le village d^Aderbey s^étend au bord du ruisseau de ce nom; c^est Tun des plus beaux et des plus grands de cette partie de la Cii'cassie ; il est bâti à la manière du pays, c^est-à-dire que les maisons sont semées à de grandes distances les unes des autres parmi les arbres, chacune au milieu de ses plantations et de ses champs, sans faire de ces corps de village auxquels nous sommes habitués en Europe. Une pareille habitation rappelle celles des Lettes en Courlande, et s'appelle oune en tcherkesse des Ratoukhaïf il paraît qu'ils n'ont pas d'autre terme pour exprimer im village (ouna), mot qui correspond à celui d'aoule qu'on emploie dans tout le nord du Caucase. L'ouna d'Aderbey comprend ia majeure partie de la vallée de ce nom, le Merkhotkhi, et s'étendait même, avant l'arrivée des Russes, jusqu'à Koutlizi, le Ghélindjik actuel. Une ouna ou
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aoule est donc bien plus un district qu\m village*
Le Merkhotkhi ne conserve son nom que jusqu^à la gorge de la Mézippé ; au-delà commence le Ghenségur, qui s^étend au S. E. jusqu^à Pchade; tout ce pays est coupé de jolies vallées, en partie boisées et en partie cultivées, qui appartiennent à un prince tcherkesse, dont Phabitation se voit à quelques verst au-delà de la Mézippé. Les rives de cette rivière, qui coule dans une légère dépression du sol au milieu des champs et desprairies en sortant de la gorge du Merkhotkhi, sont semées de quelques habitations disséminées au miheu des enclos ; on les appelle les bergeries de Mézippé.
La baie de la Mézippé est fermée de part et d^autre par de hauts rochers de schiste crayeux, le fond de la baie n^est qu\ine plage basse par oti arrive la .Mézippé.
A partir du S. et en se tournant au S. O. se dessine ainsi en profonds festons, au-devant d^une mer brillante et sans bornes, une côte coupée de baies et sillonnée de ravins.
La baie de GhéUndjik , qui parait un lac intérieur, et celle de Soudjouk-Kalé, dont Foeil pénètre toute la profondeur au N. O., resserrent si bien le mont Tatchagus, que c^est une vraie presqu^île, comme qui dirait celle d^Au, dans le lac de Zuric.
Tout ce côté du paysage est partagé entre plusieurs ouna ou aoules; la limite de celles
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— 38 ~ d^Achampet et d^Atsesboho commence au milieu de la baie de Ghélindjik et s'étend jusque sur le revers du Tatchagus. Dans Fangle de cette montagne et du Merkhotkhi, au défaut de la baie de Soudjouk-Kalé, est celle de Dobé; et sur le re- Ters du Merkhotkhi commence le puissant'district d'Adokau ou Atakoum, qu'un long dôs étroit sépare du district d'Aderbey. Trois petites rivières, TAtakoum, la Chadotopche, la Nâ, coulant dans des vallons ou ravins aitssi étroits, ausri resserrés, aussi escarpés que ceux que j'ai décrits plus haut, l'arrosent et, se dirigeant danâ le sens inverse de rAderbey,vontse jeter dans le Kouban .
Tel était le vaste paysage qui s'étendait à nos pieds, A perte de vue tout était schiste à fiicoïdes. Un pionnier juif, qui avait été fait prisonnier par les Tcherkesses près d'Anapa , et entraîné par eux dans l'intérieur du pays , d'où il parvint à s'échapper après six mois d'esclavage , m'a assuré avoir vu de très hautes montagnes couronnées de pierre blanche , dure.... Mais c'était très loin , disait-il.
En attendant, la sentinelle tcherkesse , qui d'abord nous tournait le dos , perchée sur son mamelon, s'était retournée de notre côté et avait aperçu aVec effroi ce nombreux groupe de visiteurs qui , couches sur l'herbe , semblaient toiHbés du ciel. Mais rien ne la décontenance ; son coup de feu se fait entendre, et tout le village
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cVAderbey est comme frappé de terreur; on com't auît armes; de toutes parts des Tcherkesses armés fourmillent parmi les arbres , s^accostent^ se questionnent et escaladent en hâte les pentes si escarpées du Merkhotkhi aux signes que leur fait la sentinelle qui leur montre Tentiemi. L'officier qui commande Tescorte suit avec anxiété tous leurs mouvemens , et me presse de dessiner et de prendre mes notes , me demandant à chaque instant si je suis bientôt prêt.... Déjà nous pouvons compter une cinquantaine de nos ennemis qui sont sur le point d'atteindre la cime de la montagne : leur nombre augmente a chaque minute. Le danger était imminent ; si nous leur donnions le temps d'atteindre le revers , nous pouvions être coupés sur plusieurs points et fort mal menés.... Nous n'eûmes que le temps de redescendre en toute hâte la colline^ gUssant sur le gazon , tombant , nous retenant aux branches , et suivant la plus courte pente. Les Tcherkesses nous voyant si habiles à nous retirer, nous crièrent plusieurs houras pour se moquer de nous , mais ils virent bien Finutilité de nous poursuivre.
Quand nous fûmes dans la plaine , chacun reprit haleine et se félicita d'être de retour sain et sauf; car nous avions édiappé à plus d'un danger. Si la sentinelle nous eût suivis dans la plaine, nous eût bien observés j, elle aurait pu deviner
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notre projet, et nous aurions été immanquablement, attaqués dans les bois remplis de petites cachettes de pierres et massacrés : «i, lorsque nous montions, elle eût pu voû^ dans quelques places découvertes briller nos fusils , malgré le soin que nous mettions à les cacher, il y avait assez de temps pour que la population d^Aderbey pût venir nous recevoir au sommet de la colline , et nous fusiller misérablement quand nous nous y serions le moins attendus , les bois nous masquant ce qui se passait autour de nous. Un maraudeur pouvait de même nous rencontrer, en porter la nouvelle^ et nous étions aussi perdus. M. le major Tausch qui avait passé sept ans de sa vie dans cette partie de la Circassie sous les ordres de M. de Scassi, et qui connaissait parfaitement les localités, ne pouvait comprendre comment nous avions eu la hardiesse
i de nous exposep d^une manière aussi évidente , car au premier signal Taoule d^Aderbey peut, dans une heure de temps , mettre 5oo hommes
* armés sur pied.
Excursion à Atsesboho.
Le 11 juin, à quatre heiu^es du matin, nous nous mîmes en route pour une seconde excuiv sion. On ne peut pas faire aux alentours de la forteresse assez de foin pour nourrir toutle bétail
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qu^on est obligé de gai^der pour les approvisionnemens de Fhiver, où aucun vaisseau de transport n^ose se hasarder en mer pour en amener. On prit le parti d'aller fourrager les blés de Taoule d'Atsesboho, qui est à cinq ou six rerst de la forteresse, dans la direction de Soudjouk- Kalé : c'était aussi une occasion de harceler les Tcherkesses. Cette mesure était très impohtique de k part du commandant et contre l'esprit des ordres donnés par le gouvernement ; car ces ordres disent bien qu'il £siut, autant que possible, détruire tout le commerce des Turcs avec les Tcherkesses, et ôter à ceux-ci tout moyen d'avoir des munitions, du sel et d'autres objets de première nécessité, et les forcer par-là à ouvrir des relations amicales avec les Russes ; mais ils ne disent pas qu'il faut aller, sans de fortes raisons 9 faucher leur blé, détruire leurs chaumières, ravager leurs héritages, etc., petites injustices, petites cruautés d'autant plus sensibles qu'elles pèsent sur des individus , et que sans grand profit pour les Russes , elles ne font qu'augmenter l'aversion et la liaine invétérée que les Tchei*kesses leur portent. Ce n'est pas par des détails de petites vengeances , mais par un appareil formidable de puissance , par la fascination d'une immense supériorité de force, de générosité, de civilisation , que la Russie , et surtout son monarque , veut engager le
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Tcherkesse , fier de sa liberté , à se soumettre. Noti'e convoi, qui consistait en 3oo chasseurs et fusiliers et en deux pièces de canon , se mit en marche à travers la plaine boisée qui borde la baie. A un verst et demi de la forteresse, nous traversâmes un assez vaste cimetière tcherkesse^ ombragé de superbes cratœgus (aubépines), dW pied d^épaisseur, qui avaient Pair de poiriers.
La plupart des tombes consistaient en tin cer-^ cueil ou caisse de six à sept pieds de long sur deux pieds de large : elles sont grossièrement travaillées en grosses planches de chêne. Le mort est étendu de son long sur la terre ; le tout est recouvert d^unè grande planche avec deux en* tailles aU;K deux bouts pom^ y adapter les deux petites planches qui représentent le turban et les autres insighes fuliérah-es des mahométans. Point de clous X les planches tiennent ensemble ap-^ puyées par un petit mur sec de pierres qui les entoure. Le tombeau est ainsi au-dessus de terre, et le mort n^est séparé de Pair extérieur que par une simple planche , à travers les joints de laquelle ou peut voir ses restes que se disputent de grands serpens jaunes qui paraissent avoir choisi ces tombes pour demeure.
Quelques-unes de ces tombes diffèi^ent dé celles que je viens de décrire en ce que, au lieu d^étre entièrement en bois, eH»s sont construites
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en grandes dalles de pierres , dressées sur le coin et appuyées aussi dW petit mur. Elles sont exliaussées légèrement , posées sur un petit tertre qu^encaisse un second mur de vingt pieds de long sur dix de large : ces coffres en pierres sont recouverts de dalles plus grandes; c'^est une imitation des pierres levées qu^on observe dans leurs montagnessur les bords de FAtakoum ; je les ai retrouvées aussi en Crimée, sur la côte méridionale près de Gaspra , et elles ne diffèrent en rien de celles qu^on voit dans le nord delà France. Celles de FAtakoum, aux environs du fort S. Nicolas, ont sept pieds de haut et à peu près autant par les côtés ; elles consistent en quatre dalles de pierres dressées, et surmontées d^une cinquième ^ dalle qui déborde d\m côté : sur la face de de-vant, il y a un trou rondpiur lequel on peut passer la tète; mais on ne peut entrer dedans. On le^ appelle dans le pays les maisons que les géants ont bâties pour les nains.
Au-delà de ces tombeaux, je retrouvai, parai* lèlement à la baie, un rempart en terre, très bas , presque effacé , qui se dirige vers une vaste place dégarnie de bois, où les Tcherkesses' avaient anciennement des champs et des prairies. Tout cet espace est couvert de débris de briques et de poterie semés sur le sol. C^^tait remplacement d^une ville si antique que jusquVux traces des maisons ont disparu sous le labour;
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je n^ai pas vu de tumulus , excepte ceux que nous rencontrâmes clans notre excursion sur le Merkhotkhi.
Ces ruines s^appuient sur un ravin qui débouche tout près de là dans la mer, près de plusieurs sources abondantes.
Un second ravin , arrosé dW filet d^eau qui tarit en été , se présente à quatre verst de la forteresse; nous eûmes de la peine à le franchir et à feire passer nos chariots et nos canons par-dessus les broussailles qui en tapissaient les flancs.
A chaque pas nous heurtions contre de grandes tortues qui vont sur le rivage manger les plantes marines : les serpens jaunes, longs de quatre pieds, nous étonnaient par leur fréquence sans nous effrayer; car ils sont aussi innocens que les tortues; nous en vîmes monter sur les arbres pour échapper aux baïonnettes des soldats qui les poursuivaient.
Je pris à Atsesboho Tidée d^une aoule tcherkesse. Hien de plus pittoresque que leurs habitations groupées çà et là parmi les arbres : ce sont des chênes, des frênes, des poiriers, des pruniers, des beaux ormes, des charmes, que la hache a respectés, et qui rafraîchissent tout de leur ombrage dans la brûlante saison.
La maison principale est bâtie en bois ou en clayonnage recrépi de terre glaise ; le toit est fait de planches, par-dessus lesquelles on étend
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de la paille qu^on assujétit avec de longues perches : du côté de Fentrée, le toit avance de trois à quatre pieds et recouvre une galerie comme chez les Tatares de Crimée , dont les habitations se rapprochent le plus de celles des Tcherkesses (i).
Sur Pun des côtés de cette galerie , à Textrémité de la maison, s^ouvre une petite écurie bien étroite , faite en treillis , dont la porte peut être barricadée de rintériem\de la maison.
Cet intérieur consiste en une ou deux chambres, sans autre plancher que de la terre battue : elles sont plâtrées de terre glaise , et n^ont que le toit pour plafond à la manière tatai'e. Chaque chambre a une porte à TeKtérieur et même deux, avec une communication intérieure. La plus grande a quinze pieds de long, sur douze de large. La cheminée semi-circulaire est appuyée contre le mur extérieur; elle est faite en claie et plâtrée, dépassant de cinq à six pieds le con>ble du toit ; son ouverture en bas n^a pas plus de quatre pieds*; son manteau est suspendu librement à trois pieds de terre.
Autour de la cheminée des rayons supportent les ustensiles du ménage, et on suspend les armes et les vêtemens à des clous de bois.
A trente pas de Fhabitation principale, six
(i) Voyez Atlas, 2^ série, pi. 5, le dessin d'une maison tcherkesse d'Atsesboho.
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pieux de quatre piedâ de long supportent six grandes pierres plates de deux pieds el demi de large : six petites pierres sont au centre, quatre fortes poutres s^appuyant dessus , soutiennent toute une bâtisse; c^est le magasin du Tcherkesse.
L^intérieur en est divisé, comme une clête(i) courlandaise , en quatre compartimens pour les différentes espèces de blé. Le toit est en paille assujétie par des perches.
Un troisième édifice se joint quelquefois à ces deux premiers ; c^est une longue étable pour les brebis et les chèvres,
La même cour, fermée d^une haie morte avec une porte, renferme ces trois bâtiments. Tout à côté sont des enclos dans lesquels le Tcherkesse sème du froment, du seigle, de l'avoine et sui^ tout du millet. Ces enclos sont entourés d'arbres ou de forêts, et même il laisse çà et là au milieu de ses champs les plus beaux arbres isolés ; car les arbres, les bois, sont pour lui de première nécessité.
Les alentours de Ghélindjik qu'on avait complètement dépouillés d'arbres, étaient déjà desséchés , tandis que tout était ici de la plus belle verdure ; sous un climat aussi chaud , 'cela ne se
(<) Clête est le nom lette d'un grenier en bois, tel qu'on en construit en Courlande et en Livonie.
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devait qu^à ce soin des Tcherkesses de conserver et de ménager des ombrages épais autour de leurs enclos.
La Russie a le vaste projet de s^assujétir cette partie de la Circassie en la colonisant : cette mesure est certainement la meilleure ; mais pour y réussir, il faudra faire usage de Texpérience des habitans et adopter leur système de culture. Le schiste à fucoïdes décomposé produit une bonne terre végétale ; mais elle a le défaut de se dessécher et de se gercer facilement. On n^apas ici les rivières et les canaux de la Géorgie 'et de FArménie pour y remédier par des irrigations régulières en grand. Il faut donc chercher une autre manière de lui conserver sa fraîcheur et son humidité, celle que les Tcherkesses ont adoptée et qui a un second avantage, celui de rompre la force des vents du N. E. si violents le long de la côte.
On a commencé à dépouiller les collines de leurs belles forêts : il faut aussi agir ici avec une grande prudence; car une fois que la hache aura dégarni leurs flancs escarpés , il sera bien difficile d^ voir renaître de nouvelles forêts, et on peut être assuré qu'avec la diminution de ces forêts , disparaîtront nombre de sources qui ne doivent leur perpétuité qu'à ce manteau préservateur qui retient les brouillards , les pluies et Thumidité sur les pentes, et les conserve, sans
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que les ardeurs du soleil puissent dessécher sous riierbe et sous le feuillage vert ce réservoir bienfaisant.
Je ne citerai pour exemple que ce qui est arrivé depuis qu^on a fondé Gliélindjik ; on trouva sous les beaux ombrages de Koutlizi un joli ruisseau qui foiu'nissait toujours de Teau, été et hiver. Depuis qu^on Fa mis à découvert en coupant tous les arbres à plusieurs verst à la ronde, il a tari, et il n'est resté qu'une mare infecte qui sera dangereuse pendant les clialeurs.
Revenons à notre excursion. Pendant qu'on fauchait le seigle vert, qu'on coupait les plus beaux arbres , qu'on emportait ce qu'il y avait de meilleur en fait de poutres pour le charger sur nos seize chariots, je dessinais et je jouissais de la nouveauté de ce paysage. Bientôt le Ueutenant-colonel Ganter m'appela pour prendre paît à un déjeûner servi sur l'herbe, et nous étions gais et sans souci comme si la forteresse n'avait été qu'à deux pas. .
On fit rentrer ensuite les postes avancés , et l'on se mit en marche, les chariots au centre, les chassem^s sur les flancs et nous à l'arrière-garde.
Mais les Tcherkesses avaient eu le temps, pendant les deux hernies que nous fumes occupés à faucher, de se rassembler sur le sommet d'une montagne nue à droite de l'aoule d'Atsesboho. Nous en avions compté un soixantaine sur ce
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point; nous ne pensions pas qu'ails eussent la har* diesse de nous attaquer en «i petit nombre.
Cependant à peine eûmes-nous pénétré dans les bois que nous nous vîmes attaqués et chargés de toutes parts; d'autres groupes de Tcherkesses de huit à dix hommes s'étaient cachés derrière les buissons, et nous tiraient dessus à la débandade. Notre position était embarrassante; arrêtés par nos pesants chariots, et dans Fimpossibilité de voir ce qui se passait autour de nous, notre plus grande crainte était que nos ennemis, parmi lesquels nous avions reconnu quelques soldats fugitifs , ne se jetassent dans le ravin que nous devions passer et ne nous coupassent tout retour. Dans ce cas-là nous étions perdus. Heureusement nos tirailleurs en haillons. firent si bien leur devoir, qu'ils tinrent en respect les Tcherkesses; la fusillade durait depuis une demiheure quand nous trouvâmes au milieu du bois une butte sur le sommet de laquelle nous plaçâmes une pièce de canon ; nous n'eûmes que le temps de tirer quelques volées à mitraille sur les Tcherkesses qui couraient autour du bois pom' se jeter dans le ravin ; en même temps un vaisseau qui longeait la côte pour nous appuyer de ce côté-là leur envoya quelques boulets de fauconneau par-dessus nos têtes; nous leur tuâmes deux hommes , et pendant qu'ils hésitaient nous passâmes heureusement le ravin. Ils revin- I. 4
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— 5o — i^ent à la duerge ; mais ie danger <ét:»t passé et nous reiitclÉB.es diear nous sans wwt p^du tm seulbomn».
Nous lûnws aussi heurMix le i4 juin. Nous allâioes feuch^r les champs des 'bergeries 'de Mézi]^; on nous disp^ilta-enoere plus chaudement -que la pr^mère fois notre r€fl6ur.; mais neutre contenanœ commençait à nebster les Tcfaer* kesses, qusmd je passai à TaTaHl-^rde a*?ec un officier pour pt^ndre les devants ; déjà nous nous conqptions hors de tout danger, iorsqu^une baHe ^ tn^étaît 'destmée vint à passer sur ma tête:; quelles pouoes plus bas, elle me rayait en nombre des ^vivants , et j^aurais payi^ cher ma curiosité.
Le Tcfaeritesse, consme tous les montagnards, est très buaTe et passe pour très adrok à tirer; malgré cela^ il est toujours en désavantage en luttant avec les Russes.
Le Tcherkesseiiharge son fusil en chassant les balles avec un marteau, «t atteintpar conséquent de trèsioin^ mais pendant qu^il charge une fois, le.&usse charge oknq fois avec une bafle coupée en quatre.
Pour tirer juste , «le Tdherkesse appuie son fiisil sur une fourchette quHl porte toujours à la mainien guise de bâton ; il fiiut qu^fl soit à son aise, tandis que le soldat russe ne perd pas ainsi son temps, et est habitué à tirer à bras iranc.
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^ 5i ^ JLe TcherkQsse ne tire qu€ quand U est bien sûp d^ son QQupi parce qu^il craint de UrAler inutUen»^nt $a pqudre quHl ne pwt renxplaçer que trèa difilcilement depuis qu^on lui a coupé toutes les ressources du côté dd la Twquie.
Al^e suiTant le rapport du pionnier juif et du vieux Rus&B dont j^ai parlé plus haut^ à peine avaient-ils une charge de poudre sur dix honirmes. Le Russe au contraire ne ménage pas ses munitions , et hasardeuses coups , qui portent souvent.
Le Tcherkesse qui a tiré est pour le moment un homme perdu , on peut Taborder sans danger pendant quM charge ; il ne peut plus se défendre quWec son sabre et son kindjal. Le soldat russe a à peine tiré qu^il a déjà rechargé, et demeure toujours redoutable.
A ces points de comparaison , ajoutez que le soldat russe joint à la discipHne la ruse du Tcherkesse, qu^il court comme lui dans les espaces ouverts , se couche et guette derrière les buissons , se glisse et se cache derrière les arbres dans les bois ; qu^il a sa mobihté et son œil exercé, et il sera facile déjuger de quel côté doit pencher la balance.
Nos soldats de Ghéhndjik s^étaient si bien faits à cette guerre des Tcherkesses, qu^ils ne'les craignaient plus du tout, et qu^une expédition était po^r eux sous ce rapport une partie de plaisir.
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Enfin ce qui donne avec tout cela une immense supériorité aux Russes, c^est leur artillerie que les Tcherkesses, qui n^en ont pas, craignent pa]>-dessus tout et qulls n^abordent qu'à une distance respectueuse.
Ces détails sont pour Tépoque où j'étais à Ghélindjik ; j'ignore si les circonstances ont bien changé depuis lors.
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