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QUE LA FÊTE COMMENCE

Il est venu, le grand jour 1

Le ministère est méconnaissable. Il ne reste plus rien de l’ancien hôtel. Tout a été remis à neuf, depuis les murailles jusqu’au linge de madame, en passant par le mobilier. On a renouvelé l’argenterie, pour donner plus d’éclat au souper; on a refait les écuries... pour abriter plus dignement l’escorte ; on a placé le gaz partout... pour rendre la surveillance plus facile; la baronne a acheté des diamants... pour se faire plus belle , et des fourrures pour... parce qu’elle en avait envie Si après tant d’efforts la Bavière n’est pas contente !... alors !...

Dès cinq heures la circulation est interrompue, ou peu s’en faut. Les issues sont livrées aux gens à précautions.

L’hôtel est comme une île escarpée et sans bords,

On n’y peut plus rentrer quand on en est dehors.

Quand l’orchestre est arrivé, on a sondé la grosse

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caisse et fouillé les contre -basses. Si un malheur arrive, on n’aura rien à se reprocher.

Neuf heures viennent de sonner, la fête commence.

Bavière, repose en paix !

l’entrée

La façade a disparu en partie sous une marquise monstre; six équipages y peuvent stationner à la file. Et l’on n’a pas arboré le coutil classique galonné de rouge, fi donc ! c’est bon pour la France, cela. On a construit une marquise en marbre (lisez stuc), ornée de torchères allégoriques'. Vous voyez cela d’ici : la Danse, une jambe en l’air, secouant un tambour de basque; la Musique, chatouillant une lyre à quatre cordes ; l’Abondance, présentant ses cornes aux passants; l'Hospitalité leur tendant la main; ce qui ne les empêche pas de brandir, avec une complaisance que je n’aurais pas à leur place, quatre candélabres à huit lumières. Chaque fois que les invités descendent de voiture, de lourdes portières retombent à droite et à gauche. Il ne s’agit pas, sous prétexte d’abriter ses hôtes, de les placer dans un affreux courant d’air. Les marches sont recouvertes d’épais tapis de Smyrne. Trois portes donnent accès dans le vestibule. Prenez garde ! vous allez être aveuglés.

Les murs, le plafond, tout, hors le parquet (!) est

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Plaisir de Roi.

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recouvert de glaces ; si bien qu’on se voit de face, de profil, de dos, en biais, en raccourci, aussi bien qu’en zigzag. Le suisse est éblouissant, les valets de pied sont étincelants, les huissiers sont imposants. Tout cela est poudré à frimas, fortement débarbouillé et vêtu de neuf. L'habit de velours tourterelle est encadré d’un large galon armorié; le gilet et la culotte sont de satin pensée-sauvage pointillé d’or. Le reste va de soi.

A droite est le vestiaire. La baronne a apporté tous ses soins à le bien installer. C’est que là est la pierre de touche. Il n’y a pas de belle fête où le vestiaire fonctionne mal.

A gauche est une merveille. Nous avons tous admiré le grand escalier dont Strickleiter, le Vignole de Munich, a fourni les dessins; le grand escalier de marbre rose, à la rampe ornée, sculptée, fouillée en plein cœur de Carrare par l’illustre Hœrnchen, il est transformé ce soir. Sur ses marches roule une épaisse nappe d’eau qui s’engouffre dans une vasque encadrée de roseaux, au milieu desquels se cachent, tant bien que mal, de grands oiseaux de nTer. Des rayons électriques teintés de vert, de rouge ou de violet, se promènent de temps en temps sur la cascade et la moirent.

— a Circulez, messieurs, circulez! »

Le premier salon est très-sobre de lumière; on ne fait qu’y passer.

A l’entrée, un huissier prend votre carte d’invitation et vous escorte jusqu’à un grand paravent qui abrite quatre personnes : le ministre devant lequel on se démasque et qui vous souhaite la bienvenue,

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un secrétaire qui pointe les invitations, et deux hommes mystérieux qui regardent.

Pendant la première heure. Son Excellence ne s’ennuie pas trop, le défilé l’amuse; mais dans quatre heures, que va-t-elle devenir ? Tant que les souverains ne seront pas entrés et repartis, son devoir est de rester là.

Nous n’avons pas les mêmes obligations à remplir, continuons notre promenade.

— « Circulons, messieurs, circulons ! »

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