‹ voyage autour du caucaseChapitre 4 sur 9 · LA COTE DE CRIMÉE · texte numérisé non relu

LA COTE DE CRIMÉE

DE THEODOSIE A SOUDAK.

€jeux qui ont du temps devant eux, qui aiment le pittoresque, et qui ne craignent pas les fatigues d'une mauvaise route, feront mieux de prendre le chemin de la côte et de longer le pied de la chaîne Taurique baigné par la mer. Ce voyage, jusqu'à Soudak, se fait à cheval.

Je partis de Théodosie le 1 3 juillet i834.

Afin d'éviter les escarpements pénibles et rudement sillonnés par des ravins qui bordent la mer au-delà de Théodosie, je fus obligé de tourner par la vallée des Allemands qui s'écarte de la côte. Les extrémités de la chaîne Taurique de Théodosie à Kaktébel consistent en formations tertiaires anciennes et récentes, qui ont reçu un mouvement d'ascension dans un des derniers soulèvements du système taurique, et qui s'appuient immédiatement avec la craie , sur les hauts rochers jurassiques.

Le tout présente l'ensemble d'un contrefort

tertiaire, découpé par petites vallées. Celle dite des Allemands est peuplée par une colonie de cette nation; Pargile feuilletée et la marne blanche se présentent ici comme aux enyirons de Kertche ; et même un lac salé que je vis aa haut de la vallée complète les caractères. de ces formations. Une seconde vallée de même nature dont je traversai la tête, s^'i>uvre dans des formations semblables entre le cap Kiik-'Atlama et le cap Théodosie. De là je parvins dans une troisième grande vallée, celle du E,oktébel, qui n'^est que le prolongement du golfe dessiné dans la côte, entre le cap Kiik-Altama et le cap Karadagb. Ici paraît la limite des terrains de la steppe et de la craie que cette vallée sépare des pics noirs pittoresques du Karadagh , qui commencent ici la longue série des hautes murailles jurassiques de la chaîne Taurique.

Les vallées tertiaires que je viens de signaler, sont de formes radoucies; mais la végétation en est pauvre, sèche et triste : pas un arbre , et presque pas d^habitanls.

Le village de Koktébel, qui s^étend sur le rivage, est renommé par les onyx ^oii trouve dans les couches de craie qui s^étendent probablement au bord de la mer, et dans les rochers au-dessus (i).

(i)PaUas,II,a6o.

Les escarpements du Karadagh dont lés couches redressées regardent la mer, ne permettent pas de suivre la côte , tant elle est abrupte. Je tournai par le nord au milieu des roches jurassiques qui, quoique très-sauvages, sont plus abordables. J^eus même le plaisir , dans ce dédale aride, de trouver, à 4 verst du village, une fontaine qu^un khan de Crimée, dit-on, a établie avec des jardins et un palais, dont on voit la ruine à côté de la source. Cest un reposoir pour tous les voyageurs qui se rafraîchissent et bénissent leur bonne fortune.

Au-delà de la gorge rocheuse où est la fontaine, commencent les collines de schister noir; cette formation si répandue dans le centre du Caucase, dont elle est la base neptunienne, joue le même rôle en Crimée, où elle est le socle qui supporte toutes les roches jurassiques. Sa position me la fait ranger dans le groupe liasique,.sans que cependant cette assertion puisse être prouvée rigoureusement, puisque ce schiste ne renferme aucun débris fossile : je parle de Pétage inférieur , dont k puissance va au-delà de plusieurs milliers de pieds : car nous verrons d'^autres suites de schiste alterner avec le grès du lias , ou avec le calcaire jurassique , et ce schiste-là n^est pas douteux.

Les pentes du schiste gazonnées me menèrent insensiblement dans la vallée diOtouze^ la pre-

-3i4mière qui porte les caraûCèr^s de la cote de Crimée, c^est-à-dire qui, comme celles de Soudak, d^Aloucheta , de Yalta , présente dans un large écartement des roches calcaires, un thalveg, circonscrit par un amphithéâtre de collines schisteuses. La vue que j'ai donnée àXkouze (i) fera mieux juger de cette forme physique du sol, que de longues paroles. A gauche dans Pangle du dessin, Pextrémité du Karadagh s^entr'^ouvre pour donner ouverture à la vallée d'Otouze jusqu'à la mer. La crête de montagnes qui se relève à Touest , pi'end le nom de Yetchekidagh , et s'étend le long de la mer jusqu'à Koze. Partout le fond du vallon est schisteux.

La rupture entre le Karadagh et le Yetcheki-r dagh , et marquée dans la mer par une baie que quelques antiquaires, dont M. de Blaremberg est du nombre , prennent pour le port des Tauro^ Scythes mentionnés dans Scymnus deX^faio. La présence d'anciennes ruines sur la côte a favorisé cette hypothèse, qui n'est justifiée néanmoins par aucun monument particulier : des monnaies antiques attestent seules la nature générale des ruiner* Mv de Kœppen (i»), en a donné le plan : elles s'élèvent sur une colline au bord de la mer.

(i) Atlas , ir série, pitt. pi. 44 a, (2) Kriniskii-Sbornik^i^. 102. Voyez aussi la belle carte qui accompagne le texte.

On y reconnaît une enceinte fortifiée , avec deux tours , Tune ronde, Fàutre carrée, et plasieurs autres corps de bâtiment. Il est presque certain <jue cette localité est celle que les géografph^sdes quatorzième, quinzième et seizième siècles appellent Callitera ou Callita^ qui répond tu D/alita du géographe de Nubie, le premier endroit habité par les Komans à Pest de Soudak, sur la cote de Crimée.

Au haut de la vallée, sur un sol moins resserré, se présente le village d^Otouze^ divisé en deux groupes, le haut et le bas : les maisons blanches ressortent sur la verdure foocée. Les montagnes ne sont couvertes que de clairi^es. L^usage de la tuile pour les toits indique un climat plus humide que la côte occidentale qui n^a que des toits plats eh terre. Les peupliers pyramidaux se dessinent fort bien dans le paysage où le vert de la vigne est plus clair, plus tendre que celui du feuillage des arbres, tandis que ce qui est prairie est d^un vert pâle, brûlé. La mosquée du village avec soh grossier minaret, est ce qu'on peut voir de moins élégant. A gauche un moulin à vent tatare , avec huit ailes , est un échantillon de ce genre de constructions si simples et si légères , pivotant comme les moulins d^allemagne dits bockmûhle. Les parois et même le plancher sont des claies de branches tressées.

Plusieurs particuliers ont fondé des établisse-

— 3i6 — ments à Otouze , principalement pour la culture de la vigne , qui y réussit fort bien^

Je logeai chez un colon allemand nommé Frédéric Schieg , le chef d'une des cinq familles de celle nation qui sont venues s'établir ici. Je le questionnai sur ses possessions et sur ses redevances» Il me dit qu'il avait reçu du gouvernement 7 dessétines de terrain (765 ares de France) , pour lesquelles il payait 12 roubles e» argent et quelques copeks de capitation, sans, compter les impositions gouvernementales ; en sus il devait donner 5 roubles argent pour le terrain ; ce qui faisait monter ses redevances de 5o à 60 francs de France par an.

Le 14 juillet, je continuai ma route vers K-Oze^ Nul chemin ne peut suivre le rivage , que le Yetchekidagh flanque de toute sa hauteur avec ses rochers à pic , et je fus obligé de passer par un col élevé et des plus sauvages, qui unit le Y*elchekidagh au Sandikh-Kdia. Un des contreforts de ce dernier rocher se présente comme une muraille nue et menaçante au nord du chemin : les tatares l'appellent. KizUtachc'-Kaïa (le rocher de la pierre rouge).

Passé le col, je commençai à descendre vers le vallon de Koze^ en franchissant une espèce de mur naturel formé par le calcaire noir à polypiers deSoudak : il repose immédiatement sur les schistes noirs avec lesquels il alterne et les

— 3i7 — couches étatit sur leur tête, la décomposition du schiste n^a laissé que le calcaire, qui est resté ^comine un mur naturel. Cest la liaison géologique entre le Satulikh-Kaïa et Yetchekidagh.

L'abord du vallon de Koze par ce chemin est 4rès-pittoresque , et le paysage, circonscrit de "toutes parts par des rochers nus , est très-saunage : mais enfin la vue s-ouvre , et le chemin débouche dans un vallon qui doit sa verdure à un ruisseau, qu'on voit jaiUir au pied des rochers. En donnant un dessin de Koze , je crois y avoir réuni tout ce que ce vallon présente d'intéressant. Il précisera ce que des paroles ne peuvent expliquer. Le spectateur est retourné vers le chemin que je viens de faire (i), et par conséquent il a à sa droite le Yetchekidagh , avec ses ruines de calcaire recouvrant le schiste , et à gauche , le Sandikh-Kaïa , dont les flancs à pic présentent, à partir de Théodosie , le premier échantillon des murailles jurassiques qui ne ces-^ sent de border la côte de Crimée jusqu'à Balaklava.

Entre les deux montagnes se dessine la digue de calcaire noir que je viens de traverser : elle est divisée en deux fragments , celui qui est le plus rapproché du Sandikh-Kaïa supporte les ruines

(i) Cest-à-<iire qu*il regarde au N. E. Voyez Atlas, !!• série, pitt, pi. 44^.

— 3i8 du fort de YeUighen^ dont la muraille s^étend sur le terre-plein qui parait au milieu ; ayant à gauche trois pointes de rochers dont la plus haute s^appelle Délikli-JCaia (i). Prè^.de là sont les traces de tombeaux et d^une ancienne éghse. .

Sous une Yoûte , au pied du rocher, jaillit la belle source de Yetlighen^sou^ qui abrenire le irillage et rafraîchit ses vergers pkntés dans le thalveg de la vallée ; car ce qui n^est pas arrosé est sec et aride. Les fruits de Koze sont d^uoe beauté remarquable.

Le premier plan du dessin est occupé par la mosquée de Koze, dont le style est celui des mosquées de village : autour deTédifice religieux s'^étend le cimetière ta tare, dont les tombes comme à Otouze , et dans plusieurs autres endroits de cette partie de la Crimée, sont marquées par des colonnes parallèlipipèdes de grès liasique à anthracites , non taillées , qui se divisent ainsi naturellement en cippes et en pilastres comme les basaltes. Ces monuments funéraires sont extraits des carrières d^alen tour , et on les retrouve à Otouze , à Soudak , à Yelbouzli.

La partie inférieure de la vallée , longue de 5 verst jusqu^àlamer, est couverte de vignobles, qui appartiennent en majeure partie à des parti-

(i) Voyez une vue spéciale de ce rocher, Krimshii^ Sèornite, de P. de Kœppen , p. 109.

— 3i9 — culiers de Théodosie. Les vins de Koze passent pour^tre Ub plus généreux de la Crimée ; quelques-uns (Mit le: goût de terroii', qui se perd en vieillissant. Cest dans Tun d» ces vignobles que M, Graperon a trouvé le torse que j'ai vu au Musée de Tbéodoâe : ceci indique un établissement grec.

JEn continuant ma route , je passai à la sortie ^du vSlage^ à côté d'une autre antiquité , d'une vieille <:hapelle grecque dans le genre de celles de la côte sjud-ouest (i). Elle mesure 24 pieds de long sur 12 de large. Au lieu d'une grande porte, ^le n a qu'une porte latérale avec un petit portique. L'encensoir est formé du chapiteau d'une colonne antique qu'on a creusé. Je crois que c'est l'église que mentionne Pallas sur la croupe du Kadilf-Bouroun; elle était sous l'invocation de saint Jacques (2).

De Koze à Soudak y on ne chemine que sur du schiste^ qu'un grand écartement des rochers calcaires supérieurs laisse à jour : à droite , la chaîne principale , et à gauche un labyrinthe de massifs qui, lancés dans la mer, y forment un haut et imposant promontoire-, d'une teinte nombre , renommé chez les navigateurs. C'est le cap Méganome y composé de calcaire noir, al-

(i) Atlas > IIP série, arch. pi. 4- (2) Fallas, Foy, 11, 253.

lernant avec du schiste noir, formation jurassi-que qui se répète autour de la forteresse de Soudak. Les Tatares donnent à chaque partie de ce cap différents noms, et pour dénomination générale , celle de Bïouk^irt. D'où provient le nom de Méganome ( la grande habitation) ?

Y avait-il un grand bourg, une ville dans le voisinage ? Serait-ce Tokloiik qui jadis était considérable ? il faudrait avoir eu le temps de visiter soigneusement la contrée pour répondre à ces questions.

Mais il existe une preuve matérielle de Texistence d'une très-ancienne population dans le voisinage; ce sont les tombes, pierres^le\^ées^ dont Pallas donne la description dans son voyage (II, 23 1). f( A quelques centaines de pas d'un rocher remarquable , que les Tatares appellent Paralam-haïa (roc brisé), l'on distingue, dit-il, au milieu d'une plaine aride , les restes d'un cimetière très-ancien , qui ne ressemble aucunement à ceux des autres parties de la Crimée , si on en excepte les tombes non tatares de la vallée de Koze. On voit d'abord dix tombeaux rangés à la file , de l'est à l'ouest , sur une longueur de 32 pas. Ces tombeaux sont entourés de pierres plates , plantées en terre et comme divisées par compartiments ; quatre d'entre eux forment des carrés de 8 pieds 9 pouces sur chaque face, et cinq autres des parallélogrammes dont les pe-

lits côtés n^ODl que 4 pieds 5 pouces. Ils sofxt placés à d^inégales dislances , et dans Tordre sui-^ vant, de Test à Fouest :

4, 2, 8, 2, 8, 4, 4, 8, 7 I, 8, 4, 4 pieds.

<( Plusieurs paraissent avoir eu jadis une pierre plus élevée que les autres, à leur extrémité méridionale. On voit en outre au sud , à deux toi*ses de distance , 3 tombeaux isolés sur une se- [ conde ligne ; et , près du bout du cimetière à

I Test une colline plate entourée de pierres ran<<-

gées circulairement , avec deux carrés isolés dé [ pierres plates , dont la plus longue^ placée de

t champ , est tournée vers le sud. Les Tatares re-

\ gardent ces tombes comme Touvrage des Juife 5

g mais elles paraissent plutôt provenir d^une au-

[, tre nation très-ancienne et peu nombreuse. >»

^ On reconnaît à Finstant à cette description les

tombeaux des bords de PAtakoum près du fort St.-Nicolas ) et ceux que j^ai mentionnés dans la presqu^île de Fonlan, au-delà du village de Tchokrak-koï. J^en décrirai bientôt de pareils que j^ai visités près de Gaspra. J'ai déjà dit que u je les attribuais aux Kimmériens , et que dans le

^ nord de TEurope nous avions Téquivalent de

•^ ces monuments dans les pierres-levées de la Bre-

f, tagne , et dans les Steinkîste (coffres de pierre)

^ de Pile de Rughen et des rives de laBaltique (1) .

,. (1 ) Darstellungen von der Insel Rûgeriy von J . J . Gnun-

L^enceinte circulaire en pierres rappelle aussi les tombes des anciens héros lithuaniens, formée d^un tumulus écrasé ou aplati, entouré d*un cercle de gros blocs erratiques de granité. •

A quelques verst de Soudak , je traversai un beau Tighoble établi par les frères Amanton , et dirigé alors par mademoiselle Jacquemart , qui se guérissait des blessures quVUe avait reçues d^un Grec qui n'avait pu s'^en faire aimer (i). Une jalousie ftirieuse Pavait porté à cet horrible attentat.

Un dernier contre-fort me séparait de Soudak : son pied se prolonge dans' la mer où il forme un pic isolé, dcppeXéAltchak-'hadfik^Kaia^ Tun des moles naturels , qui fernie à Test la baie de Soudak. La tête du conti^e-fort qui naît des flancs du Mandjil^ forme un autre pic plus élevé, rAï-Ghéorghi , dont la partie supérieure est calcaire , ainsi que PAltchak. Le col par ou je passai est Schisteux. Que celui qui veut jouir d^un magnifique^ coup d'œil vienne avec moi contempler d'ici la vallée de Soudak, qui s'étale ênfilh tout d* un coup à mes regards.

bke^ n tety Theïly rp, .235. J'ai étudié ces iDonuments dans une excursion que j'ai faite^ en i83o^ sur Tilede Kughen.

(i) Voyage du maréchal duc de Raguse en Hongrie y etc* t. I;p.3a5, a'éd.

SOUDAK.

Monastère de Salat-Georges..

Pour jouir dWe vue plus magnifique encore, je montai au monastère de St-Georges, situé sur la tête du contrefort. J^arrivai par des pentes à peines recouvertes d^une maigre végétation de buissons, jusqu^au sommet où gisent les ruines de Féglise, petit édifice semblable à celui d^ Koze; la voûte s'^st écroulée, et je n'ai rien aperçu qui méritât la peine d'être relevé , soit peinture , soit ornement d'architecture. La vue seule compense toute la fatigue que peut coûter une pareille escalade, et l'on peut bien se donner la peine d'imiter les Grecs, non pour venir invoquer St Georges , mais pour admirer les oeuvres du Créateur ; car il est peu de sites en Crimée qui offrent un tableau plus riche, plus vastç^ plus pittoresque de contrastes tirés de la nature ou de l'histoire : il présente en face la belle vallée de Soudak, dont on ne perd pas un détail. J'ai publié cette vue, et sa variété mérite un commentaire.

Assis sur le mur d^enceinte de Féglise, mes regards se portent à gauche, ou ils sont bornés par une partie de la riiinè du monastère, masqué par des rosiers qui croissent sauvages sur la terrasse qui Tentoure. De là je plonge jusqu'^à la mer : sur ses rives se dessine la forteresse de Soudak, couronnant son roc pelé, et Ton embrasse toute Tenceinte du château d^en bas avec ses hautes tours : la tour de la Fûle (Kize- Koullé) termine cette pyramide de ruines, où il n'y a de vivant que le voyageur lointain ou les enfants de la colonie allemande, qui en font le théâtre de leurs jeux; leurs maisons sont en dehors des murailles.

Le Kouchekaîa ou Sokolgora des Russes (montagne du faucon) domine la forteresse avec sa croupe noire. De son pied se détachent dW« très rochers couronnés de deux pointes, visibles au-dessus de la forteresse : telle est la limite à Touest du Liman ou port de Soudak, dont le rocher de la forteresse forme Pautre jetée.

Au-delà des rochers du Liman , sur la ligne lointaine de Phorizon de la mer , se perd, sous une teinte de plus en plus brumeuse, la côte de Crimée que termine le dôme de VAioudagh , le Crioumetopon des anciens, le vrai sanctuaire de Diane et d^Iphigénie.

Mais je reviens à droite du Kouchekaïa, et en suivant ie dos des montagnes intérieures,j^arrive

~ 325 — au Pertchem^kaia^ la sommité la plus élevée, donl les flancs, nus el trop secs pour qi^ou ait pu y planter de la vigne, sont sillonnés de ravins. Le plus apparent qui se presse entre deux contreforts blanchâtres, VAfourdagh^ dont une trace d^ombre marque la continuation jusque dana la vallée, au milieu des vignobles de Tamiral Mordvinof, est renommé par une source dVau sulfureuse fort visitée par les Tatares : elle est à Tentrée du ravin à droite, non loin de la petite maisonnette : on y a creusé un bassin pour pouvoir s^ baigner.

En tournant enfin jusqu'à Textrémité du paysage , je signale un léger promontoire ; tel est le. point de partage des deux embranchements de la vallée , qui , comme deux fleuves de ver-^ dure, viennent confluer ici. L^un, le plus éloigné, bordé de maisons sur la hauteur, porte le nom àiAi^Sava^ tandis que le plus rapproché, dont on ne voit qu\in petit coin avec des arbres et des peupliers, mène à Taraktacke.

Que dirai-je maintenant du magnifique golfe de verdure qui prolonge au loin les rivages au milieu de ces montagnes pelées et grises? Dans ce dédale , où le vert des arbres et des hauts peupliers ressort sur le vert pâle de la vigne , quel plaisir de voir ces jolies maisons blanches si propres et si champêtres, semées çà et là , cha- 4?une au milieu de soi> riche dom^^ine. Soudî^k

— 326 ~ e^t une ville dW nouveau genre; il n^y a ni rues , ni places , ni portes ; c^est un village de Colchide* Le seul quartier ou l'on voie quelques maisons se rapprocher est celui tle Téglise , à côté de laquelle un Grec a bâti une espèce d^auberge. Mais ce n^est pas là que je cherche une maison amie, je vais chez M. Larguier , el mes yeux sVrrêtent sur trois maisons irrégulièrement groupées près de trois peupliers en-deçà du vallon , précisément au-dessous de Tangle intérieur de la forteresse- Cest là que je vais saluer un compatriote , au milieu des vastes étabhssements qu''il a créés pour la compagnie des vins de Crimée «

On aperçoit à peine les établissements du gouvernement, possédés jadis à Achiklar par le fameux prince Potemkin ; ils sont vers moi en avant de ceux de la compagnie , et Ton ne distingue que la cime des peuphers et rextrémité d^un vaste bâtiment- Ce domaine modèle ccnnprend de belles caves et de beaux vignobles ; le prince se Tétait approprié après la conquête de la Crimée ; mais à sa mort, le gouvernement rentra dans ses droits.

L^ensemble de ce paysage est découpé en entier dans les formations jurassiques ou liasiques; mais les révolutions plutonniennes ont tellement disloqué leur disposition régulière primitive , qu^on peut à peine suivre et recon-

naître dans ce labyrinthe ce qui appartient aUK unes ou aux autres de ces formations. Le rocher de la forteresse, le Sokolgora, le Pertchemkaïa, consistent en calcaire noir à polypiers , entremêlé plus ou moins de couches de schiste noir. Les couches sont dans un état de confusion incroyable, se redressant, se recourbant comme dans là craie de Rughen ; c^est un exemple en grand de ce que nous verrons si souvent dans la chaîne Taurique, de ces massifs qui , lorsque la chaîne principale s^est soulevée , se sont détachés brusquement, sont tombés les uns sur les autres, comme les déblais qui encombrent le pied d'une muraille renversée. Il n^ a pas un de ces massifs qui ressemble à son voisin; tout y est pèle mêle, et Rappelle cela un chaos géologique. Tous les débris ont une forme conique et pyramidale, et le paysage leur emprunte tout son pittoresque.

Le talus sur lequel ces fragments de la chaîne principale se sont accumulés, est en grande partie masqué ^ et vouloir suivre les rapports de concordance ou de discordance entre la base et le chaos est impossible. Seulement il paraît que le fond de la vallée de Soudak consiste en schistes noir comme le reste de là côte de Crimée. Il est par couches tantôt dures , tantôt tendres, ferrugineuses : il est quelquefois buUiforme, c'est-à-dire que toute la masse du schiste con-

— 328 ^ siste en grandes boules fomlées de coucbes concentriques. Assigner un âge à ce schiste qui n^est pas jurassique, puisquHl esl superposé par le grès du lias , sera , comme je Tai dit , toujours difficile. Ce dernier paraît au-delà du Solçolgora^ au cap Thihénin-Kaiassiy où il ferme à Touest le Liman de Soudak.

La vallée de Soudak n^a pas d^abord été vallée à Pépoque du soulèvement de la chaîne Tau-r rique ; elle a commencé par être golfe , comme le prouvent des formations plus récentes dépo-r $ées en couches, horizontales qui recouvrent une partie du fond de la vallée. Le principal dépôt de cette nouvelle création consiste en lits de glaise et en un gros pouding , composé de débris des roches avoisinants, que la mer a roulés et déposés en couches épaisses. On peut suivre rhorizontaUté de ces lits jusque bien avant dans la vallée ; leur hauteur absolue peut atteindre loo pieds au-dessus de la mer. Pallas a déjà signalé ce fait, en visitant le bord de la mer depuis le cap Altchak-Kaïa jusqu^au M^ganome j il a trouvé aussi là à plusieurs toises au-dessus du niveau actuel du rivage un terrain moderne avec des coquillages qu'il croit être identiques avec ceux de la Mer Noire, et qui sont sans doute quaternaires. L'ensemble de nos observations;, ainsi que, la nature du sol, prouvent qu'avant le soulèvement de la steppe taurique et de la pres,-^

quitte de Kertche, la côte de Soudak au Méga^ nome était découpée en baies plus profondes quVujourd^hui (i). Mais du reste, ici se termine cet ancien empiétement; plus loin, jusqua Balaklava , je n^ai trouvé nulle trace de formations tertiaires appuyées sur les flancs de la chaîne Taurique.

Le monastère de St**Georges a une superbe source d^eau délicieuse dans son voisinage; elle jaillit entre le schiste et le calcaire jurassique que couronne la montagne.

Les grès à anthracites appartenant au lias, que j'ai signalés autour de Soudak , ont fait croire à un mineur allemand nommé Hensius , qu'il existait de vastes dépôts de houille à Soudak ; le comte Vorontsof, trompé par des échantillons de lignites disséminés, s'est ejjapressé de l'aider dans ses sondages; le ministre, à St-Péterbouvg^ en attendit vainement les beaux résultats qu'on lui avait promis : il envoya un officier des mines à Soudak pour véri6er le fait. Si L'officier avait été tant soit peu géologue , à la simple inspe&r tion des roches, il eût dit que la chose était im^possible, et que fouiller comme Hensius le &isait au milieu d'un chaos de roches jurassiques en-r tassées sur des roches liasiques , ne pouvait aboutir qu'à faire trouver quelques débris da

(i) Voyez V* série, géologie, plans, coupies, pi. aÇ,

lignites, et que d^aiUeurs, à supposer qu^on pot percer le jura , le grès Basique et une épaisseur de quelques mille pieds de schii^te qui ne renfi^rment pas le moindre indice de hotnlle^ on àuraôt sans doute bien d^autres milliers de pieds à percer a travers le calcaire conchylien, le grès bigarré, le calcaire pénéen , le grès ancien , jusqu^à Ja houille. Leurs fouilles Ont été opérées au pied de la forteresse où je suis allé les visiter; du chfste xioir et quelques troncs de lignites furent les seuls résultats de ces coûteuses recherches.

Sur la vigne et les vins de Crimée.

Après cet aperçu pittoresque et géologiquede Soudak, je crois qu^il est temps de descendre dans la vallée où Ton m^attend ; mais ce ne sera pas pour parler fossiles, calcaire jurassique ou obaos géologique. Au milieu des caves et des pressoirs de la compagnie , une autre question va m^occuper; il s^agira de parler vignobles, vins et commerce^ et personne en Crimée ne peut donner là-dessus de meilleurs renseignements que M. Larguier, quand bien même on serait passablement distrait par les beaux yeux de mesdemoiselles ses filles.

La compagnie des vins de Crimée est une

— 33i.— $oeié0 d^actioimaiires dont le principal but est d^ouvrir des débouchés atix produits vignieoles de la Crimée. .Cette BouyelLe branche d^ndustrie, qui a fait de très-grands progrès depuis le commencement de ce siècle et surtout depuis que le comte Vorontsof a été nommé généralgouverneur de la Nouvelle - Russie , trouvait le principal obstacle à son développement. dans le manque d^écôulement de ses produits. De tout temps, je le sais, la Crimée a exporté des vins dans le midi de la Russie. Bronevski, au milieu du seizième siècle, dit que Soudak avait de grands vignobles qui produisaient le meilleur vin de la Crimée. De La Motraye, en 1711^ parle d''un vin.de Soudak (Sudac) qui ne différait pas du Bourgogne pour la couleur , et qui ne lui cédait en rien pour le goût(i). Autre part il cite le vin de Katche (Catchik) qui pétille dans le verre comme celui de Bourgogne et de Champagne et qui est excellent (2). On le vendait 1 béchelik (2 j centimes) la bouteille.

Plus tard Peyssonel, en 1762, dans son traité du commerce de la Mer Noire, parle des vins de Crimée, dont il vante Fexcellence et Tabondance : ils sont blancs , forts légers et trèsdiurétiques; il n^ a que le vin de Soudak qui

(4) Voyagt de De la Molraye en Europe^ etc. IL p. 53. (a) Id. Id, p. 48.

— 33a — soit fort , et on peiit le mettre au rang des Tins de liqueurs. Les qualités les plus estimées viennentde Soudak et des rives du Belbek, de TAlma et de la Katche.

Les prix de ces vins étaien t , à celte époque, de 5 à 6 paras (4o à 4^ cent.) Pok de vin de Soudak, ce qui ferait 32 à 38 cent, le litre ( i8. à 20 creiitzer le pot de Neuehâtel) (i).

Le vin de Belbek se vendait 3 ~ à 4 paras Tok (26-^ à 3o centt), ce qui ferait 22 à 25 cent, le litre (li à i3 creutzer le pot).

Les vins de la Katche et de FAlma valaient 2 à 2 ^ paras Tok (i5 à 18 f cent.) ce qui ferait i3 à i5 cent, le lilre (7 à 8 creutzer le pot).

Les Kosaques de FUkraine et les Zaporoghes en emportaient chaque année 100,000 cks

(1) J'ai adopté pour base de mes calculs les proportioos suivantes ;

L'ok tatare pèse 2 ^ Uy. poids de m9Tc,

Le védro russe pèse 26 f iiv. contient 10 quarts ou oks ta tares.

Le litre contient 5o /j, pouces cubes , et pèse 2 -^ Iiv.

Le pot de Neuchâtel coq tient 96 pouces cubes de France et pèse Ji -^[iy.

La pinte de Paris contient 4^ -^ poi|c^ cubes et pèse 2 ^ liy.

Par conséquent le védro équivaut à 12 ^ litres, et à, 6 ^ pots de Neuchâtel et à i3 pintes de Paris.

Voyez. PaUaS;^ i^oyage^ II, p. 4^2. Peyssonel , Traité du. Commerce y I^ p. 202 et 264.

-• 333 — = 10,000 védros ^^ i,aio kectoiilres aa 66^666 pots (±).

Pallas écrit qu^en 1784 ^ lors de la prise de possession de Isf Crimée, le védro de Tin de Soudak se Tendait de i5 à 2ocop. arg. (5 à 6 \ cent, le litre s^ 3 à 4 creutzer le pot).

Pendant la guerre de Turquie, en 1793 , il mOfnta jusqu^à 2 R. arg. lé védro (65 cent. le. litre =12 batz 1 creutzer le pot).

En 1794) les prix étaient tombés à i R. arg.* 5o cop. le védro de vin de Soudak; les vins de Koze et de Toklouk étaient à 1 Rv arg. 3o cop* Celui de Taraktache à i R^ arg.

Les mauvais vins de Koulak et de TAlma valment* à peine 60 à 70 cop. le védro ( 20 à 2Ô.eent. le litre = 10 à ie creutzer le pot). "Mais les vins quVxportait la Crimée, malgré les éloges que leur donnent les auteurs que je viens de citer, n^étaient pas en état de lutter contre les vins de Fraûee et de la Grèce; la consommation ne sW faisait que c'hez le peuple, et là claase aîséè, habituée aux vins de Sauterne^ de Bordeaux ^ de ^Hongrie, du Rhin, ne pouvait trouver de Fattrait dans les. produits de Soudak et de la Katche, où la vigne, arrosée selon les Jprocëdës grecs ettatàres, ne donne à proportion qu^iin vin aqueu^ faible, sans corps et de peu dé>

(t) Peyssonei , iW. I, p. 161.

garde. Cehii de la Kalcbe pouvait à peine passer l^année. Ainsi celui que Ton appelait de bonne qualité en Crimée était si inférieur, quela réputation des Tins de Crimée pouvait passer pour nulle. D^ailleurs le peu de soin que Ton mettait a cette fabrication contribuait beaucoup à cetl^Jnfiérib^ rite. Il fallait faire subir une révolulioil cdmplète à la culture de la vigne pour la mettife «i état de rivaliser avec succès contre lès^ produits étrangers (i). . • . .

. Bieoii.n^a arrêté lé$ auteurs de ciette noble entreprise; le coBite Vorontsof à la tête, n^a épar-s gné ni argent, ni conseils, ni encouragement. Onst &it Venir flé France, d^Ëspagne et des rives dû Rhin les plants ]^s plus renommés, et le comte: en a réuni 200.e6pèees en petites plaxita* tioris à Alot^a , pour y Ênre des expériences. On a appelé de bons vigùerons ^ .consisté les meilleurs ouvrages sur: la vigne. Lés meilleurs terrains sur la côte ont été sôigneusenient défoiicésr et couverte de belles plantations* On a choisi les expositions^ lesi plus favorables; Des tbiïiïeliers' onl^ ieiiseigné Fart de traiter les- vins ,

(i). Lisez da^^§^e.^o/^^^Jgfe.iffpw•a«'/c^^ Crlr

mée , p. 1 64i édition allemande , sa critique sur la culture de la vigne et sur les vins de Crïmëe' Comparez avec celle du marquis de Casteinau, Histoire de la Noui^eUe^RuS'-' siej llï, 290. :^lt .f] ,1 .• •. , :• ::0'- f y- '

et on a bâti de vastes caves meublées dé beaux, vases : en*un mot , on a tout fait ; on n^a épargné: ni peine 9 ni dépenses. Mais Ton n'en était pasî plus riche v parce que les consommateurs habitués s'en tenaient aux vins bon marché de Som dak et de la Katofae^ et n'osaient se compromettre avec les nouvieaux vins, qu'une culture plus: soignée et àep frais considérables rendaient plus! chers. Les* tnauvais vins se vendaient toujours ; les bons restaient chez les propriétaires.

i Ceux-ci conçurent alors le projet d'une' asso^ <natîon qui Jxoi^terait rëtnède à ce fatal état «de choses. Au moyen d'un capital considérable, la c^çapagnîe dés vins, gérée par tin directeur (M/Larguier)., devait se trouver à mémerd'at^ chétër dès pt'Opriélaires des vins de choixf qu'eUb garderait dans ses caves, 'etsèmèttalit en rela-rj tion aveéleJJ 'principales villes die fa ftussie, elle devait par ses commiVvoyageursifeirejcownaîlr© les diâS^entes qualités de vins fins de la Crimée^ en avàr des dépôts dans ces villes , léiirr donner, lèi Vogue , et détruire ainsi le préjugé qqi régnait; contre eux. Ceci était d'autant pfis brgefat -qu^ léfi^rnisircfaands de Vin par leur avidité^\lravii^ laiéhfchëiqnè jour à augmenter lE^ette mâuvmi^e ré|kitâtîôni La majeure pkrtie des vins ûôblesidtef StJudilk ei dèf^W ÈatchcJ, achetés pal? eux au» plUs^'bas' prix à T'époquie' de k^vendangie^ et tràhspàflfé>s %^ moâf rsipidétnénl dans lëurf ca-

Ves à Moskou et autre pwt, y devenaient par toutes espèces de drogues et de falsifications, des vins de Crimée ou d^autres pay^ auxquels on donnait de grands noms , démentis dès qu^on en avait goûté. Cétaient de vrais poisons^

Le gouvernement était intéressé à voir prospérer cette compagnie qui pouvait conserver à la Russie une partie des sommes qu^elle paie à Tétranger. Elle transporta son principal établissement à Soudak, qui devint le centre de ses opérations d^achat. Pour la vente, elle ouvrit de»^ caves et. un bureau de commerce à &aiféropoL

Les pil'emiers commencements ont été péni-^ blés , il a fallu tout créer ^ et pour une aussi vaste exploitation, dont les ramifications s^étendent jusqu'à St.-Pétersbourg et Moskou^ on a dû s'aitendre à des essais infructueux. D^aiUeurs la eompa^ie visant au profit de rétablissement^ n^a peut-être pas mis assez de choix dans ses achats, préférant des vins à des prix modiques à ceux qui étaient plus élevés , sans songer au grand but de Tentreprise, qui était de donner de la réputation aux vins de. Crimée. Je Sfàs que tel est le reproche que Ton a £iit à la direction* Mais abstraction faite de Fesprit de critique qui ronge toute entreprise nouvelle, que Ton vanle quand elle nous fait du bien , que Ton déchire lorsquelle n'en fait qu'au voîâin ^ parlons firan-

chement; la compagnie pouvait-elle assurer et obtenir cette réputation sans compromettre son nom et ses intérêts ? Pour tout homme impartial, la réponse est facile : i" Les qualités des vins des nouvelles plantations de la Crimée sont précaires, variables, si transitoires, qu^ils ne peuvent avoir encore de réputation ; 2" on a mis ces vins à des prix si exorbitants 'que toute spéculation pour la compagnie est impossible.

Ceci m^entraîne à dire quelques mots de Tétat de la culture de la vigne en Crimée, de son présent , de son avenir. L^ancienne culture pratiquée par les Grecs et les Tatares qui ne visaient qu^à la quantité, s^était portée tout entière sur des terrains plats, sur des fonds de vallée, faciles à irriguer. Tout tendait à avoir des raisins à gros grains , à grandes grappes , et sur un sol gras , dans un pays chaud; en soumettant la vigne à la taille en cerceaux , on obtenait une grande abondance de vin , mais d^un goût plat , sans bouquet , sans force , à peu d^exceptions près^ Le vallon de Soudak, qui présente une étendue de 5 ^ verst de la mer à Taraktache, se prétait le mieux à ce genre de culture, et je ne doute pas que dans les temps les plus reculés Ton n^aie déjà planté de la vigne ici , alors que Fftntique Athéndion s^élevait où Ton voit aujourd'hui les ruines de Soudak. Il en est de même de Koze, de Kobsèle , qui avec Tokloukont été longtemps

les seuls yignbbles importants de la côte de Cri'mée : car Âloucfaeta qui est aussi &Torablement situé que Soudak , et qui sous les Grecs anciens produisait beaucoup de vin, à en juger par les nombreuses ampbores enterrées au milieu de ses ruines, était tombé à rien.

Les autres vignobles delà Crimée s^étendaienl dans les vallons de la Katche, du Belbek et de TAlma : le sol malrneux ou calcaire e$t chargé des débris du schiste des montagnes ; le fond des vallées passablement large est plat et fiicile à irriguer^ Mais placés sur le reters de la chaîne Taurique et presquedans là steppe, ces Tignoblés jouissent d^un climat moins favorable que SoUdâk, et sous les mêmes conditions de culture , ses vins sont très-inférieurs aux premiers; souvent ils ne sont pas potables , à Texception de celle du vallon du Belbek, qui, plus voisin de la mer, et moins élevé que les deux autres, peut produire des vins soignés qui ne le cèdent pas beaucoup à ceuK de Soudak. On enterre la vigne dans ces vallons. Cette culture est aussi fort ancitohe dans cette partie de la Ck*iniée, puisqu^on trouve dfes pressoirs taillés dand le troc vif, dans lés grottes de Katchikaïène.

Tels «sont les anciens vignobles de la Crimée.

Lés nouveaux vignobles s^étendent de KôuroU'Quzène à Laspi\ sur le pied méridional de b chaîne Taurique^ le lôtig de la mer.

L^me des premières plantations fut celle de Laspi ; M. RouTier avait fait un accord avec le gouvernement pour amener des méitnos et planter en ceps étrangers un certain espace de terrain qui devait lui être donné ; pour avoir plus vite fait, il écarta ses ceps d^une manière prodigieuse , comme on pouvait s'^en convaincre encore du temps que j^étais en Crimée. Il avait amené de Malaga ses sarments, qui produisent un vin qui a conservé quelques-unes de ses qualités primitives (l).

En 1826, le comte Vorontsof fît commencer le$ premiers défoncements au grand Aïdanîel, qui formait en i834 un vignoble de 72,000 ceps,

La princesse A. S. Galitzine et le baron Berkheim ont commencé à peu près à la même époque, et Télan une fois donné, il faudrait bien des pages pour énumérer toutes les nouvelles plantations que Hudustrie a créées comme par féerie le long de la côte.

Ces vignobles qui comptaient, en 18349 ^^j^ plus de 2,000,000 de ceps, ont tous à peu près le même climat , la même exposition , le même ^ol. Le climat de la côte, par les grands et vieus^ oliviers, par Farbousier qui croît sur les montagnes^ par les plaqueminiers, les térébinthes, in-

(1) Histoire de la Nousfelle-Russie y par le marquis de Castelnau , III, p. a 16.

— 34o — clique assez qu^il est Pégal pour la chaleur^ dé celui de la Provence. Les hivei^ y sont doux, leâ printemps s^nt précoces, les étés chauds et ora* geux, les automnes prolongés. En hiver, il est très-rare de voir le thermomètre descendre audessous de 6 à 7°Réaumur. Le sol consiste principalement en schiste noir ou brun décomposé y mêlé de débris de calcaire jurassique, ou de porphyre terreux. Ce sol mélangé est devenu une terre glaise grise ou jaunâtre, plus ou moins pierreuse, très-compacte, et qu'yen temps de sécheresse il est impossible de travailler ; c^est du roc ; on ne peut défoncer un sol pareil qu^en hiver , lorsquHl est amolH par les pluies. Tous ces terrains sont dans la catégorie Aes fortes terres du pays de Neucbâtel.

Quant à Texposition, elle est aussi à peu pi*ès la même pour tous, à peu d^exceptions près. La côte méridionale de la Crimée, composée d'aune base haute et étroite de schiste, qui est couronnée d^une muraille de rochers calca'u'es, s'^élève rapidement, et les vignobles, étalés sur les pentes très -inclinées qui regardent le midi, sont travaillées par terrasses et par murets comme à Neuchatel et dans le pays de Vaud. Par conséquent, la couche fondamentale du sol étant fortement [)8nchée, il arrive que le cep est, pendant rhiver, abonJamaient fourni d^eau, par une multitude de sources qui suintent ou se glissent sur

ie schiste, el qui font de la surface du sol une espèce de marais incliné. Mais dès que la sécheresse arrive, Peau disparaît entièrement, et le cep se trouve à sec ; les ravins nombreux qui coupent profondément le schiste, contribuent beaucoup à soutirer Thumidilé du sol. Le raisin est retardé par la sécheresse et les grandes cha*leurs qui sont ordinaires sur la côte, et ne se développe bien quWec les pluies de septembre :

retardé ainsi et recueilli très- tard, il perd sa qualité de vin fin. Où croissent ensemble la vigne et Fohvier, le vin perd de ses qualités déUcales, qui distinguent les vins de France, de Suisse, du Rhin, et Ton n^a jamais parlé des qualités éminentes des vins d'Espagne ou d'Italie, qui n'entrent pas dans la catégorie des vins aimés des gourmets.

Telles sont les conditions générales de presque tous les vignobles de la côte méridionale, je n'en excepterai que celui d'Aloucheta, heureusement placé comme celui de Soudak, au fond d'une vallée, que la sécheresse ne peut jamais enlièrement atteindre.

Ces considérations générales sont confirmées par l'expérience; tous les vins des nouvelles plantations de la côte ont une tendance à prendre le goût de vin d'Espagne; le blanc en prend la teinte, et le rouge perd de son bouquet. Cependant ce n'est pas faule de choix dans le.s çé-

pages j car la majeure partie de$ vignobles sont composés de cépages originaires de Bordeaux, de la Bourgogne ou du RJiin ; on ne pouvait mieux choisir, et même plusieurs portiops de vignobles sont plantés des originaux qu^on ^ amenés à grands frais de ces pays, et qu^ils soient au premier, au second ou au troisième degré descendus des cépages de la France ou du Rhin, leurs produits présentent tous le même résultat et les mêmes altérations aux dépens du goût primitif. Dès qu^une plantation nouvelle , au bout de trois ou quatre ans, commence à produire quelques grappes , le vin qu^on en exprime indique assez bien les qualités du plant originaire ; ce serait quelquefois à s^y méprendre : j^ai bu ainsi de ces nouveaux crûs qui faisaient augurer une

réussite complète maison s# trompe : deux

ans sont à peine écoulés que la nature du vin change, et d^année en année cette différence est plus marquée^ et au bout de huit à dix ans , on n^a plus du Bourgogne ou du Bordeaux , mais un vin particulier plus fort, plus spiritueux que ces deux vins, mais moins fin. Les vignobles du grand Aïdaniel du comte Voronlsof, plantés en 1826 de ceps venus de France, et ceux du baron de Berckheim, aussi à Aïdaniel, ont fourni les mêmes observations , là même où les ceps ne sont nullement mélangés. Car dans les autresvignobles, on ne s'est pas tenu si strictement a

eette séparation par plants de différente origine, et les cépages sont composés pêle-mêle de gros Bourgogne , de Pineau fleuri^ de Rù^sling^ de Bordeaux^ de Kakour^oe dernier plant, d^origine inconnue , produit un vin fort , en abondance ; lorscju^il est bien gouverné il acquiert , disent quelques connaisseur^ , un goût très-agréable et un bouquet qui le ferait rechercher même de la vieille Europe, vu qu^il diffère entièrement de celui de tous les autres vins connus (i). On a planté aussi une certaine quantité ^AUaticOy^ çt on a essayé quelques anciens plants de Crimée venus de JLatche»

Le raisin qui paraît avoir le moins perdu de ses qualités primitives par le changement de climat, c^est le Rùsling des rives du Rhin. On l^a propagé surtout dans la vallée 4^4louchet£| , où un sol schisteux mêlé de particules calcaires et de détritus du grès du lias^plus léger et moins exposé à la sécheresse que celui du reste de la côte, paraît lui convenir et lui rappeler les qualités du sol primitif. On a aussi planté à Miskhor, chez M. Léon Narichekine, un quartier de Rissling qui, ^n i834, produisait un vin fort bon, d'un goût fin, sans avoir cependant les qualités exquises des vins du Rhin : mais T^xpérience n'avait pas encore appris si ces qualités lui rester-

{jl) Guiçid en Crimée, par Ç. H. Moptandop, p. Sag..

raient ou s^il suivrait la teudance'des autres vins de la côte.

En résumé , tout ceci prouve que les vins de la côte de Crimée sont encore dans une époque de transition et ne peuvent avoir de réputation stable, qui ne se dessinera qu^au bout d'*'un certain nombre d'années. Alors seulement on pourra parler des vins de Crimée , et ils pourront, par des qualités qu'ails auront à eux , soutenir une réputation méritée et lutter contre d'^autres réputations quHls parviendront peut-' être à balancer. Ce sera sans doute un milieu entre les vins fins du nord et les gros vins spiritueux du midi. Mais la Crimée jouit de tant d'espèces de climats, de sols, d'expositions, que je ne doute pas que si l'on ne peut obtenir des terres fortes de ia côte de Crimée les qualités de vins fins que l'on en attendait, l'on ne puisse les obtenir autre part. Je ne citerai qu'un exemple.

Ce n'est pas une expérience de quelques années qui a appris que le sol et le climat de la Chersonèse héracloétique étaient aussi favorables à la culture de la vigne que ceux de la côte de Crimée; car déjà dans l'antiquité, quatre siècles avant notre ère, cette péninsule avait des vignobles, des caves et des amphores. D'ailleurs, cela est prouvé par une inscription trouvée en 1794 dans les ruines de Cherson, et où le peuple entre autres vole

une couronne de lierre à Agaziklékté, quia/hit fleurir la culture de la vigne dans la cam-pagne (i). Cette culture était une branche de Téconomie et du commerce des Chersonésiens.

M. Bardac, capitaine du port de Sévastopol en i8o3, a ramené avec succès la vigne sur un sol où les troupeaux de moutons et de chèvres des Tatares Pavaient extirpée. Il a planté comme essai près de Sévastopol, sur les pentes d^un ravin qui s^ouvre à Textrémité de la baie du sud, un petit vignoble dont il a fait venir les plants de Smyrne ; d'^heureux résultats ont encouragé d^autres particuliers , entre autres M. Tcherniafski, et en i834, MM. Bardac fils et Tcherniafski récoltaient un vin rouge qui ne le cédait en rien ni pour la qualité , ni pour le goût , ni pour la couleur à aucun vin rouge du reste de la Crimée, sans exception. Je ne ferai pas valoir ma propre expérience, qui pourrait être suspec-^ tée; mais j'en appellerai au témoignage de connaisseurs qui n'hélaient rien moins qu'intéressés à dire du bien de ce vin , à celui de M. le baron Berckheim, qui passait pour avoir les meilleures quaUtés de vins de la Crimée, et qui, après avoir

(i) Recueil de quelques antiquités trouvées sur les lords de la Mer-Noire, par Léon de Waxel, n° 4- Clarke, Voyage^ etc., p. 117. Elle est aujourd'hui au musée dQ î^icolaïef.

goûté ceux de M. Bardac, disait que, pour le moins , iU v^lai^nt les siens. Jamais je n^ai tu une surprise pareille à la sienne, en faisant cette découverte. Car ces vins ne sont pas connus ^ ils n^ont pas de réputaticm^ parce que MM. Bardac et Tcherniafski ne sont ni des comtes Vorontsof, ni des princesses Galitaûne , qui ont en main les moyens de fiiire connaître leurs Tins. M. Bardac vendait son vin 6 R- ass. le védro (5o centimes le litre = i fr. le pot); il ne trouvait aucup profit à apporter à la fabrication des soin^ qiiç personne ne lui paierait ; il se contentait de soigner celui dont il- avait besoin pour sa consommation particulière.

C^tte supériorité des vins de Sévastqpol s'expliquera peut-être par la na^ture du sol qui est composé d'un détritus de calcaire coqutllîer tertiaire, et de cendres et débris volcaniques qui composent une partie du sol; le fond sur lequel repose la terre végétale est la* roche calcaire elle-m^me.

La compagnie des vins aurait dû acheter des vins Bardac et Tcherniafski , si elle voulait présenter aux amateurs quelque chose de national ;.. car ils sont ce quHls doivent être , et le prix leur aurait permis de spéculer ; non pas que les propriétaires de la côte, charmés devoir obtenu des échantillons qui rappelaient les vii^s étrangers, les aient mis à des prix exorbitants, cliacun.

voulant jrenirer le plus vite possible dans les fonds quHl a avancés pour son entreprise. Quand je dirai que j^ai vu estimer jusqu^à 24 roublesass. le védro, de petites quantités de ces nou-* veaux vins, ce qui équivaudrait à près de 2 fr* le litre^ on verra que des prix pareils sont hoips de la spéculation. Il en est de même d^une bonne partie des vins de la côte, quoiqu^à des prix moins exagérés.

Quelques données sur les prix des terrains, sur leur rapport et sur d^autres questions, termineront ce petit aperçu.

Encore au commencement de ce siècle les terrains de la côte de Crimée étaient pour rien : des propriétaires, parmi lesquels Je citerai le général Kévélioti, ont pu acheter pour une bagatelle des étendues immenses de terrains qu^ils ont vendus plus tard cinquante fois leur valeur primitive (1). Des terrains propres à la culture de la vigne, que Ton vendait d^abord

(t) Le duc de Richelieu, en 1817, fît acheter pour 3, 000 francs la terre d'.Oursouf, comprenant i4p dçssétines dp terrain. Qn y a diépemsé 20,0^0 francs en Ixâtisses et en défrichements. En i834> le comte de Voyontsof, qui ^û était devenu le propriétaire, a gardé pour lui cent dessétines et a revendu la maison avec,4o 4essétinQS pour 10a, poo fr^ La terre de Khanâme, comprenant 80 dessétines de terrain ,, fut achetée pour M. Darius Poniatovski 6,qoo f)*qnes; eu i834 on Testimait déjà plus de 80,000 francs.

dans ta vallée d^Aloucheta 4o à 5o frapcs ta cïes^ sétine (i), sont montés en peu d^années à 800 et à 1,000 francs. Ce prix s^est soutenu comme moyenne sur la côte.

La valeur des vignobles plantés était bien différente; elle était considérable, sans que je puisse citer une appréciation un peu cerlaine : d^ailleurs les possesseurs de vignobles n'étaient pas disposés à les vendre. L^estimation d^un vignoble ne se fait que d'^après le nombre de ceps et non d'après Tétendue du terrain; ce nombre varie considérablement et suivant la nature du sol, Ton y plante de 7,000 à 12,00a ceps, ce qui n'est pas la moitié de ce que Ton en met dans les vignobles de Neuçhâtel (2).

(1) La d^sétine, mesure de surface msse, contienti 1 04^000 pieds carrés de roi ; elle correspond à 1 09,26 ares de France , ou à 28- J ouvriers de Neucfaâtel.

(2) On compte j ,000 ceps par ouvrier dans les terres fortes (soit 26,000 ceps par dessétioe), et 1,200 ceps dans

les terres légères (soit 34^000 ceps par dessétine). Quoique Ton se plaigne généralement de la difficulté d'écouler les vins , les bons vignobles sont toujours excessivement chers ; on les a payés encoi^e en 184^9 ^^ 4^ ^ ^^ louis Vouvrier (28 à 3 1,000 francs l'hectare) ; on les payait il n'y a pas longtemps jusqu'à 70 et 80 louis l'ouvrier (44 à.5o,ooo fi^ancs l'hectare), tandis que les vignes d'un petit rapport, dans des terrains graveleux, se vendeni (> Jouis l'ouvrier (3, 800 francs l'hectare).

En 1834, la Crimée possédai! «n plantations anciennes et nouvelles, environ 7,100,000 ceps^ répartis comme suit :

Côte S. O. de Crimée Soudak, etc. , . .

Vallée de la Katche.

— de TAlma. .

— de Belbek. .

Colonies allemandes

1,600,000 ceps.

5oo,ooo.

5oo,ooo.

5oo,ooo.

587,000 ceps avaient été plantés en i833, et Pon devait en planter davantage en i834.

En i832, la récolte en vin sVst montée à 267,000 védros (32,3o7 hectolitres), où la côte S. O. figurait pour i4,ooo védros (19694 hect.), Soudak pour 5o,ooo védros (6,o5o hect.), et la Katche. pour 65,ooo védros.

En i833, la récolte s^est élevée à 200,000 védros (22,420 hect.), où la côte sud-ouest comptait pour 20,000 védros (2,420 hect.), Soudak pour 3o,ooo védros (3,63o hect.), et la Katche pour 80,000 védros (9,680 hect.) Les prix des vins ordinaires, en i833, étaient, en moyenne, de 3 roubles ou francs le védro. A Soudak il était de 4 et 4 i francs (32 à 38 cent, le litre), et à la Katche de 2 à 2 j francs (16 ^ à 20 1 cent, le htre) (1).

(i)M. deStéven , dans son rapport imprimé dans la

Ruines delà forteresse de Soudak.

Il est peu de ruines qui présentent un aspect plus grandiose, plus mélancolique et plus silencieux que celles de la forteresse de Soudak. L'on y va seul , se laissant guider par les souvenirs que Ton a recueillis, et par les sentiers presque effacés que les visiteurs ont tracés au milieu des murailles et des édifices abandonnés. Nul cicérone ne vient vous molester de son inflexible itinéraire, et vous fatiguer de son ennuyeuse érudition. On suit son instinct, et dans cette foule de monuments, la pensée et Tintelligence qui scrutent s'adressent au premier qui se présente. Je ne songe pas à suivre d'autre méthode dans mon pèlerinage aux ruines de Soudak.

Je traversai les beaux vignobles, et, me dirigeant vers la mer, j'abordai bientôt le pied du rocher erratique pyramidal, qui porte les trois étages de la forteresse , monument aussi vaste que fort, pour les temps où il fut construit. Ce rocher à pic du côté de la mer, qui en baigne le pied, est manifestement inabordable de ce côté là. Mais du côté de l'intérieur de la vallée, ses flancs, d'abord très-escarpés, s'abaissent à mi-

Gazettc Allemande de Saint-Péters6ourgj d? 109, f| mai id34.

hauteur^ sur une terrasse. Le talus de la terrasse est bordé d'un rempart très-haut et très'-épais, flanqué de dix tours rondes ou carrées, formant un arc irrégulier en avaht du rocher principal. La porte d'entrée défendue par un ouvrage extérieur, partage presqu'en deux moitiés égales la muraille. On y arrive insensiblement sut* le dos des couches de gros poudingue récent dont les dépots horizontaux abordent les flancs du rocher auquel ils sei^ent de pont naturel (i). La, devant la porte, s'étehd au N.-O. la colonie allemande, bâtie sur les ruines d'un village tar^ tarie ou tUrc, qui avait lui-même succédé au faubourg génois de Soldaya. Entre le village et la porte coule, dans un bassin, composé de pierres antiques, une belle fontaine^ que jadis les Génois avaient amenée jusque dans la forteresse ; on Ta ornée d'un relief tiré des ruines , représentant saint Georges tuant le dragon ; à droite est un écusson aux arnies du doge Adorno : celui de gauche est effacé.

La porte principale est percée dans l'épaisseur d'une haute tour carrée, dont une inscription, qui est adroite en entrant, rappelle le fondateur. Je l'ai copiée sans difficulté, quoiqu'elle soit écrite en lettres gothiques, et elle porte ce qui suit :

(i) Atlas, n« sërie, pi. 45 et pi. 64, fig. 3 et 4-

'j-m.ccc.lxxx u die prima augusti gprc regiminis j hgregy el potenlis viri dni iacobi gorsevi honor | abilis consulis et casteldani soldaye (i).

(i385, le premier jour d^Augusle, dans le temps du gouvernement de noble et puissant seigneur Jacob Gorsev, Thonorable consul et châtelain de Soldaye.)

Au coin, dans un petit cartouche après Soldaye est un petit lion , et , sous l'inscription , Ton a sculpté trois écussoûs ; au milieu, celui de Gênes, à la croix de gueule sur champ dVrgent ; à droite, les armes du doge Adorno; à gauche, celles du consul Jacob Gorsev.

Le premier terre-plein auquel on arrive après avoir passé la porte, est la forteresse inférieure dont le sol plus ou moins ondulé et incliné est couvert de ruines, dont le principal groupe se présente en face, dès qu^on est entré. Là sont les immenses citernes murées en briques et capables de contenir une provision d^eau suffisante pour rentre tien d^une garnison pendant plusieurs années. Des aqueducs en tubes de terre cuite j amenaient les eaux de pluie du sommet du rocher et des fortifications supérieures* Tout près

(i) Publiée par Léon de Waxel. Recueil de quelques antiquités trouvées sur les bords de In Mer-Noire ^n^ ^i , et par Pierre de Kœppen, Krirnskii" Sbomik ^ p. fa8.

de là s'élèvent encore quelques maisons génoises de style gothique^ avec des dates et des écussons : ce sont les seules qui aient échappé à la destruction, lorsque les Russes ont eu la malheureuse idée de tout détruire dans la forteresse, pour y ériger de vastes casernes, abandonnées aujourd'hui : autres ruines fort peu intéressantes qui sont venues se joindre aux anciennes.

Mais je n'ai pas la patience de m'arrêter long* temps ici; mes yeux ont déjà remarqué du milieu des vignes un édifice énigmatique, et je suis pressé d'aller l'examiner. Pour y arriver, je suis obligé de longer intérieurement le mur jusqu'à la dernière tour au N. E. où il fait un angle aigu, et remonte le long du bord du rocher en précipice, qui est baigné par la mer. Là, perché sur l'abîme, se trouve l'édifice (i) dont j'ai peine à me rendre raison ; car il me semble qu'il porte les marques de plusieurs styles et de plusieurs cultes.

L'on sait que depuis le huitième siècle , Soudak a eu des évéques , dont M. de Kœppen a chei'ché à compléter k série (a). Jusqu'en i2o4, cette ville reconnut la suzeraineté de l'eoipire grec ; elle avait eu ses princes particuliers , qui

(i) Atlas, ir série, pi. 64, fig. 3 et IIP série, pi. 29.

(a) Krimskii'Sbomik , p. 129.

furent exlermiaés par les Kaptchaks (KbnaaiAs) , dont Sougdaï î\e\mt la capitale : soto commerce alors était irès-florissant (i)..

Mais déjà, en 1287, les Tatares mongols détruisirent Tempire des Komans, et Soudak redevint une ville chrétienne. Quand Rubi'uquis y passa, en 1253, Soldaia était alors le prmcijpad port de la Crimée ; la ville payait un tribut à Baatou , kban des Tatares ; mais elle avait ses tîbefs particuliers et son évêque , qui logea Eubruquis dans Véglise épiscopale (a).

Dans le commencement du quatoraàème siècle, les Tatares mahométàns, dains ub de léhfs accès de fanàtifem'e^ chassèrent les chrétien^ dé la Crimée, et convertirent les églises de Soudak en mosquées. Mais en i323 , le pape Jean XXII demanda àOusbek, khan de Kipichak, qu'il voulût bien permettre aux proscrits chrétiens de revenir à Soudak , en leur rendant leurs égii&és, et en leur permettant Tusage des cloches, et Soudak redevint chrétien. ïl ne paratt pas que les Tatares aient alors exercé en Crimée autre eh(>së qu^une espèce de suzeraineté ; les habitante dé Soudak ne leur payaient qu'un tribut à Volonté (3).

(1) Reuilly, yoyage en Crimée y p. ^4-

(a) Collection Bergeron^ p. 3.

(3) Krimskii'SàorntkjdeV, deKœppai, p. ii4fi(suiY)

Ce tie fut donc pas sur les Ta tares ^ que le 18 juin i365, les Génois prirent Soudak, mais bien sur les Grecs, queBronevski (1) traite de gens superbes et sans accord {etdisides). Alors les Géttois construisirent petit à petit la forleresse^ composée de trois étages , Tinférieur qui renfermait trois grandes églises catholiques (2) celui du milieu et le plus élevé. Chaque tour eut son inscription , qui devait rappeler Pépoque de sa construction.

Lorsque Soudak fut pris par les Turcs en lôjS^ ils laissèrent là forteresse dans le même état , se cohtentant d'en changer les églises en mosquées^ d''y tenir une garnison qui relevait immédiatement de Tempire ottoman , et non du khan des Tatares : c'est pourquoi Soudak, jadis ville si commerçante, tomba dans une entière décadence et presque dans Poubli.

Après cette longue lutte d'un millier d'années, Ton ne retrouve plus que ce seul édifice religieux. Il est probable que c'est l'un des trois dont parle Brônevski ; mais qu'est-ce qui porte à croire que c^est celui dans lequel fut logé Rubruquis, en en 1253, l'église épiscopale qui datait déjà du huitième siècle? C'est un mélange tellement in-

(1) Martin Bronovii Tartaria , p. a8a et a83, édi Ëlz. i63e.

(a) Id. Templa tria maxima Catholica,

timc de Téglise et de la mosquée, qu^il est trèsdifficile de dire laquelle a précédé Pautre. Cependant voici les raisons qui me font pencher pour cette dernière forme.

D^abord Tédifice est orienté comme une mosquée, cVst-à-dire que le maharab (niche de Timan où Ton a placé ensuite Fautel) est tourné vers le midi , ce qui ne peut avoir lieu dans les églises grecques qui ont invariablement leur chevet tourné vers Torient : par conséquent cet édifice n^a pu être primitivement une église grecque. Ensuite, on reconnaît ici au premier coup d^œîl le type des mosquées primitives de la Crimée, telle que celle de Karagos quej^ai décrite plus haut. La partie antérieure, marquée B, se composait comme dans les mosquées antiques de la Crimée , d'un portique , Téquivalent de la tribune des églises du dixième siècle; il prenait tout le large de Tédifice , et était séparé de la coupole par une arcade en ogive oriental écrasé , supportée par deux pilastres et deux demi-pilastres carrés , de 9 pieds d'^élévation avec base et chapiteau» Le portique est éclairé par deux otages de fenêtres basses carrées, placées en alternant les unes au-dessus des autres. Tout ceci est tatare , et rien ne rappelle les absides et la forme en ci'oix des églises grecques, ni le génie génois, qui aurait placé ici de belles fenêtres gothiques.

Enfin, la coupole en plein cintre, les pendentifs, les ornements du maharab et des chapiteaux sont de style mongol -oriental et non génois.

Je ne crois donc guère me tromper en faisant remonter cette mosquée à Tépoque où les Ta- (ares fanatiques chassèrent les Grecs chrétiens de Soudak , au commencement du quatorzième siècle. D^autres, pour avoir plus vile fait, Tatiribueraient tout simplement aux Turcs, lorsqu'ils eurent pris Soudak aux Génois en i475mais cela n'expliquerait pas ce qu'il y a de génois dans cette mosquée; car il est évident que le maharab, dont l'entourage est un travail oriental avec ses rosaces et ses dents triangulaires, a été changé par eux en autel comme en fait foi une inscription gothique avec une date illisible à présent , parce qu'elle est barbouillée de chaux , gravée au haut du cadre. Peut-être ont-ils voulu rappeler l'époque de la prise de Soudak sur les Grecs, le 18 juin i365. Il sera facile au gouvernement de faire faire cette recherche en ordonnant qu'on nettoyé l'inscription.

Deux fenêti-es percées dans la muraille de Fest , donnent dans un portique voûté qui longeait ce côté de l'édifice ; les cadres en sont aussi d'un travail de dentelle très-commun à l'Arménie et à la Géorgie. Sur celle marquée b sur le plan, se trouvait une inscription gothique gé^

-^ 358 ^ noise , en deux lignes en grande par lie effîicée; on ne lit que la fin de la première ligne edeo^ et celle de la seconde Soldaja.

Enfin dans le coin E, près de la porte d^entrçe je lus encore une autre inscription génoise , dont j^ignore Torigine et qui avait été placée là : m. cccc. 1. die prima junii tpre regiminis egregii

viri dni Benedicti de Consulis et Gastelani

Sol Le nom de famille et Pécusson ont été

efïkcés avec intention.

Voilà des preuves que les Génois ont fait de cette mosquée une de leurs églises , la principale peut-être , celle où plus de mille d^entre eux périrent en se défendant courageusement, fors de la prise de Soudak par les Turcs (i). Pais les TurcjS qui sont venus après eux , ont effacé ce qui rappelait le christianisme , jusqu^à ce que les Russes, à leur tour, soient venus célébrer leur culte dans ce temple si disputé. Son histoire a donc cinq phases.

i** Mosquée ta tare-mongole.

2** Temple rendu aux chrétiens gi'ecs..

3* Eglise catholique génoise.

4"* Mosquée turque.

5° Eglise grecque-russe.

Les matériaux des autres égUsqs de la forte^ resse ont été employés à construire la nouvelle-

(i) Bronovii Ta^taria.

égUse russe qur est au milieu de la variée, («l qui est dédiée à -Notre-Dame.

En tournant avHour de Péglise dont je longeai le portique ruiné., j^ m'aperçus quVn grimpaut par uu sçi^tier çscarpé^ je pourrais parvenir au cbâteaii dju Milieu, le Katara-Koullé (i) d^ Tatares, que TQn voit dans mon dessin au-dessus de l'église. Cette partie des constructions est bâtie à mi-côte du rocher à pic, au-dessus de la mer, sans cesse agitée autour de sa base. Des genéyriers de TQrient se sont hasardés le long des murailles en ruines qui sont ouvertes de cp côté-là. La principale tour du. château du MiUeu çst construite dans le style noble du quinzième siècle avec des arcatures pour corniches, et çon sommet est couronné de créneaux iirrondis.

Passant par Touyerture de la muraille , je ma trouvai au bord du précipice, sur une étroite lisière de rochers sur le$qtiels on a placé les tuyaux qui ramassaient les eaux de pluiç des châteaux dVn haut. Je grimpai derrière le char tgau par c§ sentier, en frémissant à la vue de l^ ^mer qu^on surplombe à une si grande profonlleur, et j^arrivai enfin au troisième château , W

(i) P. de Kœppen, Krimskii^Sbornik ^ p. 4^5.

— 36o — Kize-Koullé (château de la fille), la vraie acropolis qui couronne le rocher ; ce n^est dans le fait qu^une simple tour carrée , voûtée , liée au reste des fortifications par une muraille , mais placée là comme un aire de faucon , pour dominer sur toute Timmensité de la mer, sur Tensemble des fortifications, sur les embranchements de la vallée et sur le circuit de Tancien port de Soudak , dont on saisit tous les détails et d^où Ton peut suivre tous les mouvements d^une flotte. Cette vue est ravissante, quoique d\m sévère comme peu d^endroits peuvent en présenter. Car un point pareil résume tout un pays, toute une histoire.

Du Méganome au Kastèle et à TAïoudagh, l'œil suit la côte et se promène sur les terrasses naturelles multiples adossées à la muraille Tau* rique : mais rien n'^égalc refiet du port antique, aujourd'^hui désert ; le rocher le plus rapproché de la forteresse Tabrite du côté du nord ; c'^est le Kouche-Kaïa ou Sokolgora (t), fantastique, doni la muraille à pic nqe, beaucoup plus élevée que la forteresse, regarde le rivage. Là une légère (errasse couverte de rodiers éboulés et parsemée de genévriers noirs , avait permis de

( I ) Kouche-Kaïa , ta tare ; Sokolgora , russe , signifient montagne du faucon ; M. de Kœppen lui donne le nom de Odndji'Klarein'-houroun.

pratiquer le sentier qui de la forteresse menait au port, dont la principale enceinte se dessine enti'e le Kouche-^Kaia à Test et le Tchikine-- Kdiassi^ autre rocher fantastique et inabordable à Touest, au bord ^e la mer.

Le fond de la baie, fortement en talus., quoique exempt de rochers à pic, était occupé par Tancienne ville du port. Aujourd'hui le prince géorgien Rerkéoulidzef en est le propriétaire, et en prenant possession de cet amphithéâtre abandonné, couvert de forêts, où il a établi une colonie de vignerons, il a cru faire, la découverte d'un Nouifeau'Monde ( i ) .

Si. la vue est belle le long de la mer, elle ne Test pas moins quand Foeil se repose sur la colonie suisse qui a remplacé Scythes, Grecs, Romans, Génois et Turcs, et sur le beau golfe de verdure qui s'avance au milieu des rochers pelés et grisâtres que j'ai décrits plus haut.

Et quand on laissa le champ libre à son imagination au milieu de ce tableau, qiron retourne en arrière, quel conflit d'événements bizarres ! Soudak comme Panticapée est aussi un point où l'Orient vient heurter contre l'Occident. Soudak, port des Tauro-Scy thés ; où sont-ils les adorateurs de la cruelle Diane? Soudak, château grec; Soudak, fief dç la Gothie; qu'est-il resté de la

( i) Tel est le nom qu'il a donné à sa terre.

— 36a — Golbie criméenDe , et qu^pn me montre up seul Goth en Crimée ? Souda^ , capitale du royaume des KomanS) grand emporium où les caravanes de POrient venaient décharger les produits de la Chine et de Tlnde sur les vaisseaux de TOccident : qui peut montrer maintenant le moindre vestige ^e ces anciens Komans, et sur quelle géographie retrouver le nom de grande KoU'^ nuuiw^ qui effaçait ceux de Tauride, de Crimée? Soudak , envahi par les hordes ta(ares-mongoles^ échappées du plus profond de POrient : aes Grecs chi*étiens chassés, ses églises changées en mosquées, et malgré tant d^intolérance , la parole d'un pape suffit pour restituer aux chrétiens leurs temples grecs, que des Génois catholiques, haixlîs négociants de TOccid^nt, viennent occupw à leur tour. A leur commandement s^élèvent ces remparts , ces trois châteaux , ces. immenses citernes, ces tours avec de pompeuses inscriptions, et le commerce de VAsie est encoi*e lié à celui d^Ëurope par Soudak.

Mais ce ne sont pas encore toutes les vicissitudes de Soudak, capitale, évêché, vaste port de mer, forteresse imprenable. Kafa est tombé au pouvoir des Turcs, et Soudak tient encore. Les Tuipcs, alors fanatiques et vainqueurs, et depuis 14^3, maîtres de Çonstantinople, bloquent, de leur flotte nombreuse , ce rocher, nouveau Gi-^ brattar. La famine peut seul^ forcer les Génois

^ 363 — à sç rendre; i)s se défendent m^mç dws bura églises, leur dernier reAige. Ainsi, Soudak ^ été pour ainsi dire rayé de la liste des Till^ en 1475. Tout s^effaçasous les Turcs barbares : le porl et la ville se couvrirent de forèU ;. il n'y resla que les ruines d^une église avec une espèce de couvent dédié à saintGeorge (i,). L^évéque et le troupeau s^enfuirent : Soudak n^ conserva qu# ses vignerons et son vin rouge.

Jusqu^en 1781, Soudak dormit; chAteau turq au milieu d^une puissance tatare, celle-ci n^y eut aucun établissement, Lorsqu^à ceit^ époqu? le prince Polemkin prit possession de la Crîçpée pour Timpératrice Catherine II, on crut un instant que Soudak allait redevenir capitale, forte-^ ressentant on s^empressa de démolir pour rebâtir des casernes au-dedans et au-dehors ; m^is aujourd^ui Soudak dort plus profondément que jamais, et ses Ruines ç'^afTaissent chaque jour da-^ vantage.

Pour jouir de ce paysage sous (outres se$ facefi^ et surtout de Teffet pittoresque de la forteresse^ j^escaladai un rocher sauvage qui en est séparé à Fouestparun ravin étroit et profond (2). Cest

(i) Pallàs , Voyage en Crimée , 11, p. 23 1 et a43.

(1) Patlas , vig. ao , soit B, vig. 6 , a donné une vue très-fidèle de ce rocher , avec la petite ëgiUe eCkt touit j^ur le prenaler plan.

<le ta que je dessinai la Tue que 'j^ai publiée II* série, pi. 64^ fig- 4- Ou voit sur les flancs du rocher qui regarde la mer, des restes de fortifi* cations presque inabordables aujourdliui ; dans le lointain se dessine le cap Méganome, et sur le premier plan s^élève une grande tour carrée , crénelée comme celles de la forteresse, mais sans porte; on ne peut y entrer qu^au moyen d'une haute échelle. Elle surveillait de ce côté-là Tabord de la forteresse et du port. A côté de la tour s'élève une petite chapelle grecque antique; Ton distingue encore assez bien les anciennes peintures à fresque qui recouvraient ses mu-* railles.

Le géologue fera bien de descendre dans le fond du ravin , car nulle part il ne trouvera de plus beaux fossiles jurassiques en Crimée, et surtout un plus grand nombre de polypiers, Scfphia parallela^ reticulata^Hesii ; ^nthophyllum obconicum^ turbinatum^ piri/orme ; Astrœaf Rhodocrinus ; Pentacrinus } Funglia^ etc. Rien n'est abnorme comme les couches de calcaire et de schiste noir qui composent ces . rochers erratiques ; et ce sera encore pour lui le sujet d'un autre genre de recherches que de vouloir en démêler le chaos comme j'ai voulu le faire. \.^^ couches de calcaire noir renferment à^è^ térébratules, des ammonites^ des peignes, des huîtres, des limes et d'autres fossiles qui

t sont tous altérés et peu faciles à déterminer : le

j schiste n'^est pas riche en êtres organiques.

t Pour compléter cette étude, qui met sur la

i Toie des révolutions plutoniennes de la Crimée,

r rien n'est plus instructif que de suivre ensuite lé

i sentier de chèvre qui mène le long du Roudie-

I kaïa au Nouveau-Monde^ au milieu d'un ]a])y*

c rinthe de fragments de rochers entassés, à peine

\ ombragés de quelques genévriers. C'est de là que

i je pris la vue de l'ancien port de Soudak et du

Nouveau-Monde : le liman offre un ancrage sûr aux vaisseaux les plus grands, sur un fond d'ar^ gile. De nulle part le Kouchekaïa ne se présente avec plus de majesté ; et quand on ne serait pas géologue, il vaudrait la peine de venir tout exprès ici , pour admirer sa muraille hardie, ainsi que les formes extraordinaires de Tchikine- Kaïassi, dont les pics de grès liasique marquent à l'ouest la limite du port. Ces grès, à l'ouest de Soudak, sont exploites comme pierre-meulière.

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