voyage autour du caucase
Bf • dç Stéven retouFnait en Grimée après son inspection d^usage; il eut, comme je Fai dit, Tobligeance de m'^offrir une place dans sa voiture, et si quelque chose pouvait dissiper Pefiet que produit la monotonie dW voyage tel que celui que nous avions à faire, jusqu'à Kertche, c^était bien la sqciétéd'^un homme aussi distingué par ses qonnais3ances que par son expérience, fruit des nombreux voyages qu^il avait faits dans les contrées que nous parcourions. Sortir du sein des plus hautes montagnes et se trouver sans transition dans ime steppe immense quHl faut traverser, et où rien ne récrée la vue, ne distrait Fpsprit ; quel contraste ! — ^Des tumulus en foule, qui masquent peut-être des trésors, mais qu^on nV guère le pouvoir d'ouvrir quWec une baguette magique, voilà tout ce que Fantiquité a laissé de traces sur cette route et tout ce qui
rappelle la foule des peuples qui ont erré sur ces
plaines, à commencer par les Méotes Non
que le pays. soit laid ou stérile par lui-même^ Dieu me garde d^en médire; je souhaiterais à plusieuri^ capitale^ célèbres ui) $ol aussi riche, et même des accidents pareils à ceux qui marquent quelques cours de ruisseaux et de rivières.
La terre noire, vrai humus^ recouvre en bonne partie Fancien bas-fond qui hait la Mer Noire à la mer Caspienne, et une végétation des plus vigoureuses en céréales et en graminées récompense les cultivateurs.
Mais quand on pense quç ce n^est que depuis la fin du siècle dernier que des laboureurs ont remplacé les tribus nomades des Nogais^ on ne peut s^attendre à y trouver la féerie des travaux de rho^n^e qui sème les villes, les palais,, les châteaux, les parcs, en up mot, tout le hx^e de la civilisation sur un sol prêt à les recevoir..... Les stanitses des Cosaques et deux villes naissantes^ sont les seules ébauches de cet aveniif que je souhaite à ce pays..... D^ailleurs qui os^ ràit sd complaire nonchalamment dans le. luxe de la paix sur la frontière des Tcherkesses, svj^ une t;èrre spns cesse, menacée pai: eux et où la nécessité fait de to^is les habitants des soldats.
Les monuments sont sur. la rive gauche du Kouban^ sur les flancs ^çs contreforts^ du Çau«
case^ à fentrëe dés hautes Tattëeà (i); là se trouvait Fantique j^sia que fki décrite, et spfé^
(i) Les archéologues se sont beaucoup occupés d*uiie découverte de Delà Môtraye, dabs sotiTOjrtige en Circassiè en 171 li ft rapporte qu^it atlla visiter tes rdines d'une ancienne ville j qu'il' nomme Eski-Schéher (tidllé ville), et fl a publié lés desàiûs de plusieurs aûtiquitéà qùHI a découvertes au milieu des ruines. 11 parle surtout d*ûn temple où une inscriptîpn lui révéla les mots eE...ÂrÀTOP... MiJBt..M>/<i..t>Iy ce qui indiquerait un culte voué à .Vénus Apaturiade juscpe dans les vallons du Caucase. Mais ok sont ce textipte et eeUe viUe? Personne n'a pu armer ke quelque ceititude y la narration du vojfageur étant très^incomplète. Cependant je n'ai pas cru la chose impossible j et voici comment j'ii^terprète lé narré de cette course. Parti de Temrouk , le a6 déoembi^e , pour arriver au- demier viUage stable ^ il met s4 h»
Il trouté le premier keddi ou camp i^ogaii ^prèA une maw^he de %A b.
Le keddi de son guide^ après m^ tiarcbe dé lo h.
Le 3o décerna, il fait la h.
Il traverse $m la glaqe le Kouban ou Boyoïdk^Sou (la givundeeau) le i«' janvier 17191^ apsèaime marche de i5 h.
Sur la rive gâudte'dtt Koubau, il «vrive au deiv m^ kieddirBOgai apr^ 4^h.
Il rq»rt 1& S janfvier à 9.h. du matin , et arrive l»'0wraupfétnier keddidea NogaisdtB montagne»! «rès-dîffifmils^ des^vraia Nogaia. .Ibjiie' paclettt pas le^tatare ;' ils «ontiMÎBSrko^tftUâray et lar réoom^ labndaticmdudbuveraiii delà Crimée ne leihumà-
A réporter. 100 h.
cialtti^ent la tribu des Àspourgkiens qui fit pé^ rîr PolémQn.r^, m du Bosphore, et celle des
Report. 100 h.
nise guère : on reconnaît les BéchUbey , ou quelqu'autre tiibu montagnarde des anciens As. Le 4> après avoir traversé 9 après le Kouban^ deux riyjières ^ sans doute VOuroup et le Kéfary il arrive à 3 heures après nûdi aux ruipes , apès une marche en tout de 20 h.
Total 120 h.
marquées par de la Motraye , et qui , estimées à 4 verst par heure y moyenne d'ime bonne marche à cheval ^ donnent environ 48o verst. — ^ Or , en se dirigeant dans le sens de la marche du voyageur , on trouve à peu près à cette dbtance de Temrouk > les ruines de Madjar-Ouneh | sur les bords du Grand Zélentehouk. Voy. t. P' de mon voyage, p. 3da , oii il faut ^^ grand pour petit Zélentchouk. C'est à Madjai^Ouneh que je crob qu'il &ut chercher £ski-Schéher. Ce qui me confirme dans mon opinion y c'est la suite de k narration. — Il ne passe que 3 heures aux ruines , ce qui étonne un peu quand on lit la description de tout ce qu'il a ^t en si peu de temps. Le 5 janvier à midi , il paçse xkn.Koutchouk'-sou (petite eau) qui ne peut être que le Petit Zélentchouk ou Indjik^
Le lendemain 6, il arrive à midi au bord d'une grande eau qu'il suppose être le Kouhan, Le 8 , il se trouve au pied d*une longue barrière de montagnes diteaide Ai Circassiej séparées par des plaines qi|i lui ouvrent un fecile passage. On reconpalt aussitôt les montagnes du Béehetau. Ce qui le prouve, c'est qu'en face de ces montagnes , le guide lui montre les vallées où les Nogais ont été déconfits par les Jcbierke^seç en i^oS. Or^i Ton sait fort bien que le qom^
Danàariens^ inondés par Phamau, fils de Mi-« Ihridate, qui fit rouvrir un ancien bras du Kour ban. Ceci mérite une petite explication.
Le Kouban, en se promenant daps Vancieii golfe que ses attérissements ont yraisemblable* ment comblé, s^est formé dans ses inondations périodiques une digue naturelle qui suit sa riyç gauche, et qui a refoulé son cours plus au nord. Cette digue est un rempart qui empêche le Kou-r ban dlnonder, dans ses crues, la plaine qui rem-r pUt le fond du golfe ; de plus elle met obstacle à ce qu^aucun ruisseau, à ce qu^aucune rivière puisse arriver jusqu^à lui ; ils se réunissent tous
bat eut lieu dans la vallée du Baksan et que Tannée nogaie s'était réunie au pied du Béchetau , le sujet de la guerre.
Le 9, notre voyageur arrive à HeUéïpsa^ viUe tcherkesse de lu petite Kabardab ^ qui commence effectivement au-r delà du Béchetau. Je ne suivrai pas plus loin de la Motraje. Il me suffit d'avoir démontré qu'Ëski-Schéher doit se chercher sur la rive gauche du Kouban , entre son premier et son second grand affluent, chez une tribu montagnarde qui n'est pas tatare. 11 serait fort intéressant de faire ui^e petite éxpéditioq pour vérifier le fait ^ et si par hasard Ëski-'Schéber n'e^ pas le Madjar-Ouneh (ville de briques) des cartes russes, ce ne serait pas beaucoup plus bas qu'il faudrait le chercher ; car la position de cette ville était évidemment au débouché de la grande route du Tsébelda, qui menait de Dioscoiu^ias dans les plaines di| nord du Caucase. Comparez de la Motraye, Voyages en flurope^ en Asie^ etc. , t. II , p. 63 et suiv.
dans le Psetz (Psathis) qui coule paralldlemeiit au Kouban, dont il est séparé par la digue, ser^ yant ainsi de réceptacle à tout le versant dé^ vallées de Tancien territoire des Dandariens qui embrassait aussi la plaine fertile, — <- Phamau, dans une crue d^eau du Kouban, n'^avait qu^à percer cette digue pour inonder tout le pàysplat.
De la route que nous suivions, nous pouvions, aisément juger de la position de ces pajs, et du Kouban.
En partant dé Pétigorsk, nous étions allés, rejoindre ta grande route de Stauropol à Aie** xandrof. Avant d'arriver à Ik capitale de la prOfvince cis-caucasienne , nous montâmes sur un plateau,, cpmposé de tertiaire récent de Ker* tche , qui est la continuation de celui que Mes-^ sieurs : Engelhardt et PariPOC ont trav€a:âé par N. ilMs, Kamljk (f ). G^est la ligne de £ike qui sépare les eaux qui se jettent par le Kouban dans la Mer Noire, de celles que la Kouma porte à la mer Caspienne» Stauropol même est placé à Fexr ti^émité septeatrionalfi du plateau^, eti pi^élsttite iMi^ sources qui jaiUissetit un troisième versant qui les entraîne au nord jusqu^au Manitche, et parconséquentjusqu'^auDon. Stauropol, eti i833t çomptEÛt 5,0i5 habitants.
(i) Voyez la coupé du iiivellement <fxt ces Messieura OQt donnée dans leur Atla^ .
Nous ne descui^mfis du plateau à Poueit qu^à Nowlr-TpoiUkoïy a dS verst de StauropoL Là la route ahorde une petite vallée encaissée par lea légeirs escarpements du calcaire coquiUer de Kertebe^ qu W y taille pour les nouTelles cons^ truetionsun peu importantes du pays (i).
JLe calcaire suit constamment la route jusque Raché^atka^ à 35 verts de Novoï*-TroitdLOÏ. Cette «banitse des Cc^aques est encore sur un afikient d<i IXon p^r FEgorlik. JusquHci il nWaît pas été tare pour nous de reecontri^ sur notre route dea eàrayanes de Petit&-RussieBS que différents miéréta ail;iraîent dans ces pays. M. de Stévesi Tfi^.û% rexnairquer Thabitude qu^ils ont encore diQTÂer leu^s obatk)ts ^agaihyrses^ pour le»» fWJ^ U$; rwu^^nt en paquets ou panachea lai
IqI nous quiittwv^â la grande route inopériale pji^ar enli?er danus lia baâsin du Kouban que longe Ipi routa d^Ëkalérinodar^ dess^nâe d^abord pav V^^Qi^aquesf; <ik la ligna.
Sin partant de Rachévatka, nous trai^wsames MA \éi&^ platea». atec quelques ravins tournée "(^ersIlSgorUk. Ilest couransé comme ks steppes ^ Ift iPetÂterRussie y de tumulus quW compte
(i) Il m'a paru que le Cardium. rusticum en débris , et un autre Cardium à &ou 7 côtes qui touche de près à une espèce vivante de la Mer Noire , composent la masse principale de <N) tertiaire: r^ntv
— la — par trentaines à la fois disséminés sur Phorizon.
Après une marche de iS verst, une pente près* que insensible nous amena à Témicheherskdia^ la première station, bâtie au bord même du plateau qui se termine par une haute falaise (i) de glaise jaune mêlée de sable, que baigne. le Kouban.
Ici je yis pour la première fois ce fleuve dont je connaissais les embouchures*
La pente qui mène sur ses rives est couverte de chênes entourés de chèvre-feuille, d^érables de Tatarie aux fruits rouges ailés, de muguet, de troëne* Là je trouvai le Kouban, qui déploie majestueusement ses nombreux contours, et derrière lequel s^étend une plaine basse à perte de vue, presqu^au niveau du fleuve. Cest ce que j^ai ap-* pelé Fancien golfe du Kouban, qui n^est terminé que par les montagnes du Caucase. Les Tch^v kesses occupent ce sol fertile, et leurs villages ne sont qu^à 20 verst du fleuve. Tout ce tpHoa voit de cette plaine est nu comme le plateau que nous avons traversé : il n'y a de bois que le long du Kouban et< sur les îles. Le reste du pays paraît avoir été boisé aussi, à en juger par quelques traces d'anciennes forêts qu'on voit cà et là : mais les nomades qui n'ont cessé depuis l'origine de l'histoire d'errer sur ce sol, semblent avoir pris à tâche de le dépouiller de sa parure.
C j) Elle ne dépasse guère cent pieds en hauteur.
Jusqu^à Ehatérinodar^ nous ne nous éôai^-^ tâmes pas de la rive du Kouban que nous c6^ toyàmes en suivant le bord du plateau glaiseux, qui, chose sinigulière, n^envoîe pas une goutte dWu pour alimenter le fleuve ; car même les sources qui jaillissent à quelques centaines dé pas de la rive vont se jeter directement dans la mer d^Azof .
Nous aurions trouvé les stanitses des Cosaques dans un état plus florissant, si le choléra et la feonine de i833 à i834 n^avaient sévi cruellement sur le pays. La Kaukaç^skàia stanitse, qui est à 12 verst de Témicheberskaïa, perdit seule 180 personnes par Tun de ces fléaux, et plus de 1 ,000 chevaux par Fautre : un officier cosaque y était dans ce nombre pour 4oo chevaux.
Toutes les maisons sont en bois ou en clayonnage. Quelques égUses sont en pierre de Kertche ; toutes sans exception rappellent le style grec ou le byzantin de FAbkhasie : croix grecque avec un dôme , trois portiques et une abside.
Bans ces vastes steppes, il est singulier de voir Textension que prennent certaines plantes ; cela mVvait déjà frappé en traversant les steppes du gouvernement d^Ekatérinoslav. Ici, sur les rives du Kouban , vous voyez le Hjrosciamus niger entourer les villages. Entre Témicheberskaïa et la Kaukavskaïa stanitse, le Phlomis pungens couvre tout seul de vastes espaces de terrain*
D^autr^bîs gW le TrAieam repens , aussi épais , aussi pur que Favoiae dW bemi champ (i).
Je vis entre la KauhûifskàlA stmitse et la Ku^ zanskaia^ un grand groupe de tumulus au bord du Koubauv Ces tertres funéraires bordent le fleuve. Quelques-uâs ont 3o pieds de haut, ik «ont le plus souvent écrasés, et adoptent de |HPé^ fëiteiiçe la ligne des hauteurs.
Nous q[|iittâines à Redoutsk€S^Karaniine lé territoire des Ck)sàques de la ligne, pour entrer sur celui des Cosaques de la Mer Noire, vraia descendants des fangeux Saporogues qui habituent au-dessous des calarwtes du Dniepr et que Fimpératrice Catherine II envoya, en 17921 habiter ces nouveaux quartiers, après avoir fait enlever d^assaut la nuit la sUcha de Pohrofekoi (2).
(1) Celte prodigalité de certaines espèces de fleurs avait frappé le comte J. Potocki, qui cite des champs entiers couverts de tulipes panachées. Vojage dans les Steppes d^ Astrakhan y t. I, p. a3i. Qarke, t. I, p. 4^9, ^e la nèine remarque.
(a) Le général-major Sazigow fut chargé de cette expédition qui eut lieu en 1775. Voyages historiques et géo* giraphiques dans les pays situés entre la Mer Noire et la Mer Caspienne. Paris, 1798, III« partie, p. ii. Ces cosaques réfugiés sur les rives du Danube, rendirent des services aux Russes pendant la guerre dé Turquie, et ce fut
On c^MUpte 2321 verst, soû 60 Uctww de Francet de Redoutskoï-Karantine à Taman, distance tpâ, rqpr^^ente ]a largeur entière du territoire des Co$acpies de la Mer Noire ou Tchemomorses.
JSkatérwodar (don de KaUudne) dans une steppe trèsr-fertile., est entourée de restesde forêts aiMiquesdont les traces ireparaissent même jusque d^nslesrue^.
On a essayé d^y cultiver le raisin ; il ne réussit ni si4r les.bords du Kouban, ni sur le plateau ; il paraît qu^on n^a paa choiâ de bonnes espèces, O}^ qo9. le clisRi^t,. surtout le^ vents du. nord lui sont nuisibles, car pendant les journées de la. fin dç^ juin,, il souflaitiw vent N. S. très-frais, et a)| Inver dUiS<o|eil;,, le thermomètre ne niontait ps^s. wrdelà ^i9e à. 11'' de Ri. Le» brouillards
«J^rfrq^e Visoff^rd^priçe Cathiine U leur céda par un . our kasedtt a juin 179a > .le terrltou-e de Taman j et tous le»< pay8,entreleKouban et la Mer d^Azof, jusqu'aux rivières Eja et Laba. Voj. Pallas et £. D. Qarke , ^oy. en Russie^ en Ihttarief etc. , 1. 1> p. 4^. Lises les détails fort intéressants que dontteeavojaijeur etquajeaie<TeuxpaS'ré^ pét^ îipjui^eBf^U, G^IUL. qvi fwept, 4^powédé$ par les no^Yfiavqc ▼ew**^.?,* 463.f ,app^r^iiMeixt principalement à la peuplade de Cosaques du Don, Nékrassovtsyy qu'une rébellion, en 1708 , avait amenés sur les rives du Kouban. Kcfage démîtes steppes (TAstrathanet dui^oMeasey parie ccmte J. Potocki ^ 1. 1 , p. a33.
— i6 — sont très-fréquents pendant huit mois de Tannée (i).
Entre Mitchatq/ikoï et Karakoùhanskaïa^ reparaissent les groupes de tumulus'; les prairies sont magnifiques.
A Karakoubanskaîa^ on i^uitte le règne de la terre pour celui de Ponde, c^est-à-dire quHci commencent les bas-fonds remplis de roseaux qui durent jusqu^àKourki, Fespace de 68 verst. Là lé Kouban s^égare et hésite par laquelle de ses cent bouches il enverra ses ondes en tribut à la Mer Noire ou à la mer d^Azof.
heLùhfum virgatunii^ la Medicaffo Jàlcuta fructifient parmi les roseaux.
En face de Kopû^ nous passâmes sur un bon radeau le bras du Kouban dit Ptotoh^ qui se jette dans la Mer d^Azof ; il n^est pas moins considérable que le bras qui conserve le nom de Kouban {Hypanis des anciens), et qui a son embouchure à Bougaze^ dans la Mer Noire.
LWu du Protok est trouble, mais courante ; son niveau n^est pas à plus de 3 ou 4 pieds au-dessous de la plaine. DHci je commençai à distinguer les colline de Koiu'ki et de Temrouk.
Kopil était une ancienne forteresse turque , placée à la bifiu*cation des deux bras du Kouban.
(l) Voyage dans les steppes d^ Astrakhan^ par le comte J. Potocki, t. I, p. 232.
A Kalaus^ quoique le soir idi arrivé, M. de Stéven crut que nous pourrions pousser jusqu^à Kourki avant la nuit et gagner ainsi toute une station Y ce qui rendrait notre journée du lendemain beaucoup plus longue, et nous donnerait le loisir d^étudier Phanagorie et d^autres ruines importantes.
Depuis Kopil, on nous avait donné une escorte de Cosaques, parce que les bas-fonds que nous devions traverser sont très-dangereux à cause des embuscades des Tcherkesses, cachés au milieu des roseaux qui favorisent leurs brigandages. Arrivés sur la rive septentrionale du Kouban, ils parviennent facilement à se glisser par des sentiers et des gués à eux seuls connus au milieu des énormes tiges aquatiques qui, formant deux murs élevés, les masquent à tous les regards. Ils passent ainsi inaperçus sur le territoire russe et tombent à Fimproviste sur les villages. Pour prévenir leurs incursions, on a établi le long de la route des ponts semblables à ceux qui bordent le Térek. La sentinelle hissée sur un plancher ou sur une claie suspendue entre trois ou quatre poutres dressées sur un tertre, domine assez Uen les roseaux pour pouvoir deviner de jour le passage des ennemis; d^ailleurs les postes sont trèsrapprochés les uns des autres; mais les Cosaques ne montent la garde que le jour, et dès que la nuit arrive, tous les corps-de-garde rentrent V. 2
dfims les stanitses^ de craînie d^èire enlevés inopinément par les partis ennemis.
Or il se faisait tard ; on nous avait néanmoins donné à Kalaus une escorte qui nous accompagna jusqu^au premier poste, où elle nous quitta, nous remettant aux soins du nouveau chef. On se préparait précisément à la retraite, et quand nous demandâmes le convoi d^usage, on nous le refusa ; c'est trop tard, nous répondit-on ; revenez avec nous, car nous ne vous escorterons pas.
Qu'ion juge de notre désappointement. M. de Stéven néanmoins fit partir la voiture, croyant que les Cosaques se décideraient à nous suivre généreusement, mais ce fut inutilement, nous étions décidément abandonnés à notre fortune.
Notre anxiété allait croissant, et nos regards attentifs cherchaient à deviner ce qui se passait derrière les lugubres roseaux qui bordaient la routé; mais nous ne vîmes rien, dans ce triste ^lemi-jour, que leurs hautes parois entrWvwtes jyàr les sentiers desTcherkesses;et M. de Stévmi qtti connaissait le danger , croyait voir Tennemi fbndre sur nous à chaque instant.
Enfin , après une heure d'une marche inquiète t3ans le marais, nous arrivâmes aux confins il'tiiie t^^e protectrice, et nous criâmes : « Dieu "^ soit béni , nous sommes sauvés. »
Sur ce sol amphibie , Tabondance des cousins ou mosquiti^ est presque incroyable ; nous ne
savions comment nous en défendre. Nos poatiU Ions avaient y à cet usage , une queue de vache dont ils se balayaient sans cesse le visage^ faisant entrer ce mouvement dans celui du fouet quHb tenaient de la même main (i).
En traversant le bas-fond marécageux de Kàrakoubanskaïa à Koarki ^ nous avions franchi toute la distance qui séparait les anciennes rives du golfe du Kouban de la Polynésie dispersée au-devant. Je ne puis entrer ici dans les détails que je réserve pour la partie géologique , où j^expose Fhistoire diluviale et antédiluviale de ce coin de terre ; il suffira de résumer les faits, jy^ prouve :
i"* Qu^à la fin des dépota jurassiques ^ de for^ midables éruptions de roches porphyriques , principalement de graniie ophitique et pwto^ gyne^ ont soulevé la chaîne Taurique et le Caucase^ qui, pendant Pépoque de la craie, ont formé deux longues îles étroites.
a* La fin de Vépoque crayeuse vit soulever les chaînes SJkhaltsikhé et des Karpathes , avec une partie des flancs du Caucase. Pendant Vépo-que tertiaire^ la Mer Noire et la mor Caspienne communiquaient par un long et large bras 4^
(i) Quoique Toyageant à la même époque que M . E« D. Claire y nous n'eûmes pas à supporter des tourments pa« reib à ceux qu'il décrit , 1. 1 > p. 5 1 4*
mer resserré par Hle camcasienne au sud , et par le plateau crayeux du Don, au nord. — Au-delà du Caucase , il ne paraît pas que la communication existât ; seulement , deux grands golfes de Colchide et de Géorgie venaient se toucher par ' leurs extrémités, séparés seulement par Fisthme étroit et poi'phyrique du Kordokhti qui servait de pont entre la chaîne du Caucase et celle d^Akhaltâkhé. Alors , la plupart des rivières actuelles existaient déjà dans la partie supérieure de leurs cours, XAragi^i^ le Térekj le Kouban^ le Phase^-Rion , etc.
3** Le soulèvement qui eut lieu à la fin de X époque quaternaire donna en gros, à la Crimée et aux pays du Caucase, la forme qu'ils ont à présent. Ce soulèvement et ses effets furent , à ce quHl paraît , contemporains avec la rupture du Bosphore de Thrace et du Bosphore Cimmérien, la dépression de la Mer d'Azof et du cours du Don . Qu'on regarde la carte que j'en donne dans mon atlas; on verra que ces ruptures et ces dépressions sont toutes sur la même ligne. Ainsi, le changement qui s'opéra dans la Mer Noire , et surtout dans la Mer d'Azof, fut autant produit par l'abaissement des eaux, suite de digues rompues , que par des soulèvements. On s'explique alors comment l'eau , s'échappant du bassin supérieur pour chercher son niveau dans le bassin inférieur, et trouvant une issue par les lon-
gues vallées de la presquile de Kertche , dont les sommités sont com^onnées de roches coral-' ligues , creusa , par la violence du courant , les golfes , aujourd'hui lacs , gui. sont à. Touverture de toutes les vallées.
Conunent une pareille révolution a-^t-elle pu s'opérer, me demandera-t-on? Quels sont donc les agents, d'un pareil déchirement? Il ne faut pas aller bien loin pour les chercher. En face de la baie actuelle de Séi^astopol , n'a-t-il pas existé un puissant volcan qui a couvert de cendres et de lapilli toute la Chersônnèse héracléotique et une partie de la Crimée ? Qu'on se rap* pelle aussi les rochers volcanigues des Cyanées^ à l'entrée du Bosphore de Thrace , des roches de même origine ^ e» fec^ A^Opouk , presqu'à l'en-trée du Bosphore Qmmérien , on verra que les ibrces volcaniques ne manquaient pas. : l'agent formidable était là.
4" Après Voui^erture des Bosphores , lorsque l'équilibre des eaux fut rétabU , les pays du Kouban étaient bien loin d'avoir la forme actuelle. Le fleuve se jetait dans un golfe qu'il comblait par ses attérissements, et jusqu'à Kertche, au lieu des marais que j'ai signalés et du groupe irréguher de colUnes qui forme la presqu'île de Taman, il n'y avait qu'un large brasde mer dans lequel se baignait une petite île détachée de la côt^ de Kertche, lénikalé, par la rupture du Bosphore;
2ÎI —
elle ne comprenait qu^une portion du territoire actuel deTaman (i),
5*" Mais un nouvel agent devait continuer à bouleverser ce sol , où Homère place la bouche des enfers (2), Les tristes volcans de boue^ avec leurs irruptions fangeuses et leurs sources de bitume , nWt cessé d^agir jusqu^aujourd^hui, et leurs accumulations ont créé petit à petit de nouvelles terres , comblé des bras de mer , barré des rivières et des golfes , digue des lacs. Ainsi , à Hle de Taman se sont groupées Vile Kimmérienne ou de Fontan , Vile de Tyramhé « Vile de Temrouk^ Vue de Phanagorie^ toutes séparées par autant de détroits. Cétaient de vraies îles, et le Kouban, loin de là, créait aussi, pat* le dépôt de ses ondes troubles, le nouveau tei^ rain d^attérissement qui a rempli successivonent son golfe et le bras de laxet qui le sépai^t de la Polynésie.
6'' Alors, par le^ travaux sicontinus de ces deux agents, ce qui était mer se changea en terre ou en un sol amphibie , où Feau , la terre et le feu, luttant d^efibrt, marquèrent la topographie de chaque année par de nouvelles métamorphoses.
Ainsi , la terre antique qu^habitaient les Kùnmé^
(1) Voyez la carte de ces changements géologiques de Kértche et Taman , V^* série , coupes , plans^ pi. 2€. (a) Voy. 1. 1 , p. «o, et t. IV, p. 337 de mon Voyage,
~ a3 — riens d^Homère et d^Hérodote , u*tA pa$ celfe dit Strabon, et celle de Straboo nW plus celle d^aujourd^hui. Le Kouban, qui baignait alors le& murs de Phanagorie et lui ^nrait de port , a quitté ces parages pour chercher dWtres embouchures. Ce qui , il 7 a oeot ans 9 étiât encore un <»ffial navigable pour des yaîaseaiUL^ nW plus que fange iiBDU>nde.«.«D€i5 îles paraissent «t disparaissent.
CW aT«c ce ^éambuie gépli^|§^i|0 que j V borde la polynésie du Kouhan , et si non lecteur m^'entend parler maintenant de bras de mer, d^e&, de golfes, il saum ce ^p»vt yeujL dire.
Kourki ou Keutganskoiest le premier poipt oà Ton met le pied sur la ppljnésie ; quelques tumuius oulocfT^o», semés autour de 1» station, lui ont donné son nom.
i^ourki est le nom d^un petit bras du Kouhan qm se dilate en fermant de petits lacs 9 ^t se jette dans le liman de Temroukt ou Goriot Ltman (t }.
Les Tut^cs âyùent près dHci un fort donl pa ▼oit les traces ; c W une enceinte en te^r^ d® forme paralléU^aspède; avec un vaste appendice^ ^ parak avoir été un ifauboui^jfortifié. J. jPo-^
(1) En riMfle^ Liman amer.
tocki croit avoir trouvé ici ^ la cité des Aspour- . ghiens , ce qui me paraît impossible (i).
Ile ou dos de Kandaur .
Anciemiement , on pouvait se rendre à Taman en passant au sud du lac ou liman Aftaniz , par les gués et les forts de Smolianol^ de Pérei^lanskoï^ de Sednoï; on arrivait à Stéblievska, et de là à la capitale de Tîle. Cette route n^est plus fréquentée j et la roule de poste passe en faisant un grand contour par Temrouk , Péressipshcua et Sennoia-halk.
Temrouk^ la première station, est à 25 verst de Kourki , et la route traverse dans toute sa plus grande extension le long dos de File de Kandaur^ couverte de beaux pâturages et élevée de 200 pieds au plus au-dessus du niveau du liman. Les sommités sont couvertes de quelques petits tumulus semés sans ordre , et dans lesquels, au dire de M. de Stéven, on n'a rien trouvé dHntéressant. Cependant, des tumulus groupés sont toujours un signe d'habitation , et il faudrait chercher quelque pai^t une ruine , là '' où sont ceux indiqués sous le nom de Tchomak Toçessij au-dessus du fort abandonné de Smo-
(l) Voyage dans les steppes d' Astrakhan y etc., t. I, p. 34o.
Hanoï. Si toutes les autres îles de la Polynésie ont été si peuplées, celle-ci ne peut Favoir été moins , vu que c'est une des plus fertiles ; Therbe qui bordait le chemin était magni*fique.
D'ailleurs, la position que j'assigne à cette ruine était Tune des plus favorables pour le commerce du Kouban ; Ton verra bientôt que ce fleuve 9 pour arriver à Phanagorie, devait passer au pied de ces ruines.
Du haut du dos verdoyant de Tile , nous avions à droite le liman de Tevirouk : la mer s'est retirée çà et là de plusieurs centaines de toises du pied de la colline. A droite nous planions sur le lac Âftaniz , dont les embranchements se perdaient à l'horizon : nous avions en &ce le DouhoifOù^Rinok (en russes marché du bois de chêne), haute coUine boisée de chênes, sur laquelle ou voit, dit-on, les ruines d'un monastère grec (i); rien n.e ressemble dans notre Europe à la vue de ce dédale de mers, de lacs, de golfest de marais qui se perdent à l'horizon, de quelque côté que l'on se tourne.
Le lac Aftaniz (2) alimenté par le Kouban , a de l'eau douce.
(i) Voyez plus bas ce que je dis au sujet d'jépaiuron.
(2) Andenisskoï- Liman (Carte Khatof ) ; Aftonis-Liman (C. mss. Ste'ven) ; Aphtonh-Liman(C. mss. Favre) ; Temrioukskoï-'Liman (Carte milit. de iSoo) j Kouhanskoï-
L^ile de Kandmir mV}ft:tt le premier ^ohaa*tiUon d^une création non douteuse des volcans de boue ; car Textrémité septentrionale qui avoisine Temrouk est encore le théâtre de leur action continue. Les plus anciens cônes boueux sont k 6 verst au S. £. de Temrouk. L^un des plus récents fit éruption au mois de février t8i5; une coulée de boue se déversa dans lœe petit lac qui fut bientôt rempli, le lac fiit comblé et à la place il se forma une petite éminenoe qm a une verst de circonfëronce et quW coonait aous le nom <fe Gnûa^Gora (la montagne pourrie).
Temrouk.— Ile et chileau Adass.
Temrouk^ staticm bâtie à la pointe de Yiie^ » été beaucoup plus considérable quHlne Test aujourd^i : sous les Turcs il avait une certaine importance : Qarke dit qu^en i^o, il n'y avait qu'une hutte pour les employés de la station. Lors de mon passage, Temrouk avait Bo maisons environ et une très-jolie église, bâtie avec les pierres de Tancienne forteresse jâdass^ qui est à 3 verst de Temrouk, au N. O. M. de Stéven me dit qu'on avait déposé auprès de ce
Liman (Carte de Pétat-major, Tiflî», t834.) On écrit aussi Ah'denghis y en turc , Mer blanche et Aphtaniz,
— a; — temple Textréimté infiirieure du iitia dW éléphant fossile , qui «rait i archine et ^ de diamètre. Une dent qui pesait 5 livres fut trans**portée a lénikalé.
Près de la station , pour continuer notre route, nous traversâmes une espèce de canal fangeux, qui met le lac Aftanic en communication avec le liman de Temrouk. La tradition assure que les vaisseaux qui venaient de la Mer Pioire, passaient d^abord par le Bougaze du liman KisiUache, remontaient le Kouban, et par im des bras qm sont à sec maintenant autour du fort de Pérevlanskoï , entraient dans le lac A^ tania d^où ils pénétraient dans la Mer d^Azof par le canal de TemrouL.... Le liman de Temrouk est poissonneux; il n^a que 2 à 3 toises de profondeur ; on charge les poissons sur de petite bateaux qui les transportent à Tembouchure du liman tpÀ est profonde, où on les transborde sur de plus grands bâtiments.
Du canal de Temrouk à Hle suivante marquée par la redowte de Sou»arof^ s^étendun bas-fond à roseaux à peine distinct du lac ; Finondation du Kouban qui était à son maximum avait même recouvert de grands espaces de ses ondes, qui s^élevaient sur la route à 1 ^ pied de haut. M, de Stéven avait passé par là, à sec, en mai.
Au milieu de ce triste marais, bras de mer de 8 verstde large, qui naguère unissait le liman
4^Aftaiiiz à la Mer d^Azof et au liman de Temrouk, s^élevait presque à fleur dWu une petite île de quelques cents pas de diamètre. Je fus bien surpris d^ trouver les restes d^un petit fort. De La Motraye {i) dit que c^était un château des Janissaires , que les habitants du pays appelaient Adass (île). Les Russes, qui lui donnent le nom AeKamennaia^Batéria (batterie en pierres) ont ont conservé la même tradition.
Le fort construit en briques et en pierres avec de la chaux, formait un carré régulier de 120 pieds sur toutes les faces (2). La porte regardait le nord.
Ce carré était entouré d^un second rempart irréguUer muni de tours, qui se dessinait suivant la forme de Fîle.
Clarke rapporte que les Russes perdirent 5oo hommes à Fattaquer sans pouvoir s^en emparer. Ils s^étaient flattés d'emporter un des ouvi'ages extérieurs en passant un canal qui était alors entièrement gelé : mais les Turcs en avaient rompu la glace à leur insu ; les Russes surpris tout-à-coup et tenus en échec par la profondeur de Teau, furent impitoyablement mitraillésw
(1) Voyages en Europe, en Asie , etc. t. II , p. 61 .
(a) Ceci rappelle les constructions turques de Soukoumkalé , de Poti , qui sont toutes pareilles. Clarke dit avoir vu à celle d' Adass, quatre tours aux quatre angles du carre. Son Voyage^ 1. 1 , p. 5a 5.
par les Turcs qui les attendaient, cachés derrière un petit rempart.
En i8oOy le fort existait encore dans son entier ; mais depuis que les habitants de Temrouk en ont fait leur carrière, la dernière bonne pierre à bâtir a disparu, et Ton ne voit plus que de légers remparts produits par le tassement des déblais. Les fondations des maisons ne sont pas plus visibles.... Cependant un vieux canon en fer est encore là pour attester la primitive destination de ce lieu désolé. D^ailleurs il fallait éire passablement résolu et insouciant des agréxnents de la vie pour aller se loger dans un endroit aussi triste et aussi privé des dons de la nature. Ceci me fait croire que lors de la fondation de ce fort , Pile existait seule au milieu des ondes ; les marais seront venus plus tard en rendre la position affreuse.
Redoute de Souvarof. — Tyrambé.
Passé le marais, nous abordâmes une autre île de même nature que celle de Kandaur, mais placée dans un sens différent, d^E. vers O. LVxtrémité E. la plus rapprochée de Temrouk, était terminée par un fort en terre que fit élever Souvarof; il est carré, muni de quatre bastions et d^un fossé, et a i3o pas de diamètre.
Précisément à la place du fort existait une an-
cienne ville grecque dont la géographie de Strabon nous révèle le nom. Cétait Tjrrambé {±)^ avec son port sur la Mer d^Azof. Le port est encore visible et se reconnaît à une espèce de môle qui sWançait dans la Mer d^Azof pourle protéger contre les vents du N. Ë. A Touest il était abrité par un léger cap. Il est presque entièrement comblé et couvert de roseaux. Sur la plage du port où s^étendait une partie de la ville grecque 9 se trouvent aujourd'hui quelques maisons de pécheurs, qui portent le nom de KhoiUer de Temrouk.
Sur la colline, au-dessus du port, Tacropolis ou ville fortifiée occupait une partie du sol des fortifications russes et s'étendait plus à FO. Le fossé qui Fentourait existe encore en partie , et la séparait de ses nombreux tumulus qui couvrent par centaines tout le sommet de llle jusqu'à 5 ou 6oo pas de distance : ils ont 6 à 7 pieds de haut , à l'exception d'un seul qui est au milieu, et qui est beaucoup plus grand.
Ces tumulus seuls suffiraient pour prouver Inexistence d'une ville milésienne, et nous verrons bientôt leur apparition liée à toutes les anciennes colonies du Bosphore ; le nombre seul et la
(i) SupoLfi^n peut se traduire par la porte élevée, la porte sur la colline; aii^, aii^v signifie le bord élevé du milieu d'un bouclier, la partie élevée d'une montagne, ce qui correspond assec bien avec la localité.
grandeur des tumulus décident de Timportonce de la localité.
Des traces d'^babitations sont aussi visibles ▼ers la rive du lac Afianiz. Le sol qui est en Êilaiae le long de la Mer d^Azof , s^incline doucement vers le lac et se compose d^un sable co-* quiller tout semblable à celui du rivage de la mer, ce qui prouve que cette île est d^origine azovienne ou récente. Ce sable est parfaitement le même que celui qui compose la pierre de Kertche, calcaire tertiaire très-récent, et je ne puis mVmpécber de croire quHl se forme encore de ce calcaire comme il s^en formait jadis dans une mer basse à courtes lames.
En avançant vers le centre de TUe, le sol devient glaiseux et fertile : il offre les traces d^anciennes forêts.
L'île a 6 verst de long (i), et se termine par une pente douce , sablonneuse , vers la station de Pérésippe, Le haut de cette pente est couronné derechef par deux- grands tumulus que de La Motraye appelle Adas^Boumout (pointes de nie).
A Textrémité sud-ouest s'acColle une colline isolée, large, écrasée, voisine du lac Aftaniz,
(i) Plus exactement, la redoute de Souvarof est à 8 verst 4oo sagènes de Temrouk et à 5 v* 3oo sagènes de Pérésippe.
sur laquelle il peut avoir existé quelques ruines.
Mais nulle part, Ton n^a encore remarqué de traces de volcans de boue , ce qui pourrait rendre douteuse la naissance de File de Tyrambé par le phénomène des éruptions volcaniques; mais dWtres fsâts viennent bientôt combattre ce doute.
Regardez devant vous la Mer d^Azof : là où les flots brillants semblent se balancer sans effort à une demi ou à trois quarts de lieue du rivage; si vous vous y étiez trouvé en 1799 ou en 18149 vous auriez pu vous y promener à pied sec. Une île qui avait 721 toises de long, 4^ de large et 7 pieds de haut , sortit tout à coup de Ponde le 5 septembre 1799. Le jour de son apparition , il y eut un grand tremblement de terre àEkatérinodar. Son existence ne fut pas longue; car, dans le courant de 1800, elle avait disparu.
Une autre île s*esi montrée le 10 mai 1814^ qui avait ^ verst de tour ; elle est aussi rentrée sous les flots.
En voilà assez pour expliquer comment les commotions plutoniennes , presque toujours compagnes des phénomènes des volcans de boue, ont pu soulever, en tout ou en partie, les îles de Kandàur et de Tyrambé, quoiqu^il n^ ait pas trace de volcan de boue sur cette dernière.
rajouterai que ces îles qui paraissent et dis-
paraissent ne sont rien de nouveau dans le voisinage des volcans de boue. La mer Caspienne , autoui* de la presqulle volcanique d^Abchéron ou de Eakou, présente le même phénomène ; et même , sur quelques-unes de ces nouvelles îles , on a vu des volcans de boue éclater avec intensité. *
Station et bas-fond de Pérésippe. — Ancien bras de mer.
Au-delà de la station de Pérésippe^ il faut encore traverser un ancien bras de mer qui unis: sait la mer d^Azof avec le lac Aftaniz et le liman de Taman. Rien n^est plus clair, n'^est mieux marqué : il en est resté trois grandes flaques dWu ou petits lacs ; le reste est marais ou roseaux. La route profite d^une dune étroite de sable, élevée de 2 à 3 pieds, qui unit la plage de la mer d^Azof à un canal qui est resté Punique témoin de Pantique bras de mer. On le passe sur un pont. Au-dessus du pont aboutissent les deux ramifications , dont Tune vient en serpentant du lac Aftaniz , qui est , ainsi que le marais, parfaitement au même niveau que la Mer d'Azof.
lie Kiaimérienne ou de Fontan. — Les Kimmériois. — FoKitan. — Volcan de boue de Koukouoba. — Volcan de boue et naphte de Koutchoii^urei. ;
 3 versl à peu près de Pérésippe, on atteint de nouveau Textrémité à^une grande -île, dont on côtoie le bord pendant plusieurs verst , jusqu'à ce qu^on redescende dans le bas-fond qui sépare cette île de celle d^Aftaniz... . Ici, à moitié <;hemin entre la Mer d^Azof et le liman de Taman , encore sur Fîle , j'aperçois un fort assez élevé , en terre ; c'est un carré parfait , sans bastion , revêtu du fin gazon des tumulus ; on s'aperçoit à l'instant que c'est un monument fort ancien.
Plus loin, je vois commencer un vallum en terre qui a lo pieds de haut, et qui suit toujours le bord du bas-fond , large d'une centaine de pas, jusqu'au liman de Taman. Je m'arrête aussitôt , et je me dis que je suis en pays de connaissance, et que le vallum et le bas-fond sont évidemment le retranchement et le fossé des Kimmériens , dont parle Strabon , quand il «dit (i) :
(i) Strabon , iiv. XI. Je donne ici le texte intégral de sa description du Bosphore d'Asie ou presqu'île de Taman , afin de ne pas être obligé ô!j revenir plus tard. J'ai compté S slades pour la verst, me fondant sur les 800 stades qu'il
« Du Petit-Rhombites (le Protok du Kouban) jusqu^à Tyrambé (Khouter de Temrouk) et au fleuve Antikiiès ( liman de Temrouk ) , il y a 600 stades (7$ verst environ).
a A 120 stades plus loin (i5 verst) est Kim^ mericum (Kizlar à peu près) , d^où partent les vaisseaux pour le Limène (Palus Méotis). Le long de cette côte se voient des tours de garde qu^on attribue aux Clazoméniens.
<( Kimméricum était anciennement une cité située dans une Chersonnese dont Pùthme était fermé par un fossé et par un rempart en terre. Car les Kimmériens furent jadis très-puissants sur le Bosphore auquel ils ont donné leur nom. Us étaient partis d^ici quand ils pénétrèrent si avant dans Fintérieur des terres situées sur la rive droite dti Pont-Euxin et jusque dans rionie.
« Lps Scythes les expulsèrent (1) de leurs habitations , et les Scythes furent chassés à leur tour par les Grecs ^ qui fondèrent Panticapée et les autres villes du Bosphore.
a A 20 Stades (3 verst) plus loin est le bourg (xopj) diAchUlœum (le Cordon à Tentrée de la langue d'Avernas), où Ton voit un temple d'A-
compte de Panticapée à Théodosie ; il y a loo verst à peu près. '
(1) Voyez plus haut, t. IV, p. 327 et suiv.,t. H, {v 26.
cbille (i). Cest là que le détroit qui ferme rembouchure du Palus Méotis est le plus rétréci ; en cet endroit , il n^a guère que 20 stades ou un peu plus.
(( Sur la rive opposée s^ofTrent Myrmekiwn , lieu voisin de VHeracleum , et le Parthe^ nium (2).
« De là jusqu^au monument de Satjrrus ( la colline du Koukouoba), il y a go stades. Ce monument est un amas de terre élevé sur un cap en Thonneur de Fun de ces princes qui ont régné avec gloire sur le Bosphore.
« Tout proche est le bourg de Patrœus (ruine au pied du Koukouoba ) , et de Patrœus au bourg de Korokandame (Taman) , on compte i3o stades.
(( Là finit le Bosphore Cimmérien proprement dit , c^est-à-dire lé détroit qui se trouve à Temboucbure du Palus Méotis. La longueur de ce
(i) Les Grecs aimaient à placer les temples d'Achille sur des langues de terre pareilles à celles d'Avernas et de Tendra , qu'ils désignaient sous le nom de Course tJt Achille.
(a) Strahon , liv. Vil , ajoute : « Au-dedans du Bosphore Cimmérien , ceux qui Baviguent à gauche , rencontrent d'abord la petite ville de Myrtnekiam (lenikalé?) dis* tante de 20 stades de Panticapée. De Myrmekium au bourg Parthenium , il y a 4© stades. Parthenium (Porthmion) est situé à l'endroit où le trajet se rétrécit au point que l'on ne compte que ao stades jusqu'au bourg d'Achille, qui lui est oppoté en Asie. 9
détroit comprend 9 depuis le pas resserré entre rAchilloeum et le Myrmekium, jusqu^à Korokandame et au bourg situé en face , sur le territoire des Panticapéens. De ce deiiiier bourg, qui se nomme Ahra^ le trajet ( jusqu^à Korokandame) est de 70 stades (i), Cest aussi jusque-là que s'étend la glace quand le froid gèle le Palus Méotis au point de le rendre praticable aux gens de pied. Du reste , tout le détroit a de bons abordages.
« Au-dessus de Korokandame se trouve un liman assez considérable qu'on appelle, d'après le bourg, Liman Korokandamite (liman de Taman). A io verst du bourg, il se verse dans la mer (le Bosphore). (2).
« Dans le liman se jette un bras détaché de VAntikites (par le bas-fond de Chimàrdane), dont le cours forme ainsi une île qui est baignée par le liman , le Palus Méotis et le fleuve Anti-
(1) Ainsi qu'on Fa calculé, les deux distances que Strabon assigne aux deux extrémités du Bosphore., sont audessous de la vérité. En fece du bourg d'Achille , il a 9 verst de large, et en face d*Akra, il ei>a au moins i3. Le premier nombre représenterait 20 stades , le second 70.
(2) L'entrée du liman de Taman est marquée par deux caps et par deux longues pointes de sable sous-marines qui ne laissent qu'une passe étroite d« 1 2 pieds et demi do profondeur, tandis que l'intérieur du liman a jusqu'à «5 pieds.
lûtes. Quelques-uns donnent à ce fleuve le nom XHypanis (Kouban), comme à celui cpii est voisin du Borysthène (Dnépre).
n £n remontant le liman Korokandamite , ceux qui naviguent par-là trouvent Phanagorie^ cité célèbre , Képos , Hermonassa et XApatu-ron j lieu consacré à Vénus, Pbanagorie et Képos (Âkdenghisofka?) sont situés dans Hle , à la gauche du navigateur, en remontant. Les autres villes sont sur la droite , au-delà de FHypanis , dans la Sindique (i).
a De même, dans la région Sindique^ il 7 & aussi Gorghippia^ résidence des rois des Sindes, et Ahorace.
— (( Depuis Korokandame , la navigation (de la mer Noire) se dirige droit vers FOrient.
<c A i8o stades de ce bourg commence le liman Sindique (liman Kisiltache ou du Bou-
(i) Voilà outre Korokandame y quatre autres villes, Apaturoriy Hermonassa, Gorghippia et Ahorace à placer dans Fîle proprement dite de Taman. J'ai déjà dit qu'Apaturon devait avoir oocupé la colline qui termine le Doubovdï-Rinok; la position était magnifique. On sait que les anciens plaçaient ainsi leurs temples de préférence sur des caps pour qu'ils lussent en vue des navigateurs ; celuici voyait tout le commerce de Pbanagorie passer à ses pieds I lorsque les bateaux ou les vaisseaux remontaient ou descendaient THypanis. Les trois autres villes sont plu» difficiles à placer : j*y reviendrai plus tard.
gaze), et là se trouve la ville de même nom {Smdique, dans le voisinage d^Anapa). »
JVi réuni tout ce que Strabon a écrit sur la Polynésie du Kouban ; Ton n^a rien de plus clair et de plus exact ; car Scylax de Caryanda est trop bref, et Pline est trop embrouillé pour que leurs descriptions puissent ajouter quelques lumières au texte de Strabon. Il n^ aurait que les vers de la géographie de Scynmus de Chio , qui vivait cent ans avant Strabon, à mettre en parallèle avec le grand géographe : en voici la traduction.
i( A Textrémité du Bosphore se trouve la ville de Kimmeris^ ainsi appelée diaprés les barbares Kimmériens , mais fondée par les tyrans du Bosphore. Ici se trouve aussi Cepus , colonie des Milésiens. Puis viennent Hermonassa , Phana^ gorie^ qu'ion dit avoir été fondée par les Téjens , et le Port SindUque^ qui a reçu pour colons des Grecs émigrés des Heux voisins. Toutes ces villes se trouvent sur Hle qui s'étend le long du Bosphore jusqu'au Palus, et que de vastes étendues de mer baignent dans différents sens. Elle est coupée de marais, de fleuves et de gués fengeux, qui la séparent du rivage auquel elle tient; elle a le Pont d'un côté , le Palus de l'autre. »
Revenons à mon voyage.
Le fort carré est peut-être une des tours des Clazoméniens , et le rempart est le monument
kimmérien qui défendait 111e où ce peuple avait établi le siège de son empire. Certes, je crois que ce monument mérite que je quitte la grande route de Taman pour faire une excursion sur cette terre classique, dpnt je me suis déjà occupé dans les volumes précédents (i).
Car comme j^ai cherché à le prouver, c^esl chez les Kimmériens qu^Ulysse vient consulter Foracle de Tirésias ; File de Taman où ils habitent, paraît à Homère Textrémité de Fempire de Neptune. Là sont les bouches des enfers, idée religieuse justifiée par les volcans de boue, et par les sources de naphte qui coulent des eaux noires et puantes comme le Cocyte et TAchéron (2). Peu d^explications du texte d^Homère peuvent être plus heureuses que celle-là.
(1) Voy. 1. 1 , p. 61 ; t. II , p. 26 ; t. IV, p. 327 et suiv.
(2) « Quand tu auras franchi l'empii'e de Neptune, dit Circé à Ulysse , tu verras un rivage has, d'un facile abord et omhragé de hauts peupliers , de saules stériles et d'autres arbres , noires forêts de Proserpine. Arrête ton navire à cette plage, bordée des gouffres profonds de la mer ; toi, entre dans Thorrible demeure de Plu ton. Là, s'élève un rocher où le Cocyte, roulant lentement du lit du Styx et du Phlégéton enflammé , se rencontrant et confondant leurs eaux , tombe éternellement dans FAchéron avec un tumulte épouvantable. » Ceux qui connaissent le pays diront qu'Homère décrivait d'après nature où d'après les récits de quelque navigateur aventureux; il est même une localité qui répond parfaitement au texte du poète ,
Et les Kimmériens d^Homëi-e sont plus lard les brillants acteurs des plus anciennes révolutions historiques, et des plus importantes en même temps, de celles qui ont changé la face de I^Ëurope et de TAsie à la fois. Les Kinunériens, dans FAsie Mineure aux portes de Flonie, les Kimmériens sur les rives du Dnestre et du Bog, et plus tard dans la Cimbrique danoise, les Scythes en Egypte, en Syrie, les Scythes au cœur de Tancien monde et maîtrisant toute TAsie centrale, eh bien ! il sont tous partis d^ici. Audelà de ce rempart, voilà la capitale des Kimmériens, le centre de la terre d^alors. De ce côté se portent tous les regards : ici se résolvent les grandes questions qui doivent décider de Tavenir de TEurope et de TAsie : tout va changer dans ces deux parties du monde. Les Mèdes réveillés vont reprendre leur énergie , et reconquérir leur place : Tempire célèbre des Perses s^entera sur ces beaux antécédents , et dès-lors les regards de FAsie se tourneront vers TEurope. Darius voulant se venger des Scythes, promènera ses armées innombrables dans le midi de FEu-
celle des volcans de bouedlénikalé. Comme pour justifier mon commentaire d'Homère, Pline dit que Kimmerkum s'appelait Kerberioriy du nom du gardien des enfers. Notez encore que les Slaves appellent aussi les volcans de bou« Pékluy enfers.
rope, dont il changera totalement la face ; lespeuples ef&ayés chercheront une autre patrie; plusieurs d^entre eux se porteront vers le nord où déjà se sont rendus les Kimmériens, nation richement douée, et plus anciennement développée que toutes les autres, qui sera toujours à la tête de la civiUsation de FEurope* Cependant Darius, déchu dans ses plans de vengeance,, voudra faire tomber son courroux sur la Grèce, et encore là Fénergie de la défense développera avec le génie de la hberté, celui de la civilisation
et des arts Et à voir ces rivages déserts,
ces rivières et ces bras de mer sans eau, ces tumulus sans nom, ces ruines effleurant à peine le sol qui n^en a pas gardé le moindre souvaiir , ces vertes collines si maigrement peuplées, ces remparts appuyés contre des torrents de boue qui voudraient les envahir, on se demande, malgré Homère, Hérodote, Scymnus et Strabon, si cW bien là le théâtre, le point de départ de à grandes choses.
Je vais commencer mon excursion en traver-* sant le ^allum^ Hle est plate, marquée au milieu par un dos de pays, sur lequel paraissent de loin en loin quelques tumulus. Je m^acheminai vers Fontan^ le principal endroit de Kle ; il doit son nom à une source d^eau qui jailUt au milieu du village, et qui mérite une attention particulière, comme phénomène géologique.
Quoique sur le plateau le plus âevé de 111e, il existe néanmoins à cette hauteur au milieu du village un entonnoir circulaire de ioo pas de diamètre, profond de i à i ^ toise. Le fond de cet entonnoir auquel j^ai donné le nom de cratère artésien, est plat et sablonneux, et Ton ne peut creuser à plus de 3 pieds de profondeur, sans y trouver une eau presque jaillissante. Comme ce cratère artésien est dans la partie la plus élevée du sol, il suffit de saigner ce réservoir naturel par un canal pour obtenir à une petite distance des fontaines. Celle que les Turcs avaient construite fot retrouvée par les Cosaques à leur arrivée en 1792, et dans un pays où il y a si peu de sources, c^était une belle invitation pour s^ établir (i).
La température de Feau à la source, le 17 00* tobre i832, à sept heures du matin, par -+- 3' a Pombre, était de ii"* de R.
. La raison qui attirait les Cosaques et les Turcs existait sans doute pour les anciens habitants du pays, et même pour les Kimmériens, cependant je ne sache pas qu^on ail trouvé des ruines de cette époque dans le voisinage..... On ne voit à Fontan que les traces d'aune mosquée ; les Cosa-
(i) Voyez atlas, V^ série, Géologie, coupes, plans, etc. Pl.XXV,fîg. n.
ques n*j ont pas d^église et dépendent pour le spirituel de la paroisse d^Akdenghisofka.
En m^'informant de ruines auprès d^un vieux Cosaque , chez lequel je logeai et qui me servit à déjeûner sur une petite nappe imprimée avec des vues des environs de Vienne, j^appris que Ton en trouvait sur un cap, au pied du Koukouoba; mais que les principales se 'remarquaient sur Fâutre pointe de File qui ferme le Bosphore.
En comparant la description de Pallas qui s^est principalement occupé de ces dernières, Ton ne peut douter de leur identité avec Kimmeri* cumow Kerberion.
A Textrême bouche du Bosphore, sur un cap qui marque la frontière du Palus, non loin du petit fort turc de Kizlar^ abandonné, Pallas visita un fort carré, entouré de tumulus semés cà et là comme à Tordinaii^e : il en a compté huit (i). C'est Kimmericum^ non la ville des Kimmériens, mais celle des Grecs, fondée par les tyrans du Bosphore , conune dit Scymnus (2).
Une autre ruine pareille à celle-ci, consistant en un fort en forme de parallélogramme, garni de
(1) Pallas^ Voyage dans les ^ous^ernemenls méridion, t. II, p.367, édit. fr.
(a) Scymnus de Chio , p. 5i , éd. Hudson.
petits caraliers sur les angles, long de 65 pas sur 5o de large, défendu par un fossé plat, aujourd'hui comblé, se voit au sud de la première, derrière Bouchoukoï, village abandonné (i).
Autour du fort sont plusieurs tumulus, dont Tun placé entre les deux petites baiesde Bouchoukoï, offrit à Pallas une coupe complète de son intérieur. Cétait le cimetière de toute une popula** tion ; le bas du tumulus renfermait une foule d'urnes funéraires placées sans ordre les unes sur les autres : quelques-unes étaient gigantesques, d'argile rouge cuite et non vernissée (2). Des cases en pierres plates renfermaient aussi des cendres et des ossements. Pour les plus pauvres, les cendres et les ossements avaient été simplement déposés sur une couche d'herbes marines blanchies par le temps et recouvertes de terre. Ce tumulus est milésien et tout pareil à ce qu'on observe autour de Panticapée sur la montagne de Mithridate et près du tombeau des Pygmécs.
Si cette ruine est ^cfullœurn^ il £iut supposer que la Sé^erruHa^Kossa , autrement langue d'Avernas, n'existait pas encore, ou qu'elle était
(0 Pallas, 1. C.366.
(a) Id. Vignette 23, fig. B, dessin de Tune de ces urnes au milieu de la vignette , représentation d'une case en pierres plates.
beaucoup plus petite et ouverte du coté du Palus, où effectivement elle est très-étroite, n^ayant que de 20 à 5o toises de large (1).
Tout ceci est grec et ne rappelle nullement les Kimmériens. Où résidaient-ils donc? Ceci ne peut s^expliquer que par les textes de Scymnus et de Strabon qui font la distinction des deux Kimmericum : celle des Grecs était un petit bourg à Feutrée dii Bosphore.... Celle des Kimmériens était une véritable cité, une métropole avec sa banlieue qui embrassait toute la péninsule kimmérienne. Telles sont les propres paroles de Strabon. Ainsi toute Hie était la capitale des Kimmériens, qui nWaient pour murailles que le rempart dont j^ai parlé, et lorsquHl cesse, un canal naturel appuyé de marais; c^est de ce côté que je chercherais leur principal établissement, que quelques indices pourraient nous révéler. En ^et, le hasard nous a conservé des monuments qui me paraissent kimmériens, des pierres levées. Elles recouvrent au N. E. du village abandonné de Tchokrak^hoï^ la plaine élevée ou plateau tapissé de magnifiques pâturages qui forme le dos principal de Tîle de Test à Fouest.
Pallas qui les a vues plus à loisir que moi qui ne les traversai qu^à la nuit tombante^ ditquWles sont bordées de grandes dalles de schiste sûi^
(i) Pallas, 1. et. Il, p. 368.
ceux calcaire (1)^611 forme de parallélogramme ; il remarqua quelques colonnes funéraires d^un assez petit diamètre, hautes d^une toise au plus. Toutes, au reste, resseml^laient pariSsdt^nent a celles de Tokluk, qull a décrites et qui sont analogues à celles dont j^ai donné les des-»
sins (2).
Pallas ajoute que ces tombes sont étrangères à la nation tatare, et croit quWles ont été élevées peut-être par la nation tcherkesse. Cepeurdant comme je Tai mentionné plus haut, cette nation est bien loin de s^attribuer les pierres levées des rives de TAdokau, près du fort Saint- Nicolas, qu'elle attribue aux géants (3).
Tels sont les souvenirs que Tantiquité nous a légués; j'espère que le gouvernement russe , dont je désire fiTOr Tattention sur ce sol si intéressant pour rhistoire, fera quelques recherches sur les ruines et sur lés tombes de la péninsule kimmérienne , et que nous saurons au juste à quoi nous en tenir sur l'origine de ces der-^ nières.
Il ne me reste plus qu'à parler d'un monument
(1) Pallas , 1. c. t. II y p. 345. Ce grès siliceux calcaire n'est pas indigène de la Polynésie ; on le trouve près de Kertche, au Cap Blanc , où il alterne avec de la martie calcaire blanche o\x grise.
(a) Atlas , IVe série, Archéologie, pi. 3o, fig. 4* (3) Id., pi. 3p, fig. 5, 6, et mon Voyage^ t. I,p. 43*
qui devait se trouver sur cette île : la description de Strabon est si exacte qu^on ne peut hésiter sur sa position ; je veux parler de rimmense tumulus élevé en Fhonneur de Satjrus F', roi du Bosphore, qui régna de 407 à SgS avant J. C. Le premier, il ajouta au royaume une partie de la
côte d'Asie Ce tumulus, érigé sur un cap qui
sWançait dans le Bosphore, était en vue de presque tous les points de la côte d'Europe et de celle d'Asie. L'œil le signale et le reconnaît de toutes parts, et quand par curiosité l'on est venu visiter ce tertre qui doit rappeler le souvenir d'un grand
roi, l'on trouve à la place quoi ?. • . un volcan
de boue.
Je m'y rendis de Fontan, accompagné de mon vieux Cosaque ; nous suivîmes pendant 5 verst la continuation du plateau central. Une fois au pied de la montagne, nousmontâmes jusqu'à son sommet par une pente très-douce à travers les lits de boue desséchés qui, comme des torrents de lave, ont serpenté sur les flancs de la colline. De la base au sommet, je comptai de 1000 à 1200 pieds de rayon. On estime sa hauteur de 200 à 25o pieds au-dessus du Uman. Il est couronné d'un cratère qui a 88 pas de tour et 4 à 5 pieds de profondeur. Il paraît qu'il y a bien longtemps qu'il n'a été en activité, car le fond du cratère est recouvert en partie de gazon.
Deux petits cônes (fumerolles des vrais volcans) qui sont sur le bord du cratère^ sont éteints. D^autres cônes, pareillement inactifs, sont semés sur la pente extérieure jusqu^à loo pas de distance du cratère. Le seul qui tiavaillât encore le 17 octobre i83a , en est à âo pas. La boue qu'il jette est grise, froide, et se gerce à Tinfîni en séchant : elle est argileuse , et le résultat de la décomposition de Fargile feuilletée est de la marne blanche ; car mon expérience m'a appris que les volcans de boue et les sources de naphte des environs de Kertche et de Taman ne sont que dans ces terrains-là. Où le calcaire coquiller paraît, il n'en existe pas. La couverture épaisse du calcaire étoufferait-elle les émotions intérieures des volcans qui seraient forcés de chercher une issue ailleurs ?
Le Koukouoba fît ét'uption tout a coup le 27 février 1794^ à 8 ^ heures du soir ; il se fit d'abord un grand sifflement, puis up coup de vent qui dura une minute, accompagné d'un roulement semblable à celui du tonnerre et qui partait de la montagne. Ces lugubres avantcoureurs furent suivis immédiatement d'une colonne de fumée venant du sommet de la montagne; une minute après, elle était enflammée et ressemblait à une immense gerbe de feu visible même du Kouban ^ au dire de mon Cosaque qui en avait été témoin ocîilaire. I^é feu cessa à V. 4
-9 heures 5o minutes , et la fumée ne perdit de son intensité et ne se dissipa que le lendemain (1) .
Pendant plusieurs jours , le volcan continua k lancer d^instant à autre des jets de boue à une hauteur de 10 à 12 pieds. Les torrents de boue qui coulèrent alors sont tous très - visibles , quoiqu^en grande partie recouverts d^une belle herbe (2).
L^éruption de 1794 est là première connue avec date , mais ce n^est pas la plus ancienne ; car la montagne, avant son éruption, avait déjà à son sommet une fosse large d^une toise et profonde de 2 pieds, où, dans les temps humides, une eau potable se rassemblait à la hauteur de 8 pouces. Les joncs bordaient cette espèce de citerne.
Il paraît que dès-lors le volcan a versé des torrents de boue à plusieurs reprises, mais sans dégagement de gaz hydrogène enflammé ; car les anciennes coulées de 1 794) dont nous avons un plan si exact dans Pallas, sont recouvertes par de nouvelles, dont quelques-unes étaient
(«) Pailas, f^oy. dans lesgouv, mérid. t. II, p. 346 et suivantes. Voyez la vignette 26.
(a) J*ai donné , Allas , V« série , géol., coupes et plans , pi. 25, fig. 6, le plan du Koukouoba, le ^ octobre i832 ; j'y ai distingué les coulées plus anciennes A, d'avec les plus récentes B.— Même planche, les fig. 4 et 5, sont une répétition des dessins du Koukouoba donnés ^ar Patlas.
encore fangeuses, à ne pouvoir les aborder sans y enfoncer profondément. Il y a sans doute des saisons plus laborieuses que d^autres , et en récapitulant Fépoque des éruptions connue^, j^ai TU que c^était presque toujours au printemps que ces violentes commotions avaient lieu (i); c^est-à-dire dans la saison humide.
Les torrents, en divergeant, se sont répandus jusque dans la plaine : celui qui s'est an^été le plus loin dans la direction £. a fait un trajet de 760 toises ou i ^ verst.
Mon Cosaque m^assura que tant que le feu dura, toute la montagne trembla, comme si elle avait été agitée par un tremblement de terre. Cétait un effrayant présage pour de nouveaux colons qui n'étaient pas habitués à de pareils phénomènes.
Les pierres rejetées par le volcan consistept en argile feuilletée rougeâtre, en pierres blanches, en mine de fer argileuse , en terre glaise,
(i) Le KouÂau'oha fit éruption le 27 février 1794* Le volcan du Kpussoit-^èa se déclara le Vendredi^Saint t8i8. Le Gnila^goraj près de Temrouk , eut aa principale éinip^ tien en février i8i5. Une des îles qui parurent en face de ' l'île de Tyrambéj s'éleva le lo mai 181 4* Le volcan de bouc de Taman^ ne fut jamais en plus grand travail qu'en avril 1 835. La seule éruption d'automne est celle qui fit paiaîljre la première ile, le 5 septembre 1799. Pallas a ÊiitlamAme remarque que mck , t. II, p. 339.
en fragments de gypse; le bitume et des efflorescendes, tantôt salinlss, tantôt sulfureuses, sont mêlées à tous tes éléments, qui rappellent la constitution du sol tertiaire de Kertche et de Taman (i).
La vue dont on jouit du haut du Koukouoba est superbe et la plus étendue de tout le pays d^alentour. Le Bosphore surtout, et la côte de lénikàlé avec son phare et ses rofchers, forment un tableau unique dans son genre et des plus grandioses.
Au pied du Koukouoba, mon Cosaque me montra des ruines que je crois être celles de Patrœusy et d^où lui venaient plusieurs médailles bosphoriennes quHl me céda, entre autres une petite mohnaie en argent de Phanagorie, unique par ses emblèmes, que je donnai à M. le gouverneur de Stempkov^ky qui paraissait me Fenvier beaucoup. Elle fut estimée 200 francs après sa mort^ dans nnventaire que Ton fit de son précieux médailler.
Après la description que je viens de donner du volcan de boue du Koukouoba , on doutera que ce terrible vomisseur (2) puisse être le mo-
(i) Voyez Atlas, V« série, géol., plans, coupes^ pi. XV, fig. 1, 2 et 6.
(a) En russe Blèi^akij c'est un des noms qu'on donne aux volcans de boue. Les Kusses ont encore ceux de
nument érigé par la reconnaissance au roi Saty-. rus. Eh bien, malgré de si fortes présomptions contre mon opinion , je ne coi^timue pas moins i, la soutenir très-vraie, et Ton ¥en:a plus bas mes raisons qui paraîtront, j^espère, valables aux. yeux des plus incrédules.
Le Koukoupba n^est pas le seul volcan de boue de la péninsule kimmérienne. Mon Cosaque , en me faisant longer la côte au N. O. de Fontan , et le liman de Bouchoukoï , me conduisit à travers de magnifiques campagnes labourées par les Cosaques ou restées en pâturages que tapisse I9 rose pygmée, jiisque sur la côte de la Mer d'Azof. Là , près du Khouter Kq,louffof^ dans la haute falaise de la côte, nous trouvantes un grand enfoncement circulaire dont le fond voisin 4^ la mer ressemble à un cratère de cent pas d(e diamètre ; tel est le laboratoire du volcan qi;i , du fond de cette chaudière, verse sans qes$e des torrents de boue et de bitume vers la côte , dont ces commotions ont bouleversé les cojiicheç (i).
Greznei'gora, montagne de boîie ; Gnila^gora , montagne pourrie ; de Horilka-Moghila, ea langue cosaque, colline qui brûle ; Pékla^ enfers , est aussi une des épithètes qui leur est commune : les Cosaques disent Prékla, Koukcuoba (plutôt Kouoiik^obo)j en tàtare, signifie montagne bleue, à cause de sa teinte quand on la voit du Bosphore.
(i) Voy. Atlas, 5" séri«, coupes et plans, pi. aS, fig. 10.
Ce sont ded couches de sable alternant avec dès lits de schiste si fortement bilumineux y qu^on peut Pexploiter comme Fasphalte du val de Travers , en Suissi^ , pour en extraire du goudron. Quelques familles étaient occupées de cette &brication qui consistait à faire bouillir, dané des espèces de bassins grossiers , le schiste choisi , dont les parties bitumineuses nageaient bientôt à la surface de Peau, où on lés recueillait sous là forme de pétrole.
Près de là, mon Cosaque me mena à une grande pêcherie des Cosaques , sur la Mer d'Aiof , où il me fit dîner chez Tattaman. On me servit un dîner de parties de poissons marinées , dont je n'^ai jamais pii me rendre raison : je trouvai cela déUcieux et je mangeai en aveuglé. J^appris plus tard à Kertche, par des gourmets de poisson, qu^oll m^avàit fait un vi'ai régal dont ils se seraient fort bien contentés.
D^ailléUrs , lé rivage faisait plaisir à voir par la multitude de coquilles de tous genres qui le recouvraient ; j'en fis une ample collection.
Que les voyageurs futurs ne craignent donc pas , à Pavenir, de faire un détour pour visiter la péninsule kimmérienne; géologue, zoologue ou archéologue , qu'ils y consacrent quelques jours , et leur temps ne sera pas perdu. Il reste lencore une belle moisson à feire ^ et c est là sur-
tout qu^on peut étudier des questions essentielles, pour Thistoire.
Quant à moi , je quitte cette terre a^ec le regret cte^ne pouvoir en dire davantage , et je me. dirige vers le vallum , dont je traverse le fossé, pour visiter une quatrième îlei où je vais chercher tes traces de Phanagorie.
Ije de Phanagorie. — Mont Choumoukai ou Kuli-oba. — . Volcans Koussou-oba et Békul-oba. — Ak-denghisovka. Temple de Diane Agrotère. — Monument deCk)mo8arje. — Phanagorie, son port, ses tumulus.
L^le de Phanagorie est la seconde moitié qui, ' 9vec celle des Kimmériens, formait la grande > île dont parle Strabon , quand il dit quWle était entourée par le liman Korokandamite, le Palus et le fleiuve Antikitès ou Koub^n. Il place dans cette seconde moitié deux villes à la gauche de ceux qui remontaient le liman et le fleuve, Pha^ nagorie et Képos^ patrie de la mère de Démosthènes. Phanagorie se révèle de lui-même, et K^pos ne donnwa pas heu à beaucoup d^incertitudes; car, pour ces villes milésiennes, les' amas de tumulus sont des indicateurs certains , et dès qu^on a passé le bas-fond , il semble quW dit changé de pays, tant leur nombre est considérable sur toute la surface de Tile, jusqu^à
Pautre rive , cfui représentait Tancienne embouchure du Kouban.
Mais avant de passer le bas-fond rouge de Peganum Harmala , je remarque que son existence est antérieure à Parrivée des Kimmériens, puisqu'ils ont cru nécessaire de le défendre ; ce qui prouverait que la liaison entre les deux îles a eu lieu dans des temps anti-historiques , et que Faction des volcans de boue est aussi ancienne que je Tai supposé ; car Fagent qui a comblé le bas-fond n'est pas éloigné, et son histoire est écrite sur ses flancs.
En effet, le côté de File de Phanagorie qui longe le bas-fond depuis le liman deTaman jusqu'à la Mer d'Azof , est bordé par une hgne formidable de volcans de boue qui, distribués en trois groupes, couronnent trois sommités principales.
La plus haute est celle du mont Choumoukaï, autrement appelé Kull-oba (colUne des cendres); c'est la plus rapprochée du Uman , et celle qui , par ses éruptions de boue , a comblé le basfond ; elle a bien sur sa cime quelques orifices boueux qui témoignent de son origine (i), mais
(i) Pallas, Voy. dans les gouv. mér, II , SSy, désigne sur la cime du mont Choumoukaï un cône gris avec un gouffre vaseux : ce qui a étonné le célèbre voyageur, c'est de voir mêlés à cette boue des racines de roseaux et de
on n^a jamais parlé d^explosions violentes pareilles à celles des autres volcans. D^ailleurs , la meilleure preuve de cette longue inactivité se tire des grands tumulus, de forme très-conique, qui recouvrent sa cime , ses flancs , et qui descendent même jusque dans le ravin qui sépare Pancien volcan de la station de Sennaïa. Depuis les temps historiques , sa forme n^a donc guère changé.
Il n^en est pas de même des deux autres groupes de volcans, dont lliistoire est bien connue. \
Jadis , à Test du mont Choumoukaï , et fort près de la plage verdoyante qui borde le lac Aftaniz , on voyait , sur une colline de forme radoucie, élevée de iSo à 200 pieds au-dessus du liman , un large tertre haut de 20 pieds environ (1) ; il n'était pas possible de trouver quelque chose qui ressemblât davantage à un tumu-
joncs, et des débris nombreux d'amphores qui lui font supposer 1® que le goufiBre du volcan est en communication directe avec le lac Afitaniz , d'où il tire ses racines ; et 2" qu'il s'est fait jour à travers quelque tumulus pareil à celui que j'ai décrit plus haut , d*où viennent les urnes qu'il revomit, après les avoir brisées. A coté de ce cène gris, se trouvait encore un autre cratère qui se desséchait en été. Palias ajoute que l'ëpoque de Féruption du KalUoàa n'est pas connue.
(1) Voyez Atlas, 5* série, géologie, coupes, plans, etc. pi. 25,fig. 7j8et9.
lus. On le Toyait dominer ^ toutes part3 le paysage comme un signal*.
Tout à coup, le vendredî-saint, jj aYiil iSift, par line explosion épouvantable , un Tolcan de. boue se crée une issue au centre même du tertre; il en déchire les entrailles, en révèle la nature ;, ses éruptions arrachent de gros blocs aux fondements d'un grand bâtiment^ dont les débris, amoncelés avaient créé le tertre ; et même une^ belle inscription , en trois fragments, entraînée par les coulées de boue , vient se déposer au pied du cône et nous raconter Fhistoire de cet antique édifice : c^est un temple de la déesse Diane- Agroière. L^nscription , recueillie soigneusement , a été déposée dans Féglise d^Akden ghisofka, où je Tai vue et collationnée avec la copie de M. de Kôppen, qui est des plus exactes. En voici la traduction :
« Xénoclides Posios a érigé un temple à Diane Agrotère sous Pairisades, fils de Leucon , àrchonle du Bosphore et de Theudosie , et roi des Sindes , des Torètes et à^s Dandariens^ »
Pairisades I", second fils de Leucon, et frère de Spartocus III , régna sur Le Bosphore de 349 à 3ii ayant J.-C. et fut contemporain de Philippe de Macédoine et d'Alexandre le Grand.
N^est-il pas extraordinaire que le volcan de boue ait choisi précisément cette ruine pour se Créer une issue ? Et avais-je tort de croire que
le Koukouoba aYail pu naître 8ur le tumulus de Sâtyrus I ?
Au pied du tumulus s'étend sur la plage , et daus une position très-riante au bord du liman d^Aftaniz , le village èi ^hdenghisofka , qui occupe, à ce qu'ail me parait, la position de Tancien Képos , dont le nom , qui signifie jar^ din , répond fort bien à la nature de la localité qui devait être le jardin de Phanagorie , que sa position ne favorisait pas de ce côté^là. Cétait donc ici que les anciens Pbanagoriens étaient venue se créer des campagnes \ semées en amphithéâtre autour d^une baie du liman aux eaux douces , elles avaient profité d^un sol fertile , et les monuments s^étaient accumulés dans leur voisinage. Le temple de Piane Âgrotère en était Un; un éboulement du cap Rakhmanofskoï en a révélé un second qui n^est pas d^un moindre in^ térét (i). En effet, Tonde battait contre les torses de deux statues sans tète , en grès ferrugineux ; le costumé de Tune est la longue tunique grecque élégamment drapée et serrée à la taille par une large ceinture : le travail en est excellent , et rappelle le ciseau des beaux siècles de la Grèce (2)^
(1) Voyez l'histoire de ce monument dans la Comosarytt de Koehlgr.
(a) Atlas, 4* série ^ archéol. pi. i 7rfig- 5-
A côté des statues se trouvait le socle qui la portait ; il est du même grès, et les injures du temps n^ont pu y efiacer une des plus belles et des plus intéressantes inscriptions du Bosphore^ Je Fai déjà rapportée lorsqu^il était question des As Méotes dont cette inscription fait aussi men-> tion (i).
Elle date, comme celle de Diane Agrotère, du roi Pairisades I , et nous apprend que sa femm^ Komosarye, fille de Gorghippe, pour s^acquitter d^un vœu quWle avait fait, avait élevé ce mo-r nument aux puissantes, divinités^ An^rghe et Asiava.
Anerge est le feu sacré , le feu du ciel ou des enfers, le tonnerre. iVi^r est la racine chutéenne (anciens Mèdes et Persans) pour feu. Nergal^ NergU en chutéeu ou persan sont les hauts lieux où Ton adorait le feu (2). Christ donna à Jac* ques et à Jean, fils de Zébédée, le surnom de^ BoanergeSy c^est-à-dire, fils du tonnerre (3)v
(1) Voy. Foy. t. IV, p. 384-
(2) II* Livre des Rois, ch. 17, v. 3». Comp. Tabbé Arri, 1® Letlie à M. Quaire-Mere sur une inscription lalinophénicienne\ 2^ Essai philologique et historique sur les temples dufeUy etc. Annales de philos, chrét. n" 79, t. XIV, p. 27 ; 3® Lettre de Jean- Antoine Arri au cheifalier Délia- Marmora , sur les Nur-hag de la Sardaigne , en italien . Turin, i835. C. Ritter, Forhalie, etc. p. 217.
(3) Ev. selon St Marc, ch. 3, v. 17.
Astara par contre est la même que VAstûrté des Syriens et des Phéniciens, VAthôr des Egyptiens. Cest la Vénus Uranie, la Vénus nocturne, la Vénus syrienne , cananéenne , arménienne , en un mot la Vénus orientale qui présidait aux mystères de la nuit, de la création et des régions infernales, le grand laboratoire des merveilles de la nature : c^est aussi la lune d^avril , la lime productive. L'étymologie de Astara vient àeAstar et Star qui, dans les langues orientales, , a signifié un astre, une étoile quelconque (i).
Ainsi , Komosarye avait consacré un monument au Feu sacré et à la Vénus Uranie^ qui présidait à la nuit, aux enfers. Cette singulière consécration me fait penser que c^est à la suite de quelque éruption volcanique effrayante , que cette fille d^un roi des Sindes , empruntant à la mythologie orientale des M éotes-Mèdes ses divinités , fit ériger ce monument expiatoire pour apaiser les divinités infernales. Placé sur le sommet aplati du cap Rakhmanofskoï qui fermait au S. la baie de Képos, sur le point le plus apparent de la côte , il pouvait être vu et salué par tous les navigateurs du Kouban , soit en se rendant à Phanagorie , soit en en revenant.
(i) C. Ritler, ^orAa//^, p. 64- Le Court de Gébelio , Monde primitif y 1. 1, 96. Sur un fragment de SaDchonia- Ion. Dict. des Ant. dans l'EBcyc. artv Athor^ etc.
Celle des statues que je suppose Anerghe , a été transportée à Taman où elle est déposée sous Favant-toit dePéglise , à côté du socle sur lequel on Toit les doubles enfoncements des pieds des deux statues. Je ne sais ce qu^est devenue celle d^Astara qui est peut-être encore plongée dans le lac.
Aujourd'hui la baie de Képos ne pourrait plus servir à la navigation , elle a été barrée petit à petit par une longue digue de sable qui part de la pointe du cap Rakhmanofskoï , et se dirige vers le village d'Akdenghisofka. Encore quelques années et au Ueu d'une baie , Ton ne trouvera plus qu'un lac fangeux et qu'un marais.
Tel est Képos entouré de ses temples et de ses tumulus. J'aurais tout dit sur cette ville, si un Élit intéressant* pour l'histoire de la Grèce ne se rattachait à ce nom si peu connu. Voici ce qu'on lit dans une haran*gue d'Eschinc , sur la couronne , dans laquelle il cherche à déchirer Démosthènes. <( Un certain « Gjlon du Céramique , avait livré aux ennemis « Nymphée^ ville du Pont, qui alors nous appar- (c tenait. Le traître n'attendit pas le jugement qui « le condamnait à mort; il s'exila de lui-*mâme , c( et venant dans le Bosphxyre^ il reçut des tyrans « de ce lieu, pour récompense de sa perfidie , <( une place appelée Képos ^ et épousa une femme « riche, assurément, etbien dotée, mais Scythe
« de nation. Il en eut dem filles qull envoya à <i Athènes avec des sommes considérables. Il « maria Tune à quelqu^un que je ne nommerai « pas (Démocbarès) pour éviter de me faii^ a trop d^ennemis ; Démosthènes de Péanée , au (c mépns.de toutes nos lois, a épousé Tautre <( (Cléobule) qui nous a donné ce brouillon, cet (( imposteur (Fora teur Démosthènes). Ainsi, par «c son aïeul maternel, cW un ennemi du peuple; « vous condamnâtes à mort ses ancêtres ; par sa « mère, c'^est un Scythe, un barbare , qui n^a de u grec que le langage ; il a le cœur trop pervers « pour être Athénien (i). m
Ainsi, Képos avait été en la possession du grand-père maternel de Torateur athénien Démosthènes.
Maintenant, je vais continuer ma route et chercher Phanagorie. Queje suive la grand route de Taman , ou que je côtoie le liman d^Aftaniz en m^avançant vers la partie sud-ouest de Hle, je m^aperçois bientôt que je ne dois pas être bien loin de la capitale du Bosphore asiatique , à voir rimmensité des tumulus qui environnent les
(i) Notice hû torique sur la initie de Njrmphée,f^r J. Stempkowsk^ (gouverneur de Kertche).
sommités ; ils sont coniques , et ont générale*^ ment de 20 à 3o pieds de hauteurs. La route de Temrouk à Taman passe ainsi, pendant un quai^t d^heure , à travers une allée de tombeaux , qui n'a d'analogues que celles qu'on voit autour de Panticapée. Arrivé à Fangle méridional du liman de Taman , là où Ton a établi la station de poste de Sennaiaj le pays change promptement de face, et File large se métamorphose en deux longues collines basses et étroites, qui courent parallèlement comme deux cornes en s'avancant vers rO. S. 0. pressées entre le liman de Taman d'un côté et une baie du lac Aftaniz, de l'autre ; c'est un long fer-à-cheval.
Les deux longues collines se terminent à 5 ou ^ verst de leur origine commune au bord du basfond deChimardane, traversé par un filet d'eau et par des marais qui unissent le lac Aftaniz avec le liman de Taman. Une ramification de ce basfond marécageux s'avance assez loin entre les deux coUines. Telle est la topographie physique du pays.
Maintenant Phanagorie est sur la dune sablonneuse qui longe le liman de Taman ; le basfond de Chimardane est le fleuve Antikités ou Kouban qui débouchait dans le liman Korokandamite au-dessous de Phanagorie. Le marais qui se presse entre les deux longues collines , est l'ancien port de la capitale du Bosphore asiali-
— 65 ^ tpièj H loutre colline, avec Ja tété dii féi'-k*che^ ral^ en est le vaste et liiystéri^uit cimétfèFe.
Lesràines de la ville de Pbànagorie commencent à une demi-verst de la station et prennent tout le large de la Colline, qui ïie dépadse pasS oU 600 pas. Elles t^ecouvrent un e^âc6 d^une terst de long. ÔA reconnaît parfaitement lés tracés des murailles, principalemëiit eiï briqués, qui ericeignaient la ville , dont la forme imitait un long parallélogramme. Plusieurs ravins le coupent dani Sa longueur, sans qu^oli puisse dire si cMtaierit jtrimitîvemént dés rues qui mettaient lé rivage du liman Korokandamite en communication avec le port. J^ai lieu de lé croire; Car les ouvertùi'es dans la muraille d'encéiritô ont Pair de portes; quelques tours sont légèrement fisibles vers Textrémité orientale qui a servi peut-être d^acrôpofis ou de citadelle. Car oii sait que Phanagorie en avait une.- Appien nous rapporté que lorsque le fameux Milhridate préparait sa grande et dernière expédition contre les Romains , méditant le projet gigantesque de les attaquer pai' TAllemagne et par la Suisse, il avait partiigé son armée nombreuse (1) entré les deux rives du Bosphore , ordonnant à une partie de se rendre à Phanagorie , et gardant Tautre à Panticapée.
Le hasard voulut qu^un Phanagorien, homme
( I ) Àppiàni Aîexandr. lib . Éfithridaiicus, p. 1 073 .
distingué^ nommé Castor, fôt offensé par Triphon, euix^que du roi : irrité de cette insulte^ il tomba sur lui , le tua , et pour se soustraire à la vengeaace ^ commença à sôuleyer le peuplé , rengageant à recouvrer sa liberté* La réyolte eut un plein succès.
.Cepeo^nt la forteresse était défendue par ArCé{^erne et par les autres fils du roi. On ne troura d~ autre expédi^Bnt que d^ mettre le feu en dressant contre les murs un immense bûcher. Artapherne^ Darius^ Xerxes et Oxatres se rendirent pour échapper à Tincendie. Eupatra seule, fille chérie de Mithridate, put être sauvée par les secQurs que lui envoya son père.
La révolte de Phanagorie fiit suivie de celle de Cherson , de Théodosie , de Nymphée.
Mithridate rechercha alors Talliance des Scythes, en envoyant à leurs rois ses filles en mariage ; mais elles furent livrées à ses ennemis par leur propre escorte. Trahi de toutes parts, pi^vé de ses fils , de ses filles > abandonné de tant de garnisons, et presque dépouillé de toute sa souveraineté, Mithridate-n'en restait pas moins inébranlable dans son projet d^attaquer les Romains parles Alpes, comme Annibal, quand Phamace conspira contre son père^ et le força à se donner la mort dans Tacropolis de Panticapée.
Pharnace eut le royaume du Bosphore pour récompense de son parricide ; on n^en détacha
que Phanagoi4e k laquelle les Romains donnèrent la liberté , et le droit de se goùvcrriet d^aiprès éèé tôisr, |)^tiriavoir donné la première Texem^ pîe de Itf VéVolte contré son roi.
• Ibut f espace que recouvrent lès ruines de Phanagorië i, ii^èst qù\in amas de débris de brir[ùe* et dé pbtleriê; il ne paraît aucun monument quelebhqtiéà Fexiérieur. JLe Sisymbrium Lo^ sètit ^esi ètaparé de ce sol ravagé et en forme un vaste chatnp;
On devraity faire desfouillie^ ; on j trouverait, j^en suis sûr, une foulé de choses mtéressantes, quoique les Turcs en aient fait èhfeVei^ tout ce quHl y avait de marbre et de pierres visiblefe pour en orner tamàn.
Plusieurs pièces oiit été transportées depuis, encore plus loin , et les marbrés de Phanagori'e ornent les musées de Kçi'tche, de Théodosie, de Cambridge.
Néanmoins, Taman a conservé les morceaux les plus intéressants, quW ordre supérieiu* a fait entasser autour de Téglise; là sont des inscriptions , des tombeaux: , dès colonnes , des lions, etc. Tous font foi que les rois du Bosphore s'étaient empressés dWner leur capitale d^Asie à Fenvi de celle d^Europe.
L^on sait par Strabon , 4|ue Phanagooie avaiâ entre autresunéupoc^ie temple de f^énM Apà*turiade , ceûe divinité dtientalé qu'ion a identifiée
— -68 -ratec VAwatar de la Cosmogonie mdiènne (i).
Ce serait une preuve de plus à ajouter à Vorigine asiatique des Méotes, des.Sindes^ ^q. Il parait même que ce cuke était en première ligne daens le Bosphore; car non-seulementPbana^gorie avait un temple célèbre ^ mais aussi Panticapée. J^ai parlé de celui S^Apatamn , ^ui doo^inait le Dqubovojî Riuok, et qjuî], selon Hécajtée, avait donné son nom au golfe (le lac Afta^iiz) quiji^c(jfitpufrait dans XAsia. Enfin, le temple que de La Moti'aye découvrit a Eski-Schéher^ était aussi ^édié à la même divinité (2);.
Cent ans environ après Strabon , le temple de Phanagorie fut réédifîé de fond en combla par Tibère Jules Sàuromatés ^ Fan 4o.2 du Bosphore (io5 de J*-C.)| saps qu^qn sache quel éyénesB^nt avait pu amener sa destruction (3).
.Uun des chapiteaux déposés près de Féglise deTaman peut avoir appartenu à cette construo-
' (i) C. Ritter, f^or halle ^ p. 49 et suîv.
- (2) yoy, en Europe^ en Asie^ t. II, p. jZ,
(3) L'inscription entière se traduit ainsi : « Le roi Sàuromatés, grand-prêtre (Koehler lit des Sérapides, Boeckh, des Sébastcs, c'est-à-dire des empereurs), a reconstruit depuis ses fondements le temple de la dit^inùé Àpaturiade Tan 402 du Bosphore. » Elle est gravée sur un socle dé masbre bleu et blanc, long de a pieds 5 pouces, et haut de ^^ied.I^es lettres, de iSiigaes de haut, sont évtdem^ içent d'.un siècle plus récent que celui des Pjùrisades. ,
---et) ~
lion, âiii^ tjUMà inordëaù dWchitraVe,' <{ai est au b6Î^ de b mer, près de la fôntaine. ^
Je crrÂs aussi devoir restituer à ce temple tous ' lefriioâsd^Mai^bre qtti^out disséminés à Tamun,^ à lliéodosiev à Gônslantinople. Ils sont tous dë^ grandeur naturelle; quelques-uns d^ taille colos** sale, d^Un iD&i4)re blanc saîle qui rappelle celui' de Parcs. Leur posç est celle dès lions d'Egypte, ^ excepté qu'ils ont la gueule ouverte et la tète' tournée à gaucbeé Les cinq, que je connais sont plus ou moins mutilés, et se trouvaient tous' prinntivemen^ à Taman ; un gouverneur de Théodosie en fit enlever quatre pour orner ses ' jardins, ne laissant à Tapian que le pkis maltraité.... Condanmé à restituer ces lions aveC' d'autres monuments dont il s'était emparé , il en fit placer deux , un de chaque coté de la porte du musée de 'Hiéodosie , les deux autres sont encore diez lui (i).
(i) Lors de son passage par Taman , 1800 , Ckrke vit auprès de l'église deux lions aussi grands que nature. Deux autres de ces lions ornaient l'extérieur de la maison du général Vanderweyde. Un assez grand nombre de représentations de lions y quelquefois exécutées dans des proportions colossales, se voyaient abandonnées sur les rivages. — Clarke s'imagine qu'elles y furent laissées par les Génois ou par les Vénitiens, t. I/p. 546, éd. fr. Ce fait est probable : l'on sait que les Génois avaient effectivement enlevé quelques lions dans le Bosphore , qu'ils
: Si U divinité Apatuvia^e^ e$( ]a^, ip^^i^^que k; déesse syriejme^ ^pf^r 0OR¥équ^(4Bii& 1^ Çy^ifle, àià% RomaÎBS (i), rîen donp €(^J|lp$.i»€^UiB^.q}ie de placçr ces Uqqjs ai^fiiir de4»Q¥i{tMfif^; p^^i' i^pot^çr quWle avait $u dQiii]^&^ îa n^tôrè^ ett^ tièr09 on la.Fi^pré^çiitait portée: swfim ti^» lïi*, tr^io^e )[>ar eux d<iii$ sou: c^haç. M Mon appar^ tenait esséotielli^Ri^iH ^^\ Daytbçs ,(ie; p^U« dîvûiité»
joutons enoore que si • la. divinité ApàUirtade: était, ccMSEune il le paraît, là graode divioîtéde Fhanegorie , son lion devait, entrer pQi|r qudi^e^ dbose dans les emblèmes de C€£te ville. C^ ce qui a eu lieu. Phanagorie eut pôiir armolsie principale le lion, comme Panticapée. eut le. gri0bn, et nous le verronsjouer un gr^nd rôle dans les relief de Tépoque dçs Painsfuïes :
car le temple existait d^ -dept^s longtemps, puisque la fille de Dimos^ i^mme . de Strates , oQrit à Phanagorie une statue en ex vota à cette Vénus Apaturiade, sous Spartocus, fils d^Eumêle , archonte et roi^ II régna de 3o4 à 284 avant J.-C. (2)^ Sous le même roi, Okismos
les ti*an8portërent à CpDstantiDople ; les Vénitiens , après leur victoire, furent fiers de les emmener comme trophées.
(1) Antiq, du P. Montfaucon , éd. .ail. in-folio, p. 7. Nuremberg, 1767. C. Ritter, f^orhalie^ etc., p. 56.
(a) CettQ inscription, gravée sur un socle de marbre bleu, veiné de bandes blanqjlies , sur lequel on voit les
iAit pkrtfOlémeiit itnie statue k Apafor (f)^ D^autr«B inâôripciûtis rappettënt les ctihes d^eroflle^ di) Neptune, d'ApoHôn. Cette dernière mérite quelque attention 't il est dit que <( Meéionppu^^ fîisdéThëùès, consacra nne statusid^Apotton sur le tombeau dé son père, après avoil^- prësPdIé anx jeux; Pairisades étant arcfacmtedù Bosphore et de Theûdôsief, et m dés Sindes et djô tous les Maïétes (2). > Les jeux, tek que coursedà chëvâl, luttes, coinbats, pratiqués encore aujourd'hui 'sur -la tombe des morts pan les Osses et les Tcherkesses ,* étaient dom; d'^u^age^sur le Bosphore en 35o avant Jésus-Quîst, 'tout comme ils Favaient été au<^ tour d|i4umulus de Pfeitrocle lers de la guerre deTroye(3). .
Plusieurs ftutrea inscriptions ^i]^ rèkitiTes à des niéniimélitls publics ou' particuliers.' C^est sur ta place de Phanagorie quA \gL reine Djnà-mis, fille de Pharnace» petite^fiUe de Mithridate^
trous des p4«ds'de la éUCaej est •dépôi^é p^è# de-l'^llse d^ ' TPamaiï»'. • " * <
(1). On» né ^iinatt celte .iûsèHptien qtiC' par' Psllbs ,^ t. II, pi.' «7, 9g. 2, et par Waxdj fietuèUfy etci, u* i3.
(2)CeÎDarbreestdëposéprè9 de IVglîsë de Taman : il est d*iin beau blaœ.
(3) Comparez mon Voyage, t. l, p. i39, et t. IV,. p. 45t. Lès aïK^lMis ISth^aniens honoraient aussi leurs mortr^at'des' c6tiités et par des combats.
et épaii^ successivement df troîs.rOM idu B6»^ phojçe., érigea po^r i^cpnjo^i^faiii^ ùoe statue à Peaipereur Augvisle) {H^otecteur <jb Pol/àaion:$Dn ) denjier raari.(i).. . ) *.
Cestayssijà que, <i.ayec la bQp^e forliitie, sous . le roi dç& rois.qpi ;irégnait par >di*^ît de suer* cessiop^^Tibèi^e Jales Sa^roBpai^S;^ Tâoû desCé*;. sors, et Tami des BDumn^^lefi^u^yiiAèsFfM- /2^^/ra/^, Xiliarguç, posa M statue 4^' César (Trajan)j son seigneur et m^^-fi^ Tw 4i^ du Bosphoî|e{ii3ide;iJ.-e.):(!*),.)» ; i. • > • - ;.
Tib. Ji4.. S^uriQipates: i^i-^ni^çie [j eut- ast statue. <( Le prêu*e de N^tutie Jlfa^ar^ vouknt > hpuoriB^ le grai^4?oi des rois de tout leBosphore^ T; J. Saiffom^tes^ Ais du roi Rescbuporis,: Tamii des Césars et Tami des Romains, je bienhëù-r! • rf»ux.«..t. spii s^uyeujç, lui éf^g§%:Qfi «nonument sous la surveillance de jDipjpbs^t^ ^ JRapUn!.* capée (3). ». .^ ^. ...:.. J ; '-•
(i) Voy. mon Voy. t. II, p. 69, la trad. complète. Cette iqscriptipjqvSravée sur un socje.di&n^ajtbre teioéde bleu : et de blanc, Cépolino des Italiens , est auprès de •i'égbse.dé. Taman., I^opg. ^^ ^ocIb, a p. 7 .p. 9 lig.5 teut^ i.p. 7 p.; haut, des lettf;ets^ * p- 3 Ug«f ./,'"•:"...• .;.-.)
(a) Déppséç aussi à Tamai). Socle dQ marbre bl^ipe 4e a p. a p. de long; 11 p. 6 lig. de haut ^ Les. lettr<ef. QPt
* P- 1 lig.
(3) Cette inscription , scellée daiiB.lQ.ç^pr de l'église de Taman, est recouverte d'un badigeon de chaux. El|e 9^
, Deux autres iBOttunMiits^ qwoique lrès»f>ô8lé^ lieûrs aux i^mierQ) KiiH i^kâTsrà tliistoiife^iid' Phanagorie. î
Le iMrenûeB .est'Un cippe de natlire blanc, haut de 5 pieds . 3 ij/ouces & Ugnea^ bpge d» 1 pied .'9 pouces, portant fuse inscâption 'en. treize lûgues^^iécnte; a^nso dés«o et àt»B carrésf t efi -voici la ttàdocCioa e.. • : i ' •' s - î i'
H AM^ AurMis Jindromeus^ fik>dePappttSi' quiiful jadis TënueiBi deiaiKiyautévet à «iett#b' Alexartas , les archontes: det Xga troupe des^ Agnppéens.Césariepa souhaitent un bon^ voyage, l^n 6o3 du Bl (3o6 de J.<-C.), le a5 dû mois arn témisios, r '.■.;„; .-•../ .. • '.-v.
^ . Joignee vos vœux auxuôti^s, vous qui poa^ , sez(l)- î>. ' » ,• ./ t-.r ':,..' f. • ^ :;•,
Depuis Alexartus . jusqu^eit ^a, l-tnscriptiônfjL a¥ait été effacée, puis regravée^ cexpn. est :tiièsH. ▼isttile.
Le' terme de ennemi de la royauté , c'*est-àdite de défenseur des libertés du peuple, étbn^i. ... »...
été. publiée pat Glarke^ 1. 1^ p* 547^?^'^^^^'^^ ^- 11(' pU 1,7, %. 4. , ^
(i) Ce piarbrç> déposé près 4e l'élise. iJe.TaçaâD , est d'une belle conservatioD. Au bas de la pierre se trouva une seconde inscription plus moderne, ^ui indique que cette dalle a servi pour un second tombeau : la voici : « Ici repose le çerv^teur de Qîe^ ^ Gmatantip f prêtre (c^^vO ft\ paateur (ywfioj;) , .
nerm( si Von ne sapriuit qu^on .est à PliaBagoirie ^ vUlejQamcïpale hkxre^ jprolé^iparles ^omaîna contre les rois du Ço^liore.
/D^aaileurs, Getté inscrïplioDj panssdmtef ésl du règne 4e Saùrôixttles MI y qui -fit la -guerre àiChersbn, jura la paix a¥e|C*aes.i?iiiiçiDb, la' tnsHÀsgressa eit en fut puni, pas" unc^ mort 'râô^.' lente à la suite à\\n combat. singulier qii^il eol ayee Phai^nace, le cintf dea Gfabrsonésiens (i). Né poiiirrait-on pas oi!OÎre iaiisai €|u?it aTait| en de& diilcukés avecPhanagorie^
Le second monument dont j^ donné un dessin (atlas^ IV^ série, architecture, pi. a6^ figi 6),, me parait encore relatif au3( guerres des Bos^^ phoriens et des Chersonésiens. Deux Victoires ailées, un pied sur un globe, tiennent 4^uiie main des palipea,- et de Fautre des couronnes surTinscripitiom suivante, gravée sur un marbpe'> Uanc,
M Pour, la longiie >édè d^euploits grands et admirables, etÇv>9tc^^«<^ i^tx^: le pieux, aimé d^ Dieu^ en qualité de seigneur et maître, érige sur sur cette plà^e'Ce^&upprbe monument céâaiien* dans le Bosphore, en Thonneur dé son'prdiprê> esclave Eupcttèr^ cegénéraî si distingué, la verge de Cherson (a), )>
(i) Constàtiti Poi'phy. De admin. fmp. cap. 53/
(a) Ce marbre blanc a 5 pieds 2 pouces de long,' 2 piédst
ni^iAft; QSip pwmii id^ imadbar^s .extmtS' éa* ses;;
ruhémié doiUeut» aireô des icroK&^i^^bmsî le' style; de:toii9? Jjes téfpUis>dH:<smqiiièaiei aai; ând|ÛB|Q>
Ii9^rl(9i4 cpijitiqiiét iawédiik vkqdtfa peill^iià'm^^ di^iH^lidiè^ A jOfSMM.bieiv s^r, qfie<i0$riitnksr's60t •
la métFppalQ ^ûi: réùmssait chfA: eUe^le' com^^ mçFce 4ii ' P4t»s . e|' dui Kootuâu ^i)< v^ ^ciiî(^e>,^ chose, extraprâîiiairBfl^ nQni)d!»PlMinatgori0m&> se reirouYeisqur^ftUOiraé 4e$ popdbiieu^s ûtsqDijV^ • lions qui leur ont été arrachées, ' t 'i'
Uué seule. coDsidéràUon le Croûte irrévocablement. La muhijLude.d^s tuflattl|i$< qut %nt6fU^> rent une cité, est toujours en. raiison progrJKSfiîve^' de son importance et de ses richefises^ Par,, e:iLemple, ils ne sont nulle part si nombrAiid) dans la presqu^ile de ELertche qu^ai^our des . ruines de Pantioapéep Or donc/ si nous voulons \
4 pouces de haut. Les lettres ont i pouce 3 lignes de haut. . 11 est déposé près de IVglise de Taman. Le titre de Bsofvkotj aimé de Dieu , pourrait faire supposer que l'auteur du monument était chrétien, (i) Straboj lib. XI, p. 475.
~76~ «mployw la méiBe* cfdidle poui^ la métropole asiatique'^» en iTouIant la «ihercter dabsià^res*^ quelle de Ta&uoij nour nodS'&FréteiiMS sut 1-emplaceibeiitle {>hi& eciÀveit dé ttiti»ilitôV et -après ai?iâui.Visité toute Ja présqu'iby 'ônn^bëàlcffapas à)recoDhastEè»cpie ceux qui eiitQUVMlt>lei ruHieS' qufij0.iâens,de décrire,- scmt les: 1^ nômbrieuS' et les plus considérables. En les comptant i, le obilTre dépasseia celui de' toiis -kis Isiuirefe ^oupes.dtt reste 4le>M pi?esqû^ile Téums*. Disposés sur ^ toutes les faautetsr^ , ces' mbiMiine^û 'imèhi^es formaîepi akisi un grand demi-oercle aiitoup de Phanagorie : mais i4s ne dépassai^t ni; le bas- fond, de ; Cbiin^ii^ie à Ponelst , m le ' rempart* kimniérien.aà înwd* ils :sont tantôt isolés, làutôt igpoupés^i :et Ton peut les compter par •centaines à la fois.
->Déjàreh «4^ (i), les Vénitiens en ouvrii'ent qudques-kinsy pbur y chercha des^ ti*ësorB. De La^Mojtr^jeles fouilla pour des antiquités. Toujours ils ont excité la cupidité des chercheurs dW. Cependant ce n^est pas là que la commission impériale a porté ses regards; ignorant Timportance de . la localité, elle s^est attachée scrupuleusement au sol de Kertche. La seule fouille constatée d^un tumulus de Phanagorie fut faite par le général Vanderweyde, à la ftn du
Çt) Joh. Barbaro, Fia^gioalla Tana,
— 77 —^ dix-huiliàme. spèble. Le général aVnit choisi lé {djus grime) > «près des essais înfmetqeax^ Vayarit fait attaquer par le côté oriental , on décduvrît l^entrée d^iuiQvçmpde iroûte arquée'^ d^une maçonnerie ddimrable^ imurée aàns ciment^ en oaU caîr^ coquiUer de Kertche^ L^eiitrée ou vestibule i hauteur d^bomme était ren^i' de terre; plus loin on trouvait la pièce idtérieure^ plus grande qM^ la première et murée purmUestoiit^ Deux pilastres très*saillants par ietir base^en^ marquaient la porte (i).
Les.objets qu'on j trouva furent le partage des soldats, qui brisèrent par contre plusieurs vases en terre noire avec des ornements, parde qu^ils les trouvèrent indignes de leur cupidité. La seule chose qui échappa à la spoliation fut un lM*acelet d^or massif pesant j de livi-e : il représentait le corps d^un serpent, courbé enfqrmed^ellipse, avec deux têtes sculptées aux extrémités. Des rubis, tant pour imiter les yeux que pour Tornement de la partie inférieure, embellissaient chacune des têtes ; Tune et Pautre devaient offrir de plus deux rangs de pierres précieuses s des dessins d^une exécution assez grossière cou-, vraient le reste du bracelet;
Ce bracelet n^est pas différent de ceux qu^on a trouvés dans les tumulus de Pànticapée, et la
(j%) Clarke, P7oy: en Russie, t. I, p. 527, éd.- k\
- 7« - £E»rnie binlrée de la Toûle mâufae tassez qa^il âat^id^ae épdfaè récente etp(>âfériebM à Poecupatio»des Kdnlainsv' •
Il ii^y a pliai» f nkiti^ chose qui piû^ nous âr^ t^erpqiarxrbh^e ici à Tévidehce de Texislencë die Pkamigorie; Lé port et le fleure Atilikttès, où sont ils ? ÊstKm obligé de ine trarë dxxtpar^ , rolequaad je prétends que lé inarais qni tobge les murs iruinés de Phanagorie est son port, et que le Kouban coulait jadis par le bas-^fond dé Chimardane?
Cependant rien n^e^t plus vrai^ et rien n'est pkis facile que de s'expliquer les changements qu'a subis le sol : car la topographie répond parfaitement au texte deStrabon.
1j^ Ântikiies (Kouban) de Strabon atait sa principale embouchure par la pointe méridionale du Uic Afianiz^ qui n'était alimenté que par ce fleuve comme le prouvent ses eaux douces : il n'y a pas plus d'un siècle que les vaisseaux pouvaient encore passer par là. Le navigateur entré dans le lac, se dirigeait sur le temple SApaturon^ qui avait, selon Hécatée, donné son nom au lac. Doublant le cap, il s^aluait plus loin le monument à*Anerghe et èHAstara qu'il laissait à sa gauche sur le cap Rakhmanofskoï, et faisant pleine voile à l'ouest, par une longue baie du lac, dont l'extrémité s'ouvrait sur le liman Korohandamxte ^ il arrivait bientôt au pied des
murs dfiMaiiagoiie. Vbîlà pour ianafrigalkm mtéiioare. VoUhdKwt ooiaublIlliq^er «viec la Af«r 4^Ato£i le :dB»)al de Tempouk présentait la ^^oie la plus coiirt€f et la plusfaeile. Voilà pour la na** vigation extérieure*
Aujourd'hui la bouche de TA^tjkit^ n^n pour témoins de son ancienne destination qu^un petit golfe qui s^ay9nce4aiii^ iebas-fpod^Alt'e Çhimar^ dane et Pachakilassi ^ villages abandonipés , et q]^l(|ues flaques d^e^^ et de marais : TancieaUt du fleuve se reconnaît même sur plusieurs points «
Mais comment a-t-^il pu être pareillement obstrué? Ce que j^ai dit plus haut des volcans 4^ boue donneira la clef de Pénigme, et il nVst pas nécessaire d^aller biçn loin ici pour trouver Ta-, gent qui a opéré cette métamprphose. Le bas-^ fond de Tancien cours du Kpuban n^est-il pas dominé par le groupe des volcans de boue de VJssodagh^ Tun des plus actifs de 1^ contrée ? En examinant attentivement les pentes du volcan, on reconnaît aisément les exhaussements produits par les coulées de boue; la partie dubas* fond qui Tavoisine est solide , composée d^une glaise compacte, semblable à cell0 rejetée par les volcans, tandis que le sol des extrémités des deux collines pbanagorienn€[S est sablonneux (i)^
Enfin le port lui-même a du être comblé fa-
(i) Ces deuxIoQgoes cplUnes sablooeeuses me paraî^-
— 8o ciUmfni^ :car un graiid ^tofgpe de ySO^vcêB^ de nap'htey cosopagnes doAÀ^cqptidnâ bdùeasesy s'est ou^^rt ùi» ipassage dans la partie la pltis reèuiée, et y a aocmnulé<ses fatigeux dépàts^
. ilé Sadique. — Tamatr. -^ Koirokaiidaiiifé'.
' On ceniprend maifltenatnt Comment Strabon jiouvait dire que le sol sur lequel étaient ^tuëes PÏianagorie ^t Kép'os était une île véritable- Ici sans le concours de la géologie, Farchéologie et la géographie ancienne Sont impuissantes dans leurs redhèrches : M. le pfôfes^ur Cari Ritfer Fatait bien remarqué. Lors de mon départ pour le voyage que j^ai exécuté y il me pria de m'occuper spécialement de cette terre énigmatique; je me suis livrë à c^es recherches, son livre à la main, et j^âi cherché à rendre compte fidèlement de ma mission.
Quand on a passé le bas-fond du Kouban couvert de Delphinium ramosum^ la route de' Taman longe le pied d'une chaîne de collines qui portent plusieurs noms. La première est le mont jéssodaghf puis viennent le mont Kîthol et la colline dite de Phatiagàrie^ chaîne d'^autant plus remarquable, que toutes les cimes ne
sent appartenir à l'espèce d'îles qui ont été soulevées di» s^n de la mer^ comme ceHes que j'ai citées plus haut.
— 8i — sont qu^une continuité de Tolcans de boue et de sources de naphle. Par contre les tumulus cessent tout à coup, et à peine s^en présente-t*il deux ou trois à de grandes distances les uns des autres, au-delà du bas-fond*
Ce long dos de pays marque dans toute son extension le squelette d^une cinquième île , la plus grande de toutes, celle à laquelle tous les anciens géographes ont donné le nom de iSrhdique. Le Bosphore, le liman de Taman, le lac Aftaniz, le Kouban, le liman Kisiltache, la Mer Noire Tenceignent de toutes parts
Les Sindes-Méotes s^étaient emparés de cette île et lui avaient donné leur nom; leurs rois avaient leur résidence sur la côte méridionale : mais il paraît que plus anciennement laSin-* diques^appelait A^oro^an^Za/n^i du bourg qui en était le chef-lieu. Chez Pline, elle 8^appelait£u>/itf «
Korokandame^ vers lequel nous nous dirigeons, est le Taman d^aujourd^hui. A 2 verst de ce nouveau bourg, la route tourne autour des bastions de la plus inutile des forteresses, celle de Phanagorie, que fit construire Souvarofau bord du liman de Taman, et qu'ail baptisa du nom de la métropole du Boisphore, quoiquW n^ait pas trouvé les moindres vestiges de ruines en creusant ses fossés et en entassant ses remparts.
Le Taman actuel est une bourgade ouverte des cosaques de la Mer Noire qui en ont fait un V. -6
— Siée leurs chefs-lieux. Cest Pabordage de la principale communication établie entre les deux rives du Bosphore ; malgré la difficulté de Tabord de la côte de Taman, on n^avait encore pu se résoudre, lors de mon passage, à établir un embarcadère commode pour transporter les voitures^ les bagages et les marchandises sur les bateaux.
Taman n^a ni rivière, ni ruisseau, ni lac daus le voisinage, et cependant il est abondamment pourvu d^eaUi Elle ne vient pas des collines qui Tentourent, puisque Ce sont des volcans de boue en pleine activité. Les cosaques la tirent d^un grand cratère artésien semblable a celui de Fontan j et pour le moins aussi abondant en sources.
Il s^étend entre le bourg actuel et Tancienne forteresse turque, il est distant de 4^0 pas du rivage, longd^unedemi-verst, et élevé de 3o pieds au moins au-dessus du niveau de la mer avec laquelle il communique par un ravin étroit et glaisfux. Sa forme est ovale; le fond en est plat et sablonneux, et pendant la plus grande partie de Tannée, il a Tair d^un petit lac d^eau douce excellente. Pendant les plus grandes chaleurs Peau ne disparaît jamais; pour l'avoir pure, on a percé le pourtour de Fentonnoir de puits qui ne peuvent jamais tarir (i)^
(i) Ahas, V* série, géologie, plans, coupes, etc., pl.ftS,. fig. la, un plan du critère artésien de Tamaa.
Telles étaient les sources des deux cents (on^ taines que les Turcs avaient établies à Taman ; je veux croire que le nombre est bien exagéré ,' et qu^on comptait les puits comme fontaines.
Quoi qu^il en soit^ il en reste bien peu à proportion , et la seule fontaine antique que je coq* naisse , qui coule encore , quoique à moitié ruinée, est celle qui est au bord de la mer, au pied de Pancienne forteresse turque; elle est encaissée de morceaux de marbre de différents âges, et tire son eau de Fentonnoir artésien.
Car comment supposer la production de cette eau au milieu d^un sol plat, d^une lie nue dont les plus hautes sommités ne dépassent pas 3oo pieds, d^une île éloignée de toute Ichaîne de montagnes, dont de vastes étendues d^eau salée lui coupent la communication, autrement que par une force artésienne, semblable à celle qui fait monter la boue, la naphte aux sommets des cônes boueux?
Les cratères artésiens de Fontan et de Taixian sont pour moi des volcans qui déversent une eau pure, au lieu d^ une vase épaisse, sulfureuse et bitumineuse.
Or, je me suis demandé souvent, si cette propriété arlésienne ne serait point produite par un procédé de Fargile feuilletée, qui absorbe Teau de la mer, la décompose, la fait monter cajril-
lairement? Car je ne puis croire à rinfluence des pluies, pour remplir ces bassina, celui de Fontan étant précisément sur la pîtrtie là plusl élevée du dos de pays.
Il existe une nappe d^eau douce quelque part et même à une certaine profondeur au-dessous du niveau de la met- : je né citerai pour preuve quVn fait dont chacun pourra prendre Connaissance auprès de Kertche,
I/ancienne baie de Nymphée s^avançait jadis jusqu^à remplacement ""du village actuel de Tchourbache. Les maisons de M. Alexis Gourief sont bâties sur Fancien fond desséché et plat de la baie, et il n^a pour eau douce que celle -d^un puits excellent, qu'il a fait creuser sur le sol abandonné par la baie^ et dont le niveau est bien au-dessous du niveau actuel de Teau salée de la baie.
Un second entonnoir artésien beaucoup plus petit que le premier, s'ouvre à Test dii bdurg de Taman, qui se trouve ainsi pressé entre lés deux entotinoirs; Leur forme si singulière a fait supposer à Clàrke que le plus grand était une nauTàachie ou amphithéâtre destiné à donner des combats maritimes (i) : il crut voir au fond vers le sud lés ruines d'un temple grec que les ouvriers employés à construire la forteresse
détruisit ent, employant les chapiteaux, les co;lonnes, les inscriptions, à fonder des murs ou à faire de la chaux. Un grand édifice pubUc non loin de là couTrait un grand espace de ses dé* bris.
Les pentes des entonnoirs artésiens sont sablonneuses coipme le fond. Du temps de^ Turcs, elles étaient couvertes de beaux jardins qui sVtendaient même jusqu^à la descente de Bougaze, à travers File, à i8 verst de distance. On ne pouvait rien voir de plus beau que ce produit de Tindustrie turque qui aime les ombrages. Mais à peine Souvarof se fiit-il rendu maître de llle , que les jardin» furent dévastés. Comme il n^j avait pas de forêts dans le voisinage, on les exploita comme des forêts et on se chauffa, on fit la ciûsine pendant des années entières . avec des arbres fruitiers.
Les cosaques, en prenant possession de Hle, ne firent pas mieux que les soldats , parce que personne navait intérêt à ménager ces restes de vergers qui étaient un bien communal. Le duc de Richelieu, qui vint à Taman dans une de ses tournées d^inspection, sauva héureusènient le peu qui restait en le partageant, comme posses* aion particulière, à quelques cosaques, qui dèslors en prirent soin, et c'^est ainsi que les deux ou trois petits jardins qui sont au sud, sur les
pentes du cratère artésien, ont échappé AU sort comaiim (4)» .
Une circop/$lance fâcheuse a.été le prompt résultat de ce Tandalisme contre Pompne. Toutes les pentes sabloupeuses, nues, réverbérées par un soleil brûlant, se sont désagrégées, et des sables mouv^ts se promènent au gré du yent sur Pespace nu qu^occupaient les jardins ; ils s^avançent sur les bons terrains et jusque dans le bourg.
Déjà Téglise de Taman , restée seule isolée au milieu de cette plage déserte , voit les sables s^anionceler autour de ses murailles qui ont sept à huit pieds de haut; les sables hardis nWt pas ^té arrêtés et passent déjà par-dessus, empiétant sur le cimetière, et si cela continue^ en peu d^années on ne verra plus rien ni du mur de clôture ni d|u cimetière.
Ce triste emjHétement prouve que les beliux jardins de Taman, si çruellemoit ravagés, ne dataient pas settl^nent des Turcs , mais qu^ils remontaient à une haute antiquité. Car Téglise de Taman fut fondée en 1022 par le duc MUslav, qui après avoir aidé Fempereur de Constant!^ nofde à détruire la domination des Khazares ep
(1) M. de Hablitz , Description physique de la Tauridey faite en 1 785, deux ans après Tincorporation de la Crimée à la Russie, cite encore plusieurs fois ks jardins et vergcra de Taman.
Tfturide, d^dara la guerre aux K^sogues (Tcher» kesses). Il vainquit leur chef dans un combat singulier, et en mémoire de cette victoire, il fonda cette église qu^il dédia à Notre-Dame {Bojémater) (i),
Si depuis 1023 PéglisenVyait pas été entourée et défendue contre les sables mouvants par lea jardins, elle aurait déjà subi depuis longtemps le sort qui la menace aujourd'hui.
Le toit de Péglise^qui avance, soutenu par une colonnade en bois, met à Tabri des injures du temps les marbres de Phanagorie. Cest là que j^ai passé des jours entiers à les déchiffrer : j Y suis revenu à quatre re{H*ises différentes, en été i832, au commencement et à la fin d'octobre de la même année, et en juillet i834- J'ai recopié plusieurs fois les mêmes inscriptions, pourêtre bien sûr de les avoir bien comprise^.
Outre le lion et les inscriptions que j'ai décrites plus haut, j'y trouvai trois colonnes ea^ tières, ou fûts, de g à lo jûeds de long, en marbre rubanné bleu et blanc, avec deux cha^ piteaux imitant le style ionique^ ornés de croix sur l'abaque, du travail le plus grossier.
Une stèle en marbre bleu et blanc, m'offrit
(i) Karamsin, 1I| 199 éd. ail. CeUe église fut changée en mosquée; les Rtuses, en 1794» iui rendirent sa destinaUon primitive.
les restes d^une inscription qui ne pouvait présenter aucun sens.
Plusieurs tombeaux grecs en marbi^ blanc, étaient ornés de reliefs semblables à ceux de Panticapée, sous lesquels on lisait des fragments dHnscriplions. Là se trouvait aussi la belle dalle de marbre sur laquelle on lit en ancien slave Pinscription suivante : « Dans Tannée 6576 (io65 de Jf-C.) Indict. 6, le prince Gleb mesura la mer $ur la glace : depuis Tmoutarakan jusqu^à Kertche, il compta trente mille cinquante-quatre sasches (toises) (1).
Le nom de Taman étair alors Tmoutorolan^ qu'on prononce Tmoutarakan^ et que Constantin Porphyrogénète, dès le dixième siècle, écrivait Tamatarchà^ disant que ce Castrum élait bâti dans une île basse, qu^ôn appelait jitech (2).,
P. Visconti, dans sa carte de i3t8, écrit ilfaireca : Gratiosus Benincasa en i48o, Matriga^ et d^aùtres géographes postérieurs , Matuga ,
Matega^ Matrega (3).
(1) Pailas^ Voyage dans les goav, mér. t. Il , p. 3a4 et vignette 24* Mémoire particulier du owéeiUer intime Alexei M ussiu Puschkin sur cette inscription et sur l'ancienne principauté de Tmoutarakan, en russe. C. Kitter, Vorhaliej ^.2iS:
(a) Dff ai/m. */?ip. cap. XLII.
(3) Mémoire sur un nouveau périple du Pont-Euxin^ par le comte J. Potocki. ^
Les Turcs Tappeikdent Taman. Il se compofiait alors d^uDe ville et dHine forteresse, dont les Russes prirent possession en 1787, raccommodant à leurs besoins; mais n^en trouvant pas I^assiette assez forte, et gênés par des ruines et des décombres , ils la rasèrent pour fonder la nouvelle forteresse de Phanagorie qui fut commencée en i7g4«
L'^ancienne forteresse se composait d^une enceinte bastionnée irrégulièrement, ^vec un fossé; elle s'appuyait d^un côté sur le rivage de la mer, et de Pautre sur le cratère artésien qui la dé* fendait naturellement par le sud et par Test. Une plate-forme cailrée , espèce de citadelle, garnie d^artillerie, complétait la défense à Test entre le cratère et la mer (1). La ville tmrque s^étendait sur Pespace qui restait entre la forteresse et Pentonnoir : il n^ en a plus de trace.
Taman est41 Kbrokandame? Jîai déjà affirmé le fait plus haut , en citant le texte deStrabon, qui nes^esplique qu^en plaçant ici le bourg antique. Maintenant il faut en trouver les ruines.
(1) Pallas auribue cette forteresse iiTëguHère aux Russes, qui la mirent en état eu 1787. La ville in^ne avait un grand retranchement , auquel il donne a \ yer^t de circonférence y II , 3ii. Mais il est plus que probable que les Turcs avaient déjà une citadelle où les Russes construisirent la leur : les moniiaieS; les tombes j le styl^ fie construction, tout est turc.
Les voyageurs ttodemes ne voyant que les décombres turques, ont nié le fait, parce qu^ils ne trouvaient pas de vestiges plus anciens. S^'ib avaient côtoyé les falaises qui bordent le rivage, leur opinion aurait changé, et ils auraient tu que toute la forteresse turque et la ville étaient fondées sur des débris plus anciens. Ici la g^ise et les terrains de rapport , mêlés aux débris de poterie grecque, aux anciennes fondations, sont entassés jusqu^à une hauteur de 20 pieds, et à peine re$te-*t-il quelques pieds de terre vierge aiirdessus du niveau de la mer,
La mer a rongé les felaises et a détruit une partie de Fancien sol, comme efie a entraîné des lambeaux de la forteresse turque; c^est donc pli^son moins dans la mer qu^il faudrait chercher Korokandame,
Si Ton voulait nier le fait, je ne donnerais pour preuve quVn ancien puits grec qui se des-; sinait, à moitié emporté, sur la falaise rongée par la mer dont il n^était distant que de 4 à 5 pieds. Or, il est contre toute saine raison de supposer qu^on ait creusé ce puits ainsi au bord du talus, et il est bien plus probable que quand on Ta établi* on a choisi un lieu beaucoup plus enfoncé dans les terres.
Je terminerai par une autre considération : si tant de générations de Kbazares, de Slaves, de Ta tares, de Turcs se sont empressées de ooncen-^
r-r gi —
(rer leur principut établissement autour du cratère arté^en, qui nVvait pas son semblable dans le reste de la Sindique, çroira-^t-on que les anciens habitants aient négligé un lieu pareil^ Vim des plus avantageux, en face de Panticapée?
ExiOurBioD an cap Tuda. ^r- Cjgoef •
A 4 verst de Taman, en se rendant au cap Tusla^ d^où part la louchenaia-kossa ou langue de sable du su4^ commencent le$ pîcs à polypiers, qui sont particuliers à la presqu^ile de Kertch^. Ils affectent les sopimités, sans descendre dans les bas-fonds.
Deux autres lignes de ces pics courent plus au sud, parallèleipent à la première, et se terminent aux caps Kéchibouroun et Panaghia.
Ces trois lignes àepies à polypiers^ de même nature que ceux de Kertche, ne sont que Textrémité des lignes qui sont en-deçà du Bosphore, et que la rupture du détroit a séparées en deux tronçons. Les lignes de Taman ne s^avancent qu^à 5 ou 6 verst dans l^le, et avec elles cessent le tertiaire et le quaternaire. I^e reste de la prèsquelle de Taman, avec les îles de Phanagorie, de Fontan, de Tyrambé,^ de Temrouk, ne sont que le produit des volcans de boue et des sources de naphte qui commencent dès que les pics s^ polypiers cessent.
La côte> du cap Tusîa à Tam^n^ présente une coupe de terrain intéressante (i); c^est la répétition de celle qu'on observe entre le Cap Blanc (Akbouroun) etKertçhe, en face, sur la rive occidentale du Bosphore.
Sur les deux rives du Bosphore, la base du sol consiste en une argile feuilletée noire ou brune, à couches alternant avec des lits de ménilithes. Cette puissante formation ne présente que peu de pétrifications; elles sont entassées à de grandes distances dans des couches minces que jVi désignées sous le nom de calcaire coquillier. Sur la rive d'Europe Pargiie feuilletée se termine par sept couches de gypse alternant avec des couches de calcaire cdquillier. Les nombreuses espèces de troques et d'autres fossiles, que jai recueillies, appartiennent à la formation tertiaire la plus ancienne, et me feraient croire que Pargiie feuilletée est l'analogue de l'étage supérieur du calcaire à nummulites en Crimée.
Après l'argile feuilletée' vient une puissante formation dé marne blanche presque sans pé«trifications, que je regarde comme l'équivalent de la marne blanche du reste de la Criiàée. Sur
(i) Atlas , V* série, géologie , plans et coupes , PJ. i5 , fig- ^ P^^^** '* ^^^ d'Asie; fig. i et a pour la côte d'Europe.
la côte d^£urope , elle se termine par une marne hleucUre gypseuse sur laquelle reposent des hancs de gypse de plusieurs toises d^épaissem*. Sûr la côte d^Asie, d'est une argile grisa-' tre^ dans laquelle paraît un lit de lo à 12 pieds dVpaisseur ii^ fer carbonate ei phosphaté^ rempli de pétrifications , appartenant en grande partie à là classe des Bôucardes^ plus ou moins privées de leurs dents cardinales et latérales ; les autres espèces sont des mytilés^ des lymnées^ des néritihes^ des paludines^ qui se retrouvent également dans les lits d'argile grisâtre (i).
Ce n'est que sur k côte d'Europe que parait, au-dessus de ces formations , le calcaire co^ quûlier quatemai)re (calcaire de la steppe^ pierre de Kertche).
Tout ce système tertiaire et quaternaire est couronné sur les deux rives, par des /iicj isolés construits en enûev par des polypiers. Ces pics affectent les sommités des collines au haut desquelles ils se présentent par longues séries* Ils ne se trouvent jamais dans le fond des vallons (2).
Pendant que j'étais occupé de mon excursion au cap Tusla, en suivant toujours la ligne des
(1) Mémoire sur la Crimée , par M. de Verneuil/
(2) Comparez avec ce que j*ai publié sur ces roche» isolées, Canehyliologie fossile et aperçu géognostique du plateau Pf^oihj-ni'-Podolien f T^. 17.
pics à polypiers, il me prit fantaisie de descen-> dre Ters le rivage pour en scruter le^ hautes falaises*
Déjà je ïiWais plus que quelques pas à faire pour arriver au bord du talus, lorsque mes yeux fureht fascinés par un spectacle fantastique : la hauteur de la falaise me Tavait caché jusqu^alors. Sur le long rivage du Bosphore s^éhattait une telle multitude de cygnes, que la mer en était blanche jusqu^à une grande distance. En se débattant ils poussaient un cri sonore, fortement accentué et légèrement modulé; je ne sais si c^est ce que je dois appeler le chant du cygne. Jamais je n^avais rien entendu de pareil, et celte mélodie lointaine servait de complément à ce magique spectacle.
Je restai comme pétrifié à cette vue, et les cygnes un instant ne parurent pas m^apercevoir. Mais tout à coup, comme si Tun d^eux leur eût donné Téveil, je les vis se précipiter loin du rivage, et bientôt toute la longue bande blanche, ayant regagné le large, contitua ses jeux, pendant qu^une autre scène me mit dans une étrange perplexité.
Quatre chasseurs cosaques qui étaient aux aguets pour tirer sur les cygnes, sortent de leurs embuscades, et furieux courent sur moi, pour se venger d^avoir dérangé leur chasse et épouvanté les cygnes. Aux injures succèdent
les menacei, et l4lirf(|iie Je viens d^échapper à Fun d^eujc qui me poursuit, un autre se présente devant moi et va m^assommer de la crosse de son fusil quHl a déjà levé sur moi. Mais avec la promptitude de Téclair, je lui oppose mon grand marteau de géologue, que je tenais caché sous mon manteau. A la vue de cette arme inattendue, et de forme passablement pointue, mon cosaque recule, hésite^ et je m^échappe pendant que ses camarades^ qui cherchaient à m^attein-^ dre, accourent à luié
Il parait que mon marteau fît son effet : ils me laissèrent aller en paix; mais aussi je ne mis pas beaucoup de temps à m^éloigner de ces pointilleux chasseursi ^ •
En m^ap[Mrochant de Taman le long du rivage, je vis les canards sauvages former une autre bande noire sur la mer, longue de plus d^une Terst : le tour du bec blanc j paraissait seul comme des points brillants sur cette surface.
Lesoiseauxde passage, cygnes, oies, canards^ paraissent avoir iait du Bosphore une de lem^s grandes stations pendant le mois d^octobrey jusqu^à ce que les frimats les chassent plus loin.
Boiigaze. — Seébliefska.
Celui qui aura le temps de faire une excursion jusqu^à Bougaze^ ne perdra pas sa peine , et
même sHlpeut consacrer quelques jours à TÎsUer tout le littoral méridional de 111e, il fera une riche récolte pour Tarchéolo^e et la géographie ancienne : ce que j^ai vu m^en est gacant. Cest la partie de la presqu^ile qui a été la moins explorée.
La route de Bougaze traverse d^abord le dos de pays qui est au suddeTaman. Là, sûr le sommet d^où Ton a une belle vue embrassant le promontoire de lénikalé et le Koukouoba, se trouve un des laboratoires les plus actifs des phénomènes volcaniques^ De tous les côtés on ne voit que cratères boueux , que sources sulfureuses et naphteuses, avec efflorescences salines : partout le sol présente des traces de déchirures anciennes ou récentes. Les volcans de boue de TAssodagh ne sontqu^une continuation de ceuxci qui sont disséminés sur une étendue de plusieurs verst en commençant à 2 ou 3 verst de Taman. LW de ces volcans a fait éruption en 1828, avec inflammation de gaz hydrogène « Un autre se déclara peu de temps après mon départ, en avril i835, avec jets de flammes et jets de fragments de terre qui s^élevaient à la hauteur de 3o ou 40 pieds. M. de Verneuil qui Ta visité en i836, donnait au cratère ua diamètre de 60 mèlres (1).
(i) Mémoire géolùgique de la Crimée^ p. 5.
A 10 verst de TaoaaD, on atteint le sommet dW autre dos de montagne, allongé, de loo pieds d^élévation^ embrassant par le sud le petit lîman de Bougaze qui sVvance de Test à Fouest dans Tancienne Sindique.
Par un be^u jour, cette vue mérite qu^on fasse la course tout exprès pour contempler de là Tép^ron dentelé du Caucase, qui se présenta sous les mêmes aspects que de la mer« en face du ciy Oussoussoup (i). La base est dépouillée de forets. L^œil pénètre jusqu^à Anapa et Ton plane sur Tembouchure actuelle du Bougaze et sur les langues de terre qui la circonscrivent} le grand liman Sindique, aujourd'hui Kisikache^ aux eaux jaunâtres, s''étend à perte de vue; il est facile de voir que cVst une création récente^ opérée par un long barrage qui n'existait peutêtre pas du temps des Sindes et qi^ peut chan-« ger suivant Tinfluence de la mer et des vents.
Le versant méridional de Cette longue i|K)n-^ tagne est bordé par une série dé sources. de naphte qui jaillissent dans des ravins pu bas* fcoids creusés dans le ^ie4 de la montagne. Ces sources ont de 7"* ^ à 8** .de température. L'eau de ces sources est jaunâtre et au fur et à mesure qu'elle monte, elle dépose une petite couohe de
(1) G9p Outrîehey carte de M. le capitaine-lieutenaDt Mang^nari, i834*
-^ 9^ -^ bitume semblable à la résine d'aune écorce de sapin sur Teau.
Au miKeu de ces sources s^dgitent quelques petits cônes de boue qui jettent aussi du bi* tume.
La côte de la mer et du liman , depuis le cap Kichela, est bordée de ruines. On en indique tme à Béugaze même et une seconde plus à Touest ^rsie eap. En dedans du grand liman Sindique, on éii plfllce une sur chacune des pointés qui ferment Tentrée du petit Kman de Bougaze (i). Ce ne sera qu^avec un peu plus de loisir qu^on pourra décider à laquelle des anciennes TiUes iiomméesparStrabonet Scymnus, elles se rattachent : jusqU^à présent toute certitude est impossible^
Outre Korokandame et Apaturoh dont j^ai déterminé la position. Ces auteurs placent dans la Sindiqué Hermonassa, Gorgliippie, Aboraoe et •kl <:^tale des Sindes.
Le texte de Sirabon a été mal traduit jilsq«^à pINiisent. Il dit : a Hermonassa ^i^paturou sont atndelà dé FHypanis/dans la Sindiqué; il a^j trouve aussi Gorghippie\ à% même dans la Sindique^ il y a la ville royale des Sindès^ Toisiné de
(i) Dans les cartes des généraux Moukhin et Khatof, il est appelé lae Tsikùurofskoï : les cartes inss. de BÎM. Stéyen et Favre rappelleùt lac Soukour.
k mtr, et Ahoraee. v Telle, est la traduction Httérale.
Pios lûia il ajoute : « Après Sindique et Gbr^ glûpipfir eoniinem^e la kiation des Achéens. »
QÔe devonS^^ncHis entendre par la Sindique?
La question est facile à résoudre : la confronta*' tion des textes de Strabon, Pline, Ptolémée , Afrien, etc^, a prouvé que la réâdence des rois àe% Sîndes devait être placée dans le voisinage d^Anapa, où sont de grandes ruines d^où Ton a retiré plusieurs marbres curieux, dont quelquesuns concernent les rois du Bosphore s par consé» quant à Textrémité méridionale du liman de Sindique.
H est clair alors que la Sindique iie Compre^ tiait pas seulement la portion de la' presqu^îte de Taman, qui est au nord du liman Sindique} mais qu^^elle embrassait encore tout FarC de ce liman dans lequel le Kouban n^avait pas son entrée principale comme à présenti
Gorghippie qui porte sur ses médailles la proue d^iAi vaisseau, devait être une ville mari^ lime, et la seconde partie du texte de Strabon prouve qu-elle était dans le voisinage de Sin-^ dique^ soît au sud auprès de la ruine entre le DitTXfi et VOzéréiké^ ou peift-être dans la partie méridionale du liman Sindique.
Ahorace appartenait aussi à cette partie de 1^ Sindique.
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Il ne reste.plus qu'Hermonassa qui a dû être dans là presqulle de Taaian, et à bien exaimner les t6x(es, il est plus que probable qu^Hermonassa était le Bougaze dVujoiu^d^hui ou -quelque ruine dans le voisinage. Pline la place à Fentrée du Bosphore, et Ptolémée la compte parmi les villes du Ponl-Euxin, ce qui convient parfaitement à la position de Bougaze. .
La position de Bougaze même, avec son fort et sa quarantaine, est des plus tristes, et quoiqu'on y ait trouvé des ruines, je préférerais celles de la colline qui est au centre du dos de pays qui sépare le liman de Bougaze de celui de Kisiitache (i). Là j'ai vu en passant, en oclc^re i832, non loin du village ruiné de Kormoussa^ les traces d^une ancienne ville avec des décombres, que visita Pallas en 1794» Det là, le lac Aflanilz paraît par lacunes, et sans bornes comme la mer. Le pays est Complètement dépouillé d'arbres, ce qui le défigure beaucoup; à le voir ainsi, on a peine à comprendre comment on a pu y placer des villes un peu considérables; mais le sol parait si fertile que cette triste' nudité disparaîtrait bientôt avec quelques soins.
(1) Le nom de Kisihache (pierre rouge) lui vient des couches rougeâtres d'un calcaire coquillier qui sont visibles atitour de la pointe qui se'pare le liman de ce* nom de celui de Bougaze.
En «tUN^danl, il né semble pas que les cosn^ que» de BoùgMe aient ie moindre penchant, la moindre sollicitude pour obtenir de beaùi^ omblrages.
En passant parce coin retiré de Tile, je me rendais à Stéhliefska^ qui est au nord du liman de Bougaze ; je tratersai le liihan aux deux tiens de sa longueur sur une langue de teiTe sablon-^ neuse; elle n^est pas plus large qù^une digue , et doit «on existence en bonne partie aux travaux de l^omme^ qui ne voulait pas faire long détour par l'extrémité du Liman.
La côte septentrionale du liman est presque d&erte^ néanmoins , on voit partout dans la campagne sans arbres, les ttaces des aricîenS sillons qui divisaient les champs de la population tatare qui a habile le pays avant lés Russes. Lètirs villages étiaîént \Jihdé^ aii'bôrd dû lîman, à rentrée dW large rfe\îti qui vient de TAssodagh,* et Otièhe^- sur Téïnplacfênient duquel les cosaque» ont bâti Stèbliéfska, l*un de leurs plu^ beaux villages, Ten trouvai la population aisée; les'^maîsons'sont plus'c^ômmddes iqùe dans les airtrts' viHnges r rintférieui' m'a paru inîeûx meublé.
' îJe'Stéblîelrs^^â', en se dirigeant vers le lac Aftâriifz^ lé Sot de' pà^y^ est marqué aussi, à perte de' tuej pâr^ '\ei irlïôns d^atiCiens çlianlps. Toute la coh tVééj' d'ici jùsqWù Koubàii, est très-fert'île ,
I9t ]»éswte un sol awceptîble d# la p|i»J)eUe culture pour t^bamps ou pour p na î r wtj
Cest là qu^Jbahitaiwt avaot l'am^éi du; llusses , les cosaques rebelles Nékrassofi^ on|^ Pfûres du Pout Aujourd'hui 1^ fstj^ i^st presque désert malgré sa fertilité , et Ton jq^ voit aucun Tillage ^un peu considérable à T^ii^ception de IV iarofta j sur une baie du lac Aftanit^ ; ce TÎiHdge lire un grand revenu de ^^ puils d^ wpbtef
On dit que cette extrémité de la péniiïsiile de Taman renfenqe aussi des i*iiuies9 et qu^oA j ^ trouvé diverses antiquités et des mscrîpiî^ïs^ C'est un iv>UYel encouragement pflïur le voyai;eur qui auni le loisir de parcourir cette coa-^ trée qui n'a encoiive été visitée par gucun ama-r teur d'antiquités.
J'ai été généralepient fbippé de ne plus re-. trouver de tumulus dans ce que j'ai iqppelé YU^ Smdiqae^ j'en vis trois ^ l'ouest de Taman, /en nie dirigeant yers le cap Tusla, et deux ou trois entre l'ancien ^as-fqnd dvi ICquhai^ et Sté-i bliefska«
Près des ru^es de Boi^aze et de celles voi*?
sines de Kormoussa, je o'en ai ppi^t remar^M^é pon plus.
Ce caractère établit pax^&itement la limite ^o-^. tre les nations sjndes et les colonies milé^iennes^ pt prouve que c'est avec d'au^t^t plus de raison que j'ai placé ces dwnièves, ^upr^? ^e\
Googl^
^ to3 —
fitiyfp^ de teru*/fs fupéroreft d» Sieanaïit ejt d^AkdenghisaTlLa^
Bosphore çimméirieii.
Je JVi traFor«é âf^^ fois, mnt en élii qiuW MionMie. Par um fivAcb^ nmiinée ou pur jhmi Mlf miréed^ juillet^ h Aouiw est déliciwse.
Emieissmt derrière soi Tamwi ^J^qu^ coup 4e mm» v<m»^ fvpproqhe d^uQ piuioraiiia iiiiT inense qyi devient de plus en plus lucide fàf, ^tipct. Le Sonore s^ouyre dans touie son ^texkàm^ elt Vçffl en sui|. ^ perle dç T«e les longf^. et sîi^iieiw contours ; ri^ x^e ress^nble h cw qu^on a yu. La côte de Taman créiv^léj» de piof à polypiers^: Zambie l^pupter les flpts, «it Topi né soupço^aeniit pas qu^^inp loog^uka )an^e 4fl sabte en jest Ul cpotiniietiop; dile esjt |û im^ qa^mà pas^ot k quelque distonce, Ijç^ hftttes d^ 4>êcheurs qui «ont élevées sur d^ pieM^$ duMli la GMÂ^ie d^um îooildatiop^ p^rpi(^(nt toM«S nager ^m- la saw, spectacle d^ plus hitmrmj à plusieurs lîwfas d^ la eâle*
Bientôt, le prpnipntoire de lénikalé se dessine ^lus nettement, avec le Koukouoba azuré vis-avis. L^ondeest si pure, si paisible, que nos douze mat^ots sont obligés de se mettre à la rame, et dans les moments de repos, je regarde avec eu-
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riosîté le fond verdâtre de la mer et les champs de plantes marines qui le tapissent.
Enfin, Fon peut reconnaître chaque ohfet sur la cdte d'Europe; nous passons en face du chenal du Bosphore qui s^encomhre malheureusement d^une manière sensible. Il n^ a plus que les bâtiments qui tirent 12 pieds d'eau (i) qui ptâsséiit entrer dattâ la Mei^ d'Azctf*/et cependant lors de la prise à^Azof^m Pierre-le-GraiDd, Ton sait qu'il est entré dans cette mer des edryettes dë''4o 0£ai()nS) ce qui est impossible maintenant (2). -
*^Le cheiial longe de très-près fénikalédont la forteresse turque se reflète dans les flt>ts^ ainsi ^lie le phare percW snr des rochers* qui forment arrière-plani / . ,
- Dès -lors les objets se succèdent rapidement.- L^horison de eçtte côte d^Europe sorprend en-êore'plus iqjue celle deTaman, par la créneliire à perte 'de vue des collines : l^^les pics à polyw piërâ avec' les tUtÉiùlus se- confôndts|it de telle tort'è que IHiiBil^^ petit ëiî feirê ladiitincti#n.r \ '• 'MëMâir-là^bato'cipe sdlue rentrée de la rade deKertche, et le CdiçAkhourôun au sud, en«0
»v(0.;Q^fl^ le,vent«di^ sud.s9uffle, Têau monte d'un pied , et la passe a j 3 pieds de. profondeur.
(2) Voyez la carte du Bosphore pour les sondes, I'* sé^^ rié, gëogi-àphie'/Pl- 2. ' ' ' • : : ( • . •.
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détachant petit à petite étale svcv son dtos sept tumulus énormes, et sur ses hautes falaises Hm* xnense série de ses couches blanches et noires de marne et de schiste (i).
L^éboulement d^un roche a polypiers qid a * couvert* de ses débris la falaise et encombré le rivage, masque la Batterie deSt\-Paid^vAé^ fend la passe en &ce de la Pointe du Sud.
Au nord de la rade, d^autres roches que longe la chaloupe, et dont j^admire les fonyiesrdogées et caverneuses, battues sans-cesse par les flots, marquent Tassiette de Tantique'Jlf^m^tiimque Ton peconnaît aisément à Un tumulus écrasé, coiironné d^un pavillon s c^est celui: de J:a qua-* miitakie dont les vastes bâtiments neufs et btanohis ressemblent à une petite ville. iDesl^ée à remplacer toulea les. quarantaines de laMerd?^-» Bof, son développement est devenu nécessake, et dans cette saison on peut à peine compterai foule des vaisseaux qui chargent >ou déchargent en quarantaine ou qui attendent ^le tcimps d^étré admis a la libre-pratique. Un brandvuzchtmBV^Me la limite de la rade,* et chaque soi^, chaque matin, saluant les échos d^un coup de canon, ouvré et ferme la navigation. ; . , • .
Cependant mon regard dvidef qui s^égare aci milieu des poupéa, des voiles et; dies pavillons d«|
(i) Vojrez V série, Pi. i5, fig. 3,6, et 7.
iouteg çpul^yrft^ cliercheqvelqu^ c|io$f3 dephi» exuçore,.,. Qir lûrïeii n^a changé $iirl^ Bosçhoi^ Cûnmérian Ifi porte de la Siler d^Azof , si les flcHf ▼erts portent aTec le m^n^ orgueil les pesants na^es sur lepr sommet brillant, i4 les dauphms jouait encore çom|âe ^tr^oi^ 'smt les- Tagu0s, si la troipbe éiancée pend à h mm^ sillonne Fon^de M^èi^ et effraie les fragiles #iH> (|Uifs qui plient leurs voiles; si la brise légère apporte jus^u^ici le$ cris sauvages des maighu^ pourquoi nepuis-jé distingut r la ca|nlale du Bos* phore, Panticapée^ qmmmi fièrement dans Jus flots ses maisons nombreuses bâties en ampbî* théâtre^, sur la large croupe d^une piontagoe couronnée d^une acropolis ? le yçis bien la wtmr tagae; mais elle est dépomUée et courerte de rayins; ses flancs sont tristes einua : jquehfiiet pointes hlandies marquent les tombefiux mo^ 4emes qui hérissent son sommet. Mais qud €9^ ee rodier biaarre, qui en marque la aonuaité? demandai~je à \m matelot. — Cest le £uiteuîl de Mithridate.... Voilà donc tout ce qui i:«ste éa TÎsible deFantique Panlîcapée!
Seulement, aussi loin que la Tue peut aa fiorter, des champs, des allées de tumulus senible»t couvrir le sqji ondulé qui circonscrit le fond 'du port : on ^ait jque tous les morts sont Tenus chercher un asile sur ces coteaux desséchés et sans verdure.
Is^ eiitr# \^ monl^ffo^ db JMLiihiridiiU et le» )Qn|;ues ligntis des toQib^w, upe viUe nouvelle se ccH]r)>e sur le rivage,M»M C^^t Kertche^ qw seinble le hameau dbs gardiens d^une nécropqlfs.
Ainsi me parut Kertche en été en 1882 ^t ep
En octobre» la scèn(^ aTaitfliangé; la nature était sérieuse; des nuages plats recouvraient la vastitude du Bosphore dont Tanifiiation venait d^une autre source. ]Les oiseai^x de passage en couvraient les flots au long et au large.^ et notre chaloupe passant au travers des iipme:pses troupes de canards et d^oies sauvages, en. faisait sovilever des vols pesants et continuels qui y ejpTrajés par notre v(^inage, allaient plus loiiji derrière pous §^â)attre sans craindre d^êtrie troublés/
On nç traverise pas quand on veut le 'pbsphore ; il est des saisons où Ton peut attendra puit jours à '][aman, avant que la mer le pern mette. Le 4uc de Ilichelieu revenant un jour dV^e de ses courses d^inspection, fut retenu lui-même pendant plusieurs jours, et lassé d'^at^ tendre si longtemps^ prit le parti de faire 1^ tour de la Mer d'^Azof par Novo-Tcherkasl pour retourner à Odessa.
Un ^mbiassadeur de Suéde étant à Kçrtclie, voulait À tout prix passer le ^Boçpbore, pouj* §Ue^ en Âsiej ma;s le vent lui fut si contraire,
~ io8 —
qu^il ne put jamais aborder la côte de Taman , et que pour pouvoir dire quHl avait été en Asie, 41 fut obligé de se contenter de mettre le pied ^ur la langue de terre sablonneuse dii cap Tusk,
Kertche moderne.
Kertche^ ou plutôt Gherseie^ est le nom turc A\x château que les géographes des quatorzième et quinzième siècles appellent Bospro^ Vospro et Pandico : il fut bâti selon toute vraisemblance par les Génois sur la plage du port de Pantîticàpée, au pjed de la montagne qui en portait les ruines.
Lorsque les Russes en prirent possession en 1771, 5 à 600 chaumières entouraient le château construit en moellon, sur un plan circulaire Qvec dés angles saillants :,^Jes nouveaux maîtres déti'uîsirent la plupart dès maisons, et cherchèrent à donner quelque relief à la* forteresse en y ajoutant un ouvrage, en forme u^étoile, ^eyêiu dé pierres de taille^ pour. défendre iê port. Mais ce fut inutilement ; ,quelle importance pouvaient avoir des ibrlifîcations que la QiQntagiiie de Mith^idate dominait comme une tour? Kertçhe fut donc condamne à Toiibliet à la pauvreté. La forteresse de. ténikalé. dans que position plus opportune, eut le pas sur Kertche,
— i09 — dont on ne fit aucun cas jusqu^à ce que^ en iSai t Fcmperenr Alexandre 9 appréciant sa posilioii commerciale, le déclara port maritirme el FéleTa au rang de Tille d^arrondissement.
Depuis cette époque, Kertche a fait de' lents progrès; insensiblement sa population s^eat aiigo mentée s quelques particuliers sont venus . y fonder des établissements de commerce, et y bâtir des maisons commodes. On s'^e^st habitué à ce petit gouvernement dans lequel on a com-* pris Kertche comme chef-lieu avec lénikalé et i3,ooo arpents de terre qui forment la pointe orientale de la presqulle de Kertche (i)*
Cependant cette nouvelle création aurait lan«» gui encore longtemps, si une nouvelle mesure, déjà proposée depuis 4o ans par Pallas (2), n'était venue donner un nouvel essor à son corn* merce et ajouter à son importance.
Sur la proposition du général- gouverneur de la Nouvelle-Russie, comte Vorontsof, la quarantaine de Kertche fut, en 18 33, déclarée quarantaine générale pour la Mer d'Azof , et aucun bâtiment ne put plus passer le Bosphore sans avoir fait sa purification à Kertche. Cette mesure
Cl ) Voyez le9 limites de ce petit gouveraernent marquées sur la carte du royaume du Bosphore, I'* série, pi. 2.
(a) Pallas, Voyages dans les gouvernements méridionaux^ II, p. 298. Qu'on lise ses réflexions laissées pendant 4oans dans l'oubli.
— iiO — •
%Uàt sage, qQoUfuVUe 9k été «lésapprouTée par foa habitafiits de Tagaarog et de Théodosie ^ cpii n^ottt pas tu sans jalousie Kertebe devenir né^ cessairenxent un graud entrepôt de eommerce.
'Ea fff<^i sans eonipter qu^on simplifie sûignlièrment les cboses, qu^on réunit toutes les adminktrations sur un seul point, qu^on écono* mise employés, peines et argent, le local de Kértcbe est bien plus propre à être une qua^ ranlaine que celui de Taganrog* A Kertche tous fes Taisjseaux sont sous la vue et à pm*tée de Im plus stricte surreillance; d^ailleur^ le port est bon et sûr; tandis qu^à Taganrog, le port n^est qu^Une rade ouverte , et que plusieurs vaisseaux sont obligés de faire quarantaine à i5 verst de la côte, la mer étant si peu profonde que les vais^ seaux ne peuvent Paborder de plus près, et que les chargements doivent se £ûre péniblement au mojén de bateaux*
En i834f Pexécution du nouvel ordre de choses nWait pas Picore exercé son influence d^une manière sensible sur le conunerce de Kertche. Cette ville, placée a Pextrémité de la presqu^ile n^a aucun débouché dans la Crimée^ et les Tatares de la presqu^île ne hvrent rien jusqu'à présent à Texportation. La consommation de là Crimée serait même plus considérable, que Kertche n^ serait pour rien. Eupatorie et Théodosie lui seront toujours préférés* La destinée
*- ai —
àé Keflché est de devenir le grand entrepdl du lîÉdi èe la Kossîe, par Taganrag et par le Doti^ et ëelui du nord du Caucase par le Kouban.
ilfalbëureusement le dépit des négociants dé Thëodosie et de T^aganrog tes empêche de voir les fruits qu^il^ peuVent retirer de cette nourelle organisation ^ et d^établir des comptoirs à K.ert*^ ehe^ Ceux de Taganrog luttent et espèrent foi*-* eet^ le gouvernement à remettre les choses sur Fanoien {dfd^ ce qui est impossible» Taganrog consérréra toujours Tentrepôt du commerce de la Sibérie, des bois, du fer, du blé; mais cette ville n^aura jamais un port ni une bonne quarantaine*
En i834f l^on comptait quHl arrivait annuellement à Kertche directement, ou avec destination pour la Mer d^Azof, 4^0 bâtiments; le cabotage comptait cinq cents arrivées et six cents départs.
La branche d^industrie la plus en vogue est la pèche : on prépare au printemps jusqu'à deux millions de harengs, qu^on exporte en grande partie dans le midi de la Russie. La pèche des esturgeons et la préparation du caviar sont une grande branche de revenu «
Un autre article qui entre dans la commerce de Kertche est le sel, dont on exporte annuellement 80,000 quintaux tirés des lacs d^Opouk et de Tchokrak : il est destiné à la Russie méri*^
dioBale. Oo a le projet d'en établk des .entrepôts à Bérédiansk au nord de la Mer d^Azof, et d^ prendre en retour les blés • de la petite Aussie; car le pa;y sali qui yienl à Tide chercher du seli» sera bien content de pouvoir gagner quelque chose en amenant le blé; cela nç lui coûtera qu'Hun détour d'une centaine de versl, au lieu d'aller à Tonki. Les négociants de Kertche auront ainsi des magasins de blé pour les chargements des vaisseaux dont les deux tiers Tiennent sUr lest ; les capitaines trouveront un grand avantage à prendre leur cargaison à Kertche plutôt que d'aller à TagfinrDg, d'autant plus que ce blé ne reviendra pas plus cher aux négociants de Kertche que celui de Taganrog.
En 1787, avant la prise de possession de la Russie , Peyssonel estimait la population de Kertche de 3à4)000 âmes. E[le a diminué con-» sidérablement depuis. Aujourd'hui Kertche et lénikalé ont ensemble 2,820 habitants répartis dans 682 maisons.
Vu son inutilité, on a démoli la fprteresse qui a été remplacée par une grande place formant im polygone régulier; elle est bordée tout autour par une rangée d'arcades qui permettent une libre circulation à couvert, en temps de pluie.
Il n'est resté qu'une tour qu'on a ménagée près du rivage^ comme seul témoin du monument qu'avadt érigé le moyen-âge.
— ii3 -
L^ancienne église que renfermait la forteresse $e. trouve en dehors du plan de la place. Ce temple peut passer pour Fun des plus rares monuments de Kertche, tant il est antique : il mé* rite une petite description pour les amateurs dVchitecture sacrée (i).
Le plan de Péglise est une croix dont l^s transepts sont très-courts, et dont par conséquent les bas-côlés sont très-étroits^ Ce n*est pas la croix grecque proprement dite. Le centre de la croix est éclairé par une coupole trèsélevée. Quatre colonnes de marbre imitant Toi"dre corinthien, disposées en carré rjéguUer, la supportent; leurs bases avec une partie du fût sont enfouies sous le niveau du pavé ; près de terre, elles ont i pied | de diamètre : Tespace qui les sépare est de 12 pieds. Sur la tète de chaque colonne s^élève un pilier carré, deux fois plus haut que la colonne qui, avec son château, n^a que lo pieds j d^élévation au-dessus du sol.
Ces quatre lourds piliers,, qui semblent écraser les quatre minces colonnes, contrebutent les arcades en plein cinire et les pendantifs qui portent la haute coupole éclairée par huit fenêtres.
On ne peut rien* voii* de fikns nombre et de
(i)Mon Voyage, t. I, p.^o^*
plus étroit que rintérieur de ce temple qui semble aller chercher aux cieux sa lumière : il existe entré les mesures de plan et d^élévaûon une telle disproportion, qu'on peut dire qu'elle est d'un tiers en comparaison de Pitzounda*
Telle est la description du plus ancien temple byzantin de la Crimée : la date de sa fondation est gravée sur une des colonnes; elle est de Tan 6225 d'Adam (767 de J.-C.)-
L'architecture dégénérée sous les Justiniens et ses successeurs, en s'éloignant de plus en plus des beaux modèles de la Grèce , s'était créé im nouveau style d'architecture sacrée en rapport avec les besoins du christianisme, et par conséquent toujours moins semblable : aux anciens édifices grecs. Ce style nouveau, originaire de Constautinof^le, prit le nom de byzantin : tous les pays qui bordaient la Mer Noire l'imitèrent. La coupole devint nécessaire au culte, et sa lumière éclairant la table des agapes ou l'autel, semblait la lumière divine qui descendait du ciel. La coupole primitive fut très-étroite et n'eut rien de hardi que sa hauteur; témoin le dôme d'Etchmiadzin, le plus ancien temple chrétien que je connaisse.
Adopta-t-on d'abord là colonne pour supporter la coupole , on y eut-il passage eu faisant usage du pilier carré plus lourd, plus solide? Les églises d'Etchmiadzin, de Ste.-Ripsimé*à Vagar-
chabad, dePhzounda, de Nakolakévi, etc., qui datent des quatrième, cinquième et sixième siècles, sCTdblfiBt prouver en faveur de cette seconde hypolhèse.
Mais, bientôt devenu plus hardi, on remplaça le pilier par la colonne qu'on emprunta à quelques raines de temple grec. On purifia ces monuments du paganisme en taillant des croix sur les fûts, sur les chapiteaux; on imita ce singuher mélange lûriqaVm construisit une nouvelle église; toutefois, on le fit si grossièrement, qtfà peine put-on bientôt reconnaître Tordre qu^on avait voulu imiter an milieu des croix quW avait prodiguées sur les faces et sur les angles.
Ainsi prit naissance le style byzantin ; la Crimée, si voisine de Ck>nstantinople, fut des plus influencées par ce style, et il n^est pas de ruines où Ton n'en retrouve des traces. J^en ai déjà signalé des fragments qui appartenaient vraisemblablement à Phanagorie et à Taman. Nous verrons plus tard toutes les églises de Kherson bâties dans ce style, de même que celles d'Aïthodor, d^Aïoudagh. Kertche en eut plusieurs : j^ai remarqué parmi les morceaux de marbre qui sont déposés dans le musée de Kértche, un chapiteau ionique, portant ime croix sur l'abaque, d^un mauvais travail , et un autre chapiteau corinthien à\\n assez mauvais goût, avec deux
— ii6 — croix sur les faces ; voilà dqà les indices certains de deux autres églises.
Le marbre qui fut en Togue à cette époque est d^«n grain saccharoïde; il est blanc, rabanûé de bleu, par grandes bande*- J'ignore où pouvait en être la carrière qui u» devait pas élE© éloignée de Ckjnstantinople; Il paraît même qu'il y avait à cette carrière une fabrique en grand de colonnes et d'ornements que Ton exportait dans tout le pourtour de la Mer Noire : car j'm remarqué que c'est principalement dans tous les ports de mer célèbres à cette époque, que l'on trouve des' traces d'égliseâ ornées de ce marbre.
Celui qui fut en usage avant la fondation de Constantinople était différent ; les deux espèces les plus usitées étaient le marbre blanc de Paros, dont on voit dès fragments qui appartiennent à tous les siècles, inscriptions, lions , tombeaux, et le marbre brouillé de bleu ou de gris et de blanc, le cipolino des Italiens (i). Cette dernière espèce eut un usage plus restreint que la première. Je n'ai vu, parmi les inscriptions d'Olbia, aucun monument decemai'bre; les Boristhéniles se servirent d\m marbre blanc ou d^un marbï*e gris. Le marbre brouillé de bleu , de blanc, de gris^ senAIe avoir été exclusive-
(i) Qarke, F^age^ etc. l, 546 j éd. franc.
ment en usage dans le Bosphore j on Ta adoplé pour la majeure pai'tie des inscrlplions des Pairisades, des Leucon, des Spartocus. Les marbres de la résidence de Skilouros, près de Simféropol, soaLaussi de celte espèce.
Plus lard, sous la dominalion romaine, le marbre blanc eut le dessus sans faire oublier complétemenl Tautre. Alors 1^ marbre blanc rubanné de bleu prit la vogue, et après la cqns^ truclion de Constanlinople et rétablissement du ebristianisme sur les cotes de la Mer Noire, il devint presque exclusif. Ce nW point qu^on nç Tait pas connu plus tôt, par il était déjà employé longtemps auparavant jpomme le prouva un^ inscription dp règne de ^airisade |I,
Pour ^p reyenir à Téglise de Kertcjbe et en terminer la description, j^ajouterai que son portique arec la tribune, Q^a que la largeur de la grande nef et qu^il est ouvert de trois côtés par de baules arcades. La tril^une eçt éclairjép pi^r une graii/^e fenêtre jparrée^
Je ne puis certifier que Péglise n^ait pas subi quelque changement depuis sa fondation; il faudrait Tétudier plus à loisir que je n'ai pu le faire, occupé tout entier conmie je Tétais par les souvenirs de ^antiçapée, qui sont venus prendre place jusque sur les murs du temple où Ton en a scellé plusieurs pour les sauver de la destruc* lion. Pallas les a publiés.
— 118 -^ Non^seulement on a élevé le pavé de TégUse, qui cache les bases des colooneé, Biais on a ét^ obligé de pratiquer plusieurs degrés pour descendre à la porte latéi*ale du nord^ c^est le sort de tous les anciens édifices qui ont.»i braver les siècles, mais qui n'ont pu échapper aux envahissements des décombres. Des morceaux de soubassement et de frise en marbre servent de degrés,
Pantlcapée.
M. Mouraviev Apostol (i) a déjà démontré combien était absurde Vidée de Pallas de transporter les ruines de Panticapée du côté de lénikalë. La description que Strabon donne de sa position est si claire qu'on ne peut s'y méprendre. C'était une longue montagne dont le fond d'une baie du Bosphore baignait le pied. La tradition lui a conservé le nom de montagne de Mithridate. La ville, bâtie sur l'extrénMté de la montagne, était étagée tout autour de sa croupe en demi-cercle dont les deux bouts se prolongeaient sur les flancs (2).
La sommité la plus élevée et la plus rapprochée de la mer était occupée par l'acropolis disposée
(1) Beise durch Taiirien, 1820, p. ao6.
(2) Voyez le plan de Panticapée, Atlas , P* série, pi. 3.
— iig —
en polygone irrégulier ^ dont remplacement se reconnaît parfaitement aux fossés et même à quelques parties des murailles construites eç gros quartiers de calcaire de Kertche.
A Facropolis é'ait adossée la Tille fortifiée en forme de carré long dont Facropolis occupait Fangle S, E.
La muraille dans son circuit n^embrassait que le sommet et le \ersant septentrional de la montagne de Mitbridate. Le côté méridional ne paraît pas avoir été jamais fortifié, quoiqu'on y trouve des traces nombreuses de fondations d'^édifices. Une des faces, loi^ue de 2^0 toises, partant de Facropolis et suivant les irrégularités du bord méridional du faîte de la montagne, défendait la ville au sud. Un fossé ajoutait encore à la force naturelle de U muraille :
il se prolongeait autour de Facropolis ; mais entre elle et la ville, il n'y avait quW mur sans fossé.
A Fangle 3* 0« prenait naissance la jiluraiJle de Fouest, aussi longue que la première. Après avoir traversé le, sommet de la montagne, elle descendait jusqu'au fond de la vallée. Le troi-^ sièmecôté, celui du nord, perpendiculaire au second , longeait le bas-fond , en se dirigeant vers le port qui était compris en partie dans les fortifications par la quatrième muraille de Fest, Celle-ci descendait de Facropolis en biai-
— lao —
sant par une peûte roide, et allait sans doute aboutir au mole dont M, Stenipkovsky a fait mesurer sous la glace le tronçon qui n'est pas encore ensablé^ e|; qui a 160 sagènes de long (i).
Il est probable qu'à Tépoque où Panticapée avait la forme que je viens d'indiquep, la baie se prolongeait beaucoup plus avant dans lès terres. Sans parler de la disposition des groupes de tumulus qui semblent faire cercle autour de l'ancienne baie, il n'y a qu'à voir les attérissements du sol, sa nature fangeuse et limoneuse, son niveau qui est presque l'égal de celui de 1^ mer, et l'absence de toutes constructions sur cet espace, pour croire la chose très -possible,
D'ailleurt Igi baie de Kertche ne peut pas ayoîr été plus privilégiée que toutes les autres baies du Bosphore, et que celle , entre autres, qui, au sîid de la montagne de Mithridate, formait vm' second port, dont il ne reste aujourd'hui qu'un lac salé, qu'une plage couverte de Pega^ num hafmala , et qu'une large barre de sable,
(1) Strabon , liv. VU } <lit '- « La yille de Panticapée est une colline habitée tout autour dans une circonférence de dO stades. Celle ville possède à l'est un port et une rade, aiRec des arsenaux d^ marine (vseapwt, où !*on conservait les vaisseaux à sec avec leurs agrès ) po^r trente vaisseaux. Elle est défendue par une acropolis fondée par les Milé^iens. » On voit qu'il fait la distinction du port fortifié et de la rade ouverte.
.que la mer envahit dans ses touiiiientes , refou-? lant ses oncles par-dessus jusque dans le lac. L'on peul donc dire que dans Tantiquité la montagne de Panticapée était baignée de trois côtés par la mer. *.
Telles étaient Paerppolis et la ville fortifiée /du temps des colons milésiens^ des rois Leuconides et des successeurs de Mithridate. Le principal faubourg s'étendait depuis le môle , le long de la mer , au pied de la montagne, jusqu'au port du sud.
Au milieu des immenses tas de débris qui couvrent l'enceinte antique de la ville, l'on voit encore les traces des principales rues qui aboutissaient aux principales portes de la ville. Il serait impossible de distinguer au milieu dbs décombreis , un seul indice un peu complet d'un bâtiment. Des fouilles largement entreprises pourront seules permettre de retrouver les palais de Panticapée.
Parmi les rues, l'une des plus reconuaissables est celle qui menait du port à l'acropoHs où: elle aboutissait à la porte priiK^ipale et, je crois, unique de la forteresse.
En examinant attentivement la place qu'elle occupait et qui ne prenait qu'une face de 45 pas de long du polygone irrégulier, il m'est venu dans l'idée que les médailles de T. JF. Reskouporis qui représentent une porte de ville en
— taa — -
plein cintre avec deux tours couronnées de trois créneaux, pourraient bien n^étre que le dessin de cette entrée que ce roi fit peut-être reconstruire. J^ai confronté le dessin avec le plan des localités, et il se trouve que tout correspond jusqu^aux détails de la distribution. Car en^ observant bien la porte, on voit qu^elle ji^étain pas pratiquée au milieu de ce côté du polygone^ mais plus à droite, de façon que le côté gauche offrait plus d^espace; c^est ce qu^on remarque aussi sur les dessins de plusieurs médailles, qui, outre la tour^ offrent encore le prolongement et fangle de la muraille , ce qu^oa ne voit jamais à droite où la tour manque quekpiefois (i).
Au reste, voici qi^lques chiffres qui expliqueront.ma pensée.
, Longueur du côté du polygone, loo pieds. — ^ngli^de lamuraille, 20 pieds.— Tour, 3o pied^. Porte, 20 pieds. — Tour, 3o pieds.
Passé la porte de Tacropolis , la rue se prolongeait tout au travers, en se repliant sur ellemême pour ménager la pente et menait directe-^ ment au pied du fie à polypiers qu^on appelle
(1) Je possède deux médailles de T. J. Reskoupori^ avec ce type : M. de Koeppen , Nàrd-Gestade des Pontus , en a publié une, PL I, fig. 2 et 3^Ôn voit sur te porte du revers de celle de M. de Koeppen , une statue équestre , dont on retrouverait peut-être des fragments si elle était en marbre.
Fauteuil de Miihridaie^ et qui occupe la partie la plus elerée de la forteresse. La base est en<terrée sons des tas de décombres : tout le rocher a été taillé (i); mais cVst à la &ce qui regarde Pouesl qu^on avait mis le plus de soin. On y avait excavé une niche de 8 pieds de large, avec des degrés, pour y pkcer sans doute une statue : c^est à cela qu^on a donné improprement le nom de Fauteuil.
Au reste , il parait que le rocher n^était qu^une partie d^un antique édifice dans, lequel on Tâvait compris; on en reconnaît la forme par les Ibn^ dirions de murailles qui Tentourent par FO., le ]^. et le S.
Si j^attribue une destination religieuse à ce . monument, je suis justifié par ifis fouilles que M. de Soassi a entneprises au pied du rocher, en suivant les indipes de la rue principale ; c^est là quHl a trouvé le beau torse de la statue d^ Cybèle de grandeiur colossale, en marbre blanc avec des bandes bleuâtres, Tun des plus beaus^ ornements du musée auquel M. de Scassi en a &it don, Des ôîses et des corniches en maii>re viennent de la même fouille.
J^ai dit plus haut que Cybèle^ Rhéa^ jàstarté^ A^tara^ Vénus Uranie jipaturierme ^ n^étaient que différents noms de la même divinité, qui
(0 Voyez titre de la IV série.
parait avoir été apportée sur. 1rs rives da Bosphore par les colons de Torient et que trouvèrent les colom milésiens qui Fadorèrent à Panticapée 30US le nom de M ère phrygienne (prnrEp ypuyuz), i^omiae on le voit dans Tinscription suivante (i). « Sous le règne de Pairisade, fils de Spartocus^ Ëstiaia ,. fille de Ménodore , pré tresse , a érigé (cette statue) à la Mère phrygienne, n Cette inscription, gravée sur un grand cube de noarbre bj^ouillé de gris, de bleu et de blanc^ semât de a84 ans avant J.r-C, époque à laquelle Pairi** sade II monta sur le trône du Bo^hore.
Les poloQS milésiens trouvèrent peut- être déjà un temple ou une chapelle de cette déesse sur le sommet de la moi^gne , et ils continuèrent deÀ^j adorer. Cem était. dans les mœurs, et les acropolitr n^étaient, à dire vrai,' que les murailles qui défendaient le palladium, la divi^ nité protectrice du pays, dont le temple inspirait au loin le respect.
On ne voit pas la tète de Cybèle sur les monnaies de la ville de Panticapée , mais bien sur celles de plusieurs rois, entr^autres de Reskouporis F', de Mithridate III , de sa femme Ghépaipyris, et de T. J. Reskouporis : les numismates lui donnent le nom à^jistarté ou dijàsteura^
(i) £lle a étë trouvée à Kertche pendant rautomne de i833.
— ia5 — qui est, comme je Tai dit, synonyme deCybèle.
Je crois que c^est encore à Cyl>èle qu^il faut rapporter IHnscription suivante , de plus de 5oo ans postérieure à la première (i). ^ Chres* tion, fils et petit-fils de Sala ^ princeps (dignité romiaine), a élevé cette statue en ex-^oto à fei déesise Vénus Uranie Apaturie , la passionnée ( (ttÔiKjT) ), l\in ^A<p ( 539 ) du Bosphore (242 de J.-C), au mois xandique. )> Elle dale donc du règne de Reskoûparis IV , qui vécut du temps de Tempereur Goi^dien.
Je ti^ sais si c^est à là mékne divinité qu^il faut attribuer deux autres inscï^iplioas trouvées à Kertche, et où il n^est fait mehtion que de Vénus sans autre épithète* L\me est de « Eisias, fils de Léloptixo3 de Qy^aiite , qui érige une statue à Vénus («(ppdSttT)) sur le tombeau <le son frère Pfarasidème (2^).> Elle est sur un piédestal de marbre blanc. Loutre ne contient que ces mots: « Aristiou, fils d^Aristophon , à Vénus («(ppodcTY)) (3), » gravés sur un grand piédestal
(1) Trouvée à Kertcbe en 1827, gravée sur un socle dé marbre blanc rubanné de bleu, long de 2 pieds 3 pouces, haut de 5 pouces. Publiée par Mk Boeckh , Corpus Ins-' crip. n** 2109, 1^.
(2) Publiée par BoecLh, /. en** a 108, g» Les] leUret sont de Tépoque des Pairisades^ mais mal gravées.
(3) Publiée par Waxel , n» i4, et par Pallas. Elle a été transportée à Taman où je Tai vue.
où Ton avait mémigé un grand ereux pour j placer la base de la statue.
Selon toute vraisemblance ^ les colcHis milédens avaient associé, à la Mère {dbry^enae^ dans Tacropolîs, le culte d\ine divinité qu^ils afvai^l apporté avec eux, celui de Céres Tkes^ mophore ou Législatrice^ la déesse des mystères d'Eleusis. Cest ce qui paraît par la moitié d^ua autel circulaire de Cérès, qui a aussi été trouvée par M. de Scassi dans ses fouilles de Pacropolis, et qu^il a donnée au musée de Kertche , où j^ai relevé le dessin publié dans mon Allas (i). Je reviendrai sur ce monument en parlant des vases tumulaires de Panticapée. Je ne citerai qu^une inscription qui prouve que Cérès avait un temple à Panticapée . : quoique mutilée , on y lit : <c ..... , femme de Démosthènes , a mgé ce monument à Démêler Thémophore ^ sous Parchon tat de Spartocus, fils d^£umêle (2) . »
(1) Voyez Atlas, 1V« série, pi. XVII, fig. i .
(2) CeUe inscription a été trouvée à Kertche, dans Tété de 1824* poi* ^- ^6 Blarembergqui i*a donnée au Musée. J'ignore si elle provient de ses fouilles sur le soi de Tacropolis. Elle est gravée sur un socle de marbre brouillé de bleu, de gris et de blanc , long de i pied 2 pouces, haut de 7 pouces. Elle a été publiée par Boeckh , Corp. inscr. n° 2106. J'aurais pu ajouter une seconde inscription , si son origine était certaine. Koehler prétend qu'elle a été trouvée à Kertche, el M. de Kopppea dit qu'elle vient
Ce Spartocus IV, père de Pairisade II , régnait de 3o4 à 284 avant J,-C.
LHntérieur de Facropolis, qài avait 100 toi* ses dans tous les sens , permettait facilement Férection des deux sanctuaires de Cybèle et de Cérès , et il restait encore assez de place pour y loger des prêtres, une garnison, et pour y construire un palais à Mithridate, qui est venu y mourir. L'acropolis d^ Athènes n^offrait guère plus de place que celle de Panticapée«
Le plateau de la montagne renfermé dans les murailles de la ville a été aussi décoré de palais et peut-être de temples , car plusieurs rochers à polypiers qui sont semés çà et là ont été taillés comme le Fauteuil de Mithridate. Les inscriptions et les médailles de Panticapée nous révèlent d^ailleurs plusieurs autres culles à côté de ceux de Cybèle et de Cérès.
L^anthologie parle d'un temple îTEsculape où Ton conservait le vase d'airain qu\ine gelée rigoureuse , éprouvée sur le Bosphore , fit
d'Anapa, Nordg, des Pont. p. 7 7 '5 quoi qu'il en soit, la voici : « AristODique, prêtresse de Déméter (Cérès), fille de Xénocrite, en Thonneur de sa propre fille Démétries y a érigé (ceUe statue) à Pc/we/tfr. » Elle est gravée sur un piédestal marqué d'un enfoncement pour porter une statue. Publié par Boeckh , Corp. insc. n® aioS.
rompre subitement (i). Clarke suppose que ce iemple a été remplacé par Féglise grecque que j^ai décrite. On n'a retrouvé que la statue de ce dieu, en marbre de Paros, sans tête et passablement mutilée. JHgnore si c'est ce torse ou celui d'Hercule qui vient des fouilles de M. de Blaremberg sur le sol de Pacropolis, et qu'il a déposé au musée de Kertche.
Hercule^ qui paraît souvent avec se$ emblèmes sur les médailles de la ville de Panticapée, y avait aussi un temple ; le torSe de la statue a été retrouvé et déposé au musée;
Une inscription fait présumer que T* J. Sau— romates avait placé une statué dans le temple de Mars (2).
Une autre inscription parle de Bacchus :
« Sous le règne de Spartocus, fils de Pairisade, ^glaas , fils d'Hercule^ à Bacchus ( Dionysius) 1^3). iy
(^\') Anthéio^ia Srunck, vol. II, p. a34, et Clarke, Voyage y II, p. 27, éd. fr.
(2) Trouvée à Kertche en 1 828 . Boeckh. C, L n'* 2 1 08, b,
(3) Trouvée en i833 à Kertche j gravée sur une base en calcaire moellon , de 2 pieds de long , de t o pouces de haut, avec un i^reux pour y placer une statue : elle n'a été publiée que dans le n*» io3 ,'i835 , de la Gazette Allemande de Saint-'Pétersbourg, et indique le règne d'un noi^ veau roi Spartocus , fils de Pairisade ( II ? ) qui n'est pas dans la liste des rois du Bosphore.
Deux monuments, érigés sur des tombeaux, font mention de deux autres divinités , Diane élEphese et la Peur. Sur le premier on lit :
« Koir-os a érigé (cette statue) sur
le tombeau de sa (ille Itie en Hionncur de Diane dEphese (apTefAe^r ccpedgcyjt), sous Paîrisades, archonte du Bosphore et de Theudosie, et roi des Sindes et de tous les Maéles (i). i> Le second porte : « Phanomaque a érigé cette statue à la Peur en expiation éternelle de la mort de son père, en Thonneur duquel il a terminé ce monument , sous Pairisades , archonte de tout le pays qui s^étend jusqu^aux sommités du Tauros (la chaîne taurique), et qui est limité par les montagnes du Caucase (2).»
Enfin, à juger des temples de Panticapée par les débris d^architecture que recèlent ses ruines, on peut s'*assurer qu^ils étaient nombreux. On voit au musée de Kertche :
1" Trois chapiteaux doriques , d^un beau
(1) Marbre brouillé de bleu et de blanc, longueur a pieds 3 pouces, hauteur 1 pied. Elle n*a pas été publiée, et date du règne de Pairisades !.• Elle a été U*ouvée à Kertche en i833.
(2) Marbre brouillé de bleu et de blanc, long de 2 pieds 6 pouces, haut de i pied 2 pouces , trouvé dans les ruines de Panticapée eu 1823. Boeckh, n° 2104. Cette inscription est une des plus explicites sur Tétendue de Tancien royaume du Bosphore.
travail, en marbre bleuâtre., et sans abaque.
d^ Deux chapiteaux aussi en marbre, d^un beau travail , provenant de pilastres d\>isire corinthien.
3** Une frise avec son architrave en mai4)re^ ornée de têtes de bœufs jointes par des guir^ landes de fleurs; la richesse des ornements et les pt*aportions sont de Tordre corinthien, et cistte frise de 2 pieds de haut a pu appartenir à tine colonnade de 12 à i3 pieds dVlévation, ce tjui n^annonce pas un très-grand édifice. Voyec Atlas, ni* série, archit, pi. 32 bis, fig. i .
4** Une autre frise avec son architrave, en Mafbre, mesurant 2 pieds \ en hauteur, est aussi du style corinthien^ et a pu appartenir à un temple un peu plus grand que le premier. La frise est ornée d^arabesques qui rappellent k maison carrée de Nîmes. Voyez Atlas, IIP série, pi. 32 bis, fig. 2.
5* Un fragment d^architrave de 2 pieds 1 pouce de haut, appartenant à un bâtiment d'(Mrdre ionique, annoncerait un édifice de propoiHions très-considérables, ayant une cotonnade de plus de 3o pieds d^élévation. Même planche, fig. 3.
6** Une série d^oves et de dards, fragment qui indiquerait un bâtiment de proportions gigantesques. Même planche, fig. 5.
Chacun de ces fragments peut avoir appar-
~ i3t — tenu à un temple différent , et aucun ne provient d^édifice ou de temple dirétieti.
Je ne sais de quelle manière les habitants de Pacropolis se procuraient de Teau : je n^ai plis Oiiï dire qu^on ait trouvé des traces d'^aquéduc ; dérailleurs, d^où aurait-on pu amener une source sur un point si élevé, relativement à la contrée d'^atentour? La ville basse était mieux abreuvée ^ on j avait amené du fond de la vallée 'des sources, qui sont peut-*-être celles qui ali* mentent encore les deux principales fontaines 4e Kertche. L^une, placée dans les anciennes limites des fortifications de Panticapée , à une hauteur absolue de 6 pieds au-dessus du niveau ée la baie , n^est pas loin de la place actuelle et du rivage^ Elle a été reconstruite par les Turcs avec des fragments de marbres antiques, et représente une grande niche du fottd de laquelle l^eafu s^écbappe (i). Une inscription iscellée à droite attire surtout les regards; elle 4est gravée Sur un mari>re blanc , et , malgré ses mutilations, témoigne que Sauromates Ili avait érigé lin monument en mémoire de son père Mithridale Eupator , Tan 489 du Basphore ( 162 de J.-C. ), le 4 du mois gorpaios {files
(1) Elle fournît en 24 heures 3720 pieds cubes anglais d'eau 5 sa hauteur absolue a été calculée par le gëuéial Potier, aiusi que celle de Fautive fontaine.
Macédoniens)(i). Uautre fontaine, placée dans le bas-fond au milieu des constructions modernes, est moins abondante .Quoiqu^à 225 toises du rivage de la mer, son niveau absolu n^est que de 2 f pieds anglais au-dessus de celui de la baie.
La porte principale de la ville , dirigée vers rinlérieur de la presqu^ile, coupait la muraille de Touest par le milieu. On se rendait par là à Nymphée , à Théodosie. Il est très-facile de reconnaître la place de cette porte à laquelle on arrivait, je pense, par un pont pratiqué sur le fossé profond qui longeait la muraille.
Au-delà du fossé, la route passait sur le talus extérieur qui n'est composé que de débris de poterie de tous les genres , et d^autres déblais dont les habitants de la ville se débarrassaient en les déposant ici.
A 120 toises de la porte, la route atteint une allée de tumulus qui la bordent irrégidièrement des deux côtés sur plusieurs rangs. Ce n^est jqu^à plus d'une versl (525 t.) qu'elle les quitte. Celte longue série de tombeaux m'a paru dater en grande partie de la fondation de la ville par les Milésiens. Je reviendrai là-dessus.
Plus tard, les demeures des morts prenant
(i) Publiée par M. de Stempkovsl^y, Journal d* Odessa, 1829, n^ 39. Boeckh, Corp, ins. n^ 21109 ^ c.
- i33 — p)tis «TextensioD ont envahi la montagne de Mithridate jusqu^à deux ou trois lieues de distance , et c^est là que sont les tombeaux des rois.^ Voa a semé aussi les tumulus sur l'autre côté du bas-fond , où ils forment trois grands groupes , dont le plus connu est celm qui s^étend du côté de la quarantaine actuelle* *
Une porte qtû était au-dessus de celle de Théodosie, menait à Dîa^ dans le voisinage de Kamouiche-Bouroune ; le chemin franchissait le sommet de la montagne par un col peu profond. Cette route, sur la hauteur, était bordée des lombes des habitants les moins aisés qui faisaient déposer leurs urnes et leurs cendres autour d'^un grand pic corrallique , élevé de a45 pieds au-dessus de la baie.
Telle était la Panticapée des Milésiens avec son- plan régulier.
Plus tard , au fur et à mesure que le fond de la baie se combla , que le bas -fond s'^agrandit et que Tespace qui séparait la montagne du port vint à .içmpiéter sur la mer, la population se porta sur un sol facile et abandonna Tancienne enceinte ; dVilleurs , lors de la conversion de Kertche au chrislianisme , dans le quatrième siècle, Ton vit ses rois disparaître et les hordes de barbares renverser les villes du Bosphore. La population fut réduite à peu de chose, et la Panticapée de Tempire d^Orieut ne fut qu^un^
— i34 — onilnre de ce qu^elle avait été. Dès qu^on eut assez, de place au bord de la mer^ on s^j fortifia, et Tacropolis milésienne et le sommet de la montagne 9 avec ses temples et ses palais, ser^ Tirent de cimetière. Triste métamorphose qui l'est perpétuée jusqu'à nosjom'S*
Les faits que je viens d'alléguer, ressortent ' d^autant mieux depuis les fouilles qu'on a faites pour asseoir les fondements de la chapelle mor^ lua're qui devait renfermer M. de Stempkov&ky . On avait choisi le point le plus élevé de Tacro-^ poUs dans le voisinage du Fauteuil de Mithri-* date, et m'y étant transporté en i834, je fus fort étonné de ne trouver que tombes et qu'os** semen4;s ou j'espérais voir des fondements de temple , des colonnes et des chapiteaux.
Jusqu'à une profondeur de 8 à lO pieds, je ne vis qu'un tas immense de décombres de tous genres, de terre rapportée mêlée de poterie dite étrusque, et de fragments de marbre, de pierres à bàlir et d'inscriptions. Au milieu de ce sçl l^ouveau se trouvaient une multitude de tombes entassées irrégulièrement les unes sur les autres et faites comme des caisses avec de minces plaques de calcaire tertiaire de Kertcfae, sciées avec un instrument. Les ossements étaient déposés dedans comme dans un cercueil; je n'ai tu aucun objet quelconque de prix ou même intéressant parmi lés ossements. Les chrétiens
m'aTaient pas Thabitude de déposer quelque choat auprès des corps dans les lombeaux.
Parmi les fi*aginents dHnscription qui étaient entassés pêle-mêle , je ne puis m^empêchev de €)ler celuÎH^i, gravé sur du calcaire de Kertche : en bt oes deuxmota mutilés ^ 2TMIA
Le Fauteuil de Mithridate, dans cette transir mutation de destinée , fut aussi enyahi par las tombeaux; car les Grecs n^alliaient jamais les temples avec les morts, qui souillaient les de? meures des dieux par leur voisinage. On ereuaa sur son sommet aplani une espèce de sareor pliage , semblable à ceux qu^on retrouve dans ies églises cryptes dUnkerraan, de Tépékermai^; sa longueur est de 7 ^ pieds , sa largeur de i ^ pied c. le côté de la tête , qui est celui de Foneat^ est taillé en demi«-cercle. La tombe était recouverte d^une grande dalle, et on y arrivait par ui^ escalier de dnq miches et de 2 pâeda de la^gr^ ^^U^ ^ws le flanc oiéridional. du ropher.
La i^idie devint peut-être alors Tafaside d^une petite chapelle chrétienne, lapt sa ferme rappelle ce que Von voit dfMis le^ autres églises cryptes de la Crimée , et si je ne craignais de blesser 1^ religion des admirateurs dç !^fit|J^i-' date, je serais porté à croire qu^elle nV ét4
— i36 ~ taillée que dans ce but-là, et qu^elle ne remonte psfs même au héros qui lui a donné son nom* C^est ce que des fouilles faites avec soin décideront. '
Les autres pics coralliques qui sont semés sur le sommet de la montagne dans Tintérieup de la ville ont eu le même sort que le Fauteuilj leurs sommités aplanies\*ecélaient deux ou trois, sarcophages semblables au premier^ tous ont été fouillés.
Un enfoncement circulaire nous avait fait croire que les habitants de la sommité de la montagne y avaient eu un puits : on fit des fouilles dans cet endroit, et au lieu d^un puits on trouva un grand sarcophage entier en marbre gris^ qu^on a déposé au musée , sans ornement quelconque et sans inscription ; je me suis de-*mandé si jamais les anciens Grecs avaient pu déroger à leurs anciennes lois , pour permettre d'ensevelir un mort dans Fenceinle de leurs murailles. Qu'ion Use la peine que Gycia, qui sauva Qierson de sa ruine , eut à obtenir cette faveur que le peuple voulait lui refuser après sa mort en violant une parole donnée (i). Ceci me fait supposer ou que le sarcophage est celui d'un chrétien, ou qu'il a été emprunté à une
(i) Constantin Porphyr. De Admin, Imp, c. Lllf^ p. aad, éd. £lz.
tombe antique pour servir de tombe à un chrétien ; il aura été amené sur le sommet de la montagne et déposé dans une excavation déjà toute préparée. Ce sarcophage ne renfermait que des ossements.
Tumulus de Panticapée. — Groupe de la porte de Théodosie (i).
Le tumulus, sur les rives du Bosphore, est essentiellement milésicn. J^ai déjà fait cette remarque sur la rive asiatique, où j^ai montré que les villes des Sindes n^offraient presque aucun monument de ce genre, tandis que Phanagorie, Képos, Kimmericiûn, reconnues par les auteurs comme colonies miWsiennes, en étaient ortiées de toutes parts.
On peut encore constater le même fait sur la rive d^Europe, où Panticapée^ Myrmehium^ Porthmion^ Nymphée^ villes milésiennes, se reconnaissent de loin à la foule de leurs tumulus, tandis que Kimmericum , aujourd'hui Opouk, et Cherson^ colonie d'Héraclée et par conséquent dorienne, n'en offrent pas un. Les villes des Taures sont dans le même cas, à l'exception
(i) Voyez : Plan de Panlicapée, carte du royaume du Bosphore. Le plan détaillé des tumulus de ce groupe est exact.
de b r^idence de Skilouros , près de SimCé— ropol, qui présente quelques iumulus ncm 1<h& de ses murailles.
On m^(^jectera que mon assertion porte à faux quant à Cherson y vu qn^aa Toit sur J^ Chersonèse héracléotique plusieurs tertres qu^on prendrait pour des tumulus. Je me suis donné la peine de Tériûer le fait , et je puis certifier que tous ce$ soi-disant tumulus, sans exception», ue sont que des auias de ruines d^ maisons de campagbe , de tours , ou d^nutres édific€|s : robjeclion tombe d^elle^méme.
Ainsi le tumulus eomme tombeau est Tapa^ nage des colonies ioniennes et ne Test poipi d^ D(H*iens^ Je ne sais jusqu^à^ quel point il &ul. poiitfser la conséqqence det;e fait, et s^l tifn( # des divergences dans les idées religieuse difç decr% peuples sur les morts. 11 serait intéressant de le Térii^er en Gièce oii dans d^autres colopî^ que celles de la Crimée. Fai|t-»il remonter ji^firqu^aujc origines de la nation grecque, qui fpnt descendre les Ioniens de^ Pélasges, et les Dorieps des Hellènes? Il çst certain que les Pélf^^fi^ Pont les auteurs des énormes tumulus qui r^couvr^t la Tbessalie, la Macédoine et TAlbanie. Sçcoq^ dément, le tumulus sur les rives du Bosphore est, à peu d^exceptioiis près, antérieur au christianisme.
Après ces deux remarques générales, je f9^m^
à la description des tombeaux de Panticapé^.
Cq que les ruines si maltraitées de cette ville n^oni pu nous révéler, peut-être Tapprendrona^ nous dans la demeure des morts que le scrupule des anciens nous a conservée intacte, et que la civilisation actuelle se permet de spolier. Pour nous , heureusement , ce n^est pa^ U soif de Tor , mais bien Pamour désintéressé de la science qui nous guide^ et qui nous iait apprécier autant la découverte du fer 9 du bronze, de la poterie informe , que celle des métau:( préicieux.
1> groupe deç tumulus de la porte de Théadosie est le plus ancien de la colonie miiésienne ; e^est ce qui paraît par la nature des objets qu^on y a trouvés, et surtout par la fca*me plus effacée des tumulus*
Cefi»t là que M- de ^arembergf en 1824, a dirigé ses fouilles, les plus aPciennes dont 0|i connaisse les résultats. Un catalogue qu'il a l$^^é au musée de Kertche , donne les détails des objets qu'il a trouvés spécialement dans quatre tumulus, nombre d'autres qu'il a ouverts n'ayant amena aucun résultat parce qu'on les avait spoliés antérieurement. Dans la plupart il trouva la tète entourée de feuilles d'or battu, dont il était d'usage de faire une couronne- Il ne découvrit dans aucun des vases d'initiation aux mystères de Cérès Thesmophore , quoique
plusieurs fiissent assez riches en ornements pré-^ cieux ; pour en donner une idée , je ne citerai que le détail de ce que lui offrit le tumulus n^ 3 (i), dont il fait, sans aucune preuTe valable, le tombeau d'aune femme du roi Eumêle.
i" Buste d'Isis en terre cuite, déposé au musée de Kertche.
2** Deux tourterelles de la même matière.
y Fragment en plâtre représentant Sérapis.
4* Fragment d'un grand collier en argent carbonate, terminé par deux têtes de lions (a).
5** Ornements en pâte vitreuse, imitant dèsgrains de verre et autres petits ornements de femme (3).
6* Différents fragments de fer oxidé:
7" Deux médailles en bronze, oxidées, du roi Eumêle (mort en 3o4 avant J.-C), ayant d'un côté la tête d'Apollon, et au revers un Priape vu de coté devant une branche de myrlhe.
8° Une paire de bracelets en or, artistement travaillés.
(♦) M. de Blaremberg avait relevé une carte où il avait indiqué la position de ses fouilles ; je n*ai pu me la pix>«curer.
(2) Ce collier était dans le genre de celui que j'ai fait dessiner, IV»? série, Archéol. pi. XXI.
(3) La planche 3i a, IV^série, offre des échantillons dfe ce9 ornements.
g"" Deux pendants d^oreille eil or, avec de petits Cupidons ornés de pierreries.
lo'' Deux bagues en or^ avec pHb*res unies convexes.
Il"* Autre bague en or avec pierre gravée^ figurant IVlinerve, d\in beau travail.
12® Epingle en or avec pierre, sur laquelle est grave un papillon.
iS*» Autre épingle en argent, fragmentée, enchâssant une petite pierre sur laquelle est gravée une tête.
i4'' Quatre pendants d^oreille en chalcédoine.
1 5° Sept différents grains en chalcédoine et en verre percés.
16'' Feuilles en or batfu.
17^ Lame dW appelée indication^ de forme ronde, offrant le type du revers d^une médaille connue, représentant le monogramme 1BAË, initiales du nom du roi Euméle.
Il me serait impossible de détailler oe que ceux qui ont fouillé après M. de Blaremberg ont pu trouver dans ce groupe de tumulus.
Seulement je sais que M. Karéïche avait porté son attention de ce côté en i834. Ses recherches avaient été couronnées par la découverte de quelques beaux vases étrusques avec des figures, et lors dé mon retour du Caucase, au mois de juillet de la même année, il me proposa de faire ouvrir encore quelques tumulus pour me don-
— l4*2 — ntr Sïu moins une idée de leur disposition intérieure. Il n'était pas facile de tenir parole , la plupart de ceux que nous examinâmes les uns après les autres ayant déjà été visités avant ootî^ ; il fallait une aussi grande habitude que celle de M, Karéïche pour tomber sans se tromper sur un tombeau intact.
Parmi ceux que nous ouvrîmes le i i juillet, deux m'ont paru mériter une description spéciale, non par les richesses qu'ils renfermaient, car nous n'y trouvâmes que • quelques petits va&es de peu de valeur, mais par leur disposition intérieure et par leur antiquité.
Le tertre du premier était à peine entîOre visible , et ses flancs effacés témoignaient déjà de sa haute antiquité (i). La tombe placée au cefttï^e du tumulus était simplement taillée dan^ le calcaire blanc tertiaire de Kertehe ; elle avait intérieurement près de 8 pieds de long, 3 \ pied^ et lat^é et 3 pieds de profondeur. De grandes dalles de calcaire coquillier de Kertehe en formaient le toit. On y avait déposé une famille de trois personnes dont leis têtes étaient tour-=nëes vers PE.
Au pied du tombeâiu, une amphore , dont j'ai donné les dimensions et la forme , IV" sérié,
(4) Vttyez pour suivre toa description , Atlas, IV* sëtity AiTihéol. pi. 19, 6g. &. PliEmet doupe datotiàbeau.
pU p^ fig. 8 et 9, était appuyée contre Fangle. £Ue avait été remplie de vin de Thasos , si je fis hk€a les lettres un peu singulièrement distribuées du cachet que le fabricant Aristodamu avait appliqué sur son ouvrage. Les lettres s&M du temps des Pairisades , c^est-à-dire du ^pjatriôme siècle avant notre ère* Il se trou*^ VMt à coté de Tampliore une coupe à deux anses (i), destinée aux libations et semMable à celle en or (2) du tombeau de Kouloba, «t à celle en bronze dont M. le colonel C. P. de fiosset a enrichi le musée de Neuchàtel et qui fient de Tile de Samé (Cépfaalcnie près dUtha^ que)« Dans la coupe, une main amie avait :dépo»sé utie petite fiole à parfum, que nous ^Ép^lods communément, à tort peut-^tre, •bcryiiQiatoire (3).
Nous trouvâmes encore iantour de ia tête 4i& la figw 3 deux autres fiches, avec un petit vase semblable à une salière (4) : je ne le remarque ^ue parce qu^il «st parJ&itemeint
^i) Marqué a* 6 ëar le plan du tombeau, et dMsiaé IV* série, pi. IX, fig. 4- Sa destination présumée parait ^mr un tombeau, IV^ série , pi. a6 , où une main détachée tient par Fanse une de ces coupes, dans le fronton du relief qui orne le tombeau.
(î) Voyefe IV' série, Ardiéol.;pl. ft3, fig. «.
(3) Même série , pi. 9 , fig. 1 et a.
(4) Même série, pi. 9 , fig. 5.
de k même forme et de la même gMndeûr que ceux que M. le colonel C. P. de Bosset a découverts dans le9 catacombes de Samé* Tous sont en terre dite étrusque , vernissée de noir (i).
Les débris d^tm grand laci-ymatoire , brisé sans doute en rouvrant la tombe pour y déposer un corps, étaient semés dans tous les coins du tombeau (2).
Nous ne trouvâmes en fait d^objets en métal que deux bagues en cuivre aux doigts du n*" t : le temps les avait tellement oxidées, qu'ail n^a élé possible de rien distinguer de ce qui aviût été gravé sur le chaton ovale.
La tombe que nous ouvrîmes le 8 juillet dif-^ ferait de la première en ce que le corps était couché la tête tournée vers VO. et les pieds à PE. Du reste elle était taillée de même dans le sol calcaire et recouverte d^une unique dalle de ipierre de Kertche sans trace d^inscription : on qvait entassé par-dessus à 4 ou 5 pieds dVpaisseur la terre du tumulus. Pour toutes richesses, nous trouvâmes cinq petits lacrymatoires dis— posés autour de la tête.
La fortune ne nous avait pas favorisés par la
(1) Musée de Neuchâtel 9 sous les n®^ 20 et ai »du don de M. le colonel C. P. de Bosset.
(2)lVesérie,pl. IX, fig. 1.
— i45 — découverte de quelques beaux vases antiques, qu'il m'aurait été intéressant de rencontrer et d'observer sur place à côté du mort.
Tumulus. — Groupe de la quarantaine de Kertcbe.
Ce second groupe, placé au-delà du bas-fond de Kerlche, sur la côte qui embrassait la baie au septentrion, prouve clairement, par sa position, qu'il est moins ancien que celui qui borde la voie de Théodosie. D'ailleurs les tumulus en général sont moins effacés et d'une forme plus colossale, et les constructions intérieures, avec les objets qu'elles renferment, rappellent une époque plus rapprochée de nous , et plus conforme à une civilisation plus avancée.
Les tumulus sont aussi traversés par une voie publique qui se ramiiSait en deux , la branche de droite se dirigeant sur Myrraekium , celle de gauche sur Porthmion. La plupart ont pour tombesr des caveaux murés plus ou moins considérables qui sont déjà une preuve de perfectionnement, à côté des tombes creusées dans le calcaire blanc du groupe de la porte de Théodosie.
La rage des fouilles s'est portée ici plus que partout ailleurs, 'et j'ai pu visiter à loisir et mesurer plusieurs caveaux ouverts et abandonnés dont j'ai donné les dessins.
Lç style le plus ancien parait dans celui qui esl représenté ÏV* série, archéol. pL iS^fîg. 6,7 et 8. Dans le cœur du tumulus 9 de niveau avec le sol d'alentour , une porte s'ouvre sur un vestibule de 8 pieds 4 pouces de long et de 6 pieds de large , avec une voûte égyptienne , dont i{]uatre assises de pierres en saillie formaient la hauteur. Figure 6. Une porte de 25 pouce$ ^e large sur 4 pieds, servait d'entrée au caveau funéraire placé dans une direction transversale au vestibule : la longueur entière du caveau était de 16 pieds 8 pouces , la largeur de 3 pieds et demi. Figure 7. Les murs étaient en quartiers de pierre de Kertche, sans ciment. La voûte plate n'était relevée que par un rang de pierres en saillie qui en diminuaieat la largeur.
Cette forme est la plus antique parmi les monuments de Kertche et précède de beaucoup la forme cintrée qui date des Romains et qui fut employée pour plusieurs tombeaux ; on en trouvera les proportions IV* série, pi. 19, fig. !•
Un vestibule A, de lo pieds de large sur 7 de profondeur, servait naturellement de première pièce; il manque rarement. Une corniche élégante qui en couronnait les murailles, servait d'imposte à la voûte en plein ointre. On avait pratiqué dans la paroi du fond deux ouvertures B B, espèces de portes très - basses d^
2 pîedâ io polices de large el de 3 ^ pieds de haut, qui menaient dans deux caveaux étroits CC Toutes en plein cintre : on avait fait usage ici de maçùonerie. Dans Fun des caveaux je vis un sarcophage mutilé, en pierre de Kertche ; Tautre était vide.
On peut juger de sa position dans ie voisinage de la Quarantaine par la vue de Kertche, IP série, pi. 4^1 dessinée du pied de ce tumulus qui occupe une partie du premier plan.
J^gnore ce que Ton a trouvé dans Tun et dans Tautre de ces tombeaux, que je donne pour modèles dHntérieur de la plupart des tumulus du groupe de la Quarantaine.
Le torse d'une statue en pierre de Kertche, que les ouvriers avaient jeté de côté , parce que ce n'étût pas un métal précieux , sans doute , gisait près du dernier, à Tentrée d^une voûte égyptienne. Malgré ses formes grossières (i) qu^on a peine à expliquer, ce torse méritait quelque attention, parce que c^était le seul fragment de ce genre qu^on eût trouvé dans un tombeau. A ma prière, M. de Stemkovspky Ta fait transporter au musée.
. Le nombre des caveaux d'un tumulus est illimité : Ton en trouva trois en perçant Fun de ceux qui gênaient la nouvelle route de lénikalé :
(i) AOas » lY* $éne , pi. i6 , fig. 4-
— i48 — sa forme très-effacée ne faisait guère supposerla rencontre d^objets précieux. Les deux premiers caveaux étaient des tombes d^hommes^ suffisamment désignées par deux épées rouillées et un fer de lance. Dans le troisième reposait le squelette d^une femme avec une couronne de feuilles de laurier rose sur la tète; Pun des hommes était pareillement couronné. Les autres objets tenaient tous à la parure d^une dame de qualité; on y retrouva deux boucles d^oreille en or, de 2 pouces de long. Un collier en filigrane, large d^un pouce, dont lé bord inférieur était garni de pointes en forme de lances; deux fibules (Brustnadel) en or, de 4 pouces de long avec des têtes; Tune était munie de trois petites chaînettes en or; une grande bulla^ comme agrafe de ceinture, sur laquelle une tête de Mercure. Outre cela, beaucoup de plaquettes en or qui s'étaient détachées des habits tombés en poussière, et sur lesquelles on avait frappé en bosse des feuilles de vigne et des grappes de raisin. Des perles en or, les plus grandes de la grosseur d^un pois à facettes, et de petits tubes percés en or, séparés par de petites fleurs dont Fémail était tombé, formaient des colliers de plusieurs rangs. Aux doigts, deux bagues en or, Tune très-massive avec une caruiole, sur laquelle était une tête; Fautre aussi avec une carniole mobile représentant un
Son couché. Une troisième carniole avec rimage de deux hiboux fut trouvée isolée; la monture avait disparu. On avait déposé à côté du corps une monnaie en or de Philippe de Macédoine ; un miroir en métal oxidé ; une urne en argile de 2 pieds de haut ; un vase peu profond en argile de i ~ pied de diamèlre avec le couvercle; une flûte d'os dont il n'était resté qu'un fragment (i).
A la même époque (2), Ton fit une seconde découverte, due pareillement au hasard ; à côté du troisième caveau , on en trouva un quatrième semblable aux autres, dans lequel étaient déposées deux grandes urnes étrusques et une amphore autour de la tète du mort, qui était couronnée d'une couronne de laurier en or.
Avec cela^ deux colliers, des boucles d'oreille précieuses et une monnaie en or : d'un côté la tête du roi Philippe , et de l'autre une Victoire ailée avec la légende jSaSAeeaç «prAcirtrou (3).
La découverte de ces deux tombes si riches ayant excité l'ardeur des fouilleurs , on ouvrit successivement onze autres tumulus dans les-quels on ne trouva rien^ parce qu'ils avaient été
(1 ) Al/g.Siaatszeùung y iS3iyU** 34i . Le comte Vorontiof ' a ordonné d*expédier ces objets à St-Pétersbourg.
(a) Jlig. Siaaiszeitungj i835, n® 8.
(3) £lle est d'un des Philippe qui ont régné aprè& Alexandre-le-Grand;
déjà pillés : le douzième seulement renfermait quelques vases étrusques, des bagues, de& boucles dWeille en or, etc.; mais rien qui pukse en fixer Pépoquê (i)«
ËnjSn je citerai encore Une dernière fouille due pareillement au hasard , mais de ^ à sept ans antérieure à ces dernières.
£n extrayant de la terre glaise des flaiKSS d^un tumulus , on arriva tout à coup à un csh-veau qui enrichit le musée de Kertche à^urt bon nombre de figurines en terre cuite, rmnarquables par la grossièreté des formes etdu travail des bras : le dos aplati, fendu ou troué était disposé pour qu^on pût suspendre la figurine par des clous a la muraille du caveau. M. le gouverneur StempkovsLy , en voyant ce caveati sur le bord du tumulus, supposa qu^il devait y avoir quelque chose de mieux dans le centre^ et il fit continuer les fouilles. Déjà il avait dé* pensé 75 francs et il commençait à se rebuter^ qu^nd M. Dubrux Tengagea à aller jusqu^à ioo francs. Avant d^avoir dépensé cette somme on était arrivé à un nouveau caveau^ où nageaient dans Teau deux vases étrusques d''un grand intérêt ; Pun représentant la procession d'un taureau, et Tautre la mort de Priam avec des figures en relief.
(2) Âiig, Staatsteitungy i835, n® 74.
— iSi — Telles sont lè$ fouiller pHncipalès constatées^ parmi le groupé de la Quarantaine. On y en a fait nombre d^autres dont il serait impossible de rendre compte ; niais toutes celtes qui ont eti des résultats ont enrichi plus ou moins les collections des amateurs, et la plupart des beaux vases étrusques de Panticapée viennent de là. Aussi je crois que c'est le moment d'eii dire quelques mots : ce sujet a été jusqu'à présent si vaguement traité, et néaniiioinis il touche de si près aux dogmes les plus mystérieux et les plus importants de la religion païenne, qu'il impoirtè de s'en occuper.
Yases étrusqaes de Panticapée.
Il est sans doute intéressant dé rëtroiiver ^squé sur les rives dû Bosphore Cimmérieh ces t'asëS que leuf* première apparition en Italie a ^t attribuer aux Etrusques et que d'après eux rôti a nommée vases étrusques. Ces vases, en terré sigillée rouge, d'un grain très-fin étd'urie légèreté remarquable, étaient enduits d'iA i^erhis brillant appliqué au moyen d'un procédé par lequel on ménageait Sur lé fond rôuge àé& dessins de tous genres, scènes religieuses, scënéis guerrières, allégories, fruits, guirlandes, ^brttbéSqnes , etc.
Mais bientôt Ton apprit que la grande Grèce était une mine encore plus féconde que le pays des Etrusques» et les collections de Naples, du Vatican y de Berlin prouvèrent sans réplique que Fart sigillé était aussi bien grec qu^étrusque*
Puis le champ des découvertes s^agrandis-ssant, Ton a reconnu enfin que partout où la Grèce avait porté sa civilisation et ses colonies, Ton pouvait retrouver des vases étrusques, et il n^est pas jusqu^aux rivages lointains du Kouban et de la Mer d^Azof qui niaient leur poterie sigillée et qui n'aient eu leuv/abrique.
Au mot de fabrique, je lis la surprise et la dé^ sapprobation sur les traits de plusieurs de mes. lecteurs, qui ne pourront supposer que Fart divin de Nola ait pu prospérer an milieu des. Scythes sauvages.
Jusqu'à présent, le nombre des vases conservés à la suite des fouilles autorisées par le gou-" vernement, n'est pas , il est vrai , assez grand pour faire croire à l'alimentation d'une £eJ>rique. Mais il est certain que la plupart des premiers vases trouvés en grand nombre soit à Kertche, spit à Phanagorie , ont été la proie de la dilapidation j tout ce qui n'était pas or a été brisé, et le peu qui a échappé à la main sacrilège des chercheurs de trésors a été di3persé de telle façon, que lors de mon. premier séjour à Kertche en i832, le musée ne possédait encore aucup»
~ i53 — Tàse étrusque entier un peu remarquable. Les deux seuls qui fussent restés à Kertche étaient entre les mains de M. le gouvemeut de Stemp-kovsky.
Le petit nombre de ceux dont on connaît les propriétaires appartenaient, Tun à S, M. Timpératrice-mère (i), deux autres au général Potier et au prince Volkonsky; un quatrième, qu^avait acquis le comte Bétencourt , avait été vendu à Fenchère pour 4>ooo roubles assignats. Le chevalier Gamba, dans son Atlas, a donné le dessin d^un cinquième trouvé à Kertche.
Pendant Tautomne de i832, il j eut encore trois, ou quatre vases de perdus pour le musée de Kertche i d^heureuses fouilles entreprises en présence du comte Vorontsof avaient fait découvrir un tombeau riche en urnes : les dames qui étaient présentes obtinrent chacune la permission de faire choix de Pun de ces vases, pour souvenir de cette tournée gouvernementale, et c^est ainsi que j^ai vu chez madame Kaznatchéïeff, femme du gouverneur de la Tauride, un vase qui n^aurait pas dû sortir du musée de Kertche , qui en conserva cependant quelquesuns. *
En i834, où je passai quinze jours à Kertche, grâces à Pactivité et au bonheur de M. Karéïche^
(i^ I^e musée de Kertche en a un dessin.
— i54 — mon hôte et mon ami, le musée s^était enrichi d^ime suite de vases qui permettait d^é^ tudier Fart étrusque de Panticapée. Plus d^oae douzaine étaient d^un grand intérêt pour Ui science, et c^est en les étudiant que je Tais prouver leur fabrication à Panticapée, et déy&* lopper les idées qui ont présidé à leur coiifee-* tion, souvent mystérieuse.
Résumons d^abord Pesprit de Tan tique.
La stabilité a toujours été le partage â& rOriént pour tout ce qui est moeurs et usages ; elle sHmprime et demeure attachée a toutes les formes des objets de la vie extérieure et jusqu'aux vases. Chaque forme et chaque vase a sa destination particulière invariable. Dès que les mœurs ne changent pas, les formes ne changent pas non plus. Parcourez toute la Q^imée tatare et informez^vous dans chaque village de Pusage des vases dont se servent ces émigrés d^Orient, vous trouverez que c^est partout le même mod^ et le même but.
J^ai réuni dans la huitième planche de la série d^archéologie qiielques-unes de ces formes^ les plus communes, la cruche à eau, la cruche & bois, les vases à mettre le bekmess ou raisiné ,. le mouton bouilli, le lait aigri, pas une forme n^est la même , quoique toutes visent à Pélégance.
Les Grecs partageaient avec POrîent cette
stabilité et cette uniformité dam leurs vases^ Cest ce qu^on observe d^une extrémité d^ la civilisation grecque à Tautre : on £sibriquaît «n conséquence en Italie les vases étrusques sur le même modèle que ceux des îles de la Grèce et de Paniticapée. Ceci est vrai, même pour les vases d^argile grossière.
Quant aux vases étrusques de Panticapée , oo peut les diviser en deux Catégories; en vases pro&nes , d'usage , d^offrande ou d^omement comme kados , cratères , jattes , coupes , fiotes ou lacrjmatoires, et en vases sacrés oa funéraires proprement dits.
Les planches de la série d^arefaéolog^ de 7 à i5 ont été consacrées à en représenter Tensemble et les détails. Les planches 7 et 9 résument les formes et les proportions antiques; la planche 8 , les formes des vases tatares modernes; les autres sont destinées à rendi^e les scènes qui sont dessinées sur les différents vases antiques.
Et dVbord 9 prenons les formes. Les vases funéraires, sans exception, oscillent entre celles des 6g. 2 et 5 de la planche 7, une urne à deux anses , d'aune capacité plus ou moins grande. Toutes les autres servent à des usages profanes. Celle de la fig. 3 est celle d^uiï vase à eau pour boire ou pour verser. Les fig. i et 4) &u ^^^ long et étroit, ont pu servir à contenir diffé-
— i56 — rentes espèces de liquides. La fig. 7 est Fe^ kados antique ou Tase pour puiser Peau à la fontaine. Six lacrymatoires quVn disposait en grand nombre dans les tombeaux , et qu^on prend généralement à présent pour des fioles à contenir des parfums, ont été reproduits dans différentes planches (1). La grandeur et les or^ nements sont très-variables.
Dans la pi. g se trouvent encore la coupe a libations, fig. 4^ 1^^ petite jatte, semblable à une salière, fîg. 5.
La jatte, fig. 6, l'urne avec des ornements en relief, fig. 7, la lampe à un bec, fig. 9, n'appartiennent pas au genre étrusque ; ils en diflfèrent pso* la nature de l'argile qui , au lieu d'être sigillée rouge , tire sur le vert sombre et noirâtre, et n'a pas de vernis.
Toutes ces formes sont grecques et communes à toute la Grèce, à en juger par la collection de vases que M. le colonel G. P. de Bosset a recueillis dans les catacombes de Livato, à Çocolata, à Samé,. à Ithaque, et dont il a enrichi le musée de Neuchâtel.
Tous les vases sacrés et profanes , à peu d'exceptions près, sont plus ou moins ornés de dessins, et le travail est le même pour tous.
(1) PL 7, fig. 6. PI. 9, fig. 1, 2 et 3. PI. 10, fig. 4 et 5.
— i57 — D^a.près Tétude que j?en ai faite, il m^a paru que les contours des dessins avaient été formés avec un modèle appliqué comme celui dont on fait usage pour fabriquer les cartes , avec la difTè* rence que le modèle couvrait les parties qui ne devaient pas être noircies, L^esquisse ainsi pro^ duite, Ton dessinait ensuite à la main avec une plume de roseau , les détails , les plis des vête-' ments, les formes du corps. Les couleurs blanches et jaunes étaient appliquées à la fin avec uri pinceau.
Ceci n^explique pas la nature du vernis noir et brillant qui devait être liquide comme de Pencre, puisqu^on pouvait y tremper en tout ou «n partie les petits vases où il n^ avait rien à ménager, et qui portent les traces des gouttes qui ont ruisselé $ur leurs flancs. — L^opération de la teinture effectuée, cuisait-on les vases au four ? Cest ce qu^on ignore aussi.
Sous le rapport historique ei artistique, les vases religieux e^t funéraires méritent une étôde particulière; cependant, avant de mVn occuper, quelques mots encore sur deux autres vases pro&nes.
Le ^ados ou cruche à puiser de Veau:
Le kados ou la cruche à puiser Teau à la fontaine est classique dans lantiquité. Tous les. peuples de TÔrient et les Grecs ont eu pour cela un vase d'une forme parlicuUère. Ce vase
essentiel s^est conservé partout jusqu^à nos jours, chaque peuple lui donnant cependant la forme quHl jugeait la plus convenable , suivant qu^on portait la cruche sur la tête ou sur Fépaule. Cest de cette dernière manière que la portait Rébeccai quand elle rencontra le serviteur d'Abraham près de la fontaine de Caran (i). Les héroïnes d'Homère la plaçaient sur la tête.
Le Grec donnait à cette cruche le nom de hados^ qui est écrit en blanc sur celui que j'^ai fait dessiner. Il a trois anses. L'impaire, qui remonte le plus haut vers le col, servait à tenir le vase quand on v-Qulait verser Teau dans de plus petits y^se& à boire ; les deux autres sont les poignées pour tenir (e kados en équilibre sur la tête.
La fece do^ vase est ornée d\in fort beau dessin qui représente un héros ou peut-être un vainqueur couronné de laurier , auquel on Ëdt des offrandes ; ce qui ferait supposer que c^^est ixàhùtdos d'hoûneur qu'avail reçu le défunt, ce dont on acqui^t bientôt la <^ertitade en lisant le.
(i) Genèse^ ch. XXIV. Voici Kébecca qui sortait, ayant la cruche sur son épaule;— «t comme eUen^nsDQKtaity après avoir rempli sa cruche^ le serviteur d'A^rahs^ courut au devant dVlle et lui dit : « Donne-moi à boire d^ l'eau de ta cruche , je te prie. » Et elle lui dit : « Monseigneur, bois. • Et ayant incontinent abaissé sa cruche sur sa main 9 elle lui donna à boire.
mot AOTOS) donnée gravé à la pointe sur U haut du dessin dont je garantis Inexactitude i rayant €a}qu0 sur le Tase ayec du papier végétal.
Les lettres du mat KAA02 sont semblables il celles, des inscriptions des Pairisades, c^estânlire de la moitié du quatrième siècle avant notre ère, ce qui est confirmé par le bractéate en or, avçç un Priape vu de côté et le monogramme "BAE (qui est celui d'Ëuméle, roi du Bosphore, mort en 3o4 avant J.-C.), trouvé 4^0$ UQ beau vase en bronze qui accompagnait le kadas et d^autres vases étrusques.
Le kados des Tatares de Crimée est aussi à deux apses, parce que les femnoies le portent sur la tète : sa forme est presque grecque. PI. 8, fig. 1. A coté se trouve la cruche dont les Ta* t^res se servent pour boire et pour faire leurs ablutions : elle n^a qu^une seule forme dans. Xoute la Crimée. PI. 8, fig. 2.
Les Géorgiens ont conservé de même le Aados en terre sans ornement. J^ai dessiné celui qui est en usage dans Fancienne Colchide; il est très-ventru (i) et ii^aquWe anse dont les lma:é-
(i) La cruche à vin des races géorgiennes n*est pas au^i ventrue que le kados , quoique d*ane grande capacité : elle a le pied étroit et n'a qu'une anse ; elle ne sert pas à boire ; on a pour cela des cornes et des koalas : les Géor-* gÎBBs dfss hautes vallées du Cyrus, qui sont inahométaiis, se servent pour leurs ablutions d'un vase en bois qui a
tiennes se servent pour le maintenir appuyé sur Tépaule à la manière de Rébecca, soit qu^elles aillent à la source ou qu'elles en reviennent , commie je Tai représenté au bas de la planche. Les Arméniens ont dérogé à cette simplicité et se servent de cruches en cuivre étamé, plus ou moins ornées de ciselures»
Vase de Priam. PL 8. fîg. i. PI. lo, fig. i* J'ai dit comment il fut trouvé dans un tumulus du groupe de la Quarantaine. Sa forme ^ ' rendue pi. 8, fig. i, indique, d'après son col très-étroit et son embouchure à large bord plat , un vase à mettre un liquide précieux.
Mais on oublie bientôt sa forme en voyant ses ornements : lartiste a représenté sur les flancs du vase la mort de Priam, s'appuyant d'un genou sur l'autel, et tendant une main suppliante à Pyrrhus. Celui-ci, coiffé d'un casque pour toute armure, saisit de la main gauche, qui porte le bouclier le malheureux roi par les cheveux , et de l'autre s'apprête à le percer de son glaive. Hécube semble vouloir s'attacher au corps de son époux pour échapper à la main d'un autre Grec qui veut l'arracher de cet asile. Il y a quelque chose de Virgile dans ce tableau, Pyrrhus saisissant Priam par les cheveux et
un goulot et qui ressemble eo gros à celui des Tatares de Crimée.
s'apprêtant à le percer ; mai/l^ vieillard, réfugié sur Fautel, est suppliant; il riVst pas armé et ne brave pas le Grec comme Virgile le représente : Hécube est près de Priam; mais ni Polyte massacre , ni ses sœurs ne sont là sur la scène embellie par le poète (i). Cest Fancienne légende, le mythe primitif de cette mort tragique.
Ce sujet est encore rendu plus intéressant par la manière dont il est représenté : les figures, au lieu d'hêtre dessinées sont en relief, et ont été appliquées ou collées sur le vase. L'artiste a partagé son sujet en deux pièces, dont Tune comprend le groupe de Pyrrhus et de Priam, l'autre a été posée après celle-ci, ce que Ton reconnaît aux deux bras d'Hécube, qui ne sont pas même bien liés avec le corps de Priam.
Ce vase est Tunique de ce genre que je connaisse ; je n'en ai pas vu d'autres ni à Paris, ni à Berlin. Car je ne considère pas comme analogues les vases romains en terre sigillée rouge ornés de relief, qu'on retrouve partout où ces conquérants ont eu des établissements dans l'Helvélie ou dans les Gaules. C'est cette espèce que Legrand a en vue, quand il parle d'une fabrique
(i) u^neïdosy lib. Il, vers. 54^.
i}« vaincs étrusques près d^ QenQonl, où Ton faisait des reliefs ( i ) .
Ce sont des jaltes, des ci*atères, des patères, en ua mot des foinnes hémisphériques qui ont été jelées dans des moules^ dans lesquels se sont ânprimés les reUefs : les sujets sont ordinairement des chasses, des fêtes, des scènes guerrières, entre deux bordures d^oves et de dards; quelquefois le dessin est partagé par des encadrements de feuillage ou de colonnettes torses. Il est rare qu^en retirant le vase du moule , le relief n^ait pas souffert par le tiraillement ou Taplalifisement des traits.
Kertche fabriquait aussi des vases de ce genre; «lais au lieu d^être rouges , ils étaient en terre sigillée verte. Du reste les procédés étaient les méiiies, et même on était arrivé jusqu^à la forme de Turne qu^une main habile savait modeler sur le fond hémisphérique* Voyez celle que j^ai dessinée planche IX , fîg. 7. Le vase retiré du moule, on y adaptait un pied. Le procédé mécanique entier sVxplique facilement en voyant
(1) P^oyageen Auvergne^ page 12. Les ruines romaines «n Siiisae abondent en fragments de vases de terre sigillée rouge avec des reliefs, et il paraît qu'il en existait une fabrique dans le pays ; en jugeant du rayon où Ion trouve le plus abondamment ces vases , Ton serait porte' à croire qu'elle devait exister daps le voisinage des fabriques où Ton produit en masse la terre rouge^dilede Poren/rid.
— i63 — les extrémités des feuilles et des festons passer sous le pied, au dedans duquel elles se rencontrent. Je n'ai pas remarqué qu'aucun vase dil étrusque de Panticapëe ait été produit ainsi mécaniquement : si Ton remarque quelquefois des ornements en creux au fond des coupes et des jattes, ils ont été imprimés à la main au moyen de types mobiles et variés, suivant la nature du dessin, et quant au vase de Priàm, c'est un produit parement plastique.
Panticapée avait une fabrique de figurines de terre cuite, que l'on suspendait, comme je l'ai dit pliis haut, aux parois des tombeaux, et c'est cette industrie qui a donné l'idée d'appliquer aussi des figurines contre les fismcs des vases étrusques : le vase de Priam n'a pas été le seul fruit de cette invention ; car j'ai vu au musée de Théodosie les fragments d'un second vase étrusque avec des reliefs appliqués.
Et ce qui prouve la vérité de ce que j'avance, c'est que ces reliefs pèchent par le même côté que les figurines; toutes ont les extrémités trèsmal travaillées, comme l'on peut en juger par les deux Vénus, fig. 2 et 3 de la planche XVI, 4* série. Le visage est passable, mais les pieds et les mains sont plus que grotesques : ces deux figurines appartiennent à la fouille dont j'ai parlé plus haut ; une dis^ine d'autres figurines qui se trouvaient dan^ le même) tombeau, ne sont pas
— i64 d^un travail plus parfait; le large chapeau à la bergère dont les deux Vénus et plusieurs autres figures sont coiffées, est une parure inusitée dans le reste de la Grèce, et qui ne parait sur aucun monument que je connaisse : elle est vraisemblablement caucasienne, et rappelle les grands chapeaux en feutre écarlate de celte forme, que portent les princesses imcrétiennes quand elles sont en voyage (i).
Cependant toutes les figurines ne sont pas du même style : il en est d^un travail exquis. Au reste,- les figures ainsi que les sujets varient à Pinfini : tantôt ce sont des Scythes à pied , à cheval (2); ou ce sont des faunes^ des satyres; rOlympe entier y est représenté.
Enfin, il est une dernière distinction à faire : quelques-unes de ces figurines en terre cuite sont au naturel, tandis que d^autres ont été enduites d^me mince couche de plâtre, dans lequel on a terminé les traits qui n'^étaient qu'ébauchés en terre cuite, et c'est ce qui explique comment on trouve les extrémités des figurines si informes; elles ont été ou devaient être recouvertes de gypse et peintes ensuite de dif-
(i) Gamba, Foyage dans la Russie Méridionale y tome 1, p. i33.
(2) Voyez Atlas, IV* série, pi. XVII, fîg. 4, 5 et 6. Le Scjthe à cheval est de ma collection ; les deux antres figurines viennent du cabinet de M. Stempkovskj.
férentes couleurs, comme cela se voit sur un satyre poursuivant une nymphe jouant de la lyre, qui est chez moi.
Vases sacrés ou funéraires.
J^ai dit que parmi les vases qui sont déposés dans les tombeaux, il en était une catégorie qui avait vivement excité ma curiosité. Ces vases sont tous, sans exception, à deux anses et à doubles sujets, très-différents de nature et même de dessin.
J^ai pensé d^abord que ces urnes singulières étaient un produit local, un caprice d'artiste. Mais en parcourant les publications du chevalier Hamilton (i), et surtout la série de 3oo planches de vases étrusques publiée à Rome en 1787 (2) j'ai trouvé à ma grande surprise que cette catégorie de vases à doubles anses et à doubles sujets , était indigène dans la grande Grèce comme à Panticapée, et j'ai cherché à me
(1) Peinture» des vases antiques de la collection de son Exe. M. le cbev. de HamiltOD ; prem. édit. de Florence. Et Antiq. étrnsq. grecq. et rom. tirées du cabinet de M. Hamilton , etc. Naples , 1 766.
(2) Série di trecentb tavole in rame rappresentanti pitture di vasi degli antichi etrusci tratti dalla biblioteca Vaticana. Roma, 1787.
rendre raison de cette similitude à dçs distancer si considérables. J'ai appelé ces Tases sacrés ou funéraires^ par suite de mes recherches, et s'il m'est permis , je vais en résumer les faits les plus importants.
J'appelle vases sacrés ou ftméraires , des urnes à ventre large^ à col peu rétréci, flanquées de deux anses qui partent du bord pour descendre presque perpendiculairement sur le ventre. Leur forme varie entre celles que j'ai dessinées plan* che VII, fig. 2 et 5. Ces caractères généraux comptent également pour la grande Grèce et pour Panlicapée : la grandeur des vases est moyenne ; il n'y en a pas au-dessous de 9 pouces de hauteur; quelques-uns ont jusqu'à 1 5 pouces.
A ces caractères qui peuvent être plus ou moins variables, ces urnes joignent une marque distinctive; ils sont ornés de deux dessins représentant des sujets si différents , qu'on a peine à croire qu'ils soient sortis de la plume du même artiste*
L'un très-varié, représente des scènes de la vie privée ou empruntées à la vie publique.
L^exécution en est soignée, le dessin est fini, même ^égant.
L'autre sujet par contre n'est qu'une ébauche grossière, faite à la hâte et à grands ti^aits : c'est une éternelle répétition des mêmes personnages, avec quelques variations dans la pose, dans le
nombre des figures , et dans les emblèmes qui les accompagnent.
Ces dessins comparés aux reliefs connus des Thesmophories, on voit bientôt que ces pei*sonnàges à longs manteaux sont des inities qtii représentent quelque scène des mystères cfc Gères Thesmophore. En effet » qu'on compare lès dessins des vases^ avee celui d'un autel de €crès Thèsmopboré trouvé sur Pâcrèpolis et Panticapéé, et Ton verra que cJe sont pàiHSKté^ rn^ni les mêmes figures, les mêmes po^es et \e^ mêmes costumés (1).
Persuadé de la vérité de ce fait, je crois qu'oh né peut pas se faire une meilleure idée de la tendance et de rimportance de ces valses funéraires placés dans les tombeaux, qu'en les' envisageant dormine des epèces d'extraits de bàptïtoe qui prouvaient que le défunt avait été initié à tel ou tel degré aux mystères. Car qiieï était la tendance, le but principal des myslèrek ? L'enseignement du dogme d'une divinité toul)^ {kiissaijte, punissant le vice, récompensant la vertu» C'est à cause du dogme qu'on s/'inîtiaît, parce que par la foi en ce dogme, on espérait un bfbnheur éternel après la mort.... Et l'initié en emportait même le gage dans la tombe. Le vase qui était son extrait de baptême, les initiés le
(0 IV série, pi. XVII, fig.i.
— i68 — déposaient à côté du corps comme une garantie de son sort à Tenir.
Il devait donc y avoir sur ce vase principalement des symboles de ces dogmes régénérateurs, une scène d^enseignement analogue au rang et au degré qu'avait obtenu Pinitié. J'ai cru d'abord que tous concernaient ceux de Cérès ou d'Eleusis ; mais je me suis convaincu que quelques-uns avait trait aux mystères or-giaques ou de Bacchus (i). On n'a point trouvé de vases de ce dernier genre à Panticapée ; aussi n'en parlerai-je pas, et ne m'occuperai- je que des Tbesmophories.
Les éléments essentiels qui caractérisent les représentations des mystères de Cérès, sontd'a^ bord le costume. Chaque initié, à moins qu'il ne soit entièrement nu, porte un pallium ou manteau très-ample, sans manche, qui descend en longs phs jusque sur les pieds : il en rejette le bout sur son épaule à la manière romaine, et se trouve ainsi les bras croisés dessous ; quand il est en action, on le voit sortir alors son bras nu. Ce manteau est scrupuleusement ressenoblantà
(i) Série 6x treçento tavole in rame rappresentanti pitture di vasi degli antichi £trusci, etc. Roma , 1787; iD-folio, t. II, pi. i5i, i56, i63, 169, etc. Les mystères de Bacchus ont une intime liaison avec ceux de CeYès par leur commune origine provenant des mystères d'Isis et d'Osiris.
celui des initiés qui font une procession autour de Fautel de Cérès Thesmophore ; c'est le même que celui des initiés d'Eleusis, et que celui dont est vêtue Cérès sur plusieurs de ses monuments (i). La seule distinction que Ton remarque quelquefois dans ce manteau , c'^est que le col ou la partie supérieure est bordé d'une bande noire (2).
Les initiés ont toujours la tête nue : quelquesuns ont les cheveux retenus par un bandeau blanc et étroit qui doit avoir une signification , vu que tous les initiés, dans le même tableau, ne le portent pas, et qu'il est réservé seulement à ceux qui paraissent donner des instructions à un initié dVin rang inférimir (3). Ce bandeau retient, mais très-rarement, sur le front, un petit ornement (4). Est-ce la feuille Persem ou le petit serpent khnouphis^ le bon démon^ que Ton voit si fréquemment sur les images dlsis et d'Osiris ?
La couronne de laurier ou de myrthe n'est pas prodiguée; elle appartient à un person-
(1) Antiq. du P. Montfaiicon ; éd. ail. pi. X, f. 1, a, 3. Voy. du J, Anach. V, p. 337.
(a) 1V« série, pi. li et i3. Trec. tav., t. II, pi. 116,
(3) Trec. tav. Il, 174, io4, etc.
(4) IV* série, pi. 1 3. Est-ce peut-être ce que Ton doit prendre pour le diadème que le hiérophante, le héraut
nage imporlant , peut-être au Hiéiophante (t).
Avec le bandeau et le manteau, les accessoires essentiels scmt le béton blanc, que les imiiés onl souvent à la main droite , et qu^ils tiennent perpendiculairement en avant (2) ^ et le strigUle ou frottoir, peint en blanc , légèrement recourbé. L^initié le présente à un autre ini^lié, ou il le lient respectueusement pendant qu^un troisième per-* sonnage accomplit une autre cérémonie avec H— nitié inférieur (3).
Parmi les meubles et emblèmes fui accadi*^ pagnent les mystères , il &ut coiUpter «leore conuae essentiels Vautel en forme de pyramide tronquée qui s^élève souvent au milieu d^eu^ (4) » une grande tige soit feuille , soit fleurs, qii^ua des initiés a devant loi (5) ; et suirtout les ^<teaux ««acres qui ne manquent dans auetio tableau; Cet élément mystérieux consiste en fi* gures de. forme ovale, ronde, triangolake on
saor^, Je porte-flambeau et l'assiatant à Fautel avaient seuls le droit de porter? Foy. d'Ànach. t. V, p. 334.
(i)Trec. tav. t. II, pi. m, iiaj t. ni,pl. ao6.
(a) IV* série, pi. i3. Trec. tav., t. II, 106, 109, n5^ ttg, 122^ 174.
(3) Trec. tav. t. II, io4» 122, tyii t. III, s)t6, ssg, «4B9 a56., etc. On se servait du strigii/e du/rofioUran bain.
(4) IV* série, planche il, ta. Trec. tav. t»II, 1*9^
(5) Trec. tav. t. Il, 129, ta^a; t. lU a33«
carrée. Ce sont certainement les gâteaux (plo' centa) de différentes formes, relatif soil à Tliî»toire de Cérès soit aux dogmes en3eignés aux mystères y déposés dans les cistes ou corbeUlea dont rinspeclion était interdite aux pro&nes. hes initiés se les montraient et les transportaient d^une corbeille dans Tautre (i).
Ces gâteaux sont tous marqués de signes mystiques {placenta , vanis signala umbilieis , dit Clément Alexandrin) , qui , quoiqu'^en apparence variés, se réduisent à quatre,
i** La barre toute simple | ou avec deux points -l*
%"* La croix simple + ou cantonnée, de quatre points ^ ou double H — H, ou ressemblant à ces deux sig;nes : -[-[-{- h|-l (2).
3"* Le croissant simple C 9 ou avec des points p.
4" Le point © au milieu d'un gâteau rond (3),
Il est rare qu'on voie d'autres figures : je n'en puis citer que fort peu : un poisson boule (4); up cœur (5) ; ime cle/i une serrure (6), La ceintu^jre
(t) Foy. duJ. Anaçh. t. V, p. 34o.
(2) Celle croix rappelle le tau sacré d'Isis^ qu*oii a toujours regardé dans ranliquité comme la même que Cérès. (3)Trec. lav. t. III, 21a, 246, 217, 269.
(4) IV" série, pi. ta*
(5) Trec. tav. t. II , gh 1 19.
(6) Id. t. III, pi. 2 1 2; t. II, pi. 4 19.
sacrée garait rarement. Ces emblèmes sont placés quelquefois au-dessus de Taulel, où les initiés semblent les contempler (1), souvent ils se les passent ou se les présentent (2); on les trouve aussi suspendus au-dessus de chaque initié comme pour les caractériser, et alors ils méritent à juste titre le nom âî^ indications qu'on leur donne.
Quant à la mise en scène des initiés , elle est toujours extrêmement simple; qu'il s'agisse de la contemplation ou de la manipulation des gâteaux sacrés, ou d^autre cérémonie, les initiés sont toujours debout, leur contenance est grave, et lorsqu'ils marchent, ilis le font d'un pas très-lent et majestueux.
Cest un initié seul, le bâton blanc à la main , bu deux initiés tournés l'an vis-à-vis de l'autre, leurs bâtons en avant : autre part , un autel en pyramide les sépare.
Deux initiés s'avançant l'un après l'autre toujours appuyés sur leurs bâtons, s'arrêtent respectueusement devant un initié paré d'un bandeau, qui leur présente le strigille peint en blanc.
Ce genre d^inslruction varie à l'infini par de légers accessoires et Ton ne peut jamais dire
(1) IV série, pi. X, fîg. 3, XI, n*» 2.
(2) IV*^ série, pi. XI, n° 1 et n® 3. Peintures des vases antiques de la coUect. Hamilton, t. II, pi. 6i, 6a. Trcc. tav. t. II, 104.
qu^une scène soit la copie d^ine autre. Mais il est des scènes plus relevées. Un prêtre de Cérès présente à un initié le Ci'céon^ Tespèce de boisson ou plutôt de bouillie qu^on avait aussi présentée a Cerès (i). On voit aussi une prêtresse de Cérès assise sur un pliant^ célébrant les mystères qu^elle a droit d^enseigner, en présence d^un hiérophante couronné de laurier : elle tient de la droite le tambourin et de la gauche le vase de Cicéon^ elle a devant elle un autel, sur lequel Ton distingue un petit vase et des fruits (2).
Je ne connais qu^un dessin où Ton ait représenté la procession aux flambeaux^ partie essentielle des cérémonies ; les initiés^ contre Fordinaire marchent rapidement; ils sont trois; deux s^appuient sur des bâtons ; le troisième qui occupe la place du milieu, tient le flambeau (3).
Sur quelques vases, cVst un ange ou figure ailée qui accompUt les cérémonies, en présentant Je vase de Cicéon^ ou qui enseigne les mystères (4).
(1) Voyage du J. Anachatsù, t. V, p. 34©. Trec. tav. i. II, iaa,t. lll,33f .
(2) Trec. lav. t. 11^ pi. n 1 .
(3) Trec. tav. t. III , pi. 243. Comp. Spon. Voyage en Grèccy II, 216, çX.Voy, duJ. Anacharsisy t. V, p. 334» Le second des ministres aux mystères était chargé de por^ ter le flambeau sacré, etc. p. 335.
(4) Id. t. m, pi. 217, 23i, 241» 269.
Dans un dessin unique, les initiés se présentent des miroirs (i).
Autant la scène religieuse simple, gt*àTe et peu variée est dessinée grossièreme&l,autant la Scène tirée de la vie publique est variée , dessinée avec goût et avec soin. L^on voit que ces mystères sont déjà depuis longtemps les actes d^une re^ ligion communiquée ; la scène représentant l'initiation a déjà passé à la forme quasi hiérogly-phique^ c'*est-à-dire que le seul soin de Tartiste se porte sur la scènfe profane, comme Toriginale et Tessentielle , puisqu'elle a trait directement à l'initié, tandis que la scène religieuse, qui n'est pour lui qu'un emblème général, il ne la dessine qu'à grands traits comme une signature de Napoléon. Dans quelques-uns de ces dessins à peine peut-on reconnaître les contours les plus saillants de la figure.
Jusqu'à présent rien n'a pu prouver qu'aucun de ces vases fût de fabrique de Panticapée. Le lieu de la fabrication ne peut se déduire que àes sujets profanes qui seuls sont locaux et qui seuls peuvent porter les traces des moeurs et des costumes des pays où ils ont été travaillés. Or s'il y a une grande ressemblance entre les scènes religieuses delà grande Grèce et de Panticapée, il n'y en a aucune pour les scènes profanes. Celles
(i) Trec. tav. t. III , p. aâo.
de cette dernière yille forment une classe à part et ont trait directement à la localité, et pour s^en convaincre, je prie qu^on jette les yeux sur la planche XI de la l\^ série ; tout y est scy the ou panticapéen. Sur le n*" i on voit la tête d^un gueriier panticapéen coiffé' du bonnet scylhe; devant lui le buste de son cheval ; derrière lui le griffon de Panticapée, qui parait si souvent sur ses médailles, qui ornait les portes de la ville (i), et que nous verrons bientôt figurer sur d^autres monuments.
A ma grande surprise, j^ai trouvé le dessin d^un vase tout pareil dans la collection des Tre- <:enio Taille (2); le sujet profane n^offrede différence , que celle qui est le résultat de la liberté d^un artiste qui termine un dessin dont Tesquisse lui est donnée. La forme du vase est exactement celle qu^on leur donnait à Panticapée , où Ton différait sensiblement de la grande Grèce pour le pied et pour les anses. Enfin, la bordure con* siste en oves, qui est Tornement adopté à Panti* capée et nojfen grecques comme dans la grande Grèce. Ce vase vient donc des rives du Bosphore
(i) Uon voit au musée de Tbéodosie, sur une grande plaque de grès, le relief supérieurement sculpté d*un griffon de Panticapée, qu'on prétend avoir été trouvé comme ornement de la porte de Tancien château que les Russes ont rasé.
(a)T.IlI,pl. a58.
Cimmérien , d^où il a élé déposé au musée da Vatican, Nous verrons bientôt que ce n'est pas le seul que Ton soit allé chercher dans les tombes de la Scythie pour orner les musées de PEurope.
Sur le vase n^ 2, la scène est différente; c'est le Scythe lui-même à cheval dans son costume cousu de plaquettes dW, combattant conti^e le griiïbn de Panlicapée.
Sur le troisième vase , la scène est grecque , et le griffon parait suivre dans quelque procession un porte-flambeau, pendant qu'il porte sur son dos un personnage chargé d'un enoJ^lême, peut-être d'un gâteau sacré.
Peut-on douter que ces trois vases ne viennent de Panlicapée?
La planche XII en est encore une preuve. La fable ou plutôt l'histoire des Amazones est née sur le sol de Panticapée, sur les rives du Bosphore Cimmérien; est-il rien d'étonnant de voir ce sujet représenté sur les vases de Panticapée ? Déjà Strabon a dit qu'il n'y avait pas d'histoire qui parût plus fabuleuse et qui fût plus avérée. Réduite à sa simple expression, c'est celle d'une peuplade caucasienne qui fait des incursions dans l'Asie mineure, qui y est exterminée à l'exception des femmes qui en reviennent. — C'est celle d'un peuple de même origine qui part des rives du Bosphore et qui, à l'imitation de
— ^77 — tant d^aiitres peupbdes , longe les rives de la Mer Noii^ et arrive, à travers la Thrace, jusqu^à Athènes. Le fabuleux que les Grecs mettent dans leurs récits, est de leur cru ; ils aiment à embellir les mythes de leurs héros, et au milieu du mer^ veilleux dont ils entourent Hercule et Thésée, il est facile dWriver à une juste appréciatiQn du mylhe. Hérodote touche déjà davantage à Thistoire, et Strabon enGn nous met sur son terrain, et par sa géographie nous savons où les trouver.
Rien de plus naturel donc qu^à Panlicapée on s'^occupàt de ses voisins ; les Bosphoriens étaient en contact journalier avec les Sauromates Gunaihokratoumenes (gouvernés par des femme$) ou avecleaiGholes (Gala ou Ingouches d^aujourdTîui), auprès desquels elles habitaient ; ainsi je nuirai point chercher dans les hauts faits de Thésée ou JHerculc , Texplicalion du combat représenté sur ce vase, mais je croirai plutôt y voir quelque trait de Thistoire locale.
Trois Grecs combattent contre autant d^ Amazones. Les Grecs sont nus , armés de grands boucliers sur lesquels ils ont peint la tête de Méduse ou le serpent replié , qui inspirent de loin la terreur. Le principal personnage porte un casque à la façon de celui d'Achille ou de Thésée; les autres ont le bonnet de feutre presque rond ; une espèce de manteau flottant est retenu sur leurs épaules.
Lés Amazones par contre, ontle costume eau • oasien compkt, le bachelik^ bonnet que tes Scythes portaient aussi, les pantalons serrés, rbafait tcborkesse , les souliers de peau tcherkesses , ce qui est aussi Tensemble à quelque modification près du costume scy tbe représenté sur les monuments de Panticapée; seulement le costume des Amazones est d^une coupe plus élégante « plus coquette; il a passé par les mains d'aune femme. Mais tous les deux , le Scythe et TAmasco0e, sont couverts de plaquettes d^or cousues sur leurs habits. L'une des Amazones porte le petit bouclier rond, tressé en bois et échancré, des anciennes peuplades du Giucase et que les Galga ou Ingouches, les anciens Tdsins des Amazones, ont conservé jusqu^à nos jours (i). L^aclion de Tune des Amazones qui veut écraser le Grec sous une grosse pierre, est bien celle d^une montagnarde.
J^aurais tout dit sur ce combat des Bospkoriens et des Amazones, si je nWais trouvé un sujet à peu près pareil représenté dans la collection des vases du chevalier de Hamillon (2) ; trois Amazones luttant non contre trois Grecs , mais contre trois Griffons de Panticapée, Je n^ai
{i)VM2LSy f^oyagel. 1, p. 473, et atlas, I, pi. 22.
(2) Peinture des vases antiques de la collection de S. E. M. le chev. dfe Hainiitoa; prem. édit. de Florence, t. Il , pl-9
Irouyé aucune iadicaiion de locaHté paor ce vase extraordinaire ^ ce qui me fait croire cpHl était étranger à Tltalie ou a la Grèce, et d'^qù peut- il venir encore, si ce n^est de la capitale du Bosphore dont il porte les emblèmes ? Ce serait assez pour prouver son origine , si d^ailleur$ jusqu^à des figures entières n^étaient des calques du premier vase. Cest ce quW peut dire de la figure de rAratMone qui est renversée sur un genou sur le devant du tableau.
Je ne connais pas le revers du vase Hamilton, mais c^est de celui que j^ai dessiné qu^on peut dire que plus le dessin profane est beau, élégant, plus le dessin religieux est hiéroglyphique et grossier.
On peut endore juger de Tanalogie qui existe entre quelques vases de la coUeeiion Hamiltoif et ceux de Panticapée, par celui qui est repré'senté pL j3, IV* série de mon Atlas; qu'cmle compare avec celui publié par le chevalier, lom. II, pi. 25. L^on reconnaît aussitôt sur les deux vases la course aux flambeaux à Cautel de Prométhée^ à Pacadémie d^ Athènes (i). Dans ces coursés, trois hommes portant chacun un flambeau allumé, cherchent à se devancei*, pour arriver au but fixé : le premier qui fournit la carrière sans éteindr^ son flambeau, a l'emporté
(i) Pausanias , iiv. I, ch. 5o.
— i8o — la victoire. Le dessin du chevalier paraît rejMrétenter le départ, et le mien Tarrité^.
La course de Prométbée sur un vase de Panticapée étonnerait-elle plus qu^itn combat des Amazones; le mythe de Prométbée ne vient-il pas du Caucase ; n^ voia-t-ilpas là le feu sacré; n'y fut-il pas attaché sur la cime la plus élevée pour être dévoré par un vautour ?
La scène religieuse du vase dont jl^ai donné le dessin, est Tune des plus intéressantes de toute la nombreuse série *: les Irois initiés sont ceints du bandeau sacré ou diadème qui ne pouvait être porté que par le hiérophante, le porte-flambeau, le héraut sacré et Fassistant à Fautel (i). En effet, Ton ne peut méconnaître dans fun de ces trois initiés le héraut sacré s'appuyant sur son bâton ; son manteau est plus riche et plus orné, et Ton dirait à sa pose majestueuse qu'il est occupé à questionner, sur les plus profonds mystères , un autre initié, ceint du bandeau, il est vrai, mais enveloppé du simple mabteau sans ornements : ce dernier est dans une posture
(i) Foy. dnJ, Anaeharsis^ t. V, p. 334- Le hiérophante d'Eleusis était toujours choisi dans la Êunille des Eumolpides , Tune des plus ancicDoes d'Athènes j le héraut sacré dans celle des Céryces, branche des Eumolpides. Antique théocratie qui imposa un culte aux Athéniens ^ et qui en garda soigneusement pour elle les honneui*s. Ceêt une imitation de la théocratie égyptienne, juive, etc.
respedtueuse, la bouche ouverte et semble fé^ pondre à ses questions.
En l'éi^imé, voilà donc les mystères d'^Ëleusîs'C^ébrés à Fanlicapéei et voilà une fabrique de vases étrusques constatée sur les rives du Bosphore Cimmérien. En serait-on surpris en voyant celte ville placée à la portée des plus belles et des plus puissantes couches d^argile à potier qu^on pui^e désirer : elles s^étendcnt jusqu'aux portes de la ville, et pour s'en convaincre Ton n'a qu'à se promener jusqu'au Cap Blanc fAk-bouroun) le long de la mer.
D'ailleurs, l'on n'admettrait aucune des raisons que j'ai avancées pour le prouver, que l'inspection seule des ruines de Panticapée, de Nymphée, suffirait : car la masse des fragments de vases étrusques d'un usage commun, qui y sont entassés, est si considérable, qu'on ne peut' s'expliquer leur présence que par le voisinage d'une fabrique, et qu'on n<i peut avoir recours à une exportation lointaine -qui n'aurait jamais pu y suffire.
Tombeaux. — Troisième groupe, tombeau des Pygmécs>
J'ai décrit d'abord le groupe des tumulus de la porte de Théodosie, le plus ancien, qui date de la fondation de Panticapée; j'ai passé ensuite en revue le groupe plus récent de la Quarantaine
— tS^ —
ij^ BOas révèle une géoéralioii plu^jeuiM, et que la vogue avait rendu participant 4es mystères d^Ëleu$is. y si mointenM&t à parilitf encore ie trois piètres dusses de tooibeat:^, de cen^ des pauvres, des catacombes M des (pçabes des rois. Ç'^sjl ainsi quej^aurai scruté ioiM. «ce.que ranii*qii]|f3 du Bosphore offv» de f liis întéressavil,
]^ sortant de la porte qui meoajkt à Dia^ Mem, pasâai»^t par un col de la moniagq# de 91ùhiiiat«, /on J^nge Je pied d^un grand pic à fjiol jpiers qui Smi euilie .w fauteuil de Mithridate, et que sa forme taillée faisait prendre pour une coostruc- Û^9 antique. Pesi là que M. Karéicb^^ Aroippé p^ Tfipparejcice, faisait fouiller pour péaétrfar j.uijSquVu^nt.re 4u r^ocher» Cljiercbant upe issue, Utt passuge souterrain, il avait attaqué yairiemeut la masse rebelle par tous les flancs. JVvais beau lui dire que ses peines éiaiezit inutiles ; il ne pouvait me croire et fouillait toujours , déler* rant à chaque pas une foui» d'amphores funéraires à deus: anses, hautes d^aa pied et demi k deux pieds, et remplies des cendi*es de Ja po- . pulation pauvre qui ne pouvait atteindi^e à Thonneur 4u tumulus ou du sarcoj^age , lorsqu'à la fin de novembre i832, le pur hasard lui fit défcouvpr un jtombeai;^ tel qu^on n'en ^vaiX pas ea/Cîor^ vu à IÇer|iChe(i).
( I ) Il «»t deMHi^ ÎV*^ êérief pi . 4 S, fiç. « -
Ayant remorqué au pied du rocker une pitive sépulcrale qui sortait da terre, il eut Flieuimise inspiration de la faire enlever; son extraotioft lui £t découviir Tentrée d^un caveau funéraire très*-anûque qu^il fit déblayer.
Ce tombeau malheureusement avait été ^éjà dépouillé de ce qu^ii pouvait renfermer de précteux^r mais son intérieur, parlaitement conservé^ était un dédommageaient plus qu?e«ui&sant de cette perte. La voôte était égyptienne, en calcaire de liertclie , avec cetie particularité que ia première assise était tranchée ^e biais. Voûte et murailles, tout était enduit d^un etuç irès^fin, s«r lequd Tart avait prodigué les pmn-
D'^abord, au-dessous de Torigine de la voâte lignait tout autour du caveau, im bandeau dW pied de large, formé d'une suite non inlierrompue de petits tableaux, sur lesquels on avait représenté les épisodes si variés de la guerre des grues et des pygmées ^ si connue par la fable.
Ici c'est le pygmée arméde la lance et du bouclier qui lutte avec peine contre la ^ue me- »açan(e % là il est jpmiversé sous les CQups de «^d» eiMien^i achari^é; plus loin il l'attaque par 4a queue, et la grue se retourne pour punir le téméraire; puis il se sauve devant ^Ic; il e^t renversé et repousse des pieds et des pBaiqs les^coups impitoyables qn'^elle lui porte :-«n autre pygmée
— i64 — lutte corps à corps contre une grue, qui succombe enfin étouffée par le pjgmée qui lui serre le cou.
Les frontons et les assises qui forment la Voûte sont décorés de guirlandes et d^arabesques peintes à la sanguine comme les petits tableaux; le reste de la muraille imite le rustique. Au fond du caveau, au haut du fronton, on voyait ^core deux paons buvant dans le même vase, et pour pendant sur la porte d^entrée, un génie ailé tenant en main une corbeille de fleurs.
Ce tombeau que M. Karéïche fit fermer d'aune porte fut bientôt envahi, et le vandalisme, mal- . gré toutes les défenses , Ta rendu si méconnais* sabby qu^en juillet i834f c^était à peine si Ton distinguait qu^ques traces des couleurs et des contours. Heureusement, M. Karéïcbe en aviait relevé le dessin que je donne ici^
Catacombes de Panticapée.
Là OÙ la foule de tumulus de la porte de Théodosie s^aligne vers la plaine et où Ton remarque les dernières assises de la roche qui va se perdre sous le niveau' du sol qui forme le fond de la vallée, Ton voit une suite de légers enfoncements avec quelques petits tertres irréguliers. En cherchant de ce coté, on découvre des pmis mai^ués
de 2 pieds et demi d^ large , de 7 à 8 pieds de long et de i5 à 20 pieds de profondeur, taillés dans la roche calcaire. Descendu au fond, après avoir enlevé une pierre ou Pobstacle qui bouche Feutrée d^une porte cintrée, large comme le puits, on pénètre dans une ou plusieurs chambres souterraines (1) spacieuses, taillées comme le reste dans une marne calcaire blanche , très- Cendre comme la pierre d^Odessa ^ mais qui ne s^boule pas.
Les coi^s, comme dans les catacombes de Cherson, étaient déposés au fond de grandes niches taillées en large dans la paroi. On y re^ trouve encore les traces de cercueils en bois. De petites niches d\m pied de haut , pratiquées où la place le permettait, étaient destinées aux of-^ fraudes..
Au reste ce qui prouve que ces catacombes sont beaucoup plus récentes que les tumulus, ce sont les lacrymatoires en veiTC qu'on y a trou- Tés, et qui sont généralement de date plus nouvelle que les vases étruques dont on n'a trouvé de traces dans aucune catacombe. Peut-être en voyant la pauvreté de leur ameublement faudrait-il croire que ce sont des tombes chrétiennes.
(1 ) Voyez IVc série , pi. 19, fig. 3, le plan et les coupes de Tune de ces catacombes.
Tumulus. — Groupe du Mont-d'Or ou tombeaux des rois du Bosphoi'e.
J^arrive au dernier groupe d^ tombepux: ^t 1^ nom de Mont tPOr que la légei^de Im n tçops^^ semble nous annoncer de ^raodes cboa^s^ Em prolongeant nos recherches au-delà ii^ gnwp^ de la porte de Thcodosie, et en suivant Tai^cienne voie des tombeauiL jusqu^à 3 verst de Panticapée, nous voyons bientôt 1^ ipaontagne de Mi«thridate s^abaisser pour lui ouvrir passage par n^ éli*oit vallon. Se relevant aussitôt avec 1^ mén?^ roideur et même à une plus grande l^aMt^ur,^ j# montagne se prolonge ainsi jMsqu^à la Mer d^Azof) dans unedirection nord-ouest. On liii4oiwe eo général le nom de Mont d'Or.
Déjà u^ énorme tumulus qqi domine h xonV^ à son passage entre les deux montagqe^, dqnpnc^ une race plus puissante que celle qui ^leva les tombeaux de la plaine; quelqiies pas encçms ^ Ton se croit au pied des pyramides d'Egypte-
Sur la crête de la montagne , à 323 {ûieds ^e hauteur absolue s'élève le tumtdus du Mont d'Or, cône de près de loo pieds de haut et de plps d? i5o pieds de diamètre, de forme bombée, qui diffère de tous ceux du voisinage, parce quil est muré de haut en bas comme un monument çy--
— i«7 — cippéen. Il 6Si revêtu à r^xlérieur aio^ que les pyramides, par des gros bloc$ de .pienne de Keriche, de 3 à 4 pieds daiïs toutes les Jiivtflii* sions, disposés eu retrait sans ckoent ni «oorlier.
Ce monument unique dans son genre por sa grandeur, était un tombeau, et de tout temps ôi a été Tobjet mystérieux d^une infinité de légen*^ das. Des traditions tataiTes, turques et tmèmc plus anciennes, parlaient d^immenses trésors cachés dans ce tombeau qu^on ne connut plus que sous le nom à^^hun^obo que nous avons traduit par ilont jd^Or. Elles ajoutaient fnéme qu^à chaque fête de saint Jean , une vierge ae montrait sur le sommet du tumuluS) attendant ceilui qu^ella a choisi pour partager avec lui les trésors que oe Hionuœent cjclopéen renfeiiEne (i).
On s^aperçoit ^ue c^est toujours le méjne gcmre de légendes qui règne du sud au noi^, et que celle du Mont d^Or nVst qu\me répétition Ab celle que les Ta tares raeontetit au sujet du roclier de Kisiltache^ les Lithuaniens au sujet de la table d^or enfouie d^ns les marais de Pokroî, et les Rugliiens sur la pierm de la Vierge k Stubbenkammer .
(t) Clavke, Voy. en Rvssiej etc, 11, 17, éd. fraDç. «Joulc.quVn gasdaptsea trésor ; k vÂcn^ pasae loutes les nuits dans les pleura.
Un général russe nommé Rosenberg , qui ne croyait pas être dans im bonnes grâces, de la yierge du Monl d^Or, pensa quM était plus facile de s'emparer des trésoi'S de vive force que par la séduction : il employa une bonne partie de sa poudre à faire sauter ce monument , en commençant par le sommet* Mais la vierge S9 Kioqua de lui et il ne parvint qu'à défigurer le tumulus^ en le tronquant et en ébranlant les murs cyclo*péens.
Cependant une tradition tatare i^oit qu'il existait une entré.e pour arriver au tombeau, et plusieurs fois .le& Tatares avaient tenté de s^y frayer un passage.
Ce ne fut qu'à la fin de i832 que M. Karéïche eut l'idée de chercher soigneusement cette entrée (i) : 35 hommes tra^vaillèrent pendant i5 jours ^ en attaquant le tumulus par le sud-est. Enfin on eut le bonheur, de rencontrer l'entrée d'une galerie, par laquelle M. Karéïche pénétra sans obstacle jusqu'au centre du tumulus. Construite en grandes assises de pierres de taille sans ciment, elle avait 60 pieds de long, environ 10 pieds de haut, y compris la voûte égyptienne et entre 3 et 4 pieds de large.
Ai^rivé à l'extrémité , M. Karéïche se trouva
(i) Voyez la coupe de ce tombeau, IV*" série, pK iSy fig- *•
tout à coup au bord d'un prééîpice qui s'ouvrait devant lui. U vit avec élonnement que le centre du tombeau ëlaît formé par une tour circulaire de 35 pieds de haut jo^u'à la voûte et df^20 pieds de diamètre. Le sol de cette construction était à 10 pieds audessous du sol de la galerie , et la voûte se composait de quatre rangs de pierres en saillie.
Enfia M^ Karéïche s'aperçut qu'on pouvait descendré au fond du tombeau par le moyen de quelques pierres placées comme des corbeaux de distance en distance , et déjà il comptait recueillir les immenses trésors que lui promettait la légende , quand à son extrême stupéfaction , il s'aperçut que le tombeau était complètement vide. Sur le sol s^élevait une grande pierre carrée sur laquelle on avait déposé peut-être le sarcophage; à mi -hauteur était une* grande niche vide. En vairi l'on chercha à pénétrer plus loin, supposant que cette tour n^était qu\m puits pour arriver à d'autres caveaux cachés : rien ne révélait une issue , une pierre mobile , et l'on est encore à se demander aujourd'hui comme il y a cent ans , à qui a pu avoir été destiné ce magnifique et dispendieux monument , émule des pyramides par ses proportions.
J'ai placé la tour funéraire au centre du tumulus; mais les mesures que j'^ai prises extérieù-
rement me feraient croire, que je puis être dans Ferreur et que le diamètre du tumulus est beaucoup pj[us considérable que» je ne Tai marqué. S'il en ^it ainsi ^ cela jiisli£èrail le soupçon d^aùtres pièces intérieures.
Le remplissage entre la tour intérieure et le mnr cyclopéen extérieur a été fait ayec des fragments de pierres brisées provenant des dé*blais des belles carrières d^où Ton a extrait les énormes pierres de taille de cette construction ; ces carrières sont encore ouvertes dans lee flancs de la montagne, à peu de distance au S/0. du tumulus.
La légende grecque, celle qui, au commence* ment de ce siècle et à la fin du dix-haitième, avait voulu trouver sur la montagne de Kertché le fauteuil de Mithridate, voulut aussi que le Mont d^Or fût son tombeau , quoique Thistoire certifie qu^il a été enseveli avec une pompe royale dans le tpmbeau de ses pères à Sinope. On raconte que Souvarof, abusé par cette fiiusse tradition , voulut faire un pèlerinage au sépulcre du grand roi , sur lequel il s^agenouiila et répandit des larmes (i).
Un autre fait remarquable ajoute au mystérie,ux du Mont d^Or; ce tombeau est placé pi^é~
(i) Gn m'a> raconté le fait à Kertchie. Clarke en Êiitatissi mention, 1. 11, p. i6.
— ig* —
Qfsémeni au point où se réunissent les deux embrancbeâients d^un long rempart qui s^étendait de la Mer Noire à la Mer d^Azof. On peut suivre des yeux la partie de ce rempart qui se dirigeait vers la Mer d^Azof , dépuis le pied du tumulus jusqu à la gorge de Katerlès , qui s^ouvre dans cm second rang de collines parallèles au Mont d^Or et à la montagne de Mithridate ; là ^ il est passablemant effacé , et le côté de Tennemi est tourné vers Touest, c'^est-à-dire le centre de la presqu^ile. Il continue au-delà de la gorge de Katerlès, dont les sommités sont couronnées de ruines adossées aux pics coralliques ; mais fen ignore la direction.
Au sud, vers la Mer Noire, ce rempart est eSàcé dans le voisinage du Mont d'Or dont la route de Théodosie longe le pied : mais on retrouve bientôt son allure en zig-zag, parmi les pics coralliques et les tumulus semés sur le dos dé colline qui se termine par le Gip Blanc. Il aboutissait au golfe de N y mphée, aujourd'hui lac de Tchourbache , embrassant dans Fangle qu'il faisait avec le Bosphore, les ruines de Dia et ses tumulus.
Ce rempart en terre me semble être Tancienne frontière du territoire de Panticapée et du royaume primitif du Bosphore avant la prise de Nymphée et de Théodosie qui n'en faisaient pas partie, et qui ne furent ajoutées au royaume, la
— ^9^ — première qu^en 4iO ayant J.-^Ç. par Spartpcus II; la seconde qu^en Sgo eqyjron, par Leucon I.
Celle limite abandonnée depuis 22 siècles a eu le temps de s^afTaissçr et de s^efiacer de la surface du sol.
Mais par quelle singularilé le tumulus cyclepcen se Irouve-t-il ainsi sur le point de jonction des deux embranchements du rempart ? Cette raison me ferait supposer qu'il est antérieur môme à la construction du rempart, ou qu'il est lié aux événements qui ont amené son établissement.
En dedans du rempart, à i5o pas à Test du tumulus du Mont d'Or, vers Kerlche , je vis un autre monument du même genre que le premier, mais inachevé. Il consiste en une esplanade circulaire de 5oo pieds de tour, de 166 pieds de diamètre, révêtue à l'extérieur d'une muraille cyclopéenne de pierres de taille carrées de 3 pieds de longueur el de hauteur. Je n'ai compté que 5 assises de pierres, mais je ne doute pa;sque l'on ait eu l'mlention de l'achever et d'en faire un monument semblable au premier. Une révolution dans l'état, la mort du prince qui entreprenait de s'ériger un tombeau , comme le fesaieot les rois d'Egypte, aura arrêté les travaux, ce qui explique sa dégradation actuelle. On a cherché ù découvrir l'entrée d'une tombe ou d'un caveau au milieu de l'esplanade : ce fut en vain, car elle
— 193 — ■ assise sur la surface rocheuse d^un pic à polypiers qu^on a rasé et aplani.
Plusieurs rangées de pierres énormes entre ce tombeau inachevé et celui du Mont d^Or, indiquent d^anciennes murailles de maisons : aux restes de palais ou de maisons, s^adjoignent des traces d^anciens jardins, et sur la pente de la montagne, au milieu de ces ruines, vers le KhouterScassi^ il existe un beau puits, bien conservé, encaissé de pierres de taille et plein d^eau. Ceci est bien extraordinaire, au milieu d^une contrée si sèche, si déboisée et si isolée, cela prouve que du temps de Panticapée, il n^en était pas ainsi , puisqu^on pouvait avoir des campagnes et des arbres sur des roches aussi sauvages aujourd'hui.
Ldt vue du sommet de la colline , ou mieux encore du haut du tumulus est magnifique, et s'^étend jusqu'au rocher d'Opouk , l'ancienne Kimmérion qui est à 9 lieues (36 verst) de là. Au nord, elle plane sur plusieurs jolies maisons de campagne, situées au pied de la montagne. Celle de M. Scassi est une vraie villa entourée de jardins et dé vergers, où le propriétaire a fait planter 3o,ooo ceps de vigne, 3,ooo pieds d'arbres dont 2,200 portant fruits , tous venus de France. Parmi les fruits, il y a 32 espèces de reinettes. On voit dans son parc le frêne et l'orme et le pin rouge dû Caucase.
De plus petits tumulus sont semés ça et là sur la cime de la montagne , confondus parmi les pics à polypiers qui couronnent le Mont d^Or. M. de Blaremberg y a fait quelques fouilles qui sont décrites dans le catalogue du musée de Kertche : Tune entreprise dans un tumulus n"" 5 du catalogue , a eu pour résultat la découverte de quelques objets précieux en or, en verre, en bois même, mais qui n^ont aucune portée historique. Autre part, il a trouvé plusieurs figurines en terre cuite, du genre de celles que j^ai décrites, et quelques vases aussi en terre cuite : pas d\irnes funéraires avec les représentations des mystères de Cérès,
J^aurais tout dit sur les tombes royales da Mont d^Or, si un hasard des plus heureux n^avait amené la plus magnifique et la plus riche des découvertes qu^on eût faites sur les rives du Bosphore.
Tombeau royal du Koul-oba.
Des soldats étaient occupés à extraire des pierres d\m tumulus passablement dégradé ^ quoique revêtu d\m mur cyclopique, quis^élève sur la pointe orientale d\me montagne qui est adossée au Mont d'Or du côté du sud. Les Tatares ont donné à cette montagne qui n'est qu'un
contrefort ou une ramification du Montd^Or, le nom de Koul-oba (tertre des cendres); il est en dehors de Tancien rempart, à 6 verst environ ^e Kertche. Je crois important de bien fixer sa position. Les soldats en arrachant les pierres de ce tumulus, dont le diamètre par la base était de i65 pieds de roi environ, s^apereurent qu^ils «étaient arrivés à une construction intérieure, et M, le gouverneur Stempkovsky donna aussitôt ordre de poursuivre la fouille avec le plus grand soin!
On arriva bientôt au vestibule, large d'une toise en carré, et tourné vers le nord ; il était recouvert par une voûte égyptienne en 3 assises de pierres qu'on fut obligé d'enlever, pour pouvoir pénétrer plus loin sans risque, parce que cette voûte, était soutenue par des poutres réduites en poussière.
Au fond du vestibule on trouva la porte, haute de 8 pieds 10 pouces, large de 5 pieds g pouces; elle était fermée jusqu'à moitié hauteur par de grosses pierres de taille, et en haut par des pierres de grandeur moyenne. De grosses pièces de bois en formaient la couverte : mais ces poutres étant réduites en poussière, les pierres seules qui bouchaient la porte en soutenaient le dessus, qui menaça bientôt de s'écrouler (i).
(1) J'ai emprunté la description de Fensemble dumo*
*Cependant rien n^arrêtait plus la curiosité j ei le passage était ouvert; tout promettait une riche moisson. MM. Dubrux et le docteur Lang furent chargés d^en aller faire Pinventaire»
Pendant qu une foule considérable assiégeait les abords du tombeau gardé par les soldats, ils pénétrèrent en frémissant d^attenle dans un- caveau funéraire qui, sans être bien grand, annonçait déjà la demeure d'un mort au-dessus du commun.
Il était bâti presqu'^en carré, mesurant 1 5 pieds de Test à Pouest et i4 pieds du nord au sud. La porte né répondait pas au centre, car du chambranle au coin de droite il n^ avait que 2 pieds de large, tandis qu^à gauche la distance était de 6 pieds.
La muraille était construite en pierres de taille qui avaient jusqu'à 3 pieds de long et 2 pieds de haut et d'assise. Cinq assises de pierres formaient sa hauteur de 7 pieds 8 pouces , jusqu'à l'origine de la voûte égyptienne , formée par 7 rangs de pierres faisant saillie, le premier rang de 5 pouces, les autres de 6 à 8 pouces, de fiiçon qu'il ne restait pour former la clef de la voûte qu'un espace carré large de 2 pieds, fermé par une seule pierre. Ainsi , du sol à la voûte, le
nument et de la position des objets qu'il renfermait au rapport manuscrit de M. Dubrux.
nombre des assises de pierre était de i-3^ et ^e tombeau avait 16 pieds de haut.
A environ 10 pieds 10 pouces de hauteur au-dessus du pavé du tombeau, s^élevait un plafond en planches, qui est tombé lorsque les poutres sur lesquelles il était posé se sont pourries.
La voûte du tombeau était recouverte, jusqu^à une hauteur de dO pieds , de pierres ordinaires que recouvraient de plus petits fragments, et ces messieurs estimèrent la contenance du tumulus à environ 1 ,000 sagènes cubes (1,268 toises cubes), nombre qui fait approcher sa hauteur de 70 pieds.
Le sol du caveau était pavé de pierres plates assez bien jointes. La place principale était occupée par un sarcophage formé d^une grande caisse en bois d^if, posée sur le pavé : cette caisse avait 8 pieds 9 pouces de long et 10 pouces de haut : elle était jointe par de grosses poutres dans lesquelles les planches étaient engrenées à plus de 3 pouces de profondeur. Le côté qui répondait à rintérieur du caveau était ouvert ; après qu^on eut ôté les planches des engi*énures, on mit à découvert Tintérieur qui était divisé en deux par une planche.
Dans Tun des compartiments plus grand' que Tautre et le plus rapproché de la muraille , était étendu le corps d\m homme de grande taille;
lés os de la cuisse avaient 17 pouces ^ de long ; le crâne était extrêmement épais. Sur son front se remarquaient encore les lambeaux d'aune mùre^ bonnet persan dont le sommet est plus étroit que le bas. Deux plaques en or en ornaient le haut et le bas. Celle du bas , large de
1 pouce 8 lignes, ornée de festons et de griffons (IV série, pi. 20, fig. 2), Temblême de Panticapée, était d\m travail bien moins soigné que la plaque supérieure, ornée de figures, de feuillages et d^arabesques.
Au cou était passé un grand collier en or massif, semblable à un anneau ouvert, dont les deux extrémités revenaient Tune sur Fautre (IV^série^ pi. 21, fig. 3)« On avait ciselé à chaque bout un Scythe à cheval, fournissant une course* Les deux bouts, sur une longueur de près de
2 pouces^ étaient émaillés d^azur et de vert^ le reste de Panneau tordu ressemblait à une corde. Cette pièce était d\m fort beau travaiL Ce collier est le même que celui qu^on retrouve fréquemment en cuivre et rarement en autre métal dans les tombes du nord, entre autres cher les anciens Lithuaniens.
Les deux bras étendus reposaient sur le côté. Celui de droite au - dessus du coude ^ était orné d^un cercle ou bracelet en or, large d\m pouce et orné de reliefs. En dessous des coudes, on trouva deux autres bracelets e»
— *99 — électrum (i), unis, larges de i pouce 8 lignes.
Une troisième paire de bracelets en or fin, ou-» Terts(IV" série, pi. 20, fig. 4) embrassait les poignets ; ils se fermaient par des sphinx persans ailés , dont les griffes tenaient un gros fil ^OT qui servait à serrer le bracelet lorsqu^il était passéau poignet. Le travail en est fort beau, leur épaisseur est de 6 lignes.
Au pied du roi on remarqua une multitude de petites pierres à Jeu toutes tranchantes et entassées. Dans les deuils scythes, il était d^usage de se déchirer le visage et le reste du corps avec ces petits cailloux tranchants, et Ton déposait ensuite ces marques de douleur dans les tombeaux : c^est ainsi que j^ai trouvé les corps déposés dans un tumulus de Simféropol couverts de pierres à feu , dont j^ai rapporté des échantillons.
Dans le compartiment plus étroit du sarcophage étaient déposés les dieux et les armes du roi. L'on y trouva d'abord son glaive en fer, dont la poignée, revêtue de feuilles d'or, était ornée de figures de lièvres et de renards,* repoussésrdans la feuille comme dans les bractéates (IV* série, pi. 20, fig^ 7). La lame avait été entièrement mangée par la rouille.
A côté du glaive , se voyait le fouet icherkesse
(1) Mélange d'or et d'argent.
pu cosaque, orné d^une feuille d^or, et au-dessus le bouclier en or fin (IV* série, pi. 21, fig. 1). Son épaisseur est celle dVne pièce de cinq fr. Sa grandeur qui est celle du dessin, indique assez que ce n^était pas un bouclier proprement dit, mais plutôt une espèce d^^P^'*'*^'^ repliée let adaptée à la forme du bras : il nV que 8 pouces 8 lignes de long, et 7 pouces 9 lignes de large. Son poids est d^environ une livre et demie d'or. Uombe ou milieu du bouclier était limité par un filet simple circulaire et par un filet d'oves, laissant un intervalle, large de 3 lignes et demie, sur lequel on avait ciselé des dauphins alternant avec des poissons parmi lesquels M. Agassiz a reconnu la Dorade (Chrysophrys.aurata) et la Jlfarè/2^(Muroena Helena). Le reste du bouclier^ divisé en douze compartiments par un filet, était couvert de masques imitant des têtes de méduse alternant avec des figures à barbe pointue, coiffées de mitre, des mouches et des tètes de cheval marin.
Varc et son fourreau en bois étaient tombés en poussière ; il n'en était resté que la plaque en electrum^x ornait Toïstodoche (IV* série, pi 24» fig. 4)- Sa longueur était de 19 pouces environ. On Tavait orné de reliefs repoussés , représentant une chèvre sauvage terrassée par un tigre, un cerf attaqué en face par le griffon de Panticapée et par derrière par le lioQ de Phanagorie ; le cerf
— aoi — était Pembléme de la ville de Diane, de Cherson* Un cheval marin rempliisait la partie la plus large de la plaque et un masque, Tautre extrémité. Au-dessus de la queue du tigre , on lit ce mot grec IIOPNAXO , ciselé dans le métal.
A mon avis , Tartiste a voulu mettre sur son ouvrage son nom, qui se répète fréquemment sur les inscriptions de Sindique aujourd'hui Anapa, et de Panticapée, mais sous une forme plus récente $APNAKOC. Quelques personnes ont supposé qu'au contraire, c'était le nom àuroiPhar^ nctce^ fils de Mithridate. L'ensemble des objets que je viens d'énumérer et surtout la suite de ma description, peuvent bien nous faire croire à la tombe d'un roi ; mais ce n'est pas celle de Pharnace, on n'aurait pas mis son nom là dans un petit coin perdu et sans aucune marque de respect.
On pourra se faire une idée de la forme d'un oistodoche scy the par le relief fig. i qui est sur la même planche. La première et la troisième figures de droite le portent suspendu à la ceinture, sur le côté gauche. L'arc est dans son fourreau, sur lequel on a pratiqué une seconde poche plus étroite pour les flèches ; c'est spécialement sur cette paiHie que s'adaptaient les ornements en or ou en argent, dont les guerriers embelhs* saient leur carquois.
Mêlée à ces armes, se trouvait encore une
botte en bronze , dont la pareille était déposée à droite du roi, vis-à-vis de là tête.
Toujours dans le même compartiment, mais à la hauteur de la tête du roi , Ton trouva, dans Tangle extérieur cinq petites statues en electrum. J^en ai fait graver deux (IV* série, pi. 21, fig. 4 et 5). La figure 4 représente deux personnes qui s^embrassent en serrant étroitement une corne d'hydromel. Ce vase rappelle celui que tiennent des deux mains toutes les statues ou babas qui couronnent une partie de la Russie méridionale (IV* série, pi. 3i, fig. 6). Peut-être me trompai -je sur le contenu de la corne.
L^autre figure qui tient une bourse de la main droite et je ne sais quel instrument de la gauche, est un Mercure qui rappelle celui des Celtes.
M. de Stempkovsky avait reconnu THercule scythe dans Tune de ces divinités ; leur présence est très-extraordinaire dans ce tombeau. Leur costume rappelle les habits slaves et tatares, entre autres la robe de peau de mouton que les Tatares appellent toun ou térétoun^ les Russes touloup^ les Polonais kozuch^ qui était Thabit scythe que Ton retrouve dans les plus anciens monuments (1). Cette robe dont la toison est intérieure, ou qui n^est bordée que d'une bande de pelisse par devant et par en bas, est taillée à
(1) Imperium orientale, Bandurii et J. Potocki.
toutes espèces de longueur, depuisT la camiâole talare et la katsai^eïka slave, jusqu^à la longue robe de peau de mouton du paysan russe.
Ces difierentes tailles sont toutes visibles dans mes dessins tirés de ce tombeau : on la voit très courte pi. 24, fig. 8, plus longue fig. 6 et 7. On reconnaît le vrai sermedje lithuanien et le tchok tcherkesse, fig* !•
Tel était Tensemble du sarcophage du roi ; tout autour de lui étaient déposés sur le pavé les objets qui complétaient Tameùblement de sa tombe, où Ton n^avail rien oublié de ce qui pouvait servir aux besoins de la vie matérielle. Car à ses pieds, une main prévoyante avait placé trois grands chaudrons en bronze coulé (IV*" série , pi. 22, fig. 6 et 7). Deux sont ovales ou oblongs , le troisième est sphérique ; chacun repose sur un pied cylindrique dont la base élargie est munie de trois crampons, pour Tassujettir sur le sol. Ces trois vases avaient été souvent au feu et avaient servi de vase à cuire ou de marmite ; car une suie épaisse les recouvrait encore. LHnlérieur était rempli d^os de mouton, chacun avait deux anses (1).
(i) Chaudron ovale : haut. i5 pouces 3 lignes, long, aop. 6 1., larg. 12 p. 6 1., prof, ii p. 3 1. Chaudroa sphérique : haut. 17 p. 6 1., larg. i6 pouces, prof, la p* 61ig.
!lo4
Un autre vase de forme oblongue remplissait Tangle de la porte en enlrant ; il était en bonze et à demi-entérré ; il avait aussi servi à la cuisine, à en juger par les os de mouton dont il était .rempli et par le pied qui le supportait ; il avait aussi deux anses (i).
Après la cuisine du roi, venait sa pros^ision de vin^ ses cratères et ses coupes. Le vin était contenu dans quatre amphores en argile, de petite dimension , placées debout contre la miu^aille à droite. On ne trouva dans ces vases qu'un dépôt terreux. Sur Tanse de Fun, on Usait BAZI et dessous APEÏÛN ; au milieu on voyait un poisson. Ce vase renfermait du vin de Thase, qui devait avoir une certaine vogue, à en juger diaprés le nombre d^amphores portant ce nom, déposées dans les tombeaux.
Deux grands cratères étaient naturellement placés auprès des amphores, car on buvait du vin mêlé avec de Teau dans des cratères chez les Scythes (2). Le premier, le plus rapproché de la porte, était en argent et avait 17 pouces 8 lignes de diamètre; il reposait sur un pied fort bas n^'ayant que 10 lignes de hauteur. Le fond avait
(^i)Haut. avec le pied, 2 j p. 5 1., long. a6 pouces, larg. 16 p. 31ig.
(2) Hérodote et le comte J. Potocki, Voyage dans les steppes (T Astrakan^ etc. II , 169.
— ^o5 — beaucoup souffert par roxidalion. Il contenait quatre vases à hoire ; Tun était un petit pot en argent assez i)ien conservé, le second du même métal ressemblait davantage à une tasse (IV* série^ pi. 23, fig. i); les deux autres aussi en argent simulaient des cornets à boire, d^un fort beau travail (IV* série, pi. 22 , fig. 2 et 3) : Pun d^eux est terminé par un buste de bélier, dont la tête ressemble à celle qui fait type sur une ancienne médaille de Panticapée (1).
Le second cratère en bronze, avec des anses d^une jolie forme, avait 16 pouces de diamètre et contenait aussi quatre coupes Ou vases à boire en argent (IV* série, pi. 23, fig. 2, 3, 4» 5 et 6, de grandeur naturelle). Le plus grand vase, fig. 6, est orné de ciselures dorées , où Ton reconnaît fort bien les oiseaux et les poissons de la Mer Noire et du Bosphore Cimmérien. A droite un canard plonge et avale une proie quHl a saisie ; sous lui nagent un labre (labrus) et un esturgeon ; plus loin un cormoran les ailes étendues a saisi au vol un petit poisson que M. Agassiz n^a pu spécifier.
Le second vase , fig. 5 , est plus petit, mais la forme est la même; comme le premier, il n^a pas de pied, et la partie inféiieure est presque celle d'aune sphère avec un col élargi par le bord. On
(1) Cabinet de M. Allier de Hauteroche, pi. II, fig. 10.^
voit que ce n^était que des coupes à faire circuler et non à poser sur la table. Les ciselures en relief sont une variante du sujet figuré sur la plaque de ïoistodoche. Le milieu dont j^ai donné le développement , pi. 24 , fig. 2 , est occupé par le combat du sanglier prêt à succomber sous la griffe d^un lion. A droite, un bouquetin du Caucase ( Touri des Russes , Capra ibex Gûld. — Capra Caucasica Schinz ) est teiTassé par deux griffons de Panticapée qui Pattaquent par devant et par derrière. A gauche, le cerf de Cherson (1) subit le même sort, déchiré par un lion , pendant qu^un guépard femelle {Felis jubata)^ la gueule béante, est sur le point de lui serrer la gorge.
Les ciselures du troisième vase (pi. 23, fig. 4^ et pi. 24^ fig. 3) sont presqu'une répétition du relief du vase précédent. La scène du cerf égorgé par un Uon et par un guépard femelle en fait le principal ornement.
Le râle que jouent le sanglier^ le cerf et le botj^queiin au milieu des griffons et des lions^ confirme Fexplication que jVi donnée de ces scènes allégoriques ; car il y a intention manifeste dans ces reliefs. Le lion de Phanagorie et le griffon de Panticapée ne sont pas représentés
(i) Le c^r^paraît plus souvent que la biche sur les mé* dailles de Cherson.
toujours yiciorieux sans intention , tandis que le c^r/deCherson, le bouquetin du Caucase (i) et le sanglier du Kouban sont sans cesse terrassés el vaincus par eux.
Le quatrième vase en argent ressemblait à une tasse avec un pied, deux anses et un couvercle (IV* série, pi. 23, fig. 2 et 3). Sur le bord de la tasse était gravé le mot EPMEQ, qu^il est difficile de traduire autrement que par : M je bois à Mercure » : Ipjxnç, était en effet la dernière coupe et la dernière libation d^un festin, portée en Fhonneur de Mercure. Le couvercle était orné dWabesques ciselées et dorées, fig. 2.
Au-delà des cratères et des amphores venait Varsenal du roi, composé de deux lances et de plusieurs faisceaux de flèches déposés le long de la muraille : il ne. restait que les fers et les pointes. Ces dernières, dessinées pi. 22, fig. 8, sont en bronze, triangulaires et munies de trois barbillons aigus qui empêchaient de les retirer 4les chairs : le bois en était très-mince et trèsléger. Cette forme de flèches est celle qu'on retrouve dans les monuments scythes du midi
(1) Ne perdons pas de vue que TaDlique Colchide, qui fait partie , par conquête , du royaume du Bosphore, s'appelait Kadzariaf et que ce nom venait de Kadzaro ^ un bouc.
de la Russie^ à Simféropol, à Tcliéhérin. La hampe des lances avait ±5 pouces de long.
Entre ces amas de flèches et le sarcophage^ on aperçut bientôt im second cadavre couché sur le pavé , sans sarcophage et en grande partie recouvert de terre , mais orné si richement, quHl fut impossible de méconnaître la femme du roi qui Tavait accompagné dans sa dernière demeure. Elle était couchée dans le même sens que le roi, et sur son front reposait une mitre semblable à celle du roi. La plaque en electrum^ qui le terminait, témoignait d^une main habile; quatre femmes, costumées à la grecque, sont assises au milieu de guirlandes de loto , dont les tiges figurent les sièges et les dossiers (IV* série, pi. 20, fig. 1). Quatre masques de lions formaient, de chaque côté, les bords par où la plaque se rejoignait pour former le haut du bonnet, qui ïi\a^ait que 2 { pouces de diamètre. La mitre par le bas était bordée d^un bandeau ou diadème en or, large de i pouce 8 lignes, et orné dans toute sa longueur de petites rosettes émaillées.
La reine portait à son cou , comme le roi, un grand collier à extrémités mobiles , qu^on mettait en passant par dessus la tête et qui était Tapanage des personnes de distinction. Au lieu de cavaliers, celui-ci était orné, parles bouts, de deux lions couchés. Outre cet anneau, elle
— ao9 — ftTait encore au cou un autre colHer en fUigranm ou fils d^or, auquel étaient suspendus par de petites cbaînetles en môme métal, de petits flacons en or flut, comme ceux du médaillon, pi 20, fîg. 3.
Cinq, médaillons d^un travail parfait et de différentes grandeurs descendaient jusque sur sa poitrine , liés entre eux par de petites chaîne tf es pareilles aux premières, et par de petits flacons plus allongés que ceux du collier. Ils sont émaiUés de bleu et de vert^CQmme d^autres objets que j^ai décrits.
Les deux plus grands de ces médaillons ( pU 20,. fig. 3 ) représentaient des Minerves grecques , mais travaillées évidemment à Panticapée^ comme Findiquent les griffons ciselés sur les ailes de son casque. Les attributs de Miner ve^ outre le hibou et pégase ailé^ sdnt les.serpettts de Méduse qui devraient orner son bouclier, un sphinx ailé (i) comme celuvdes bracelets du roi, et une garniture de têtes . de biches^sur la visière du casque. L^arabesque qui entoure le médaillon est aussi émaillée» ,
On découvrit au pied du cadavre un magni^ fique vase en electriim (pi, 22, fig. 1), ressemblant assez pour la forme et pour la grandeur à ceux qui étaient dans le second cratère ,
(i)On pourrait croire aussi que c'est une syrène.
— aio —
BUcepié que celui-ci a un pied. Je suppose qu'il leontenait des parfums ^ avée d^aulant plus de pMbabilitéy que nulle part on n^a trouYé de bcrj-toaloires si essentiels dans les autres toml>eaux% D^ailleurs ce vase, par sa posîtîen isolée a«ix pieds de la reine , n^anncmce pas d'autre de&tiiiatiônv
JT^ai dit quH) étmt magnifique ; on en jugera parle3 ciselures développées p4« 24v ^g* ^ • \es détails en sort -du "plus -grand intérêt pour Part et pehir T&istoire. Quatre groupes de fi- "gures se succèdent comme autant d^épisod^s d^iine même Histoire, dans laquelle le perseuâage qui joue le principal rôle repanâl trois
filM^* ...
Bans le premiei^ grc^j^ , en ôômmençafitt de gaucbe à^droite, on le; véit asms, les^deHX' maiiië et la tète- appuyées contre sa lance^ prêtait une attention* séreuse au tapport que lui ftit un guerrier. Au bandemi royal on reConnak le rc^, vraisemblablemenr eeiui qui a été déposé- daïi^ le tombeau. Son costume est compléiemeaf scythe; il a les pantalons étroits-, les bottines et le tchok que j'^ai décrits plus haut. Le guerrier qui lui ^il un rappdrt ësê aussi un ScytlNi^, agenouillé devant lui, habillé comme 4eux des vases étrusques, et armé de la lance et du bouclier. Ni Fun ni Tautre n^ont Poïstodocfae guerrier ; leurs cheveux sont lon^ et épars
sur leurs épaules; maïs le porteur de nou- TeUes Tï^k pas de diadème ; il porte le hachelik du Caucase ou bonnet phrygien^ ou 'mieux encore le bonnet lithuanien , qui depuis des siècles garde cette forme chez le peuple. La figure qui suit tourne le dos au narrateur, et, appuyée sur un genou^ elle est très-occupée à tendre un arc, que je suppose être celui du roi ; car ce guerrier porte le sien à son côté. On se prépare à la guerre.
Et cette guerre, elle a eu lieu ; on en voit les fruits, car le roi a été cruellement blessé. On le reconnaît dans cette figure souffrante à moitié assise , à moitié agenouillée , à laquelle une espèce de ma§^e scythe arrache une dent au côté gauche de la mâchoire. En examinant le crâne dii roi déposé au musée, j'ai vu qu^effectivement la mâchoire inférieure à cette place présentait les marques très -apparentes d'une blessure avec fracture qui aurait emporté plusieurs dents; cai* il manquait deux grosses dent^ et une troisième, plus courte que les autres était attaquée d^une maladie qui avait fait enfler la mâchoire.
Le quatrième épisode représente encore le roi blessé à la jambe ; un guerrier la lui panse avec dés bandelettes.
On remarquera que les pantalons et tme partie du tchôk sont recouverts de figures qui ont
Pair de-broderiea. Co sont de petites plaquettes en ùr et en électrum cousues sur les yêtem^its. L^s Aorses des rives du Tanaïs portent de Tor sur leurs habits, dit Strabon (i).
Ces plaquettes sont frappées ou repoussées comme les bractéates , percées de trous sur les bords, pour les coudre, et représentent une variété infinie de sujets. Le tombeau du roi en a fourni de nch.es texiemples.
En examinant attentivement le pourtour du '<uiveau, on s^aperçut, en effet, que Lé pied des murailles était jonché d'aune multitude de ces plaquettes. Les parois offraient les indices des chevilles en bois, auxquelles on avait suspendu la riche garde-robe des deux grands personnages ; elle était tombée par lambeaux et on ne retrouva que des tas de poussière, mêlée de petites plaques qui furent recueillies avec soin ; le plus grand nombre de ces plaques adoptent des formes de triangle, de rosaces de différentes grandeurs, sans aucun relief. Sur d^autres sont imprimées de belles têtes de femmes ou de divinités^ des figures d^animaux comme gritfbns, bons, lièvres, renards, etc., de formes très-variées. J^ai représenté quatre de ces plaquettes, intéressantes comme complément à Tethnologie scythe (pi. 24, fig. 5, 6, 7 et 8).
(1) Strabo , lib. XI , p. 486 , éd. Bas. Traduction de J. Potocki : Voy, dans les steppes d'Astrakan, t. Il, p. io3.
I En effet, la fig. 5, qui représente des femmes^
[ prouve que si les hommes portaient alors le
i costume caucasien, il en était de même des
femmes de cette époque, dont le long voile ou I tchadra paraît être du même genre que celui
\ que les femmes caucasiennes portent encore.
i La robe est flottante. L^uhe des femmes porte
; de la main droite un gobelet, et de Tautre une
clef.
i La plaquette fîg. 7, représente deux archers.
i Scythes dos à dos, prêts à lancer leurs flèches..
{ Les fig. 6 et 8 sont celles de deux chasseurs:
j Scythes à cheval, poursuivant le lièvre. De la
j main gauche, ils tiennent les rênes, et de là-
, droite, ils lancent le javelot,
j A côté du corps de la reine on trouva encore*
deux bracelets dW avec des bas -reliefs surj deux rangs , c^est-à-dire 6 figures sur chaque
j bracelet, dont la largeur est de 3 ^ pouces.
i Puis autour de la tête , on avait déposé six
5 couteaux à manche d^ivoire dont les lames^
i par leurs formes , ressemblaient à des instru-^
I ments de chirurgie. Un septième couteau
(pi. 20, fig, 5), avec un manche en or et des , reliefs, était mêlé parmi les premiers.
I Un miroir en bronze, avec une poignée pb*-
quée en or et ornée du griffon qui poursuit le
cerf en relief , faisait encore partie des objets qui
entouraient la reine.
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On comprend que suivant les mo»irs scjtbes, la reine avait été étranglée pour être déposée dans la tombe de son mari , et pour compléter les usages scythes, il fallait aussi découvrir le serviteur du roi i on le trouva effectivement couché en travers sur le caveau , le long de la muraïUe du sud, et autour de lui un assez ^rand nombre de plaquettes en or. Son casque et ses jambars en argent, fortement oxidés , étaient déposés avec les os d^un chenal dans un enfoncement de deux pieds en carré , qui occupait Fangle S* O. du caveau*
Parmi les débris qu^on retira de ce caveau , il se trouva plusieurs morceaux très finis de bois,, qui appartenaient à des instruments de musique-^ la seule chose qui manquât pour rendre rétablissement complet. Plusieurs de ces morceaux ojQTrent des dessins faits à la pointe, d^un travail exquis. On y voit un quadrige , une femme tenant un casque à la main, une esclave avec un grand vase offrant à boire à un cheval, des femmes assises, etc. Plusieurs de ces figures sont découpées; les costumes sont grecs.
Si tout ce que nous avons vu des objets qui ornaient le tombeau porte plutôt Tempreinte des idées scytbes, des costumes et des usages 4^ Qçtte nation y il n^en est pas de même des of^ements et des peintures du sarcophage, en bois d^if, dont la parfaite conservation m'a pro-
^uré Tirvanlage de contempler une peinture su^bofts , qui avait résisté à vingt et quelques siècleSs (pi. l5 et 25 b).
Ces peintures i^couvneiient les panneaux do.
tour du sarcophage. Le principal stqet est en-<^ tièrement grec et prouve que A Ton a enterré un rpi entouré d\m luxe scythique , ce sont des Grecs et des artistes de cette nation qui ont travmlté k ses funérailles. DeuK victoires montées, sur des quadriges, tournées Tune contre Tautre, remplissent les deux extrènlitéâ du taMeau , dont sept figures grecques, dans diâ^rêntès positions, occupent le milieu , trois fiennmes et quatre hommes^ Une oie et un cygne sont mêlés à ces figures, toutes représentées catome W^ agitées, courant, gesticulant, etc., avec des expressions de joie , que justifie rapproche des deux disfcrs de triomphe : les téCes avaient été~ jpresque toutes rongées. Les quadriges sont attelés de quatre chevaux blan<js, dont deux sont mouchetés. Sur la frise qui emboîtait le panneau par^^dessus^ Tartisté avait représenté des guerriers tirant de l^arc.
£n examinant attentivement ce genre de peinture, voici ce que j^ai pu comprendre de )a manière dont elle avait été faite, et dés couleurs quon a^Miit employées.
I41 teinte des bras et des pied^ -dieu ^mmies,: comme dans les peintures égypticinnes, diffère
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de celle des hommes , et Pèn ne s^est même pas servi des mêmes couleurs. La teinte des femmes est d un rose fait avec du rouge et du blanc, comme les couleui*s de Nuremberg. Celle des hommes est chair , comme s^ils avaient été brûlés par le soleil.
Le fond sur lequel on a appliqué les peintures est d\m léger violet. On a ébauché dessus les diessins avec une couleur brune semblable à du bistre , qui perce souvent à travers la couleur appliquée et lui tient lieu d^onibre. On jugera de là nature de Fesquisse et des contours par la planche 25 by qui est un fac simile en grandeur natureUe d^une peinture d^un des côtés du sarcophage (i).
Le vert employé partout est du vert-de-gris.
Le bleu est azuré.
Des deux rouges qui se remarquent sur les costumes, Pun est fait avec de la craie rouge broyée, Fautre avec du cinabre.
Le rouge des ailes des victoires est du carmin»
Le brun du char est de la terre d^ombre.
Le bois, avant de commencer la peinture^
(i) L'on y I;ctro^ve encore le griffon et le guépard (f«lis juhata')^ si souvent répètes sur les reliefs décrits plus haut. J'ignore comment l'idée est venue aux artistes grect de dessiner cette espèce de tîgre de patrie si éloignée j car M. Agassiz dit qu'on ne peut mettre l'espèce en doute.:
— at7 — avait été passé à la chaux ou au gypse, qui parait avpir donné à quelques - unes des couleurs, comme au rose, au violet, cette teinte blanchâtre: de céruse qui se mêle à la couleur.
Il est fâcheux qu^on n^ait pu conserver le caveau , le côté du nord s^étant écroulé deux jours après l'exploration. Mais avant que le désastre arrivât, il s^était passé plusieurs faits quHl est important de faire connaître pour bien juger de ce tombeau.
Le joiu* où il fut ouvert , les notables qu^on y envoya furent occupés à en &ire le plan, et à relever la position de chacun des objets qu^ils y trouvèrent. Cela leur prit toute la journée, pen-* dant que deux soldats gardaient les abords du vestibule.
Ces messieurs crurent avoir achevé vers 4e soir leur besogne; mais pour plus de précautions et afin de pouvoir faire de nouvelles perquisitions le lendemain , les sentinelles continuèrent à garder leur poste, avec la consigne de ne laisser pénétrer personne. Mais la foule qui s^était portée au tombeau la nuit par curiosité était si grande, que les sentinelles ne purent la repousser. On pénétra dans le caveau, où Ton fouilla partout, et c^esl alors qu^on découvrit cette multitude de plaquettes en or qui jonchaient le pavé. r
Pendant qu^on était ainsi occupé à fouiller et
à se disputer les demères dépouilles, on s^aperoui gue le caveau résonnait éomme s'4) était dreux par-dessous^ on leva les dalles du carré creux au coin du pavé et on trouva en eifet un second tombeau beaucoup plus riche que le premier, et d^où sont provenues les masses d^or qui circulaient encore à Kertebe lors de mon: séjojar. Il n'^y avait pas une femme grecque qui ne portât quelque objet de ces fouillés comnfteobjet de parure, surtout comme boudes d^oreille. L^on évalue à lao livres pesant d^ot la. valeur deç objets qui ont été trouvés dioms les deux tombeaux; cela me partit exagérée II en est revenu environ i5 livres pesant au gouvernenient ; le reste a été dispersé.
Dans ce pillage , le vandalisme a été poussé à^ son comble ; car Fon sWrachait les objets^ et pour se mettre d^siecord, Pan partageait a coups, de hache les plus prédeux : tel fut le sort da bouclier en or qui faisait partie du caveau intérieur, et que le gouvernement a pu raclietei:* en partie, pièce par pièce, au poids de For. J^ai lait dessiner, pl« 21, fig4 s, ce quW a pu retirer; k beauté du dessin fait vivement regretter ce qui manque, et à juger par la courbe du bord, on n^a ici qu^une minime partie dû tout< Il paraît que la plaque d^or était si grande, qu^elle recou* vrait toute. Fétendue d^un vaste boucË^.
Une femme habillée à la grtecqtie , et qii*on
— %i9 — prendrait potir une Jurie à voir sa longue chevelure emportée par la tempête, tient de ses mains la lance et le. flambeau : des loups dont Fun porte un labre (labrus) dans sa gueule^ Pentpurent et achèrent la peinture de cette terrible divinité.
Sans inscription,. sans médailles, qu^est-ce qui servira à nous fixer sur le nom du personnage royal qui a été enseveli ici, quand d^ailleurs Tbistcnre des rois du Bosphore est si peu connue? Ce n^est qu^à force de suppositions et de comparaisons qu^on pourra y parvenir.
£n parcourant les suites de médailles qu^on possède des rois du Bosphore , on est d^abord fort étonné de trouver si peu d^analogie entre les costumes et les armes qui y so^t représeiatés^ et ceux qui ornent les figures de ce tombeadt.
De 225 de J.-C, date de la mort de Reskouporis jusqu'à la chute du royaume du Bosphore, la gravure est tellement dégénérée ^ que les figures des rois et des empereurs tant sur les monnaies en or que sur celles en cuivre , deviennent de grossiers hiéroglyphes, et dans une suite de cinquante médailles connues qui appartenaient à cette époque de 522 à 624 du Bosphore ( 225 à 327 de J.-C), il ne s^en trouve par une qui offre les moindres traces d^un dessin artistique et correct. Ainsi notre tombeau n*esl pas de cette époqjie.