PREMIÈRE PARTIE
« L’erreur se répète toujours dans le fait; c Le RES il faut ne « jamais se lasser de
« Quand vous défendez la vérité, ne vous lassez t de vous « répéter ; ne craignez pa de DCE les pe: sou l'e « reur ne se lasse point d’ agir, et qu’ a chaque
« treux se répètent et se multiplient. »
(Édouard Lasouzaye, Paraph.)
L'homme ne mesure jamais exactement ses aspirations et ses entreprises à ses forces.
Si la nature l’a doué d’un peu d'idées, il faut qu'il les promène incessamment jusqu'aux bords extrêmes de sa sphere d'intelligence, jusqu'aux bornes toujours trop étroites de son imagination. L'espace lui manque toujours. Si elle l’a fait naître observateur, il tend sans cesse à marcher vers l'inconnu , à franchir tous les obstacles qui le séparent d’un horizon trompeur s'élargissant sans cesse devant lui, et que dès lors il est condamné à ne jamais atteindre, puisque cet horizon n'a pas de limites !
Ces réflexions nous sont suggérées par ce qui nous arrive en ce moment , relativement aux engagements que nous avons contractés depuis longtemps avec le département de la marine, qui, s’il était moins profondément éclairé, eût bien pu nous considérer, nous, l’un des hommes les plus actifs du monde, comme le plus insouciant, le plus oublieux et peut-être même le plus incapable de remplir ses devoirs. En cela, d’ailleurs , il n'eût fait que se conformer au Jugement de
BoxiTE. — Botanique. 1
quelques prétendues grandes intelligences de notre époque, à l'appréciation trop frivole et superficielle desquelles nous avons eu, depuis longtemps, le malheur d’être pour ainsi dire livré. En cette occurrence, quelques mots de justification envers la marine est tout ce qu'il est convenable et digne de faire; nous allons remplir ce devoir.
Il est bien inutile de rappeler que, dominé par des idées peut-être excessives, mais que nous avons tout lieu de croire exactes, nous avons entrepris une revue générale de tous les faits et de toutes les théories de la phytographie, et que, depuis bien longtemps , nous avons conçu, avec l'espoir et quelques chances de l'accomplir, le projet d'établir d'utiles réformes dans les différentes branches de cette vaste science, et surtout en organographie, en physiologie et en organogénie.
Tous ceux qui connaissent et comprennent bien la faiblesse d'organisation de l'espèce humaine et la puissance dominatrice, tyrannique même que la moindre des idées peut exercer sur elle, concevront à quel point nous avons dû être absorbé, obsédé, par celles qui se sont emparées de nous, et qui, depuis vingt ans, nous dirigeant inflexiblement dans la route que nôus avons laborieusement tracée et jalonnée de mille faits aussi nouveaux que solidement établis, nous conduisent vers un but longtemps pressenti, visible maintenant pour tous, et que nous sommes incontestablement assuré d'atteindre prochainement.
Si nous avions besoin d’une excuse, nous nous ap-
PRÉFACE. 3 puierions sur ce fait constant, et nous serions sûr d'être compris et absous.
Chacun le sait, en effet, nous naissons tous avec une faculté spéciale prépondérante qui nous presse, nous attire, nous entraîne presque malgré nous, et aux inspirations de laquelle il nous faut forcément obéir, sous peine de briser notre nature, notre raison, notre vie; la nôtre, à nous, car chacun a la sienne , toute petite qu'elle est, nous a guidé vers les travaux d’observation, de méditation, de coordination; aussi, obéissant aux lois de notre être nous y sommes-nous abondonné sans la moindre résistance, heureux au contraire de suivre les élans du bon génie qui nous inspirait et nous guidait, et qui, en nous soutenant de sa main puissante, nous a donné la force de résister aux fatigues de nos trois longs voyages nautiques, aux épreuves des plus rudes explorations qui aient jamais été faites, comme aux imprudentes attaques de quelques phytotomistes qui, comme nous, mais dans un autre sens, avaient oublié de mesurer leurs forces.
Est-ce à dire, pour cela, que nous ayons négligé les travaux de la botanique de {4 Bonite? Non, certainement |
Nous les avons au contraire commencés avec un zèle dont il nous est permis d’être fier, et dont l’atlas est une preuve irrécusable; et le monde savant sait très-bien qu'ils seraient depuis longtemps terminés sans les injustes entraves qui nous ont été opposées, et que nous avons dû briser à jamais.
Tout le monde connaît, maintenant, les attaques passionnées et systématiques qui ont été dirigées contre nos travaux anatomiques, et les efforts qu’il nous a fallu faire pour les défendre et les faire triompher.
Peu préparé, nous le savions d'avance, pour la polémique et les travaux d’érudition ; frappé, pour ainsi dire, de mutisme, par suite de nos longues explorations, ou, pour mieux dire, par les dix années de ces muets et doux rapports que nous avons entretenus avec la nature, avec les plantes tropicales , avec les plus belles fleurs de la création, nature, plantes et fleurs que nous avons interrogées et qui nous ont répondu en nous dévoilant leurs plus secrets et plus charmants mystères ; nous étions, certes, nous faible et entièrement inconnu, l'homme le moins sie Ré
paré qui se puisse trouver pour soutenir f
une lutte avec des savants qui dominaient et égaraient l'opinion publique, avec les plus brillants et les plus verbeux avocats de la science, et les plus avantageusement connus de ce qu'on est convenu d'appeler la société ou le monde, monde dont il est fort curieux de trouver, en semblable affaire, la déplorable mais réelle influence.
Mais que pouvaient ces avantages factices , éphémères, contre une volonté aussi solidement éprouvée que la nôtre, contre des études aussi générales et approfondies que celles que nous avons faites, contre des résultats aussi nombreux et puissants que ceux dont nous étions armé?
Le combat s’engagea — dura quatre ans et plus — et nous laissa sain et sauf, et quoique accablé de fatigue, maître du terrain.
Tous les savants connaissent cela. Mais ce que beaucoup ignorent encore, c'est que durant tout ce temps de rudes épreuves, nous avons disséqué jour et nuit les énormes tronçons de palmiers et autres monocotylés qui renfermaient les vérités contestées, vérités évidentes, aujourd’hui, pour tous les yeux, excepté pour ceux qui ne savent, ne peuvent ou ne veulent pas voir.
Ces anatomies sont actuellement déposées au Muséum d'histoire naturelle, auquel nous en avons fait hommage, en ne nous réservant que le droit de nous en servir pour poursuivre, toute notre vie, l'erreur persistante , qui, en fuyant, et de bien loin, ose encore chanter victoire.
Mais ce n’est pas là le chant du cygne ; et si l'erreur se borne à cela, nous serons assez généreux pour le lui pardonner ; nous excuserons tout, tout absolument, hormis son retour !
Le but principal de nos deux derniers voyages était de faire des recherches d’anatomie, de physiologie et d’organogénie. C’est à cette condition que l’administration supérieure de la marine nous a accordé l’autorisation d’embarquer sur les navires de l'État. Pouvions-nous sans faiblesse, disons le mot propre, tout déchirant qu'il soit pour quelques oreilles délicates, sans lâcheté, laisser détruire sous nos yeux — nous présent! les magnifiques résultats de nos deux pre-
miers voyages, tandis que nous préparions ceux du dernier ?
Pouvions-nous, surtout, guidé par de misérables considérations mondaines, ou d'intérêts privés, étant certain comme nous l’étions et comme nous le sommes encore , d’avoir complétement raison , nous taire sur ce sujet, et trahir ainsi les intérêts si gravement compromis de la science ?
Si l’on n'obtient les faveurs des corps savants qu'à cette condition, nous n’en voulons pas!
Ne trouvant rien à reprendre sur le fond, on s'est alors jeté sur la forme. Qu’a donc cette forme de si répréhensible? Nous avons dit et soutenu la vérité en employant le seul langage qui lui convienne, dans les sciences comme partout, C'est-à-dire avec toute la loyauté de notre caractère, avec l'assurance que donne une longue expérience, avec la vigueur qui - convient en face d’un grand danger, et lorsque, surpris à l'improviste par un ennemi décevant et nombreux, on est contraint à user de toutes ses forces pour se défendre et le repousser.
Nous repoussons donc aussi, comme injustes et fausses, toutes critiques à ce sujet.
Nous ajouterons même , sans crainte d'assumer un bläme légitime, que si le ciel nous eût doué de plus d’énergie encore, nous n’eussions certes pas négligé de l’'employer dans cette occasion suprême.
Si ce sont là nos torts, nous les reconnaissons avec joie et orgueil !
Nous n'avons jamais manqué ni directement ni
PRÉFACE. 7 indirectement à personne; mais nous ne connaissons pas et ne voulons pas connaître ce langage, que, bien à tort et par dérision sans doute, on nomme académique, langage qui consiste à frapper les gens en feignant de les embrasser; à les ravaler en feignant de les exalter; à les outrager en feignant de les glorifier (1).
Ces moyens, dont on a abusé contre nous, nous les avons repoussés, nous les répudions à jamais comme indignes d'être employés par des hommes de cœur, qu'ils soient savants ou autres.
Notre parole, nous le répétons, a été simple, digne, et tout empreinte de convenance , de convicüon et de franchise. Nous n'avons donc, ni personne ni nous-même, rien à en dire, rien à lui reprocher, rien à en retrancher |
Que les savants qui veulent avoir raison quand même prennent donc leur parti sur ce point, puisque le nôtre est irrévocablement arrêté, de n'être jamais des leurs tant qu’ils voudront marcher dans une direction oblique, par des routes tortueuses et labyrinthiformes qui tournent incessamment autour des questions sans jamais les attaquer ni les résoudre. La route que nous voulons suivre est droite et régu-
(1) Le langage vraiment académique est le plus exact, le plus digne, le plus noble. Or, qu'y a-t-il de plus digne et de plus noble au monde que le langage de la vérité?
A ce compte, nous croyons être un de ceux qui, de tout l’Institut, ont, pour le fond, le mieux compris et parlé le langage académique.
lière ; elle seule peut conduire au but. Nous sommes, en effet, du petit nombre de ceux qui soutiennent que les faits bien constatés ont complétement raison contre les chimères de l’imagination , alors même que ces chimères sont enfantées par des savants fort considérables aux yeux du plus grand nombre; et que, lorsque des milliers de faits régulièrement observés, coordonnés, symétrisés et inattaquables, convergent vers une théorie qui les admet, les reçoit, les accepte, les classe franchement tous, de manière à en faire un ensemble régulier, exact et complet , il est sûr que la vérité est de leur côté et l'erreur partout ailleurs.
Que d'autres cèdent à de vulgaires préoccupations d'intérêts ou de personnes, qu'ils consentent à abandonner le champ de la vérité pour cultiver celui de l'erreur, nous leur prédisons qu’ils n'y récolteront jamais que des déceptionset des regrets. Car, derrière nous, arrive une vaste et intelligente génération qui saura bien leur faire comprendre que, en présence des faits , il n’est pas permis de se tromper plus longtemps.
En parlant haut et ferme, dans cette pénible discussion, nous n'avons donc fait que remplir le devoir que nous imposait la noble passion que nous portons au cœur pour la science et pour la vérité.
Mais terminons sur ce point en demandant encore, d'une part, à tous les savants consciencieux qui, comme nous, ont usé leur vie à des recherches utiles, et, d'autre part, à tous les marins qui nous connaissent , et ont souvent loué et secondé notre
PRÉFACE. 9 zèle, applaudi aux efforts et aux sacrifices que nous avons faits, et constaté nos résultats scientifiques , si nous pouvions nous laisser accabler et annihiler par des idées chimériques et des noms quelconques, quelle que fût leur célébrité, alors que nous rentrions au port chargé des riches trophées scientifiques que nous avions conquis dans le monde entier.
Que l’un d'eux réponde affirmativement et nous passons condamnation.
Si, loin d'obtenir de trop faciles avantages, nos contradicteurs eussent eu à subir les dures épreuves par lesquelles il nous a fallu passer, en seraient-ils où ils sont ?
Si, pressés par le besoin d'étudier, d'interpréter, et de tout expliquer normalement, ils étaient arrivés, comme nous l'avons fait, par l'observation et l’expérimentation , à des résultats manifestement utiles et féconds , de quel œil auraient-ils vu des attaques injustes, immodérées et persistantes, dirigées contre leurs travaux ?
Si, enfin , leur cerveau, fatigué par de longues méditations, après les plus pénibles labeurs, après les plus cruelles lassitudes qui se puissent imaginer, et à l'ombre des plus admirables résultats généraux qu’on pût jamais espérer, si leur cerveau, disons-nous, eût commencé à se reposer dans la sécurité d’un succès modeste , il est vrai, mais aussi constant qu'inoffensif, et qu'on fût venu lui imprimer de dures et violentes commotions imprévues, ne se seraient-ils pas redressés et roïdis avec une force de résistance
égale au moins à celle dont ils auraient été frappés ?
Nous aimons à croire que, s’ils avaient un peu réfléchi, ils auraient hésité, et peut-être même tremblé à la vue, non de nos armes, mais des leurs, avant de nous livrer combat, avant de se hasarder à dire que tout ce que nous avons avancé de faits, de principes , de théories, était faux et trompeur.
De quel droit, d’ailleurs, nous ont-ils attaqué? Où sont leurs titres écrits, et à quelle balance les ont-ils pesés? Veulent-ils maintenant que nous comptions ensemble ? Qu'ils le disent, et ce sera bientôt fait!
Ils nous croyaient, dit-on , dans l'erreur. Ce motif, d’ailleurs fort contestable, peut-il leur servir d’excusé?... Quoi qu'il en soit, nous voulons l’admettre, et chasser loin de nous les preuves manifestes qui nous démontrent seulement qu'ils nous croyaient trop faible pour résister à leurs agressives et orgueilleuses prétentions.
Ils se sont donc trompés, n'importe comment, et nous les en excusons. — Mais ce dont on ne les absoudra jamais , surtout dans leur camp, où règne le silence de la mort, et ce qu'ils ne se pardonneront sans doute pas eux-mêmes, lorsqu'ils auront plus complétement repris leurs sens, c’est d’avoir légèrement parlé, d’avoir inconsidérément joué et perdu sans retour ce droit d'attaque qu'ils s'étaient arrogé , dont nous nous sommes emparé, et que désormais nous pouvons retourner contre eux.
Qui pourrait nous blâmer maintenant si, usant de la loi du talion , nous leur demandions publiquement
PRÉFACE. 11 compte de toutes les erreurs involontaires, mais graves et nombreuses, qu'ils ont commises? Et, en fin de cause , qui aurait tort d'eux ou de nous?
Mais nous n'abuserons pas des avantages qu'on nous à laissé prendre, ni de la force qu’on nous a donnée.— Nous réfuterons les fausses objections qu’on nous a faites ou qu'on pourra nous adresser encore, mais jamais, tant que nous n’y serons pas forcé par la nécessité, nous ne commencerons d’imprudentes et regrettables hostilités; nous nous résignons d’autant plus volontiers à rester sur la défensive que, jusqu’à ce jour, notre marche, loin d’avoir été une retraite, a toujours ressemblé à un mouvement accéléré en avant.
Cependant les grandes fatigues occasionnées par nos études anatomiques, par la coordination et la rédaction d'une trentaine de mémoires, par la tension d'esprit, par l'agitation tumultueuse des sens, et par les veilles continues, fatigues qui ne s’étaient pour ainsi dire pas fait sentir pendant tout le temps de l’action, ont cruellement réagi sur notre santé depuis cette époque, et à tel point même, que c'est à peine à dater de la fin de février de cette année (1) et à la suite d'accidents très-graves, que nous avons pu nous livrer à des études sérieuses et reprendre, peu à peu, le cours de nos travaux de /a Bonite.
Ces travaux, commencés dans les premiers jours
(4) Notre manuscrit a été livré à la commission de publication in-
stituée au dépôt des cartes et plans de la marine, le 4° septembre
de 1840, et forcément interrompus des juin 1843, ont dû naturellement beaucoup souffrir des sept années pendant lesquelles il nous a fallu sinon les abandonner entièrement, du moins les suspendre parfois, les arrêter souvent, pour aller au plus pressé, pour courir au secours de la science tout entière, selon nous gravement compromise par une erreur fatale, complete, pour voler à la défense de tous les principes que nous avons posés et au triomphe desquels nous avons consacré les pénibles et laborieuses années de nos deux derniers voyages.
Mis aujourd'hui en demeure, par administration de la marine, de terminer la botanique de /a Bonite dans le plus bref délai, il nous serait bien impossible de réunir les matériaux épars de cet ouvrage , et de rédiger, dans le court espace de temps qu'on veut bien nous accorder encore, les trois volumes de texte qui restent à livrer au public.
Cette nécessité absolue de finir, et de finir promptement, nous a inspiré la pensée de publier, sous le titre d'introduction à cet ouvrage, tous les éléments relatifs à la longue discussion que nous avons soutenue ; d'y réunir même, s’il est possible, tous les mémoires ayant diversement trait à l’organographie, à la physiologie et à l’organogénie des plantes, et de placer ainsi sous les yeux des botanistes, que nous appelons instamment à juger en ce débat, toutes les pièces et tous les documents de ce long procès.
Après les attaques qui ont eu lieu devant l’Académie des sciences, nous avons eu à en subir de nouvelles,
PRÉFACE. 13 mais qui ne sont, à bien dire, que des répétitions ou des variantes des premières. Ces nouvelles attaques, directes et indirectes, mais positives, ayant été résumées sous le titre d’objections dans un ouvrage élémentaire publié avec l'approbation du Conseil royal de l'instruction publique de 1846, ce qui les rend bien plus dangereuses encore pour la jeunesse, nous avons justement pensé que c'était pour nous un devoir de conscience de les réfuter une seconde fois, et d’employer, pour cela, une partie des nouveaux arguments que nous avons à faire valoir contre elles.
Si cela ne suffit pas, nous v reviendrons avec toute l'accablante réserve que nous destinons à notre physiologie.
Nous devions, naturellement, en raison de leur dangereuse actualité, commencer par les réfutations de ces dernières objections. C’est ce que nous avons fait.
La botanique de la Bonite se composera de quatre volumes de texte et d’un atlas de cent cinquante planches, dans lesquelles nous avons, pour ainsi dire, prodigué les détails morphographiques des fleurs, des fruits, des graines, et, chaque fois que nous avons pu le faire, des germinations ; de celles surtout qui étaient complétement ignorées des botanistes, et dont la connaissance jettera un grand jour sur l'histoire encore très-obscure, jusqu’à ‘nous, du premier développement des plantes de quelques familles importantes des régions tropicales, telles, par exemple, que les Pandanées, les Nipacées, les Phytéléphasiées, etc.
Entièrement convaincu qu'une publication du genre
de la nôtre doit être bien plutôt une source de renseignements et de détails, qu'un ouvrage de botanique systématique, science qui ne peut être raisonnablement traitée de nos jours que par des monographes, nous nous sommes particulièrement attaché à réunir les matériaux épars, encore incomplets, souvent même dépareillés et parfois douteux, de quelques familles importantes et généralement trop négligées par les botanistes voyageurs, qui, d’ailleurs, dans leurs pérégrinations ordinairement fort rapides, ne rencontrent souvent, les uns, que des fleurs mâles ou femelles, les autres, que des fruits à des états divers de développement, d’autres, enfin, les moins favorisés de tous, que de simples feuilles sans fleurs ni fruits ; d’où naît pour les monographes même les plus habiles, l’impossibi- . lité absolue de rapprocher ces différentes parties les unes des autres, pour en constituer avec certitude les genres et les espèces.
C'est un travail de ce genre, travail ingrat s’il en fut jamais , que nous avons commencé pour les Pandanées, les Phytéléphasiées, etc., familles précieuses par le rôle important qu’elles jouent dans l'histoire économique, industrielle et commerciale des peuples de quelques régions tropicales, par l'utilité générale de leurs produits, etc., et dont pourtant nous ne connaissons encore que des lambéaux épars et mutilés. Notre ouvrage n'offrit-il que ce seul avantage de fixer l'attention des navigateurs sur les plantes de ces admirables familles, qu’il aurait encore un haut degré d’utilité.
Le texte, formé de quatre volumes, en aura deux uniquement consacrés à l'introduction , comprenant les nouvelles et les anciennes réfutations et les notes diverses sur l'anatomie et la physiologie des végétaux monocotylés et dicotylés. Les deux autres volumes auront trait à la botanique proprement dite. Le premier de ceux-ci, renfermant les plantes cellulaires, a depuis plusieurs années été publié par MM. les docteurs Montagne, Léveillé et Spring.
Tous les botanistes connaissent les travaux origivaux de M. Camille Montagne, sur les Algues, les Lichens, les Mousses, les Jungermanes, etc.; de M. Léveillé, sur les Champignons, les Hypoxilons, etc.; de M. Spring, sur beaucoup de branches de la botanique, et, spécialement, sur les Lycopodiacées, dont il vient de donner tout récemment une histoire monographique complète des familles, des genres et des espèces.
Citer les noms de ces honorables et savants collaborateurs, c'est d'avance faire l'éloge du grand travail qu'ils ont exécuté, chacun dans sa spécialité, avec le rare talent dont ils ont donné de si nombreuses et si remarquables preuves. C’est au nom de la science que nous leur adressons ici nos remerciments.
Le quatrième et dernier volume se composera de la description détaillée des genres et des espèces figurées dans l’atlas, et de toutes les plantes importantes ou nouvelles, prises parmi les Monocotylés, les Dicotylés et les Fougères, que nous pourrons y faire entrer.
Nous ne terminerons pas, sans adresser aux artistes distingués qui ont fait les dessins et les gravures de l'atlas, l'expression de toute notre reconnaissance pour le zèle et le talent que presque tous ont mis à nous seconder.