RELATIF AU DÉVELOPPEMENT DES TIGES
Il expose les principes généraux par lesquels il veut
expliquer non-seulement le mode de développement et
l’organisation des tiges, mais encore le mode de déve loppementet l’organisation des p»
pendiculaires, c’est-à-dire des écailles uilles, rs bractées, calices, corolles, étamines, pistils, etc., qui tous prennent naissance dans le bourgeon. Ces parties ne sont, à son avis, que des modifications d’un seul organe primitif dont l'embryon monocotylédoné est le type.
En effet, de même que nous observons dans l’embryon monocotylédoné, lorsqu'il a pris toute son expansion normale, un mamelon radiculaire qui constitue son système descendant, et une tigelle, un cotylédon et son support, lesquels forment ensemble son système ascendant; de même aussi nous voyons dans le végétal plus avancé, la racine qui représente la radicule, c’est-à-dire le système descendant, et le mérithalle avec la feuille et son pétiole qui représentent la tigelle, le cotylédon, ainsi que son support, c’est-à-dire le système ascendant.
Ce système ascendant modifié dans les autres parties appendiculaires, ne l’est pourtant pas de telle sorte qu'on n y retrouve aucun indice de ses traits distinctifs.
Le type simple que présente l'embryon monocotylédoné se double, se triple, se quadruple, se quintuple, etc., dans l'embryon dicotylédoné ou polycotylédoné, et il en est de même aussi de l'appareil vasculaire qu'il renferme. Nous ne saurions nous taire sur le mérite de cet apercu : il est d’une exacti-
tude qui se démontre rigoureusement par l'anatomie de la jeune plante. L'appareil vasculaire se compose de deux ordres de vaisseaux : l’un se porte du collet de la racine au bourgeon; l’autre du bourgeon à l'extrémité de la racine. Le premier élève jusqu’au bourgeon la séve brute qui s’y élabore; le second conduit jusqu’à la racine une partie de la séve élaborée. Celui-ci, dans les rat see se prolongeant entre l'écorce et le bois, f ]
couches ligneuses par son union avec les utricules nées de la tige, et contribue de cette façon à l'accroissement en diamètre, tandis que l’autre, s’allongeant au centre et aboutissant au bourgeon qui transforme en matière organisée une partie de la séve venue de la racine, travaille à l’accroissement en longueur. Il suit de là que le bourgeon ne reçoit d’en bas rien de solide, rien d’organisé, qu'il crée de toute pièce les vaisseaux qui entrent dans sa
composition, et que ce sont ces mêmes vaisseaux, développés inférieurement, qui se représentent dans les couches ligneuses de la tige et de la racine dont ils constituent la portion la plus importante. Et quant aux utricules des couches, soit qu'elles s’allongent de bas en haut, ou du centre à la circonférence, elles s'organisent sur place, entre l'écorce et le bois, et n’ont rien de commun avec le bourgeon.
Cette série de phénomènes, qui a lieu dans l'état naturel des individus, existe également dans les individus greffés. Tout le bois de la tige et de la racine, placé au-dessous de la greffe, se compose de vaisseaux émanés des bourgeons de l’ente et d’utricules engen-
RELATIF AU DÉVELOPPEMENT DES TIGES. 219 drés par le sujet. Cette proposition est la pierre angulaire de la théorie. Celle-ci s’écroulerait si celle-là venait à être infirmée par l'observation.
Le double appareil vasculaire et les phénomènes qui résultent de sa présence, n ‘appartiennent pas seulement aux Dicotylédonés, ils se retrouvent dans les Monocotylédonés ; mais ils y subissent les modifications que commande l’arrangement particulier des
filets dont le bois est composé.
Telle est, en substance, la doctrine que professe M. Gaudichaud. A bien considérer les choses, elle n ‘est,
comme nous l'avons déjà fait remarquer, que celle de du Petit-Thouars et de Lindley; mais M. Gaudichaud lui a imprimé un caractère de généralité qu’elle n'avait pas. Pour arriver à ce résultat, il a recueilli une multitude de faits qui, de quelque manière qu'on les interprète, serviront puissamment aux progrès de la science. Ses adversaires, il faut s’y attendre, ne manqueront pas de dire que ces faits, quelque curieux et inattendus qu'ils soient, s'expliqueraient tout aussi bien par leur doctrine que par la sienne. Mais nonobstant cette assertion, que l’on ne doit pas accepter sur simple parole, puisqu'elle vient de personnes qui depuis longtemps se sont fait une autre idée du phénomène de l'accroissement des végétaux, tout le monde conviendra que, par son nouveau travail, M. Gaudichaud s'élève à la hauteur de nos plus habiles phytologistes. Il est digne de remarque que, durant les agiiations de deux voyages de long cours, malgré le déplorable état : de sa santé, cet infatigable naturaliste n’a cessé de se
livrer à des recherches d’une extrême délicatesse, et qu'il les a poussées aussi loin qu'il aurait fait dans le calme du cabinet. Nous ne pouvons ici que nommer la moindre partie de ses observations les plus intéressantes.
Il à analysé, dessiné, décrit une foule de graines et d'embryons de familles encore peu connues, telles que les Nymphæacées, les Pipéracées, les Gnetacées, les Cicadées. Cette dernière famille lui a offert, durant son premier voyage, qui déjà date de seize à dix-sept ans, une suite de faits ovologiques dont quelques-uns sont encore nouveaux, malgré les récentes études de MM. Corda et Robert Brown. Il a fait germer sous leur ciel natal des graines de Piper, Peperomia, Loranthus, Avicennia, Bruguiera, Rhizophora, etc., et il nous donne aujourd’hui, sur les premiers développements de ces végétaux, des notions positives qui vont remplacer dans la science des opinions vagues ou erronées.
En même temps qu’il recueillait de nombreux échanüillons d’herbier, il étudiait l'intérieur des tiges, et trouvait, dans la structure et l’arrangement du corps ligneux, d'étranges anomalies qu'on était loin d'ysoupconner. Ce sont particulièrement ces observations qui lui ont inspiré le projet de ramener tous les faits de développement et de croissance à des lois générales, projet dont il a constamment poursuivi l'exécution depuis son retour en France.
Pour que chacun puisse vérifier les faits, il a choisi beaucoup d'exemples parmi nos végétaux les plus vul-
RELATIF AU DÉVELOPPEMENT DES TIGES. 291 gaires, et souvent ils sont devenus pour lui le sujet d’apercus nouveaux. Nous indiquerons entre autres le radis, le navet, la carotte, la betterave, le marronnier | d'Inde. De l'organisation mieux connue de ces diverses productions végétales, il a su tirer des arguments en faveur de ses opinions. Les phénomènes que présentent l’écorcement, les boutures, les greffes, la taille et autres procédés de culture, lui en ont fourni également. Il n’y a pour ainsi dire pas un fait important de la végétation qu’il n'ait essayé de faire rentrer sous la règle de sa doctrine; et ses efforts, lors même qu'en certains cas quelques personnes ont pu croire que ses conclusions étaient trop précipitées, n'ont Jamais été stériles.
Des explications touchant chaque fait nous méneraient loin. Ne nous arrêtons que sur trois points, qui, entre tant d’autres remarquables, méritent plus parti- culièrement de fixer l'attention de l’Académie.
A la base d’un bourgeon de tige de Dracæna, dépouillée de son enveloppe herbacée par la macération, il se montre, si l’on peut ainsi dire, une espèce de patte, continuation des filets ligneux supérieurs, laquelle s'applique sur le corps ligneux de la tige et s'allonge en doigts effilés, nombreux et divergents. Ces doigts sont évidemment de petits faisceaux vasculaires. Seraient-ils descendus jusqu'aux racines si la végétation n'avait pas été arrêtée? Cela est fort probable.
Le bourgeon d’une bouture de Cissus hydrophora, dépouillée de son écorce, nous offre à sa base un réseau ligreux qui revêt partiellement la portion infé-
222 RAPPORT SUR UN MÉMOIRE rieure du vieux bois, et s'échappe de toutes parts en racine. s
Ces deux exemples pris, l’un, dans les Monocotylédonés, l’autre, dans les Dicotylédonés, semblent, de prime abord, des preuves irrécusables de la solidité de la doctrine de M. Gaudichaud; et pourtant plusieurs phytologistes, tout en acceptant les faits, répudient la théorie. C’est que la question n’est pas aussi simple qu’elle paraît. Il est certain qu’elle ne cessera d'être un sujet de controverse que lorsqu'on sera d'accord sur les résultats physiologiques de la greffe. |
Le troisième point intéresse la réputation scientifique d’un homme excellent qui a siégé ici durant plus de quarante années et dont la mémoire nous sera toujours chère. Tout le monde connaît le travail de M. Desfontaines sur les tiges des Palmiers. Un phytologiste allemand, M. Hugo Mohil, traitant le même sujet avec des matériaux plus nombreux, plus variés, et toutes les ressources de la science telle que cinquante ans de progrès l'ont faite, avança, il y a peu de temps, que les nombreux filets ligneux des tiges ne se formaient pas au centre, mais à la circonférence, et que c'était en croisant obliquement les filets les plus anciens, qu’ils arrivaient jusqu’au cœur de l'arbre. De ce fait, il concluait que M. Desfontaines s'était trompé. Toutefois, il n’en est pas ainsi, quoique les observations de M. Mob] soient d’une parfaite exactitude. Les recherches de M. Gaudichaud montrent que M. Desfontaines a très-bien observé et décrit ce qu'il a vu, et que
RELATIF AU DÉVELOPPEMENT DES TIGES. 223 M. Moh}, loin d'avoir renversé l’œuvre de ce savant, l'a rendue plus inattaquable en la complétant.
Les considérations exposées dans ce rapport font connaître suffisamment les motifs qui ont déterminé la commission à partager le prix entre M. Gaudichaud et l’un de ses concurrents, M. Poiseuille, dont les beaux travaux sur le mouvement du sang le rendent, pour la troisième fois, digne d’un témoignage éclatant de l'estime de l’Académie.