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DE LA SÉANCE DU LUNDI, 24 FÉVRIER

Présidente d’honneur :

Présidente :

Vice^Présidentes :

Questrice :

Membre du comité :

Secrétaire rapporteur :

M“* la Maréchale Princesse de Tilsitt ; M“* la Comtesse O'TemporaO’Morès* ; M»»» la Baronne de Saint-Claude;

la Marquise de la Tour de Pisq;

M“* la Vicomtesse Ramponeau de Saint-Emilion;

M“* la Duchesse Candide de laVillette; M. le Marquis de Cléry.

La séance est ouverte à 2 heures 37 minutes.

* Les O’Tempora O'Morës appartiennent à une des plus anciennes familles d’Irlande. En 1770, un O’Tempora O’Morès résista victorieusement à Henri 11 d’Angleterre; ses descendants se sont fixés en France sous Louis XV.

Voyage aiUour du grand Monde.

Présidence de madame la maréchale PRINCESSE de TiLSITT.

LA MARÉCHALE. — Mesdamcs, je demande à ouvrir la séance en adressant des remercîments à notre ami Cléry. On ne pouvait pas mieux choisir le siège de notre corriité ; on ne pouvait pas le meubler avec plus de goût.

LA BARONNE. — Je me joins à notre honorable présidente et vote à Cléry un cotillon hors-tour.

LA MARÉCHALE. — Accordé à runanimlté.

LA COMTESSE. — La chambrc dü conseil est du dernier galant.

LA VICOMTESSE. — Cette grande table a tout à fait bon air. On se croirait au conseil d’État.

LA DUCHESSE. — Seulement, Cléry, vous n’àvez pas eu pitié de nos jambes.

CLÉRY. — Comment! duchesse, nous sommes au premier.

LA DUCHESSE. — Oui, mais il y a un entresol.

LA MARÉCHALE. — Vous auçîez dû choisir un soussol pour la ducliesse.

LA DUCHESSE. — Vous ricz... Eh bien! je suis certaine d’avoir compté vingt marches, pour le moins.

CLÉRY. — II y en a vingt^eux.

LA DUCHESSE. — Vous voycz!

LA BARONNE. — Jc parierais que c’est Duval qui a meublé cela!

CLÉRY. — Et vous gagneriez, baronne.

L’œuvre du chemin de Damas. , 29

LA Baronne. — Il n’y a que lui pour marier le rouge et le vert, le solferino et le pistache.

LA MARQUISE. — C’est Charmant parce que c’est sérieux sans être trop sévère. Il y a de l’or partout.

LA MARÉCHALE. — Et nous payons Cela ?

, CLÉRY. — 27,842 fr. 38 centimes. . ' :

TOUT LE CONSEIL. — VoUS ditCS ?. . .

CLÉRY. — 27,842 fr. 38 centimes. . .

LA MARÉCHALE. — Cc n’est pas possiblcî... 27,800 et tant de francs pour sept fauteuils^ une table, untapis, des rideaux, -une pendule...

CLÉRY. — J’ai obtenu un. rabais de 2i5 fr. 12 c. ; , mais la pendule vient de chez Barbedienne. , .

LA MARÉCHALE. — Et la gUcC ?

CLÉRY. — De Saint-Gobain. • ,

LA MARÉCHALE. — Et le gardé-teu

CLÉRY. — De chez Denière.

LA MARÉCHALE. — Ah çà, qu’a-t -11 donc fourni de si extraordinaire ce M, Duval?

CLÉRY. — Sa note d’abord... ■

LA DUCHESSE. — Je Comprend alors qu’il achète toujours le boeuf gras... , . . '

' . LA MARÉCHALE. — Ce n’cst pas le même, duchesse.

- CLÉRY. — Nous sommes débiteurs en ce moment , de 35,582 fr. 07 c., y compris un semestre de loyer payé d’avance. >

LA MARÉCHALE. — Olî ! oh !... U cst grand temps de songer aux recettes. Vite, vite, Cléry, dites-nous ce que nous avons à faire. Vous êtes notre guide.

CLÉRY. — Madame la maréchale, je vous demanderai la parole pour la lecture d’un rapport sur le but de l’œuvre que nous fondons. .

, • ?o. Voj'agei autour du grand Mondé.

LA. coMTEsæ. — Mais -nous savons toutes à quoi pous en tepir là-dessus., > , .

' . • I :.LA VICOMTESSE.. — Ne vaudrait-il pas mieux nous

, ' occuper sans retard des fêtes que nous voulons don-

' per 1

. • ■ LA COMTESSE. — . Assurément. , ■ ’

, • Cléry. — Je ferai respectueusement remarquer que

dans les assemblées délibérantes, aussi bien à l’étran- ‘ France, on lit quelque chose au début de

• •“ toutes les séances. Si dès à présent nous, rompons ,

'• ■> I-!' avec les tradit,ions..'.

... LA MARÉCHALE. 'Allons,., Cléry, ne rompez pas...

•• \ ' Mais, pour l’amour de Dieu ! soyez bref.

", CLERY, après avoir bu un verre d’c»u sucrée. — Mesdames I

I ^ , . la DUCHESSE. — ■ Est-ce .bon èe que vous buvez là ?

CLÉRY. — C'est de l’eau sucrée, duchesse.

; ; LA DUCHESSE, — Vous sencz bien aimable de m’a-

• ' ; voir pour la prochaine fois du sirop de coing,

. , LA baromne; — Et pour moi du sirop.de ce-

' V. ' fiscs. ■ ; I • . •

' . '/ '< ' LA MARÉCHALE. — Nous n'cn finirous pas, mesda-;

' més, si nous interrompons toujours Cléry. Allez, mon ; ' -cher ami. .. '■ . \

j •. cléry. — Mesdames, je ne vous dissimulerai pas ' ' que mon émotion est grande lor^ue j’aborde... ,

LA MARÉCHALE. — Cléry^ VOUS mc chercherez un ’

, „ fauteuil plus bas pour la prochaine Séance. On est ' V perché sur celui-ci comme sur un prunier. ■ -

CLÉRY. Je ne l’oublierai pas,' madame la présidente, et je reprends : Mç:sdame’s, je ne vous dissi^

. ' , mulcrai. pas que mon émotion' est grande'.;; . .' •

La Vicomtesse. •— You» nous dites cela avec un

L’œuvre du chemin de Damas. - Si

petit air dégagé qui n’est pas du tout en harmonie avec vos paroles.

, LA. MARÉCHALE. — Cléry, puisqu’on vous a interrompu, — ce que je déplore!... — )’’en profiterai pour réclamer une sonnette. Une président^ sans sonnette, c’est un clocher sans carillon.

CLÉRY.'— Vous aurez un clochette, princesse, une clochette en or...

LA MARÉCHALE. — Il n’est pas nécessaire qu’elle soit en or, en argent cela suffira.

CLÉRY. — Puis-)‘e continuer ?

LA maréchale. — Vous devriez avoir fini.

CLÉRY. — Mesdames, je ne vous dissimulerai pas que...

LA COMTESSE. — Ah! bonté divine!... est-ce que vous allez nous lire tout ce' gros cahier ?

LA VICOMTESSE. — Où avcz-vous pu trouver le temps et la patience nécessaires pour écrire tout cela ?

'cléry. — Rassurez- vous, mesdames, notre employé a copié mon travail.

LA maréchale; — Notre employé ?... Nous avons un employé ? - .

CLÉRY. — Il le faut bien.

LA duchesse. — Ah ! c’est charmant !

LA. maréchale. — Est-il jeune, a-t-il de l’espr it, at-il Tusage du monde ? est-il joli garçon ? ,

CLÉRY.— C’est tout ce que l’on peut avoir de mieux -pour 1 ,200 fr,

• XA COMTESSE. — Comment, 1,200 fr. !... il n’a pas que cela pour vivre, j’espère? Il a de la fortune ?

CLÉRY. — Mon Dieu, non, comtesse, nous som- , mes sa seule, ressourcé. ,

LA. COMTESSE. — Alors, H faut lui donner 2,5,oo fr, LA DUCHESSE. — 3,000, c’cst un chiffre rond,

LA MARQUISE. — 3,6oo fr., ccla fait 3oo fr. par mois.

CLÉRY. — Arrêtez, mesdames, arrêtez !

LA COMTESSE. — Vous lui demanderez s’U Sait écrire la musique ; parce que, lorsqu’il n’aura rien de mieux à faire, je lui donnerai des partitions à copier.

LA BARONNE. — Je lui Confierai l’expédition de mes menus. , ^ '

LA VICOMTESSE. — Jc Ic chargerai de quelques courses.

LA maréchale. — S’il est vraimentàussi bien que vous le laissez entendre, je le ferai venir tous les soirs, pour nous lire les journaux après le dîner. Je ne connais rien d’adorable comme de dormir pendant qu’à côté de vous on lit à haute voix,

CLÉRY. — En attendant, mesdames, je vous demanderai la permission de reprendre la lecture de mon rapport.

LA MARÉCHALE. — C’cst un dtoit que vous avez, jc veux bien le croire, mais vous en abusez singulièrement.

CLÉRY, imperturbable. — Mesdames, je ne vous dissi- . mulcrai pas que mon émotion est grande lorsque...

LA MARQUISE. — Vous UC trouvcz pas qu’il fait affreusement froid?

LA DUCHESSE. — En effet, un peu de bois serait bien placé dans ce foyer frileux.

LA MARÉCHALE. — Cléty, mon cher ami, est-ce que vous auriez la bonté?...

CLÉRY, aprOs avoir mis du bois dans la cheminée. — Je disais

donc combien mon émotion est grande lorsque...

L'œuvre du chemin de Damas. ■

LA MARÉciuLE. — Est-cc quc VOUS. CD avc2 encoTC pour longtemps comme cela ? — Dites-nous donc tout bêtement la chose, ça n’est pas difficile.

CLÉRY. — • Pour vous, je ne dis pas,..’ ,

LA MARÉCHALE. — Vous êtes encore p)oli. " ’ ,

CLÉRY. — Pour vous... qui avez la parole facile. Je vous ferai remarquer que j“ai écrit 27 pages et il serait bien dur de me les supprimer. ' - ^

LA MARÉCHALE. — Vous les fcrcz imprimer, Cléry , et puisque cela ‘vous gêne dé parler, je me donne la parole. En deux mots, voilà la chose : — Nous som- v '

mes toutes plus ou moins mariées, or, lorsque la cha- ' rité nous offre le moyen de faire de saintes fugues , dans des régions plus libres, nous serions absurdes de ^ n’en pas profiter. Faire un heureux mélange de plaisir et de charité, fondredans un touchant concertStràuss et Stradella, danser par vertu, dévaliser par charité, n’est-ce pas, mesdames et monsieur, le but auquel nous devons tendre^?... Ma parole d’honneur, je crois qu’on ne m’écoute pas plus que si Cléry avait la parole.

LA MARQUISE. — Jc VOUS demande pardon, nous écoutons. ' '

LA MARÉCHALE. — Mérci ! la baronne expédie sa correspondance, la vicomtesse dessine ma charge et la duchesse fait des cocottes.

LA COMTESSE. — Si Uous arrivions tout de suite au , fait.

LE COMITÉ. — Oui, au fait ! au fait !...

LA MARÉCHALE, — Comtesse, je vous passe la présidence, j’en ai assez. •

34 Voyage attfour' du grand Monde.

.Présidence lA.cqjitEssE O’Tempora O’Morès.

LA MARÉCHALE. — Cela mc Va d’autant mieux que ' Fon est fort mal sür le fauteuil présidentiel.

■. LA coMTEssç. — Mesdames, je rouvre la séance.

‘ LA Maréchale. — Vous pouvez dire hardimeiM; que vous l’ouvrez.

LA COMTESSE. — Nous sommcs toutes d’accord sur c6 point que nous voulons jouer la comédie.

LA yicom1"esse. — 'Il n’y a rien eu d.e décidé à ce. sujet.

LA BARONNE. — JVi toujoups cru que nous commencerions par un bal., , ...

LA DycHESsE. — Pas du toutj pas du tout.

• LA COMTESSE. — Il n’a jamais été question de Jbal.

, LA VICOMTESSB. — ,VoUS VQyeZ I i

LA MARÉCHALE,. — On devait avoir un sermon.de charités J^ai même tâté à ce sujet le père Balthazar et . il m’a promis... ' '

LA MARQUISE. — Moi je n’ai accepté d entrer dans le. comité que parce que l’on m’a parlé de petites boutiques.

! LA COMTESSE. — Par exemple !

- LÀ DUCHESSE. J’ai toujours entendu parler , d’une , loterie et j’ai même brodé dans ce. but... ■

CLÉRY. — Il faudrait pourtant vous mettre d’accord. , , LE COMITÉ. — Bal!,., petites!... Balthazar 1... boutiques!... sermon!... comédie!... tombola !... indignités!.^, etc. ’ '. J

LA COMTESSE. — J’en ai assez!.,. Cléry, je vous , passe la présidence.

, ' . 'L'œuvre du. diemirt'de Damas. 35 ' ’ .

Présidence du marquis de Cléry.

ctÉRV, criant. — Mesdames, je,ne vous dissimulerai pas que. mon émotion... ’ ‘ :

' LE COMITÉ, air des lampions. — PaS d’disCOUrS f paS d’discours !... .

CLÉRY. — Je demande le silence... ' •

LA COMTESSE. — Jc suis Certaine de ce que j’ai -

avancé. ^ ' - /

CLÉRY. — Pour ma proposition...

LA DUCHESSE. — Vous prétcndcz toujoufs, ma chèrc, en savoir plus long que les autres. ' . .

•CLÉRY. — Qui mettra tout le monde d’accord ?

LE COMITÉ., ’ — Ecoutez, écoutez ! ' >

' CLÉRY. — Je propose de tirer au sort le' divertisse- . ' . .•

ment par lequel nous allons commencer.

LA MARÉCHALE. Cléry, VOUS êtes un' grand homme. , ' ' ■ . •

LA BARONNE. — Cléry est l'égal des diéux. • . .

CLÉRY. — Nous allons tailler des bulletins et voter. .. ’

LA MARÉCHALE. Bjqn dit. ' ‘ • ;

(Chaque membre du Comité réduit en petits càtrés tout le papier qV’U a devant lui.) - *

CLÉRY. La I la !... c’est trop de zèle, un carré par personne suffisait; Enfin! Nous allons'étrire le divertissement auquel nous donnons la préférence .

ployer mêler et la personne la plus innocente tirera; ' ■

(Un^ silence imposant succède au' tumulte. Chacun écrit avec reetieillement.. Les papiers sont ensuite reçus par Cléry et déposés dans une corbeille.) ^ , ■ ■ .

CLÉSY.' — 11 reste à. décider quelle est la main la plus innocente.

LA MARÉCHALE. — La vôtÉc, Cléry, la vôtre.

CLÉRY. — Qu’en savez-vous?

i LA maréchale. — Il ne peut pas y avoir de doute ià-dessuS. Règle générale, Cléry, — retenez bien ceci ; 'là où plusieurs femmes et un homme sont réunis, l’homme est le plus innocent.

CLÉRY. — Soit !... je me couronne de fleurs d’oranger et je tire- ' •

(Silence et émotion.)

CLÉRY déploie un bulletin et lit. — « Quel est de tOUS leS héritages le « plus 'agréable à transmettre ? n (Avec désespoir.) Mais ce n’est pas cela qu’on a demandé.

LA DUCHESSE. — Oh ! la bonne idée ! si nous faisions un tour de secrétaire?

CLÉRYj qui sent son autorité lui échapper. — Mesdames, mesdàVnes, nous ne sommes pas ici pour cela! Pensez aux pauvres myopes,... à saint Paul,... au chemin de Damas...

LA VICOMTESSE — Cléry, vous êtes trop sérieux. CLÉRY.’’ — Supprimons ce bulletin et continuons. « (Lisant.) Demande. — La femme qui a quatre amants « çst-elle plus coupable que celle qUi n’en a qu’un? » Encore!... '

LA MARQUISE. Cléry, mon petit Cle'ry, laisseznous faire uu tour de secrétaire. C’est si amusant! Après cela,, nous serons entièrement à vous.

CLÉRY. — L’une après l’autre ?

LA MARÉCHALE. — Cléry, VOUS vous décolletez.

CLÉRY. — C’est à en devenir fou. J’abdique et passe la présidence à la baronne. • - ^

L’œuvre du chemin de Damas. 37

Présidence de la baronne de Saint-Claude.

LA BARONNE. — Mesdames, je n’ai pas, comme l’honorable préopinant, la prétention de diriger les masses. J’ai toujours été et serai jusqu’à mon dernier soupir de l’avis de la majorité. Donc, va pour un tour de secrétaire.

LE COMITÉ. — Bravo I à la bonne heure!

(Le Comité se met au travail avec ardeur. Les réponses suivent les questions de près. La duchesse se fait seule attendre.)

LA BARONNE. — Eh bien, duchesse, votre bulletin? LA DUCHESSE. — Vous me pressez trop; c’est trèsembarrassant cette question -là.

LA BARONNE. — Mettez n’importe quoi, mais n’interrompez pas les travaux du Comité.

LA DUCHESSE, tendant son bulletin. — Ma foi, tant pis!

LA BARONNE. — Du silcnce, mesdames, je vais relever les bulletins et en donner lecture. Ecoutez, Cléry.

CLÉRY. — C’est inutile, baronne, les pièces seront jointes au procès-verbal.

LA BARONNE. — Soit. Je commence.

« Demande : Quel est de tous les héritages le plus » agréable à transmettre ?

» Réponse : La vie. »

LA DUCHESSE. — Oh I oh I voilà qui me paraît léger. LA BARONNE. — Il me Semble quc je reconnais l’écriture de...

LA VICOMTESSE. — Vous n’avcz pas le droit de reconnaître les écritures.

LA BARONNE. — Cela me suffit. Nous savons à quoi nous en tenir. Je continue.

« Demande : Quelles sont les eaux les plus désagréables ?

. » Réponse : Les os de Madame de... »

— Faut-il nommer ?

LA MAkÉCHALE. — Pas devant Cléry. Faites passer le bulletin.

(Le bulletin passe de main en main jusqu’à Cléry exclusivement.)

LA BARONNE. — « Demande : Qu’est-ce qu’il y a de plus désagréable qu’un mari ? »

Il n’y a pas de réponse.

LA DUCHESSE. — Dame ! c’est une si drôle de question ; est-ce que je sais, moi...

LA COMTESSE. — Voilà qui est flatteur pour le duc. Enfin, tout ceci est bien entre nous, n’est-ce pas ?

LA BARONNE. —-Je Continue :

« Demande : La femme qui a quatre amants est- » elle plus coupable que celle qui n’en a qu’un ?

» Réponse: Assurément oui, puisqu’elle en enlève trois aux autres. »

LA DUCHESSE. — Ceci est d’une égoïste.

LA MARQUISE.— N’allez-vous pas défendre la femme aux quatre amants ?

LA DUCHESSE. — Non Certes, envieuse marquise.

LA BARONNE. — Je reprends.

« Demande : Quel est l’homme que vous aimez le mieux ?

» Réponse : L’autre. »

LE COMITÉ, scandalisé. — Oh!

CLÉRY. — Je ferai remarquer que vous êtes toutes scandalisées; toutes, y compris l’auteur de cette réponse désespérante.

LA DUCHESSE. — Vous voulez dire : encourageanté.

;le

L'œuvre du chemin de Damas. 3 9

LA BARONNE. — Si Hous reprenions la séance?

Cléry, brûlez ces autographes, s’il vous plaît. — C’est cela. — Maintenant, mesdames, nous allons voter. Que chacune de nous inscrive sur un bulletin la fête par laquelle elle désire qu’on commence.

(Le vote se prépare. Toutes les plumes sont déclarées détestables, l'encre est trop blanche.)

LA BARONNE. — Résultat du scrutin . Inscrivez, Cléry .

CLÉRY. — J’y suis.

LA BARONNE, déployant un premier bulletin . — Spectacle.

CLÉRY. — Un pour spectacle.

LA BARONNE. — Bal.

CLÉRY. — Un pour bal.

LA BARONNE. — Petites boutiques.

CLÉRY. — Un pour les petites boutiques.

LA BARONNE. — Scrmon de charité.

LA MARÉCHALE. — Voüà qui est trop fort.

CLÉRY. — Un pour le sermon.

LA BARONNE. — Loterie.

CLÉRY. — Un pour la loterie.

LA BARONNE. — Et pour finir : Quête à domicile.

CLÉRY. — Un pour la quête. En présence de ces avis tous différents le résultat du vote est nul.

(Le tumulte est à son comble, on discute, onse querelle.)

LA MARÉCHALE. — Mais, Dicu me pardonne 1 Cléry n’a pas voté.

CLÉRY. — Comme secrétaire, je ne sais si je dois... Et puis, ma situation est des plus embarrassantes.

LA BARONNE. — Cléry, si vous votez pour un bd, je vous accorderai ce que vous savez bien.

LA MARQUISE. — Cléry, si vous votez pour les petites boutiques, je vous accorde une discrétion.

LA DUCHESSE. — Jc n’cn aurai pas le démenti ! Qéry si vous votez pour une loterie, nous ferons ce que vous m’avez demandé.

LA VICOMTESSE. — Cléry, mon cher petit Cléry...

LA COMTESSE. — Mon bon petit Cléry... .

LA MARÉCHALE. — Mcsdamcs! mesdames I... moins d’ardeur, je vous prie, et un peu plus de bonne foi. Tirons au sort.

CLÉRY. — C’est mal, madame la maréchale, ce que vous faites là. Pourquoi m’enlever tous mes petits profits?

LA MARÉCHALE. — Laissez-moi donc tranquille, bon apôtre, qui sait si vous n’avez pas été payé d’avance?

CLÉRY. — Je proteste.

LA MARÉCHALE. — C’est bon, c’est, bon. Votons, s’il vous plaît.

LA BARONNE. — Nous n’cn finirons jamais. Je passe la présidence à la marquise.

Présidence de la Marquise de la Tour de Pise.

La MARQUISE. — Mesdames, nous allons tirer au sort.

LA vicomtesse. — Vous m’cxcuserez si je m’en vais, mais on m’attend à quatre heures à l’autre bout de Paris.

LA MARQUISE. — Attendez au moins le résultat du • vote.

LA vicomtesse, — ItopOssiblc, ma chère amie, la duchesse votera pour moi.

(Elle sort. — La baronne met son chapeau devant la glace.)

LA MARQUISE, — Est-ce que vous partez aussi ?

LA BARONNE. — WoTth m’attend à quatre heures

. L'œuvre du chemin de Damas. 4 1

moins cinq. Il a promis de m’essayer le costume qu’il me fait pour le bal du ministère de la guerre.

LA MARQUISE. — Oh I ditcs-HOus quel costume vous avez choisi ?

LA BARONNE. — NoD, Don, c’est impossible.

LA COMTESSE. — Nous n’cn parlerons à personne, parole d’honneur.

LA BARONNE. — Vovons, j’y conscus ; mais alors, confidence pour confidence?

LA MARQUISE. — Soit, et je donne l’exemple. J’ai fait choix d’un costume de « Pois de senteurs » rose et violet, avec des enroulements de feuillage autour de la jupe et une frange tout agrémentée de cassolettes.

LA DUCHESSE. — Oh ! quc je suis donc fâchée de n’avoir pas eu cette idée-là. Ce sera charmant.

LA MARQUISE. — Et VOUS, duchessc, quel costume porterez-vous ?

LA DUCHESSE. — Je m’habille en « berger grec » une espèce de berger Pâris.

LA MARÉCHALE. — Est-ce que ce n’est pas un peu nu, ce costume-là?

LA DUCHESSE. — C’est nu, oui, mais j’ai entendu dire cent fois que le nu n’est pas aussi inconvenant que le décolleté. Et alors...

LA MARÉCHALE. — Vous VOUS en donncz à cœur joie.

LA COMTESSE. — Moi, je me déguise en « soupir d’amour. »

LA BARONNE. — Juste ciel ! qu’est-ce que c’est que ce costume-là?

LA COMTESSE. — Vous en aurez la surprise. C’est d’un vaporeux ! d’un léger!... C’est Marcelin qui l’a dessiné.

LA BARONNE. — G’cst tout dire. Eh bien, moi, j’hésite entre un costume de a marchande de mouron... »

LA MARÉCHALE. — Voulcz-vous donc cxploitcr la gourmandise de vos danseurs?

LA BARONNE. — Et un costume de « Mappemonde. »

LA COMTESSE. — Comment entendez-vous cela ?

LA BARONNE. — Eh bien, oui : — un plan en relief. Ici des montagnes, là des vallées, des forêts, etc., etc.

LA MARÉCHALE. — Il y aura de quoi se perdre.

LA COMTESSE. — G’cst la géographie mise à la portée de tout le monde.

LA VICOMTESSE. — Il faut choisir ce costume, ba ronne, croyez-moi ] vous ne trouverez rien de plus piquant.

LA MARÉCHALE. — Et OÙ placercz-vous les antipodes ?

LA BARONNE. — Puisque je vous dis qu’il n’y a encore rien de décidé.

LA MARÉCHALE. — Je VOUS garantis un succès fou.

LA BARONNE. — Mais vous, maréchale, comment vous costumerez-vous ?

LA MARÉCHALE. — Oh ! moi je bataille avec M“« Prévost. Elle veut me composer un costume d’ « Océan Pacifique, » avec des poissons noyés dans la gaze verte, du corail, des perles, des roseaux, tout le diable et son train.

LA BARONNE. — Mais ce sera tout simplement adorable. Sur quoi pouvez-vous n’être pas d’accord?

LA MARÉCHALE. — Ah ! voilà ! Elle veut absolument choisir l’heure de la marée basse et j’insiste pour la marée montante. Nous en sommes là. Mais, mesdames, si nous reprenions le vote? nous voilà, si je

Digilized byJjOOgle

L'œuvre du chemin de Damas. 43

ne me trompe^ bien plus près de Chârenton que de Damas.

LA BARONNE. — Pardonnez-moi de vous dire adieu, mais je devrais déjà être partie.

LA MARQUISE. — Attcndcz-moi, nous partirons ensemble. Je ne vous demande que le temps de mettre mon chapeau.

LA COMTESSE. — Quoi ! VOUS nous abandonnez ?

Vous renoncez à la présidence?

LA MARQUISE. — J’cn suis désolée, mais mon mari m’attend.

LA COMTESSE. — Qu’il attende.

LA MARQUISE. — C’est pour m’acheter un bracelet.

LA COMTESSE. C’est différent.

(La baronne et la marquise sortent.)

CLÉRY. — Faut-il inscrire le vote des absentes ?

LA COMTESSE. — Assurémcnt, non.

LA DUCHESSE. — Ellcs Ont Cependant aussi bien que nous le droit de voter; et puisque nous avons leurs bulletins...

LA COMTESSE. — Elles n’avaicnt qu’à rester.

LA DUCHESSE. — Je trouve cela abominablement injuste, et si vous procédez ainsi je ne voterai pas non plus.

LA COMTESSE. — A votre aise, ma chère amie.

(La duchesse sort.)

LA MARÉCHALE. — Décidément, tout cela n’est pas sérieux et je m’en vais. Une autre fois, comtesse, quand vous me'demanderez mon concours, choisissez mieux votre Comité.

(La maréchale sort.)

LA COMTESSE. — Cléry, c’est votre faute aussi. Vous

avez mené tout cela très-mal. Je ne vous reverrai de ma vie.

(La comtcise sort.)

CLÉRY seul. — C’est de la présomption, comtesse; vous savez bien que vous ne pouvez pas vous passer de moi. (ii sonne.) Ce que je vois de plus clair dans tout

ceci, c’est que j’aurai à payer le loyer, le mobilier

et le reste.

(Entre l’emplo3’é.)

M. DUCLUSEAU. — Monsieur le marquis a besoin de moi?

CLÉRY. — Vous voudrez bien mettre de l’ordre dans ces papiers et les porter chez moi. -

M. DUCLUSEAU. — Hs y seront avant une heure. .

CLÉRY. — J’ai le plaisir de vous annoncer, que dans la séance de ce jour vos appointements ont été portés à 3,600 francs.

DUCLUSEAU. — Oh! monsieur le marquis, que de bonté; comment reconnaîtrai-je jamais?...

CLÉRY. — Je dois à la vérité de dire que je n’y suis pour rien. Ce sont ces dames que vous aurez à remercier.

(M. Ducluseau ayant ramassé les papiers épars sur la table, se dispose à sortir.)

CLÉRY. — Ah 1 à propos, je dois en même temps vous prévenir que vos fonctions cessent à partir de ce jour.

M. DUCLUSEAU. — Oh ! monsieur le marquis!... pourquoi donc cela ?

CLÉRY. — Pleurez, monsieur Ducluseau, sur l’œuvre du chemin de Damas; elle a cessé d’exister.

Vœuvre du chemin de Damas.

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