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restreinte que colle du nes Lines nous ne faisons entrer les sciences naturelles, la botanique, la zoologie, etc., qu’à titre de divisions secondaires et en les reliant à la physiologie qui, selon nous, est la base des sciences physiques des corps organisés. :
et, dès lors, beaucoun p plus
INTRODUCTION. 23 action, une force, une puissance , un moteur, etc., une volonté même.
Ces principes sont, pour les physiciens, la lumière, le calorique, l'électricité, le magnétisme, le galvanisme , la cohésion , l'attraction, la répulsion , etc. , qui sont réputés des forces; pour les astronomes, la gravitation; pour les chimistes, l’affinité; pour les physiologistes, soit en zoologie, soit en botanique, le principe vital, celui de tous qui semble le plus contesté par quelques chimistes qui feraient bien mieux de travailler à conserver et à définir exactement leur propre principe, qui est sur le point de leur échapper pour passer à l'électricité, au magnétisme, à la force catalytique, etc., et dés lors à la physique proprement dite (4).
Ainsi , dans nos idées, il n’y aurait de sciences physiques que, 4° l'astronomie, que quelques savants ont eu grand tort, selon nous, de classer parmi les sciences mathématiques, et de détourner ainsi de sa véritable direction en prenant le moyen tout mécanique de démontrer la cause pour la cause ellemême (2) ; 2° la physique, avec toutes les forces dont
(4) Ce n’est que provisoirement que nous adoptons ici les distinctions de ces diverses sortes de principes, qui, à nos yeux, ne sont que les effets diversement modifiés d’un principe unique, le principe vital qui régit l'univers. En traitant des effets simples, doubles ou multiples des principes physiques, tels qu’on les a admis, nous mettrons cette vérité hors de toute contestation.
(2) On ne pensera sans doute pas que nous ayons le moins du monde l'intention de déprécier les mathématiques dont, plus que personne, nous admirons la puissance.
elle dispose ; 3° la chimie, avec ses forces douteuses et ambiguës ; et 4° la physiologie, avec toutes les puissances de la vie.
Voyant qu'il y avait une certaine tendance à nier les phénomènes de la vie dans les corps organisés, et à les rapporter à l’action d’un autre principe, celui des chimistes, et , enfin, qu’on ne considérait plus les merveilleux appareils de l’organisation que comme les pièces ajustées d’une machine compliquée mise en mouvement par un moteur analogue sans doute à ceux qu’on emploie en mécanique, nous nous mimes à étudier tout ce que l’on peut raisonnablement attribuer à l’action des autres principes physiques, afin de les comparer entre eux et à ceux de la vie; et, après de longues et sérieuses méditations , tout l'avantage, du moins dans notre pensée, est resté à ces derniers.
Ces études, profondément élaborées et appuyées sur toutes les preuves matérielles fournies par les effets spéciaux qui se produisent dans les êtres des deux règnes organiques, nous ont en effet conduit à des distinctions exactes, rationnelles, des principes qui animent la nature. Pris à ce point de vue, non-seulement ces principes se distinguent par les caractères de leurs actions spéciales, mais encore par les définitions rigoureuses qu'on peut leur appliquer (1).
C’est alors que guidé par les savantes données de
(4) En admettant ici les er sement RER entre les diverses
sortes de principes, tq f ter comme
des fist et BE RER comme dec causes,
INTRODUCTION. 25 la géologie moderne, laquelle assigne aux roches des diverses natures ou formations composant la croûte de notre sphère , des âges distincts ou relativement différents, nous avons été à même de classer les principes connus et bien démontrés par leurs effets, dans un ordre chronologique que nous avons tout lieu de croire exact, même incontestable, en commençant par le principe vital qui fut indubitablement le premier de tous à se manifester, et en finissant par l’affinité, qui, si elle existe, a pour ainsi dire été le dernier et le plus imparfait des efforts de la nature.
Ce travail une fois terminé et basé sur les données les plus certaines de l'observation et de la logique, il nous est venu à la pensée de le comparer à ce que les livres sacrés, qui résument les connaissances positives et toute la sagesse des temps anciens, nous enseignent sur l’origine du monde, et là encore, nous n'avons rien trouvé qui fût, pour notre esprit, bien directement en opposition avec les idées qui nous ont dirigé.
Nous ne serons, nous le savons très-bien d’avance, aux yeux des hommes à esprit fort, qu'un rêveur ou un utopiste, quand nous chercherons à démontrer, ainsi que quelques savants ont déjà tenté de le faire, que la vie a tout précédé dans la nature, que la lumière, la chaleur et l’électricité n’en sont que des dépendances et appartiennent à un ordre secondaire; que la gravitation , si imposante par les masses qu'elle dirige, la cohésion, l'attraction et la répulsion, appartiennent à un ordre tertiaire, et, enfin, que l’affinité n’a jamais été que d’un ordre inférieur à tous les autres.
Comment, nous dirons quelques chimistes, vous pensez nous faire accroire que le principe vital, dont nous sommes si parfaitement disposés à nier même l'existence, peut être, à vos yeux, le premier de ceux que la nature a créés (1) et que la science a constatés ? alors que nous, vous et tout le monde, voyons la gravitation remuer l'univers et l’affinité régir tous les corps, même les plus petits, les atomes, ces enfants adoptifs de notre imagination, lesquels pénètrent partout, même dans votre cuisine, vos aliments et jusque dans les fonctions les plus mystérieuses de votre être chimiquement organisé, entretenu et vivifié ? Allons donc !.…
Ne savez-vous donc pas, ajouteront-ils, que le principe de la vie, comme vous l’entendez, et en supposant même quil existe, n’a pu se manifester à la surface de la terre que lorsque celle-ci a été refroidie, et que, dés lors, il n’a pu se dévoiler que longtemps après que les astres ont été lancés dans l’espace où ils doivent éternellement se mouvoir avec la régularité que nous connaissons ?
Il nous sera facile de répondre à toutes ces arguties, à tous ces faux raisonnements qui tirent leur origine de l'ignorance des choses et des plus malencontreuses interprétations.
Ce n'est malheureusement ici, ni le lieu, ni le temps de nous expliquer catégoriquement sur ce
(4) Nous ne pensons pas le moins du monde que la nature ait
créé le principe vital. Nous croyons, au contraire, que c’est le principe vital qui a créé la nature.
INTRODUCTION. 27 point. Disons seulement, que pour arriver à une démonstration exacte de la cause très-réelle des forces qui se manifestent dans les végétaux, car nous nous limiterons autant que possible à ces seuls corps organisés, il faudrait pouvoir remonter jusqu'aux sources de la vie, jusqu'à la connaissance intime du principe qui anime la nature. Telle ne doit et ne peut être notre prétention. Nous avons une trop juste idée de la nature humaine et de la mesure limitée de ses facultés pour croire qu'elle puisse de longtemps, sinon jamais, s'élever jusque-là.
D'ailleurs, nous n'avons que faire de remonter si: haut puisque nous savons de science certaine qu'un principe quelconque ne se démontre jamais que par ‘ ses effets.
Sans chercher, donc, à déchirer le voile épais qui nous cache obstinément et qui nous dérobera peutêtre toujours la suprême origine, la nature et les divins mystères de la vie, ne pouvons-nous, du moins, par tous les moyens dont la science dispose, par des expériences bien ordonnées, bien exécutées et facilement appréciables aux yeux de tous, arriver à l'incontestable démonstration des phénomènes généraux et spéciaux que produit le principe vital? (4)
Telle a été la question que nous nous sommes posée
(1) Comment se fait-il qu’en présence des phénomènes si grands, si beaux, si admirables de la vie, des savants généralement illustres aient pu douter, et même oser nier, qu’ils fussent produits par un principe distinct de ceux dont, chaque jour, ils soumet-
dès le commencement de nos études physiologiques et à la solution de laquelle nous nous sommes, depuis ce temps, incessamment livré.
Si donc, et comme cela est trop bien prouvé, il ne nous est pas donné d'atteindre au principe même de la vie, à sa cause toute divine, nous pouvons au moins, sans efforts et sans peines, par de simples observations et de légitimes déductions, arriver avec certitude à la démonstration de ses incomparables effets.
Si, enfin, nous ne pouvons le définir que comme
-on définit tous les principes, c’est-à-dire par une
abstraction, reconnaissons du moins, avec Jouffroy, son existence par ses énergiques manifestations; par les merveilleux phénomènes qu'il produit dans les corps : organisés; par la résistance qu'il oppose victorieusement aux agents physiques, d’ailleurs si actifs, qui dirigent les autres corps de la nature inorganique ; par la puissante faculté qu'il a de s'emparer de tous ces corps, de les soustraire temporairement aux lois qui régissent la matière et ce qui n’est pas elle, de les assujettir plus ou moins longtemps aux siennes propres,
tent les effets à leurs ingénieuses mais mcomplètes expérimentations ?
Pensent-ils donc avoir tout fait, tout vu, tout découvert, et que la science soit terminée? Non, ils ne le pensent pas! Car les progrès inouïs du siècle et leurs propres succès sont là pour leur montrer l’évidence du contraire.
L’humanité avancera toujours dans le champ de linconnu où elle est entrée, car ce champ n’a pas de limites.
et, enfin, de les rendre aux principes physico-chimiques, de les leur restituer entièrement, lorsqu'il doit s'en séparer, lorsqu'il les abandonne, lorsque vient la mort.
La mort n'est-elle pas la meilleure preuve que l’on puisse donner de la vie ?
Nier qu'il y a pour les plantes, comme pour tous les êtres organisés, un principe particulier de vie, une force, une puissance, une cause distincte, ou mieux, selon le plus grand nombre, une volonté divine qui les anime, nous semble une des plus grandes aberrations de l'esprit humain.
Pour adopter une telle erreur, il faut de toute nécessité n'avoir Jamais rien étudié, rien compris, rien senti.
Et que dirions-nous donc, si, agrandissant notre sujet, nous tentions de l’élever jusqu’à cet autre principe bien plus évident encore qui caractérise le moi de l’homme, principe qui a été si bien démontré par les plus grandes intelligences de toutes les époques, de la nôtre surtout, et dernièrement encore par le célèbre Jouffroy ! et que pourtant beaucoup de personnes, d’ailleurs fort savantes, mais égarées par les idéesexagérées d’une fausse école scientifique, essayent vainement de contester pour ne l'avoir pas compris, quoiqu'’elles le sentent en elles ?
Nous appelons fausse école scientifique cette école de matérialistes qui ne voient dans la production et dans les fonctions des êtres organisés que les effets de leurs principes physico-chimiques, principes qu’ils ne
connaissent pas davantage, et qui, en réalité, n'agissent que sur la matière des corps bruts, et ne touchent jamais à la vie que pour l’altérer ou la détruire.
Mais est-ce à dire pour cela que quelques agents chimiques, convenablement dosés et employés avec tous les ménagements que leur nature implique, n'ont aucune action utile sur les êtres organisés vivants; qu'ils ne peuvent même, dans certains cas et employés avec discernement et réserve, leur être favorables ?
Personne, nous l’espérons bien, ne nous prêtera une telle pensée. Ils agissent au contraire, et d'une manière directe souvent très-énergique, sur la matière organisatrice et organisée de ces corps, mais sous la direction et la subordination du principe de la vie, qui, à notre sens , est le plus puissant de tous et les soustrait pour un temps aux actions purement physiques. Ce ne sont là que des exceptions qui ne sauraient détruire la règle qui nous enseigne que dès que les agents physico-chimiques se présentent seuls aux corps organisés vivants, sous l’action indépendante de leurs principes particuliers, ils ne peuvent que leur être funestes.
Le but que nous nous sommes proposé est certainement plus modeste et beaucoup plus humble. Il consiste à prouver, par des faits généraux, que les végétaux naissent, vivent et fonctionnent sous l’action d'un principe particulier qui n’est exclusivement ni le principe des astronomes, ni aucun de ceux des
INTRODUCTION. 31 physiciens, ni encore moins celui des chimistes, et que les forces qui président à leurs fonctions, à l’accroissement de toutes leurs parties, à leurs phénomènes de reproduction, émanent uniquement de ce principe qui, dans ce cas, est parfaitement indépendant de ceux qui agissent sur les corps bruts où inorganiques, comme sur les corps organisés privés de vie. Il est tellement spécial, distinct et puissant, selon nous, qu'il serait bien plus facile de prouver quil domine tous les autres, que de le subordonner à l’un d'eux ou même à tous.
Il se produit nécessairement dans les végétaux vivants des phénomenes physico-chimiques , du moins comme on Pentend aujourd'hui. Mais résulte-t-1l de là que les effets physiques qui se manifestent sont déterminés par l'élément chimique et vice versa, et que le principe physiologique y soit complétement étranger ?
C'est ce qu'on semble croire, et ce que nous nions absolument.
Dans les êtres organisés vivants, le principe de la vie ordonne, dirige et régit tout.
Si les phénomènes physico-chimiques des corps organisés vivants n'ont rien de commun avec ceux qui ont lieu dans les corps organisés morts, cela tient à ce que les premiers procèdent de la synthèse vitale, les seconds de l'analyse ou de laltération chimico-physique. On ne trouvera jamais , quoi qu'on fasse, aucun rapport réel entre la vie et la mort.
Dès que le principe vital se retire des corps organisés, ceux-ci retombent dans le champ de la mort, c'est-à-dire de la matière, sur laquelle règnent exclusivement les principes physico-chimiques.
Ces derniers peuvent bien, en agissant sur les atomes et les molécules de la matière, les combiner entre eux, leur donner des formes et des propriétés nouvelles; mais ces combinaisons, ces propriétés, ces formes, doivent-elles être comparées à celles des corps organisés ? Personne, nous le pensons du moins, ne pourrait le soutenir.
Les formes diverses, en effet, que prennent les corps inorganiques, isolés ou combinés entre eux, donnent des figures et des propriétés très-variables, mais elles sont toujours régulièrement ou irrégulièrement géométriques, et de plus déterminées par les lois physico-chimiques. — En est-il ainsi pour les végétaux et les animaux ?
Les végétaux vivants, par exemple, avec leurs racines, leurs tiges, branches et rameaux plus ou moins cylindriques; avec leurs appendices foliacés, floraux ou fructifères si divers (1), avec leurs fonctions incessantes, qui sont les conditions essentielles de leur existence, avec la puissante faculté qu'ils ont d’emprunter incessamment à l'air, à l'eau et au sol des matériaux dont ils attirent et s’assimilent quelques
(1) Ces diverses parties ne sont, pour nous, que les modifications où transformations de l'être primitif, le Phyton.
INTRODUCTION. 33 parties et repoussent ou rejettent les autres, ont-ils les moindres rapports de forme, de texture et de nature avec les corps inorganiques?
Mais, disent les chimistes de cette école dont nous venons de parler, leur substance est matérielle et résulte évidemment d'une série d'actions et de réactions, de compositions et de décompositions. Ce sont donc des combinaisons, et dès lors des productions chimiques... Oui, sans doute, les corps organisés résultent d’une opération continue, incessante, d’actions et de réactions diverses (que bien à tort vous nommez chimiques et physiques), mais sous l'impulsion d’une force qui n’a jamais été employée dans vos laboratoires et qui n’y entrera jamais sans y perdre sa puissance; sous l'empire de la vie, qui agit à la fois sur loutes les parties du végétal, et produit une foule d'actions intérieures ascendantes, descendantes, latérales, etc., et qui, en fin de cause, engendre des êtres de plus en plus complexes, dont l'existence est limitée, mais qui, tant qu'ils vivent, combinent de nouveaux matériaux pour la forme qui leur est dévolue, pour la texture de leurs organes, et, avant tout, pour la composition des éléments primitifs, etc.
Les phénomènes physiologiques n'ont donc rien de commun avec ceux des corps bruts où physicochimiques.
D'ailleurs, disons-le bien haut, toutes les actions physico-chimiques des corps bruts s'exercent ou par les surfaces ou même à distance, et sont en réalité extérieures, tandis que toutes les actions physiolo-
BoniTE. — Botanique. 3
34 INTRODUCTIOK.
giques ou vitales agissent dans l'intérieur des corps organisés et directement au sein des tissus de leurs organes (1).
N'est-ce pas là une distinction fondamentale et suffisante ?
Les éléments extérieurs physiques et chimiques pénètrent dans les végétaux par les racines, les feuilles, etc. Ils y sont soumis à des phénomènes dits de nutrition ou d'élaboration qui les assujettissent temporsmnent au principe de Ia vie, d’où il résulte des
diverses, ques, sucrées, féculeuses,
gommeuses, huileuses, Éoauaes: acides, alcaloïdes,
salines , etc., combinaisons dans lesquelles les éléments sont en TE définies.
Le M minéraux y entrent aussi et pate même pars'y fixer, mais sans jamais se combiner avec la matière organique des tissus (2). Ils n’y sont jamais
(1) Les partisans du Cambium ont bien tenté quelques efforts
Pa ras sous ce RES les végétaux aux minéraux, en
t , EUX aussi,
position , aie par tons que par Mic Han due matière plastique, inerte, et dont ils n’ont jamais compris ni la nature ni les propriétés.
On connaît aujourd’hui l'impuissance où nous les avons mis de rien prouver à cet égard.
(2) A quoi donc servent les corps minéraux dans les êtres organisés, spécialement dans les végétaux ?
Quelles actions exercent-ils sur les matières organisatrices et organisées, sur les organes spéciaux, sur les individus entiers?
Si une science quelconque parvient à expliquer le jeu des actions
INTRODUCTION. 35 qu'à l'état de sels (minéraux et autres), d'ingrédients bruts, de dissolution, de dissémination, d'interposition, de sécrétions, d’excrétions, ou d'agents intermédiaires de certaines propriétés dites catalytiques, et constamment renfermés dans les tissus au sein desquels ils subissent sans doute une foule de réactions et de transformations, mais, nous le réitérons, sans jamais faire partie intégrante des tissus.
Ce qui le prouve bien, c’est que lorsque les éléments
des tissus de tous les corps organisés sont débarrassés des ingrédients étrangers qui peuvent les pénétrer, ils sont constamment en proportions définies, tandis que les matières minérales s'y trouvent en quantités variables et de natures très-diverses, relatives à la composition des terrains, des eaux, etc., etc. On a déjà dit cent fois : Mais il a bien fallu que la terre existät avant les êtres organisés qui l'ont pro- . gressivement peuplée et que maintenant elle nourrit! Oui, sans doute, et c'est précisément là que nous allons trouver la preuve évidente de la préexistence du principe vital sur la nature.
de ces substances minérales sur les éléments divers qui produisent les fluides organisateurs, elle rendra certainement un grand service à la physiologie, dont l’une des missions est de s'emparer de ces fluides, de les convertir en tissus, et de disposer ceux-ci d’après le plan spécial, pour chaque individu, que l’auteur de toutes choses a lui-même ordonné,
Les matières minérales sont-elles absolument nécessaires à la combinaison des éléments organisateurs ?
Car, si nous n'admettons pas que ce principe est primiüf, qu'il a présidé au développement de l'univers, et que, dès lors, il existait avant lui, nous allons tomber dans les plus étranges aberrations de l'esprit de désordre et arriver à cette conséquence fausse, mais rigoureuse, que les êtres de la nature animée que nous connaissons sont nés de la terre qui ne l’est pas, ou, en d’autres termes, que la vie procède de la mort.
La vie a sans doute eu besoin de la matière pour se manifester à nos sens, à notre esprit malheureusement trop borné, puisqu'il ne la reconnait qu’à ses effets et à ses actes dans les êtres organisés (4).
Mais, pour nous, le principe qui la produit a précédé non-seulement tous les êtres mais aussi tous les mondes.
La vie est done, à nos yeux, le principe primordial. Aussi dans l'ordre chronologique que nous avons provisoirement établi, pour nous conformer aux idées reçues, des principes observés jusqu’à ce jour, l'avons- | nous mis à la place qui lui est due, c’est-à-dire en tête de tous les autres.
Quel est, en effet, l'homme de science qui, après avoir longuement étudié et profondément médité sur les phénomènes si beaux et si grands de la nature, qui, après avoir lu dans les observations les plus ri-
(4) Redisons encore, car nous ne saurions trop le répéter, que les forces de la nature, les principes, si l’on veut, ne se révèlent à nos sens que par leurs effets. Qui donc osera soutenir que les effets de la vie sont moins apparents que ceux de l'électricité, du magnétisme, de l’affinité, etc. ?
goureuses, dans le grand livre de la sagesse des temps historiques les plus reculés, n'admettra pas avec nous que le principe vital est le principe des principes, qu'il domine tous les autres et qu'il a nécessairement dû les précéder tous dans l'ordonnance de l'univers.
Nous dira-t-on enfin que les phénomènes de la vie et du moi de l’homme se sont manifestés les derniers de tous? Oui certainement! Qu’y a-t-il de surprenant à cela ?
Voudrait-on en induire que les êtres organisés ont précédé le principe auquel ils doivent l'existence ?
Pourquoi le grand artisan de toutes choses n'aurait-il pas, pour compléter son œuvre, vivifié notre âme par un reflet de sa suprème intelligence?
Nous faudra-t-il donc, après tant d'illustres savants qui ont approfondi ce grave sujet, et surtout après l'éminent Jouffroy et tous les penseurs des autres âges, chercher à démontrer encore que le principe existait avant les êtres qu'il a produits, que sans la force il n'y aurait pas d’action, que sans la cause il n'y aurait pas d'effet, que sans Dieu tout serait encore dans le néant!
N'oublions donc pas que l’Étre suprême a tout fait en vue de l'humanité; qu'il l'a douée d'intelligence et enrichie de tous les trésors de l'idée, de l'espérance et de la foi, et qu'il ne l’a ainsi généreusement dotée que pour l’exciter à se rapprocher de lui, en lui rendant le travail attrayant, en lui montrant en expectative le progrès, qui est le plus pur aliment de l'esprit et du
cœur; n'oublions pas surtout qu’en cherchant à nous stimuler et à nous faire comprendre qu’on n'y arrive jamais que par l'emploi de toutes les facultés qu’il nous a données et qu'il ne demande qu’à élargir, il nous a aussi fait concevoir que ce progrès conquis par Chacun de nous doit être, en définitive, le patrimoine de tous, et que plus nous avancerons vers l'inconnu, vers ce champ de l'avenir qui est notre véritable terre promise, plus nous nous rapprocherons du beau, du grand, du vrai, c'est-à-dire de la source pure de toutes choses, du principe divin qui les régit.
Ce travail, dont nous ne donnons ici que quelques lambeaux épars, aura, chacun le comprend déjà, une conclusion nécessaire, et cette conclusion, aussi conséquente que facile à déduire, sera : qu’il n'y a qu’un seul principe universel, le principe vital, qui échappera toujours aux analyses physico-chimiques, ou autrement dit, une seule et puissante volonté qui a précédé le monde et ordonné tous les actes qui s’y accomplissent. Que toutes les autres forces plus ou moins distinctes ou réunies (1) qui se révèlent dans la nature, et que nous nommons aussi généralement des principes, quoique en apparence produites plus tôt, ne sont en réalité que des reflets, des dépendances et des subordinations de ce principe vital primitif, que par impéritie ou défaut de réflexion on a voulu nier, et dont les plus admirables manifestations,
(1) Les fluides électro-magnétique, électro-chimique, etc,
INTRODUCTION. 39 non moins évidentes que le mouvement des astres, s’opèrent dans les corps organisés vivants qui en sont pénétrés, et spécialement dans l'espèce humaine qui en a été le plus profondément imprégnée.
C'est guidé par ces idées pour ainsi dire natives, tant elles nous dominent depuis longtemps, animé par les plus douces espérances comme par les nobles ambitions qui habitent le cœur de l’homme, et peut-être aussi abusé par ces décevantes illusions de gloire, compagnes ordinaires de la jeunesse, que nous nous sommes élancé dans la carrière des sciences, ne reculant devant aucune privation , aucune fatigue, aucun danger, même devant la crainte de grever notre trop modeste avenir par des sacrifices bien au-dessus de nos faibles moyens.
Le besoin de voir, d'étudier, d'apprendre et d’apprendre encore, d'enrichir et de glorifier notre pays, était si dominant chez nous, que nous aurions tout bravé pour accomplir les desseins que nous avions formés d'aller explorer les régions tropicales dont les voyageurs nous ont donné de si brillantes et pourtant si imparfaites images.
Oui, aller visiter le Brésil, le cap de Bonne-Espérance, les charmantes îles de France (Maurice) et de Bourbon (Réunion), les rivages indiens, les Mariannes, les Moluques, les Philippines; les Sandwich, Othaïti et les milliers d’autres corbeilles de fleurs qui parent le grand Océan au sein duquel elles sont si gracieusement semées, et mourir après, eût été un marché que
nous eussions accepté et tenu, tant l’ardeur qui nous animait alors était puissante et dominatrice.
Loin de s’affaiblir par la satiété, par les souffrances incessantes du mal de mer (1) et par les misères inhérentes à ces longues et laborieuses campagnes, cette ardeur, nous devons le déclarer, n’a fait que s'accroître avec le temps.
Aussi, après un premier voyage de près de quatre années, fait sur /’Uranie, en compagnie de nos honorables et savants amis MM. Quoy et Gaimard, sous les ordres du digne commandant Louis Dessolles de Freycinet, toutes nos pensées se portérent-elles avec entrainement vers un second voyage dans les pays que nous avions déjà visités, mais que nous n’avions fait qu'entrevoir, et, avant tout, dans ceux auxquels notre premier itinéraire ne nous avait pas permis d'aborder.
C’est qu’alors un intérêt nouveau et non moins puissant que tous ceux qui nous animaient déjà, était venu donner à notre imagination une nouvelle et irrésistible impulsion. Nous voulons parler des principes d’organogénie, d'anatomie et de physiologie que nous avions pour ainsi dire pressentis dès nos plus jeunes études, plus directement entrevus et en partie constatés dans nos premières explorations, et que nous nous sentions irrésistiblement pressé
(4) Dans un ouvrage que nous publierons plus tard, nous décrirons les phénomènes généraux de ce mal affreux , les moyens insuffisants qui ont été employés pour s’en préserver , les altérations désastreuses qu'il produit sur noel sur les fonctions , etc.
INTRODUCTION. 41 du besoin de compléter et de produire au grand jour de la science.
Tous les hommes de science, les penseurs, ceux qui ont subi la pression d’une idée et le besoin d’agrandir le cercle des connaissances humaines, tous ceux enfin qui aiment la vérité et qui, comme nous, détestent l'erreur persistante à l'égal du mensonge, tous comprendront par quelle puissance invincible nous devions alors être dirigé, puisqu'il ne s'agissait de rien moins, nous en avions la confiance, que de renverser des théories manifestement erronées et de les remplacer par des principes éclatants de vérité.
En présence de ce mobile, les considérations de santé , de fortune et d'avenir, s’évanouirent entièrement.
Un navire, la Dordogne, commandé par l’un des officiers les plus distingués de notre savante marine, par M. Mathieu, alors capitaine de frégate (1), était en armement au port de Bayonne. Cet officier supérieur avait pour mission d'aller explorer les principaux archipels de l'Océanie, de tenter d'y former quelques établissements, et d'y planter le drapeau de la France. Les relâches devaient naturellement être aussi longues que fructueuses pour la science. Nous sollicitâmes l'honneur de faire partie de cette expédition, et le ministère de la marine, qui a toujours protégé les sciences, les marins qui se livrent à leur
(4) M. Mathieu est aujourd’hui contre-amiral et directeur général du dépôt des cartes et plans de la marine.
culte, et qui, de plus, a toujours été d’une bienveillance inépuisable à notre égard, voulut bien agréer uotre demande.
Nos préparatifs étaient faits, et nous étions sur le point de quitter Paris pour aller nous embarquer, lorsque la révolution de juillet 1830 vint renverser tous nos projets. L'expédition fut constamment ajournée et n'eut même pas lieu.
M. le ministre de la marine, prenant en considération les énormes dépenses que nous avions faites pour les préparatifs du voyage de /a Dordogne, et voulant d'un autre côté nous mettre à même d'accomplir les projets d’études que nous avions formés, voulut bien nous faire embarquer, quelques mois plus tard, sur la frégate l'Herminie, commandée par le très-honorable capitaine de vaisseau , M. Henri Villeneuve de Bargement, qui avait pour mission de commander les stations des côtes du Brésil, de la Plata, du Chili et du Pérou.
C'est dans ce voyage, et spécialement pendant le long séjour que, grâce à l'extrême obligeance du chef de l’escadre, nous fimes à Rio de Janeiro , que nous arrêétàmes les bases de la théorie des Phytons ou des Mérithalles, présentée à l’Académie des sciences, le 1° avril 1835 (1), et celles des principes non moins évidents de physiologie appliqués à l’organographie que nous aurons bientôt l'honneur de lui soumettre,
(4) Recherches générales sur l’organographie , la physiologie et l'organogénie des végétaux (Mémoires de Académie des sciences , tome VIII des savants étrangers, 1841).
Nous avions, en effet , trouvé dans les nombreuses relâches que nous fimes sur les côtes du Chili, du Pérou, et plus particulièrement encore sur celles du Brésil, à L'ile Sainte-Catherine, et à Rio de Janeiro, tous les matériaux propres à élucider les questions organographiques et physiologiques que nous nous étions posées, et pour la solution desquelles nous avions entrepris ce second voyage, qui dura du 3 décembre 1830 au 21 juin 1833. Chargé de notre précieux butin d’observations et de collections, et parmi celles-ci, de ces bois curieux et de ces lianes aux formes aussi bizarres, aussi variées que nouvelles (4), nous arrivämes à Paris vers la fin de la même année, et nous nous miîmes aussitôt à l'œuvre.
Nos matériaux étaient prêts, nos observations faites, nos principes arrêtés pour la plus grande partie; il ne nous fallait plus qu’un peu de temps pour achever la tâche importante que nous nous étions imposée, pour atteindre le but vers lequel nous nous sentions entrainé par une force irrésistible,
Nous donnâmes aux Archives de botanique (2) une note imparfaite mais assez détaillée, accompagnée d’une planche, sur la nature et l’ensemble des travaux que nous venions d'exécuter, sur les riches collections phytologiques que nous possédions, sur les théories principales que nous comptions en déduire (ou plutôt qui se déduisent naturellement, et pour
(4) Voy. Gaudichaud, Organographie, pl. XI, fig. 4,2, 3,4; pl. XIV, fig. 4 à 4; pl. XVL, fig. 17; pl XVIIE, fig. 1 à 24.
(2) “Archives de botanique , décembre 1833, page 481, pl. XIX.
ainsi dire d’elles-mêmes de nos anatomies), sur la nature du travail tout nouveau que nous avions conçu et que nous allions accomplir.
Pour donner une idée du zèle dont nous étions animé, dans l'espoir que ce travail serait de la plus grande utilité pour la phytographie , il nous suffira de dire, qu'en moins d’une année, et longtemps avant la fin de 1834, nous avions coordonné tous nos matériaux, dessiné les nombreux objets qui surchargent dix-huit planches grand in-4, et rédigé le texte du mémoire qui renferme à la fois le cadre, la base et la clef des nouveaux principes d'anatomie, de physiologie et d’organogénie que nous voulons introduire dans la science. Ce travail, qui fut présenté à l'Académie des sciences pour le concours au prix de physiologie expérimentale fondé par feu de Monthyon, eut l'honneur de partager le prix (1).
A peine cet ouvrage était-il déposé à l'Institut, que nous songions déjà à entreprendre un troisième voyage pour aller compléter nos études et chercher à nous procurer les éléments qui nous manquaient encore sur quelques plantes parmi les monocotylés ligneux , lesquels nous laissaient alors beaucoup à désirer relativement à quelques traits particuliers de leur organisation, et aux modes de développement en diamètre de leurs tiges ou stipes, modes très-variables, mais qui s’assujettissent tous à la loi orga-
(4) Voy. Gaudichaud, Recherches générales sur l'organographie, la physiologie et l'organogénie des végétaux, avec dix-huit planches coloriées, 1841.
INTRODUCTION. 45 nique que nous avons trouvée, et que maintenant nous défendons.
Les Dicotylés d'Europe nous ayant fourni des résultats généraux parfaitement identiques à ceux que nous avaient donnés les Dicotylés des régions tropicales, nous nous trouvions suffisamment édifié, sauf quelques cas particuliers assez rares, sur les modes divers d’accroissement des végétaux de cette classe. Mais, nous devons le reconnaître, nous étions loin encore d’être également fixé sur ceux des monocotylés frutescents qui sont généralement plus difficiles à se procurer, et font presque complétement défaut dans nos pays tempérés.
Grâce à l’Académie des sciences et à quelques amis dévoués qui voulurent bien nous appuyer près de M. l'amiral Duperré, alors ministre de la marine, en lui faisant comprendre toute l'importance des travaux que nous poursuivions, nous obtinmes facilement de nous embarquer sur la corvette /a Bonite, commandée par M. Vaillant, qui, à cette époque, était capitaine de corvette (1).
Ce navire, destiné à faire le tour du monde de l’ouest à l’est, avait pour mission de porter des consuls et agents consulaires sur divers points du globe. Il devait spécialement toucher à Cadix, au Brésil, à Montevideo, à Valparaiso, à Cobija, à Callao, à Payta, à Guayaquil, aux îles Sandwich , aux îles Phi-
(4) M. Vaillant est aujourd’hui contre-amiral et ministre de la
marine.
lippines, en Chine, en Cochinchine, sur plusieurs points du détroit de Malacca (Singapore, Malacca, Pulo-Pinang), à Calcutta, à Pondichéry, à l'ile de la Réunion (Bourbon), etc.. lieux dans lesquels , sauf Montevideo, les Monocotylés ligneux sont généralement assez communs. Nous partions donc avec l'assurance de faire une heureuse et abondante moisson de ces précieux végétaux.
Nous quittâmes Paris, le cœur plein d'espérance, le 25 novembre 1835, précisément le jour où l’Académie des sciences nous décernait le prix de physiologie végétale, avec la certitude d'aller conquérir tous les trésors de végétation que nous ambitionnions pour l'accomplissement de nos desseins.
La Bonite partit de Toulon le 6 février 1836, fit une courte relâche à Cadix, où nous vimes pour la première fois le Dracæna draco (1) en fruits; suivit de point en point l'itinéraire que lui avait tracé le ministre de la marine, toucha à l’île Sainte-Hélène, où son état-major put faire un religieux pèlerinage au tombeau de Napoléon, et, après avoir rempli sa mission, rentra en France, au port de Brest, le 6 novembre
Malgré la regrettable rapidité de ce voyage, nous avons pu cependant faire de bonnes et utiles études anatomiques et d’admirables collections d’Acotylés, de Monocotylés et de Dicotylés rares et précieux qui
(1) Des graines de cet arbre semées à bord de {4 Bonite y ont
facilement germé , et les jeunes plants qui en sont résultés sont arrivés vivants à Paris après avoir fait le tour du monde,
INTRODUCTION. 47 ornent aujourd'hui les galeries du Muséum d'histoire naturelle, et de tous les matériaux dont nous avions essentiellement besoin pour mener à bonne fin le travail que nous avions commencé.
Notre premier soin, en arrivant à Paris, fut de déposer toutes nos collections au Muséum, de les mettre en ordre et de commencer, dès que nous en eûmes la faculté, le texte et l’atlas de la botanique du voyage.
Dès que ce travail fut en voie d'exécution, nous nous occupämes du soin de faire imprimer dans le Recueil des savants étrangers, le mémoire sur l'anatomie, la physiologie et l’organogénie que nous avions déposé à l'Académie en 1835. Ce travail parut en 1841.
Enfin, libre de tous soins , et n'ayant plus à nous occuper que de la partie botanique de /a Bonite , que l'exécution des dessins et des gravures arrétait à chaque instant, nous entreprimes de coordonner tous les matériaux de notre travail général sur l'anatomie, la physiologie et l'organogénie des végétaux ; travail qui sera long et pénible, mais que, Dieu aidant, nous aurons le temps de conduire à terme.
En 4842, nous publiâmes un long mémoire sous le titre de : Recherches générales sur la physiologie et l'organogénie des végétaux (A), qui n’est, à bien dire, qu'un premier essai, un simple croquis du cadre de
(1) Comptes rendus de l "Académie des sciences, séance du 27 juin 42. Û
ces difficiles parties; cadre important toutefois, du moins selon nous, et qui, lorsqu'il sera rempli des faits et des dessins dont nous avons dû le dégager, acquerra , nous l'espérons, auprès des véritables savants un haut degré d'intérêt.
Nous en étions à ce point de nos travaux lorsque, dans les premiers mois de 1843, un savant illustre , dont, il est vrai, nous ne partagions pas les idées scientifiques, mais dont nous honorions la personne, l'âge et le caractère, est venu attaquer nos théories phytologiques et toutes les bases sur lesquelles nous les faisons reposer, avec des faits tellement controu- : vés, avec des principes si arriérés et si faux, et, de plus, avec des expressions si dures et si amères, que nous dûmes, bien malgré nous, et toutefois moins dans notre intérêt, tout froissé qu'il était, que dans celui de l'anatomie qui devait en recevoir de mortelles atteintes, nous résigner à une lutte d’autant plus énergique, que nous allions combattre contre un grand nom, contre une grande influence, contre la routine de plusieurs siècles, et que nous n'avions pour nous soutenir que de belles anatomies, qu’on ne voudrait sans doute pas regarder, et notre amour pour la vérité (1).
(4) Nous avons été blâmé par beaucoup de personnes de la visueur que nous avons mise à défendre les intérêts gravement compromis de la vérité, Mais ces personnes étrangères aux sciences, ou , pis que cela, indifférentes à leurs progrès, n’ont pas compris l'immense danger qu’on cherchait à faire courir à l’organographie et à la physiologie. Elles changeront d'avis, du moins nous l’espé-
Cette attaque eut lieu dans les séances de l’Académie des sciences du 5 et du 42 juin 1843; nous protestämes aussitôt et nous nous mimes immédiatement à préparer les arguments de notre réplique, de manière à la faire prompte et vigoureuse; car nous le sentions fort bien, sur nous tombait la grave mission de défendre à la fois les intérêts sacrés de presque toutes les branches de la science des végétaux (1). Guidé par de tels mobiles , rien au monde n'eût pu nous arrêter.
Ce sont les matériaux de cette discussion, matériaux puisés d’ailleurs, pour la plus grande partie, dans les notes et manuscrits de notre travail général, qui vont terminer l'introduction de la botanique du voyage de /a Bonite.
rons pour elles, dès qu’elles verront, un peu plus loin, les tristes conséquences produites par ces attaques aussi imprudentes que mal fondées.
Quant à nous, qui n'avons cédé qu’à de profondes convictions, établies sur les faits les plus palpables, nous qui n’avions rien à gagner dans ce débat, et, au contraire, tout à perdre, ce que nous avons accepté, nous ne regrettons qu’une seule chose, à cet égard, c’est de n’avoir pas eu une voix plus retentissante, plus persuasive et plus sévère. A l'erreur persistante, magistrale et systématique, la plus pernicieuse de toutes, il n’y a d’autre remède efficace à opposer que la vérité tout entière, et la vérité ne connaît pas plus les déguisements de la forme que ceux du fond.
(1) Ceux qui ne savent pas que la science est une passion et qu’on l'aime comme un bon patriote aime son pays, comme un bon père aime ses enfants, comme un bon chrétien aime son Dieu, ne nous comprendront certainement pas. Qui, d’eux ou de nous, est le plus à plaindre?
Bonire. — Botanique.
Mais avant cela, disons un mot sur la nature de la discussion elle-même.
Nous avons démontré, par d'innombrables faits, que les végétaux ligneux, monocotylés et dicotylés s’accroissent en hauteur par la superposition régulière ou irrégulière des mérithalles tigellaires longs ou courts, simples ou composés et diversement agencés ou enchevêtrés les uns dans les autres, des individus ou phytons qui naissent et se développent annuellement à l'extrémité supérieure des tiges et de leurs ramifications. Nous avons démontré que leur accroiïssement en largeur est produit par des vaisseaux radiculaires partant de ces mêmes phytons et descendant de proche en proche, article par article, comme de véritables racines capillaires à l'extrémité desquelles il se forme de nouveaux tissus pour leur élongation; et que cet accroissement a lieu depuis le sommet des rameaux, où ces vaisseaux radiculaires commencent, jusqu’à l'extrémité des racines où ils se terminent, en passant ainsi sur les branches, sur le tronc, sur le collet, la souche et toutes les divisions, même les plus réduites des racines (1).
(4) Nous réservions pour nos travaux d’organogénie l’explicaüon du développement primitif des fibrilles vasculaires de ce qu’on nomme le chevelu des végétaux. Mais comme nous avons été devancé sur ce point par un jeune homme fort habile qui, cependant, s’est complétement trompé, nous nous sommes imposé la loi d’en parler un peu plus loin (pag. 127), où nous faisons pressentir l’origine des tissus vasculaires de ces organes.
Ces tissus vasculaires sont incontestablement formés par des fluides qui s’échappent du corps ligneux, tout réduit qu’il est, de
Nous soutenons que ces filets naissent tous dans les phytons qui, à l’état rudimentaire , composent les bourgeons, c’est-à-dire à l’extrémité de toutes les parties jeunes et supérieures des végétaux, et se dirigent successivement, les uns plus tôt, les autres plus tard, vers la périphérie, et, de là, jusqu'aux racines qu'ils sont destinés à former et à accroître. Nous affirmons enfin que rien ne monte dans les végétaux, sinon la séve qui lubrifie toutes les parties précédemment formées, et va alimenter les jeunes phytons annuels et leurs produits organisés.
Il est bien inutile de dire, aujourd’hui que nos principes généraux sont bien connus, qu'il ne monte dans les phytons, comme d’ailleurs dans toutes les parties des végétaux, que des fluides nourriciers pro- .duits par la séve, et que tous les éléments organisateurs de ces individus et de leurs différentes parties, sont aussi directement préparés ou élaborés par euxmêmes , quels que soient d’ailleurs leurs modes d’agencement. — Ce principe, qu'il ne faut jamais oublier
la racine. Ces fluides et les vaisseaux qui en résultent pénètrent dans une spongiole composée de cellules microscopiques. Cette spongiole naissante qui, dans l’origine, est intérieure , ou ,; autrement dit, renfermée dans les tissus corticaux, est elle-même appliquée contre le corps ligneux de la racine.
Ge fait , que nous avons souvent vérifié depuis qu’il nous a été opposé, s’observe avec la plus grande facilité sur les divisions capillaires des racines du Solanum pseudo-capsicum qu’on a toujours sous la main. Les ramifications des filets sur les tiges et les racines sont dues aux mêmes causes , c’est-à-dire aux fluides spéciaux descendants des filets préexistants.
lorsqu'on veut se rendre raison des phénomènes si variables de la végétation, sont pour nous aussi évidents dans le dernier phyton terminal d’un arbre séculaire que dans le premier qui l'a commencé, c'està-dire dans l'embryon qui ne puise évidemment dans le sol et dans l’air, sous l’action directe de la chaleur, que les matériaux primitivement isolés de son organisation, matériaux qui ne se combinent entre eux et ne fonctionnent normalement ensuite, à l’aide de la lumière, que sous l'empire de cette force encore indéterminée, mais évidente, que nous nommons la vie.
Nous consacrerons, plus tard, un article spécial aux modes divers d'association ou d’agencement des phytons entre eux, et nous prouverons que ces sortes d’agrégations d'individus, qui d’ailleurs fournissent d'excellents caractères généraux de végétation à la botanique comme à l'organographie, ne changent absolument rien à leurs fonctions individuelles.
Nous évitons, à dessein, les autres détails et les mille faits bien observés et parfaitement démontrés qui militent en faveur de cette théorie incontestable, parce qu'ils sont longuement décrits dans les mémoires qui vont suivre, et que les faits de physiologie que nous allons prochainement leur appliquer les rendront irrécusables.
Si, en effet, nous démontrons que les principes d'organogénie et d’organographie qu’on a établis dans la botanique sont contraires à la vérité, nous prouverons ensuite, bien facilement, que toutes les théories physiologiques appliquées par nos prédécesseurs à ces
INTRODUCTION, >3 principes controuvés, sont également opposées aux lois de la nature et conséquemment de l’organisation. — La solution de la première question implique nécessairement celle de la dernière.
Jamais, quoi qu'on fasse et qu'on dise, on ne sortira de ce dilemme.
Notre principe distinct, et bien démontré par des milliers de faits, est donc : que rien d’organisé ne monte dans les végétaux, pas plus du sol dans l'embryon, que de l'embryon dans la plumule, etc.; que les accroissements en hauteur des tiges sont produits par des individus ou phytons qui naissent les uns après les autres, les uns au-dessus des autres, grandissent et fonctionnent individuellement comme tous les êtres organisés qui de jeunes deviennent vieux, qui de petits deviennent grands, sans que ceux qui les ont précédés et produits leur fournissent rien de leur organisation antérieure pour les parfaire ; et que les accroissements en diamètre des rameaux, des branches, des tiges, des souches et des racines sont dus au rayonnement en tout sens des tissus cellulaires, à la modification de ces tissus et à la production de vaisseaux divers radiculaires et ligneux qui, partant de la base des phytons annuels, descendent, entre le bois et l'écorce, le long de toutes ces parties et jusque dans les divisions des racines.
Telles sont, en résumé, les théories organographiques que nous soutenons et qu'on ne combatira jamais par un seul fait contraire à ceux qui les étayent, à moins toutefois que, comme nous l'avons déjà dit
ailleurs, la nature, pour complaire à nos contradicteurs, ne change la direction des forces qui l’animent. Ces contradicteurs, qui ont épuisé le champ de l'observation microscopique sur la forme et la texture apparente des tissus divers qui composent les végétaux, n'ont cependant pas fait un seul pas en avant dans le domaine de l'organogénie des êtres. Ils se sont uniquement bornés à trainer après eux les fausses idées des âges les plus reculés de la science, prétendant nous prouver, avec ceux qui les ont précédés depuis plus de deux siècles, que tout naît de la racine (1); que tout monte de cette racine dans les tiges, des tiges dans les branches, des branches dans les rameaux et des rameaux dans les bourgeons ainsi que dans tous les organes engendrés par ces bourgeons (feuilles, fleurs, fruits). Ce qui ne les empêche pas de dire ailleurs, en se contredisant eux-mêmes de toutes les facons, et spécialement sur le point fondamental et le plus essentiel de leur doctrine, que le collet est un organe distinct (2), un point direct d’intersection entre
(1) C’est du moins, nous nous chargeons de le démontrer, la conséquence la plus rigoureuse qu’on puisse déduire de toutes leurs idées.
(2) Un jeune savant très-distingué, mais qu’on a profondément pénétré des détestables principes de l’école physiologique qui règne et gouverne en ce moment, vient, tout récemment, de contredire les théories de ses maîtres sur la nature et la position du collet, dans un travail plein d’érudition scientifique et qui touche réellement à tout, excepté toutefois au fond de la question.
Nous le remercions, cependant, de nous prouver, comme il le fait, que les botanistes, qui ont fondé tant de théories imaginaires
INTRODUCTION. 55 la tige et la racine, ou, autrement dit, de développements contraires ; point au-dessous duquel tout descend, tout en s’organisant de bas en haut; au-dessus duquel tout monte, avec un cambium et un fluide nutritif qui descendent.
Ce n'est donc pas, même d’après eux, la racine qui produit les tiges.
Ce fait du collet n’est exact, nous l'avons suffisamment prouvé, que pour l'embryon, c’est-à-dire pour le jeune phyton naissant, qui, obéissant à la loi naturelle de ses développements individuels, produit d’abord sa tigelle [mérithalle tigellaire (4) | et tout ce que nous avons nommé le système ascendant (mérithalle pétio-
sur le collet et ses puissantes attributions, ne savent absolument ni ce qu’il est, ni méme où il est situé.
Ce travail, qui, d’ailleurs, est rempli de bonnes et fines observations, est l'exemple le plus remarquable que nous puissions citer de l’absence complète, dans quelques-unes de nos écoles, des principes essentiels de l’anatomie et de la physiologie.
Nous avons fait connaître, avec les célèbres de Candolle, Meyen, etc., le collet tel qu’il est et doit rester, c’est-à-dire comme une ligne horizontale située entre la tigelle et la radicule d’un embryon, et indiquant le point de séparation des développements contraires de ce jeune individu ou phyton (voy. Gaudichaud, Organographie, pl. 4, fig. 1, 2, 3, 5, 6, f; pl. 2; pl. 7, fig. 43; pl. 11, fig. 1, 8, 4, e, etc.). Ce principe, et tous ceux que nous avons établis pour les autres phytons produits pendant tout le cours de la vie du végétal, seront toujours inattaquables.
Ce ne sera jamais que par de fausses interprétations des faits qu’on pourra contredire cela!
Pour nous la forme n’est rien, l’organisation est tout.
(4) Gaudichaud, Organogräphie, pl. 1, fig. 1, 2, 3,5, 6, a.
laire (4) et mérithalle limbaire (2) ), puis, enfin, sa radicule (3), ou système descendant. Il en est naturellement ainsi pour tous les autres phytons qui apparaissent successivement les uns au-dessus des autres pour former l'accroissement en hauteur des végétaux, lesquels ont aussi, positivement, leur système ascendant et leur système descendant, d’où il résulte qu'il y a dans chaque plante autant de collets ou nœuds vitaux qu'il y a de feuilles, d'individus ou phytons.
Le collet de nos contradicteurs n'est donc qu’une déplorable chimère dont ils auront, sans nul doute, le généreux courage de se débarrasser.
Nous les en supplions au nom de la science.
Nos études générales et longuement suivies d'organogénie des tissus, de physiologie et d'anatomie, nous ont démontré que c’est constamment la tigelle qui, dans les phytons, s'organise la première, et que la radicule, qui fait souvent complétement défaut (lecythis, nelumbo, etc.), n'apparaît que secondairement. Ce n’est donc pas la racine qui forme la tige, mais bien réellement la tige qui produit la racine !
On a tenté de nous opposer, à ce sujet, quelques faits particuliers d'irrégularité, d’alternance ou de balancement dans les développements comparatifs de la radicule et de la tigelle ; quelques cas particuliers dans lesquels la racine prend un fort grand développement, alors que la tige reste annuellement réduite aux plus
(4) Gaudichaud, Organographie, pl. 1, fig. 1,2, 3,5, 6,6. (2) Id, ib., (3) Id., ib., e.
minimes proportions; et, encore, quelques exemples de boutures où les racines se montrent avant les bourgeons, etc.; mais nos opposants ne sont parvenus à nous prouver qu'une seule chose, c’est qu'ils n’ont vu que les résultats matériels et n’en ont pas compris les causes. Mais revenons à notre sujet.
Selon nos contradicteurs, les tissus vasculaires ligneux primitifs des tiges montent de la racine, ou au moins de son collet, dans ce qu’ils appellent l'axe ascendant du végétal, axe d’où ils s'échappent ensuite, dans toutes les directions, et en nombre généralement régulier, pour aller constituer les feuilles, les fleurs, les fruits, dans lesquels ils pénètrent plus tôt ou plus
: tard (4).
Mais comme les racines primordiales ne sauraient fournir tous ces vaisseaux, ils en font partir de toutes les racines secondaires, adventives ou autres, qui naissent sur le végétal, et, du moins pour les palmiers,
(1) Les phytotomistes modernes ne sont pas parfaitement d’accord sur ce point. Il en est, et des plus savants, qui soutiennent aujourd’hui que les articles organiques des filets vasculaires (les utricules qui les composent) ne montent pas précisément de l’extrémité inférieure des racines au collet, et du collet dans les tiges, puisque, disent-ils, ces filets ne marchent pas, puisqu'ils s’organisent en place; mais ils se constituent d’éléments organiques disposés les uns au-déssus des autres, de manière que les premiers formés soient situés à la base des racines et les derniers au sommet de la souche, autrement dit, au collet, où ils se réunissent à ceux de la tige.
Cette assertion est aussi contraire à la vérité que la précédente, et que toutes celles qu’ils ont émises !
ÿ8 INTRODUCTION.
de différentes parties échelonnées de la longueur des tiges ou stipes. C’est par ce mécanisme ingénieux et tout d'invention qu'ils tentent d’expliquer la forme en apparence cylindrique de ces tiges ou stipes, qui, d’après quelques botanistes heureusement assez rares, ne s’accroissent point en diamètre.
Dans les Monocotylés, ces filets vasculaires ou ligneux s'organisent en montant aux dépens d’un tissu générateur qu'on a créé tout exprès.
Pour les Dicotylés, auxquels on ne refuse pas la faculté de croître aussi bien en diamètre qu’en hauteur, et auxquels aussi on suppose un tissu générateur {zone génératrice) pour la composition des filets vasculaires de l'axe ascendant, leur accroissement est produit par le cambium.
Qu'est-ce donc que le cambium ?
Ce serait ici le lieu de donner une histoire complète du cambium et des péripéties qu’il a éprouvées depuis seulement quarante ans que nous le cherchons, à parür du cambium de l'écorce produisant du bois, du cambium du bois formant de l'écorce, du cambium donnant annuellement une couche de liber, qui, l’année suivante, se convertit en bois, etc., du cambium fournissant à la fois une couche de bois et un feuillet de liber, du cambium de 1844, coulant des sommités des arbres jusqu’au collet et se transformant en bois de tige et non de racine, du cambium ambigu du tissu générateur et du fluide nutritif, ete., jusqu’au cambium des prairies qui nous fournit la chair de bœuf, de mouton et de tous les autres herbivores.
Nous avouons franchement que nous ne nous sentons aujourd'hui ni la force ni le courage d’aborder sérieusement une aussi étrange question. Nous y arriverons cependant, contraint par l’ordre de nos travaux.
Dans ce cas, nous reprendrons le cambium à dater de Grew et Malpighi. -
Le respect et l'admiration que nous professons pour la mémoire de ces deux illustres savants nous donneront, du moins nous avons lieu de l’espérer, toute la gravité nécessaire pour traiter un tel sujet. Nous saisirons cette occasion pour comparer les travaux trop oubliés de ces deux anciens anatomistes et physiologistes avec ceux de quelques-uns des savants modernes qui nous font de l'opposition, et le public jugera.
Disons pourtant, au sujet du cambium, que pour les uns, c'est un fluide organisateur, pour ainsi dire concentré , qui coule du sommet des tiges jusqu’à leur base, entre l’écorce et le bois précédemment formés, et qui arrive ainsi jusqu’au collet de la racine, mais sans le dépasser.
Ce cambium se solidifie ensuite de bas en haut dans toute l'étendue du végétal, comme une couche de plâtre ou de mortier, et la nouvelle couche ligneuse est faite.
Pour d’autres, qui nous assurent avoir plus profondément étudié la matière, c’est un jeune tissu s’organisant chaque année au point de jonction du bois et de l'écorce, lequel tissu est en quelque sorte alimenté
ou fécondé par un fluide nourricier, et jouit ensuite de la faculté de se transformer en filets vasculaires ligneux d’un côté, en fibres corticales de l’autre.
La preuve qu'il ne descend rien, disent ces derniers, entre le bois et l'écorce, c’est que le tissu cellulaire naissant ou générateur est continu de l’un à l'autre, qu'il les unit étroitement entre eux, et qu'il n'existe aucun passage intermédiaire par où les filets ligneux et les fibres du liber puissent passer pour former les nouvelles couches de bois et d’écorce.
Donc, ce sont les cellules de ce tissu cellulaire naïssant qui s'organise chaque année entre le bois et l’écorce, qui, à une époque donnée, mais encore indéterminée, se transforment complétement ou partiellement, les unes, intérieures, au contact du bois, les autres, extérieures, au contact du liber, pour composer simultanément une couche nouvelle de l’une et l’autre de ces parties.
On sait que cette théorie du cambium est la plus récente, et que la plus ancienne s'y prenait bien autrement puisqu'elle ne créait chaque année qu'une couche de liber qui, l’année suivante, se transformait en bois, et ainsi de suite pendant tout le cours de la vie du végétal.
Dans la seconde théorie, le cambium jouissait déjà de la faculté de former chaque année une couche de bois et un feuillet de liber, mais sans qu’il fût question le moins du monde du tissu générateur qu’on a découvert depuis.
Les preuves, comme on sait en donner, ne man-
INTRODUCTION. 61 quaient pas alors pour la première, pas plus que pour la seconde. Elles ne font point non plus défaut pour la troisième.
Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps sur la première de ces théories aujourd’hui complétement abandonnée, ni même sur la seconde toute-puissante encore sur l'esprit de quelques botanistes d'une rare intrépidité qui persistent à l’enseigner dans la capitale du monde civilisé.
Mais nous retournerons de suite à la troisième, la plus curieuse et, dès lors, la plus intéressante de toutes, pour jeter en passant un léger coup d'œil sur les preuves nouvelles qui servent à l’étayer.
Nous acceptons, mais seulement pour un instant, que ce sont bien réellement les cellules d’un tissu générateur naissant et fécondé par un fluide nutritif quelconque qui se transforment en utricules allongées et réunies bout à bout pour former, d’une part, les vaisseaux du bois, et, d'autre part, les fibres du liber.
Jusque-là, les auteurs ne sont encore en opposition qu'avec les lois dynamiques des développements, lois qu'ils ne comprennent peut-être pas assez; mais on ajoute que les vaisseaux et les fibres ligneuses et corticales procèdent d’un tissu cellulaire préexistant, invariablement fixé à la place qu'il doit incessamment conserver, et qui ne laisse aucun interstice entre ses cellules par où puissent passer des vaisseaux et des fibres venant de n'importe quelle direction. lei, ils sont en contradiction flagrante avec eux-mêmes comme avec tous les faits bien solidement établis de la science.
Raisonnons donc un peu, puisque après les expériences bien faites, les faits régulièrement observés et normalement constatés, ce sont les raisonnements qui conviennent le mieux à ces sortes de questions.
On sait depuis longtemps, et nos expériences particulières le démontrent sans réplique (1), que les tiges des végétaux, une fois lignifiées ou solidifiées, ne s’allongent absolument plus.
Ce n’est donc pas à un phénomène général d’élongation des tiges constituées qu’on doit attribuer les longues dimensions des articles utriculaires qui composent les vaisseaux du bois et surtout les fibres du liber dans les couches centrifuges du bois, dans les feuillets centripètes de l'écorce.
D'ailleurs, nous avons suffisamment démontré, d'une manière implicite, il est vrai, puisque nous n’avons encore pu directement aborder les faits de l’organogénie des tissus, qu’il n'y a d’allongements réels possibles dans les végétaux que ceux qui se produisent dans les parties annuelles ou mérithalliennes du Système ascendant pendant l’évolution individuelle des phytons, ainsi que des divisions qui les composent, et dans les tissus radiculaires ligneux et corticaux successifs qui, de leur côté, s'ajoutent annuellement à ceux qui les ont précédés.
Il y a donc des causes particulières, spéciales, ou, autrement dit, des forces distinctes de celles pro-
(1) Voyez Gaudichaud, Recherches sur l'accroissement en hauteur
des végétaux , Comptes rendus de l Académie des sciences, séance du 10 mai 1847.
INTRODUCTION. 63 duisant l’accroissement en hauteur ou en longueur des tiges, qui déterminent l’élongation de tissus spéciaux constituant l'accroissement en diamètre ou en largeur des couches (1).
Les tissus allongés, cellulaires et vasculaires de chaque système de développement sont donc réellement dus à des causes ou forces différentes.
Ce sont ces derniers principes , établis sur des faits nombreux et incontestables, qui nous ont donné la clef de l’organisation générale des végétaux ; qui nous ont appris à discerner exactement la nature organique de l’un et de l’autre système d’accroissement ; qui, enfin, nous ont conduit à la théorie des phytons ou des mérithalles que nous soutenons aujour-
(1) Comment se fait-il que les phytotomistes nos contradicteurs, qui ont reconnu, décrit et figuré tant de formes, tant de textures, tant de dispositions symétriques, régulières et invariables dans les ee. faranire n’aient Te . qu'avec sr À gr tissu
générateur raison des admirables phénomènes ré présentent ces se?
Comment r’ont-ils pas senti que toutes ces variétés de formes, de textures et de dispositions indiquaient nécessairement autant de causes ou forces distinctes qu’elles offrent de modifications ?
Comment, enfin, ont-ils pu oublier que ces tissus vasculaires sont formés par des fluides différents et destinés à produire des fonctions aussi diverses que leurs natures organiques ?
Cela tient,.… nous pouvons bien le dire puisque nous sommes en mesure de le prouver, à l’absence complète, dans certaines écoles de botanique et d'agriculture, des principes de l'anatomie et de la physiologie !
Sous ces divers rapports, ils sont de deux siècles en arrière de Grew et de Malpighi. ‘
d'hui, que nous défendrons toujours, parce qu'elle est l'expression de la vérité, et qu'elle seule peut nous guider dans les voies encore si mystérieuses et obscures de la physiologie.
Est-il donc nécessaire, après cela, de dire ici, par anticipation, que les forces manifestes qui dirigent les deux systèmes ascendant et descendant des végétaux, ne sont pas les seuls caractères qui les différencient; que ces systèmes se distinguent encore par la composition chimique de quelques-uns de leurs principes organisateurs primitifs, par la forme, la texture et la disposition de leurs éléments organisés, etc..…., et ne sait-on pas, par exemple, qu’il n'existe aucune parité d'organisation entre le canal médullaire d’une tige et les couches de son corps ligneux, pas plus d’ailleurs qu'entre les vaisseaux spéciaux de l’écorce et les fibres du liber ?.…
Maintenant que chacun sait tout ce qu’on a fait, tout ce qu'on a dit, tout ce quon a inventé de contraire pour expliquer les accroissements de ce que l’on nommait autrefois, et ce que quelques botanistes , d’ailleurs fort recommandables, nomment encorel’axe ascendant des végétaux, c’est-à-dire le corps ligneux des tiges, en y joignant, bien entendu, celui des branches, etc., que les physiologistes jugent!
D'un autre côté, de même que les premiers anatomistes ont expliqué le mode d'organisation des tiges par l’ascension successive des filets ligneux des racines primitives, adventives ou autres , les seconds ne se sont pas montrés éloignés de croire que les filets
engendrés dans les racines secondaires pouvaient bien, en remontant sur les racines primitives , déterminer leur accroissement ligneux ou en’ diamètre. Plusieurs ont même assuré que ces filets ligneux de toutes les divisions des racines principales , remontaient non-seulement sur les souches, mais aussi sur le tronc et ses ramifications terminales.
Pour soutenir de telles erreurs il faut certainement être aveuglé par les mauvais principes dont on a nourri son intelligence, par l’esprit de parti, ou se condamner volontairement soi-même à passer pour n'avoir jamais rien observé, rien... Mais nous nous arrêtons, car quelques paroles de vérité de plus et nous sortirions des bornes que nous nous sommes imposé l’obligation de ne jamais franchir. Nous voulons tout dire ou tout faire entrevoir et ne pas aller au delà de ce qui est strictement nécessaire au triomphe de la science.
Nos contradicteurs ont, nous le pensons du moins, abandonné cette dernière théorie de l'accroissement des tiges par l’ascension des filets des racines, mais sans la remplacer directement.
Cependant, comme il est fort difficile de se débarrasser entièrement d’une idée de jeunesse, alors même qu’elle est opposée aux faits et aux principes les plus rationnels, et qu'il est sans doute pénible de confesser qu’on s’est trompé souvent ou toujours sur tous les points de l’organographie et de la physiologie, on est descendu des racines à leurs divisions inférieures les plus ténues et jusqu’au chevelu.
Bonire. — Botanique. 5
La, maintenant, plus aucun doute pour nos opposants : les filets vasculaires du chevelu sont bien réellement mdépendants du corps ligneux des racines et engendrés par la propre substance de ces organes, même à distance notoire de ce qu'ils appellent l’axe descendant et ligneux des racines, partie dont ils se rapprochent pourtant avec lenteur et à laquelle ils finissent enfin, mais à la longue, par se fixer.
De très-beaux dessins sont venus illustrer ce fait remarquable, qui nous est attesté, en outre, par les élégantes descriptions d’hommes qui passent généralement pour être des savants sérieux et consciencieux, lesquels n’ont sans doute pas omis de le vérifier.
Il reste donc bien démontré aujourd’hui, toujours pour nos savants contradicteurs, que si les racines secondaires n’envoient pas, de bas en haut, leurs filets vasculaires ligneux sur les racines primitives, du moins ceux qui s'organisent dans les divisions extrêmes de ces racines secondaires ou tertiaires, dans les fibrilles les plus ténues et même dans le chevelu plus ou moins herbacé, jouissent bien, à leur état primitif, d’une parfaite indépendance de formation.
Tels sont les faits généraux qu’enseignent aujourd'hui des savants respectables et que nous regrettons bien vivement de trouver dans rangs ze nos rer saires inexpérimentés et systé lesquels, poussés jusqu’à leurs dérries true ments et pour nous faire encore de là de lopposition, ne trouvant à la clarté du ciel rien de favorable à leurs idées, sont descendus jusque dans les entrailles
INTRODUCTION. 67 de la terre pour en tirer de nouvelles erreurs et des faits controuvés.
Disons donc, avec toute la force de notre conscience, qu'en agissant ainsi ils n’ont fait que creuser la tombe dans laquelle la génération intelligente qui grandit sous nos yeux et gémit de leur insuffisance, enfouira bientôt tous les faux principes, toutes les théories imaginaires, tous les faits trompeurs encombrant aujourd’hui nos écoles scientifiques, et dont les éléments purifiés par la lumière et le temps, nourriront un jour l'arbre de vérité, qui, malgré de nombreux et vains efforts contraires, s'élève déjà majestueusement à la place qu’ils occupaient sur le sol fécond de la science.
Apprenons-leur donc, puisqu'ils l'ignorent encore ou qu ils l'ont oublié, que, de même qu’il ne monte rien dans les végétaux, sinon la séve de plus en plus élaborée(4); de même, aussi, il ne descend rien que des sucs organisateurs des sommités des rameaux des branches et du tronc jusqu’à l'extrémité inférieure des racines. Ces sucs organisateurs, qui n’ont rien de commun avec leurs cambiums, pas pl le cambium qui
coule entre le bois et l’écorce jusqu’au collet, qu'avec celui du tissu générateur animé, fécondé ou alimenté
(4) Cette seve est pour nous le seul fluide mytriif des végétaux qui va lubrifier ) tous les organismes constitués, et alimenter les jeunes individus ou p issant et végétant i t ou périodi- Ses au somine des tiges et cs but FRORDENMIONS, et présider au
Ru
certains g P ou accessoires.
à (*) On sait quelle faible valeur nous accordons à tous les noms de la physiologie phytologique
par leur fluide nutritif; ces sucs organisateurs, disonsnous, ne sont destinés à composer que des tissus allongés descendants, vasculiformes et vasculaires du bois et de l’écorce, lesquels s'organisent bien réellement et progressivement du sommet à la base des arbres et jusqu’à l’extrémité inférieure des racines, sans que le collet soit pour eux la plus légère entrave:
Ce sont donc ces sucs élaborés, eux seuls, qui sont essentiellement destinés à la vascularisation de ce que nous désignons, dans les végétaux, sous le titre de système descendant, radiculaire ou ligneux, système qui, dans son ensemble, produit, d’une part, l’accroissement en diamètre ou centrifuge des rameaux, des branches, des tiges, des racines et de toutes leurs divisions, et, d’une autre part, les couches successivement centripètes du liber.
Ce qui a égaré les observateurs abusés qui nous combattent, c’est que, privés de tout principe de physiologie, ils se sont constamment perdus dans les spéculations trompeuses de l'esprit de parti qui les a dirigés, et qu'ils n'ont pas même entrevu la nature et la direction des forces qui président aux engendrements des êtres végétaux, des organes et des tissus qui les composent.
ils n'ont vu partout, les uns, que des phénomènes chimiques , les autres, que des effets physiques, et, il faut bien le reconnaître, le plus grand nombre n’y a
rien vu du tout. La physiologie a été gravement compromise par l'impuissance des physiologistes. À quoi cela tient-1l? À ce que, depuis environ deux siècles, on
INTRODUCTION. 69 s’est endormi sur la prétendue puissance du cambium, être de raison trompeur, faux, menteur, que personne n'a jamais ni défini, ni décrit, ni même vu, et qui, cependant, règne encore despotiquement sur la science. Cela tient encore à une foule de mots privés de sens et de toute raison d'emploi, que sans examen sérieux, sans études convenables, et indiqués seulement par une analogie forcée, on a fatalement introduits dans la physiologie, tels que, par exemple : « séves élaborées , principes nutritifs, fluides nourriciers, etc., » fluides qui n'ont jamais rien nourri visiblement, sinon ceux qui les ont inventés, enseignés et propagés.
On nous a donc fait une science de mots sans valeur bien déterminée, et de principes qui existent certainement quelque part, excepté peut-être dans les parties végétales où on les a placés.
Plusieurs physiciens et chimistes voyant cela se sont naturellement dit : Si nous ne trouvons rien dans la physiologie, hors des mots sans signification absolue, tels que séve, cambium, fluide nutritif ou nourricier, etc.; c’est qu'il n’y a rien là, absolument rien. La physiologie végétale n’est donc pas une science, et de même que nous nous sommes déjà emparés, pour en tirer un très-heureux parti, de tous les produits végétaux et des végétaux morts eux-mêmes, nous pouvons bien aussi, et sans danger, nous saisir également de ceux qui sont vivants et les soumettre à nos actives et promptes expérimentations. — Ils se seront probablement dit encore : Nous ne sommes pas parfaitement sûrs des principes qui agissent dans nos expé-
riences et qui nous donnent les heureux résultats que nous obtenons chaque jour, mais nous sommes au moins certains d’avoir un principe, quel qu'il soit, à notre disposition; tandis que les physiologistes n’en ont réellement aucun, puisque, avec nous, ils ne croient plus à leur vieux principe vital tombé en désuétude et qu’ils ont eux-mêmes abandonné.
Ils auront probablement ajouté : Riches comme nous le sommes de principes agissants et parfaitement démontrés, principes qui nous appartiennent bien réellement, l’affinité, l'électricité, la lumière, le calorique, le magnétisme, l’électro-magnétisme, l’électrophysiologique, etc., sans compter l'attraction, la répulsion, le catalytique, et, en apparence du moins, le plus grandiose de tous, la gravitation, etc., ne pouvons-nous pas bien remplacer, par tant de forces mises à notre disposition, le tout petit principe vital presque mort dans son impuissance ?
Ne nous sommes-nous pas déjà emparés de droit, auront-ils dit, sans doute, de la plus grande partie des phénomènes de cette prétendue physiologie, spécialement de la respiration; n’avons-nous pas déterminé les proportions exactes d'oxygène, de carbone, d’hydrogène et d’azote, qui composent les différentes sortes de végétaux ; les quantités et la nature des matières minérales qui pénètrent dans leur substance par absorption; n'est-ce pas nous encore qui avons, par suite de nos analyses, indiqué et appris à triturer les engrais, les amendements, etc.? Encore un pas et nous expliquerons l'absorption, la transpiration, la
circulation, ete., ph la nutrition et l'élaboration, actions rester hi. miques ; et le règne végétal vivant tout entier , sortira de la voie de perdition dans laquelle on l'avait fait entrer, pour passer dans notre domaine physico-chimique.
Ainsi ont sinon parlé peut-être, du moins pensé les physiciens et les chimistes auxquels nous faisons allusion; ils se sont aussitôt mis à l'œuvre et nous ont donné les lois que vous savez, lois dans lesquelles ils n'ont peut-être eu que le seul tort de conserver des corps animés qui n'étaient réellement pas nécessaires en cette affaire et qu’ils supprimeront sans doute prochainement comme parfaitement inutiles.
Dès ce moment, les physiologistes ont abandonné leur camp, déserté leur cause et se sont mis à la remorque des physico-chimistes, qui, de leur côté, ont généreusement adopté le cambium, non l'ainé ni le puiné, ni le cadet, mais le second de la famille, c’està-dire celui qui coule en nappe continue depuis le sommet des tiges jusqu’à leur base et s'arrête au collet, où, toujours selon eux, bien entendu , commence la solidification ligneuse , qui se continue ensuite à partir du collet, et de bas en haut, jusqu’à l'extrémité supérieure des tiges et probablement des branches et des rameaux. Après quoi, la couche ligneuse est formée |
Comme on le voit, cette théorie est la plus simple et la plus commode de toutes.
Les physiologistes, en agissant ainsi, ont contracté ,
un double tort envers la science, puisqu'en abandonnant leur principe, le plus évident et le plus puissant de tous, ils ont contribué à égarer les physico-chimistes qui, ne rencontrant pas la plus légère opposiion, sont allés s'égarer dans le plus vaste champ de l'erreur, entraînant avec eux des botanistes, des agriculteurs, des horticulteurs et autres savants qui les ont suivis de confiance, et sur le retour et le sort desquels il n’y a plus rien à espérer.
Nous n’en finirions pas si nous voulions entreprendre de rappeler ici toutes les excentricités théoriques qui ont signalé les dix dernières et déplorables années que nous venons de parcourir; si nous attaquant à celles qui ont été produites et reproduites relativement aux Monocotylés et spécialement aux Dattiers et Dracæna (Cordyline), nous consentions à reprendre une à une les fâcheuses questions qui ont été soulevées et dont nous avons en grande partie fait justice; si nous n'éprouvions une véritable répugnance à relever sérieusement tout ce qui a été avancé d’hétérogène relativement aux faits physiologiques de la maladie des pommes de terre; si nous nous résolvions à ramasser le gant de toutes les attaques impuissantes, malheureuses, misérables même, directes et indirectes, qui ont été dirigées contre la théorie des mérithalles qui les dédaigne et les repoussera ailleurs et partout dès qu'il en sera temps ou dès qu’elles se présenteront à l’Académie des sciences, seul lieu où nous puissions les prendre en considération ; il nous faudrait pour cela descendre à citer des faits trop étranges
INTRODUCTION. 73 pour notre époque, et des hommes dont nous voulons oublier ici les noms, les erreurs et les intentions.
Mais il en est plusieurs, les plus agressifs de tous, qui se sont compromis à tel point, en formulant des objections relatives aux principes et aux théories que nous avons proposés, que, malgré la nécessité qu'il y avait de le faire, nous n'avons pas eu le courage de les réfuter, tant leurs objections sont déplorables et dépourvues de vérité, de logique et de sentiment philosophique.
Nous avons dit, en effet, après du Petit-Thouars, que des vaisseaux radiculaires ou ligneux et des fibres du liber se formaient successivement, à partir du sommet du végétal jusqu’à la base extrême des racines, pour composer les nouvelles couches annuelles du corps ligneux, et les nouvelles couches également annuelles du liber, et que ces deux sortes de tissus vasculaires se constituaient au moyen de cellules, ou utricules allongées mises bout à bout.
Nous avons indiqué (1) le mécanisme, pour ainsi dire, de leur développement, et si nous ne nous sommes pas expliqué sur la nature des fluides qui les produisent (car on sait bien que dans les corps organisés , ce sont les fluides qui composent les solides), cela tient à ce que nous voulions avant tout faire comprendre le mécanisme de ces développements, faire pressentir les forces qui les dirigent et arriver à faire connaître de quelle nature sont les appareils des fonc-
(1) Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 22 février 1841.
tions avant de tenter d'expliquer ces fonctions ellesmêmes.
Avant de parler de la séve, des cambiums et des fluides nutritifs quelconques qui circulent dans les végétaux, il fallait bien savoir d’abord, pour éviter toute confusion, ce que sont ces végétaux; quelles sont leurs raisons d’être , de fonctionner , en un mot, de vivre. Ayant reconnu qu'il ÿ avait tout à faire dans cette direction, nous avons tout entrepris à la fois et dans un ordre que nous croyons le meilleur. La physiologie pure viendra après, à son rang nécessaire. Si l’on ne nous avait pas inconsidérément attaqué, si nous n’avions eu, pendant plus de quatre ans, à défendre les vérités organographiques que nous avions émises, et si, à la suite des grandes fatigues de cette lutte, notre santé ne s'était profondément altérée, nous eussions depuis longtemps achevé l'exposition de tout le travail dont le cadre est tracé dans notre organographie et notre physiologie. Mais quelles que soient les entraves qu’on puisse nous opposer, nous espérons bien trouver la force et le temps de tout terminer.
Ce sont ces faits évidents, qu’il suffit de voir et d’étudier pour les comprendre et les adopter, qui ont été contestés par nos contradicteurs, dans les objections qu'ils ont formulées contre nos travaux.
Ces objections nous ont paru si singulières, composées d'éléments si obscurs, si hétérogènes, si controuvés, et si contradictoires entre elles, qu'après les avoir réfutées une à une, nous nous sommes trouvé arrêté, à la fin de notre travail, par la pénible et dure néces-,
INTRODUCTION. 75 sité où nous étions de ne combattre que des chimères, de ne dévoiler que des erreurs, une au moins par chaque ligne de texte, et de .ne renverser que des théories fantasmagoriques n'ayant d'autre source que l'imagination fascinée et abusée de leurs auteurs.
Nous avons mis ce travail de côté, et nous ne le reprendrons pour lui donner de la publicité que si nos adversaires persistent à suivre la dangereuse voie dans laquelle ils se sont égarés, en entrainant avec eux toute une jeunesse studieuse, ou, enfin, si les intérêts imprescriptibles de la science nous en commandent impérieusement l'obligation.
Nous ne réfuterons donc pas ici des travaux qui ne valent réellement pas la peine d’être traités aussi sérieusement que nous l'avons fait, et nous les aurions tous voués à l'oubli qu'ils méritent, si nous n’eussions été mis en demeure par plusieurs habiles professeurs de nos universités, de répondre au moins à quelquesunes des objections qu’on nous oppose, sous peine de passer pour avoir été vaincu dans ce triste combat. C’est ce que nous avons déjà fait dans quelques lettres particulières et ce que nous allons entreprendre de nouveau ici, en nous renfermant le plus strictement possible dans les limites restreintes et convenables de la polémique scientifique.
Huit longues objections nous ont particulièrement été faites. — Nous allons les transcrire ici dans l’ordre où on les à présentées, et répondre immédiatement à chacune d'elles (4).
(4) Toutes ces objections ayant été résumées dans les nouveaux
Première objection (page 280).
« Au moment où se fait la formation des nouvelles « couches de bois et de liber, 1 EST IMPOSSIBLE D'AD- « METTRE que les fibres puissent descendre de la base « des bourgeons jusque dans les racines , sur un ar- « bre de soixante ou quatre-vingts pieds d’élévation, « dans le court espace de temps pendant lequel les « phénomènes de l'accroissement se manifestent. »
Pourquoi est-il difficile de l’admettre ?
Cela est d'autant plus facile que vous semblez le reconnaître vous-même en disant (page 285), « que c’est « le tissu utriculaire qui, de proche en proche, et sou- « vent avec une RAPIDITÉ SURPRENANTE, se transforme « en vaisseaux, par l'allongement de ses utricules, par « la résorption des cloisons qui les séparent, et par les « modifications que les dépôts secondaires viennent «e apporter dans la nature de leurs parois (4). »
éléments de botanique de M. Ach. Richard, professeur à la Faculté de médecine de Paris, édition de 1846, nous les prendrons de préférence dans cet ouvrage, en indiquant, entre parenthèses , les numéros des pages où elles se trouvent. Le livre de M. Richard étant très-répandu, chacun pourra voir ces objections, les réponses que nous allons y faire et juger entre les auteurs et nous.
Les autres numéros intercalés dans le texte indiqueront les pages du même ouvrage où se trouvent quelques citations accessoires que nous croirons utile de reproduire dans l’intérét de l’importante cause qui nous occupe.
(1) Ce qu’il y a de plus clair en tout ceci, c’est que nos contradicteurs ont observé ces transformations , ces allongements, ces résorptions, ces séparati lifications, ces dépôts, etc., avec
une rapidité surprenante.
Vous eussiez dû commencer , ce nous semble, par nous fixer sur ce que vous entendez par le court espace de temps pendant lequel les phénomènes de l’accroissement se manifestent, et nous dire ensuite ce que sont les parois qui séparent les utricules et où vous avez observé la résorption des cloisons, les mo- I daires, etc. Nous ne voyons réellement, jusque-là, que des mots dépourvus de sens
difications des dé
ajustés à la file les uns des autres et mis à la place des faits contraires que nous avons observés, décrits et démontrés.
Mais supposons un instant que vos assertions soient exactes relativement aux faits; qui vous autorise à penser que tous les phénomènes que vous indiquez, « la transformation et l'allongement des utricules, la « résorption de cloisons quelconques, la modification « des parois par vos dépôts secondaires, etc., » puissent s’opérer en moins de temps que la simple formation des vaisseaux dont nous avons constaté les développements. Vous indiquez cinq ou six phénomènes physiques, chimiques, et probablement physiologiques où nous n’en avons signalé qu'un seul, le plus naturel de tous, c’est-à-dire la conversion d’un fluide en solide, et vous déclarez qu’il est impossible d’admettre nos observations. Il n’y a réellement qu’une seule réponse à vous faire, à ce sujet, c’est qu'il est impossible d'admettre vos idées, et que tous les esprits judicieux les repousseront.
Mais continuons l'analyse de la première objection.
« En effet, dès que les bourgeons commencent à se « développer, l'accroissement se montre dans toute la « longueur de la tige, quelle que soit sa hauteur. »
L’accroissement vasculaire, nous l’assurons de nouveau et offrons de le prouver, commence à la base des bourgeons et montre les filets radiculaires presque libres et indépendants. Il est facile de les trouver à tous les états de développement ou de longueur , et, pour ainsi dire, de les voir s’allonger en descendant. Si vous n'avez pas vu ce phénomène, nous vous offrons de vous le montrer. Nous n'avons pas d’autre réponse à faire, pour le moment, à cette partie de vos objections.
« Si les fibres descendaient de la base des bour- « geons et des feuilles, l'accroissement devrait com- « mencer par la partie supérieure de la tige, et gagner « de proche en proche la partie inférieure, à mesure « que les fibres parcourraient l’espace qui sépare la « base des bourgeons des racines. Or, c’Esr cE Qui a « PAS LIEU. »
Or, c'est ce qui a lieu!!! exactement comme nous l'avons décrit et figuré dans notre organographie sur des pièces anatomiques que nous offrons de montrer à tous ceux qui voudront les voir, et particulièrement à nos contradicteurs. I] ne suffit pas de nier et de contredire, il faut aussi prouver, — et vous ne prouvez rien, sinon que vous n'avez pas étudié ce sujet. Cette nouvelle objection ne mérite réellement que cette réponse. Nous ajouterons pourtant qu’il n’y a que ceux qui n’ont jamais observé que dans des livres faux et
INTRODUCTION. 79 trompeurs qui ignorent encore que les premiers effets de la végétation printanière se manifestent dans les bourgeons supérieurs, se propagent de proche en proche dans le voisinage de leur insertion , et de là jusqu’à la base des arbres; que c’est dans les sommités végétales que commencent à s’animer, à se constituer et à fonctionner, les premiers tissus cellulaires ou parenchymateux et les premiers rudiments vasculaires ligneux ou descendants de chaque année; et enfin que c'est précisément à la base et autour dé ces bourgeons vivificateurs terminaux que l'écorce, qui pendant tout l'hiver dans nos climats reste adhérente au bois, commence à se détacher sous l’action du moindre effort, alors qu’elle est encore étroitement unie au reste de ce bois dans toutes les régions inférieures du végétal. — Les faits se passent donc bien comme nous l'avons indiqué, décrit et prouvé, puisqu'il est physiquement impossible qu'il en soit autrement.
D'ailleurs, qué nos contradicteurs osent venir, devant l’Académie des sciences, essayer de nous prouver lé contraire. Nous les attendons là. Ils ont sans doute le droit d'écrire et d'enseigner tout ce qui leur passe par la tête; mais nous ne leur accordons pas celui de nous contredire sans preuves, et nous les défions d’en produire une seule.
Deuxième objection (page 280).
« On devrait trouver nécessairement, en examinant « à l’aide du microscope, les différents points de la « longueur de la tige, des extrémités de fibres se
« frayant un passage, soit à travers les tissus utricu- « laires de la couche sous-libérienne, soit à travers le « fluide ou cambium, qui, selon quelques-uns, est « épanché entre le bois et l'écorce. OR, NI L'UNE M « L'AUTRE DE CES DEUX CIRCONSTANCES NE SE RENCONTRENT : « l’accroissement a lieu en même temps dans toute la « longueur de l'arbre, ET AMAIS AUCUN OBSERVATEUR n’a « surpris l'extrémité des fibres ligneuses dans aucun « point de leur trajet. »
Or, encore, je vous en demande bien pardon, on trouve, pour peu qu’on soit observateur, les extrémités des fibres se frayant un passage dans toutes les parties des rameaux, des branches, des tiges et des racines; et il n’y a sans doute que vous et les élèves abusés de votre déplorable école phytologique, qui ne les ayez pas encore vues; et cela, parce que ne connaissant pas l’époque précise, les circonstances et les causes de leur apparition, vous ne vous y êtes pas pris à temps. Elles se forment assez vite, vous l’admettez vous-même, tout en attribuant cet effet à un ordre de choses différent; et, ainsi que beaucoup d’autres, vous êtes arrivé trop tard.
Obligez-nous donc, si vous tenez à vous édifier et à juger, vous qui sans mission de droit vous êtes fait juge de nos travaux et de nos théories, de venir voir ces fibres sur les Monocotylés (1) et les Dicotylés (2), à la base des bourgeons et à la naissance des racines.
(4) Voy. Gaudichaud , Organographie, pl. 5, fig. 6, 8, 9; pl. 9, fig. 5, etc.
(2) Zd., ib., pl. 5, fig. 14, etc.
INTRODUCTION. 81 Si vous eussiez commencé par là, avant de chercher à nous COMBATTRE (page 281), vous vous fussiez évité le pénible devoir, sans doute, de nous donner sans motif le disgracieux démenti dont nous vous laissons le regret. Venez voir ces faits incontestables, ou autrement ce sera continuellement entre nous un jeu puéril de tu l’auras, tu «ne l’auras pas, dont je vous abandonnerai tout le ridicule, en certifiant de nouveau et en prouvant au besoin à tous les amis de la vérité que les faits que vous niez avec une assurance qui nous étonne et nous afflige, existent bien réellement, et que nous pouvons les montrer à vous, à vos amis scientifiques , comme à tous ceux qui voudront les voir.
Cent cinquante ou deux cents hommes de science, professeurs français et étrangers, qui nous ont fait l'honneur de nous visiter pour s’éclairer sur ces faits, ont pu en constater l'exactitude, sans le secours du microscope ni même de la simple loupe, et seulement avec les yeux que la nature leur a donnés : si vous êtes aveugles, nous vous les ferons toucher du doigt!
Troisième objection (page 281).
« Si les fibres ligneuses partent de la base des bour- « geons, elles sont nécessairement de formation plus « ancienne dans ce point, que plus bas dans le reste « de la tige, et doivent par conséquent offrir une or- « ganisation plus parfaite, plus compliquée.
« OR, C’EST LE CONTRAIRE QUI A LIEU dans les Mono- « cotylés, où les fibres étant isolées et distinctes les
BoniTe. — Botanique. 6
« unes des autres, il est plus facile de les suivre dans « leur trajet; on peut voir que c’est vers la partie « moyenne de leur longueur que ces fibres ont une « organisation plus complexe qu’à leur extrémité su- « périeure. »
Nos antagonistes n'ayant jamais étudié cette matière, ce qui résulte sans conteste de cette objection même, ne pouvaient nous donner ici qu'un indigeste mélange confus de noms, de faits et de principes tellement entremélés, que ce n’est qu'avec la plus grande difficulté et même avec doute que nous sommes parvenu à nous en rendre compte.
Ne voulant pas pousser les RTS trop loin en ce moment, nous nous bornerons à rappeler à nos contradicteurs qu'ils sont très-incapables de nous dire où est située la partie moyenne de la longueur des fibres isolées et distinctes dont ils méconnaissent certainement la nature, puisqu'ils les confondent entièrement avec celles qui partent de la base des bourgeons; et, relativement aux fibres ligneuses descendant de la base de ces bourgeons, nous ajouterons que nous avons suffisamment répondu d'avance, dans notre organographie, pl. 5, fig. 8-9-14, à toutes les objections hasardées qu'on pourrait faire. D'ailleurs, nous avons déposé au Muséum d'histoire naturelle ces anatomies avec toutes celles qui ont passé sous les yeux de l’Académie, et ils peuvent facilement, sans notre concours, aller reconnaitre eux-mêmes toute la profondeur de leurs fausses assertions à ce sujet. Si les pièces que nous avons déposées au Muséum ne leur paraissent
INTRODUCTION. 83 pas suffisantes, nous offrons de leur en montrer de nouvelles qui sont encore plus belles et plus concluantes. Nous les avons reçues depuis peu de temps de l’île Bourbon (Réunion), où, sur nos indications, elles ont été préparées par M. Lépervanche Mézière, botaniste très-distingué de cette localité.
Nous dirons donc à nos adversaires scientifiques, pour en finir sur ce point, comme d’ailleurs sur tous les autres, que nous avons produit nos preuves et que ; nous les tenons à leur disposition. Maintenant où sont les leurs ?... Ont-ils donc oublié que nous avons défié (1) tous les anatomistes, nos opposants, de nous en présenter une seule qui soit le moins du monde évidente, même raisonnable, et que nous tenons la chose comme parfaitement impossible, tant qu'il n’y aura rien de changé dans l’ordre de la nature ? Qu'ils nous permettent donc de le leur rappeler, et de leur dire encore une fois que nous les attendons devant l'Académie, pour modifier ou changer nos convictions ; mais que jusque-là elles seront inflexibles comme le droit, la justice et l'honneur !
Quatrième objection ( page 281 ).
« Les phènomènes du bourrelet circulaire qui se « forme au-dessus d’une ligature faite à un arbre dico- « tylédoné, peuvent parfaitement s'expliquer par l’ob- « stacle qu'elle apporte au passage DES sucs NuTrrTIrs
(4) Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 19 mai
( QUI DESCENDENT DES FEUILLES. Ces sucs, en s’accumu- « lant dans le tissu situé au-dessus de l'obstacle, de- « viennent une cause très-puissante de multiplication « pour lui : de là la formation du bourrelet, Si l’ob- « stacle n’embrasse pas la totalité de la circonférence « de la tige, les sucs s'accumulent en moins grande « proportion, et trouvant un point par lequel 11s PEu- « VENT DESCENDRE, ils cContournent en quelque sorte « l'obstacle; et les fibres qui succèdent au tissu utri- «culaire qui s’est formé par suite de l’afflux des liquides « nourriciers, se contournent comme le courant li- « quide que l'obstacle avait arrêté. »
Tout cela, comme le reste, n’est ni vrai ni heureusement trouvé. Nous avons démontré et nous pouvons le faire encore, et toujours, que les filets (dans ce cas nous les nommons tissus radiculaires) sont arrivés au bord supérieur de la ligature, de la décortication circulaire, ou, enfin, d’une entaille quelconque, avant qu'il se soit produit en ce point ni ailleurs aucune multiplication cellulaire ou autre, et que dès lors les filets ne succèdent pas aux tissus utriculaires précédemment formés.
Relativement à l'obstacle incomplet, ou qui n’embrasse pas la totalité de la circonférence de la tige (1), les auteurs, qui n’ont sans doute pas eu l'intention de s’attribuer la découverte des faits importants qui en résultent , ont cependant , à nos yeux du moins, as-
(4) Voy. Gaudichaud, Organographie, pl. 13, fig. 6,7, 8; pl. 45, fig. 1; pl. 16, fig. 18, 20 et 21 et les figures de presque toutes les autres planches.
INTRODUCTION. 85 sumé un assez grand tort en ne citant pas les nbservateurs qui ont fait les expériences, et les conséquences nombreuses qu'ils en ont déduites.
Ce qu'ils disent des fibres qui succèdent aux tissus utriculaires dans un courant de liquides nourriciers, ne mérite réellement pas d’être réfuté. Nous y reviendrons toutefois dans une dissertation approfondie, afin d’en finir tout à fait sur ce point.
Nous savons bien d’ailleurs que leurs fluides nourriciers, leurs cambiums primitifs, secondaires, tertiaires ou quaternaires, sont à la fois nutritifs, exci-
tateurs et organisateurs, sont des êtres à plusieurs fins, en un mot, des sortes de Protées dont ils font, comme la plupart de leurs prédécesseurs, un emploi excessif et très-abusif. — Quand nous traiterons des rayons médullaires du corps ligneux et de l'écorce, et de la fécule qu'ils renferment à l’état de granules et de liquides colorables par l’iode (1); quand
(4) Presque tous les jeunes rameaux des végétaux ligneux vulgaires que nous avons étudiés sous ce rapport, renferment des matières colorables en bleu par l’iode, dans les rayons médullaires, quelquesuns dans le parenchyme cortical, dans la partie qui sépare la moelle du bois (étui médullaire) et même dans les rayons mir etc. (salix, fraxinus).
La moelle, excepté celle des bourgeons, en est généralement dépourvue. Nous n’avons que très-peu d’exceptions à signaler (cratægus, etc.).
N'ayant pas eu le loisir de donner à ces observations le caractère de généralité et de régularité qu’elles méritent, nous ne les signalons ici que pour appeler sur elles l’attention des jeunes botanistes. Des recherches soignées de ce genre, faites dans toutes les saisons,
86 [NTRODUCTION.
le temps sera venu de traiter de l’organogénie de tous les tissus vasculaires et vasculiformes du canal médullaire, des couches ligneuses, des différentes parties de l'écorce ; et avant tout des fluides spéciaux qui les produisent, etc., nous leur prouverons le peu de consistance qu'ont, à nos yeux, ces fluides nutritifs, ces cambiums, tels du moins qu'ils les ont considérés et décrits, et le peu de solidité qu'ont leurs théories.
Cinquième objection (page 281).
« Si ce sont les fibres qui descendent de la base des « bourgeons qui forment le bois, il devrait arriver « quand on greffe un jeune scion d’un arbre à bois « blanc(1)sur un arbre à bois coloré, que la nouvelle « couche de bois, qui se forme sur le sujet, se compo- « sant des fibres descendant de la branche greffée, of- « frit une teinte blanche ; or, C’EST CE QUI N’A PAS LIEU : « les couches nouvelles de bois qui s'ajoutent à celles « du sujet ont les mêmes caractères et la même cou- « leur que celles sur lesquelles elles viennent s’appli- « quer.
« Ainsi, dans le cas cité précédemment , elles sont « également colorées. »
fourniraient certainement de très-utiles renseignements pour la physiologie. Si nous ne sommes pas devancé dans ce travail, ce que nous regretterions beaucoup, nous nous déciderons à présenter un jour les faits les plus remarquables de ces nouvelles sortes d’études dont chacun comprendra l'importance.
(1) Nous avons pris exemple bien plus concluant d’un bois rouge sur un bois blanc
Cette objection est, peut-être , par le caractère qui
la distingue, la plus grave de toutes. Nous n'y répondrons toutefois, ne voulant pas sortir des bornes que nous nous sommes imposées, qu’en renvoyant nos contradicteurs qui dans ce cas surtout ont été fort mal inspirés, aux notes que nous avons présentées à l'Académie des sciences, dans les séances du 20 et du 27 mai 1844 (1), lesquelles ont été insérées dans les comptes rendus de ces séances, ainsi que dans les 4nnales des sciences naturelles, cahiers de juillet, août et septembre de la même année (2). Là, ils trouveront l'indication des nombreuses expériences que nous avons faites pour démontrer que les vaisseaux ligneux sont parfaitement continus de l’un à l’autre bois; que la coloration du bois, dans chaque essence végétale, est positivement due à l’action physiologique de son écorce spéciale ; qu'une couronne d’écorce provenant ‘ d’un bois rouge et greffée sur un bois blanc, et vice versd, produit du bois rouge ou blanc dans la circonscription de la greffe, etc., ete. Nous n’ajouterons rien de plus, si ce n’est que cette expérience de greffe de l'écorce d'un bois rouge sur un bois blanc n'est pas nouvelle, qu'elle date au contraire de fort longtemps, et que pendant plus de vingt ans, M. de Mirbel en a
présenté un exemple à ses élèves (orme rouge sur
(1) Voy. Gaudichaud, Remarques générales sur les vaisseaux tubuleux des végétaux ; Annales des sciences naturelles, mars 1841, pl. 14. Cette note est de 1834, ainsi qu’on peut s’en assurer au bas de la première page.
(2) Voy. aussi Gaudichaud, Bot. de la Bonite, pl. 132, fig. 44-45.
orme commun), et qu'il partait de ce fait pour démontrer que l'écorce avait la propriété de former du bois, tandis qu'elle ne fait réellement que le colorer.
Cette pièce, qui a passé par nos mains, existe encore.
Voulant à toute force rester dans la limite des convenances, nous n'accepterons cette objection dont tout le monde sentira l’inopportunité que comme un oubli de nos contradicteurs. — Nous chassons bien loin de nous toute idée qu'ils auraient voulu abuser de la crédulité publique et surtout de celle des élèves.
Sixième objection (page 281).
« Dans la théorie QUE Nous comBatTrons 101, les « fibres ligneuses proviennent des feuilles : si l’on « examine un jeune scion vers le milieu du mois de ‘ « mai, au moment où il a acquis presque toute sa « hauteur et que les feuilles qu’il porte sont toutes « développées, on verra que la couche ligneuse offre « à peine la cinquième et quelquefois même la dixième « partie de l'épaisseur qu'elle aura deux mois plus « tard. Cependant, à cette époque toutes les feuilles « ont pris leur entier développement, elles sont pour- « vues de toutes les fibres qu'elles auront plus tard ; « elles ne peuvent donc plus en former et en envoyer « de nouvelles, qui partant de leur base se répandront « entre le bois et l'écorce pour compléter la couche « ligneuse. D'où viendront alors les fibres qui vont « petit à petit donner à cette couche ligneuse les qua- «tre cinquièmes et même quelquefois jusqu'aux neuf
INTRODUCTION. 89 « dixièmes de l'épaisseur qui lui manque? Évidemment « ces fibres ne viendront pas de la base des feuilles, « elles auront donc une autre origine. »
Cette objection, qui n’est pas plus sérieuse que toutes les autres , ne se distingue que par son caractère tout à fait semblable à celui de la précédente. Les savants qui nous COMBATTENT ne nous prouvent ici qu’une seule chose , le manque absolu de mémoire dont ils sont atteints.
Nous avons, en effet, abordé toutes les questions principales qui se rattachent aux phénomènes de l'accroissement en diamètre des tiges des Monocotylés et des Dicotylés, dans notre organographie, dans toutes nos notes et spécialement dans célles qui ont été lues devant l’Académie des sciences, séances des 20 avril, 27 juillet et 3 août 1846, où nous avons rendu compte, pour ainsi dire, jour par jour et millimètre par millimètre , de la composition des couches annuelles , des tissus vasculaires qui les commencent à l'intérieur et de ceux qui les terminent à la périphérie , et, enfin, de ce que nous avons provisoirement nommé les empâtements ligneux (qu’on nous passe cette expression) qui enveloppent ces vaisseaux et terminent les couches. Personne , nous le pensons , n'avait avant nous abordé d’une manière aussi explicite cette importante et difficile question, qui, d’ailleurs, ne pouvait réellement être résolue que par la théorie des mérithalles , et celles des deux développements contraires.
Ceux qui ont lu ce travail ont dù remarquer que nous ne nous sommes évidemment arrêté que sur les
limites de l’organogénie des tissus, qui, dans notre pensée, ne doit être étudiée et traitée que dans son ensemble, et devenir le sujet d’un travail à part et complet. Nous ne l’aborderons qu'a son rang d’exposition et quand le moment en sera venu. Faire de l’'organogénie générale avant d’avoir arrêté les prim- cipes de l’organographie et de la physiologie serait, à notre sens , une complète absurdité.
Mais reprenons notre sujet de réfutations. Tous les physiologistes savent donc aujourd’hui, excepté ceux qui prétendent nous comBATTRE, tout en ne faisant que se frapper eux-mêmes, quels rôles jouent, dans ces sortes d’accroissements, les feuilles des bourgeons nés l’année précédente, les bourgeons axillaires de ces feuilles destinés à l’année suivante , les rayonnements médullaires, etc.
Qu'on nous attaque si l’on veut , et ce n'est certes pas l'envie qui manque, qu’on vienne discuter les faits imnombrables que nous avons avancés , les théories que nous avons établies, nous ne demandons pas mieux; nous le désirons même dans l'intérêt de la science; mais qu'on le fasse sérieusement, franchement, sans arrière-pensée , et qu'on ne se borne pas, comme on l’a fait jusqu'ici, à des objections qui en réalité ne sont que des fins de non-recevoir, de disgracieuses dénégations pour nos travaux qui sont au moins, tout le monde le reconnait, très-consciencieux. — Car en agissant ainsi on n’arrivera qu'à un résultat funeste, celui de retarder les progrès de la science ; ce que personne ne peut vouloir, et ce que, du reste,
INTRODUCTION. 91 nous ne permettrions pas, si par impossible quelqu'un pouvait en concevoir la coupable pensée.
Nous avons présenté des faits et les théories qui en découlent naturellement. — Que nous oppose-t-on ? Des histoires fort jolies, sans doute, et fort bien écrites, nous aimons à le croire; mais où sont les expériences et les faits qui les étayent?... Nous n’en demandons pas, par cette raison que nous avons déjà démontré cent fois qu'il est impossible d’en obtenir qui soient opposés ou contraires à ceux que nous avons présentés à l’Académie des sciences.—Avec quoi nous COMBAT-ON en définitive ? — Avec des idées fausses, nous l’assurons! Avec des influences personnelles, fort estimables sans doute; avec des noms justement honorés dans la science, mais qui, tout respectables qu’ils sont, n'ont pas dans cette circonstance la valeur des faits.
D'ailleurs , pourquoi nous comBaT-0x dans un ouvrage spécial , élémentaire , uniquement destiné à la jeunesse intelligente mais inexpérimentée , alors qu’il était si facile de porter la question devant l’Académie des sciences, devant les hommes les plus éminents . dans toutes les branches des connaissances humaines, dont la mission et le devoir sont de juger toutes les questions scientifiques? Nos contradicteurs ne saventils pas bien que nous les avons appelés devant cet aréopage et que nous les y attendons depuis quatre ans ?
S'ils n’y viennent pas, nous en appellerons au jugement du public, en éditant autant de réfutations qu'ils feront d'éditions de leurs objections.
Septième objection (page 282).
Cette septième objection, pleine d'assurance et em-
preinte de la plus profonde conviction apparente, semblera bien longue; nous sommes cependant forcé
de la reproduire dans son entier et d'y répondre en détail.
[Ce
« M. Dutrochet à fait une observation très-curieuse (Archives de botanique, t. M, p. 231); c’est que les souches des sapins qu’on laisse en terre, après en avoir abattu la tige, non-seulement continuent souvent à vivre, mais forment chaque année une nouvelle couche de bois excessivement mince, constituant à la partie supérieure de la souche un bourrelet souvent très-épais, qui finit par se déverser sur l'aire du tronc mis à nu, et la recouvrir en partie ou en totalité. Certes, les fibres qui ont formé ces nouvelles couches ligneuses ne descendent pas des bourgeons développés sur la tige et les rameaux, puisqu'il n’y a ni tige ni rameaux. Elles se sont formées sur place. M. Goeppert (Ann. dessc. nat.,t. XIX, p.181) a complété cette observation en faisant voir, ainsi qu’il avait déjà été reconnu par le professeur Reum, que cette formation de couches nouvelles sur les souches de sapin dépendait de la greffe de leurs racines avec celles de quelque autre individu encore entier et végétant, Le fait est aujourd’hui hors de doute. Les racines des individus entiers ap- Portent aux souches tronquées les fluides nutritifs nécessaires à la formation des nouvelles couches ligneuses, excessivement minces, qu’on y observe. Je
INTRODUCTION. "93 « ne suppose pas qu'il se trouve un phytotomiste qui « viendrait soutenir que ce sont les fibres descendant « des bourgeons dans les individus entiers, qui de’ « leurs racines passeraient dans les racines de la « souche, pour remonter entre ses couches ligneuses « et son écorce. »
Nous commencerons par rappeler à nos contradicteurs, puisque la mémoire leur fait complétement défaut lorsqu'il s’agit de citer les travaux qui contrarient leurs idées, que sans nous compter, bien entendu, nous qui ne reculons jamais lorsqu'il s’agit de discuter les faits et les théories de la science, il se rencontrera des phytotomistes, même des plus habiles, qui viendront soutenir que ce sont les fibres descendantes des bourgeons dans les individus entiers, qui de leurs tiges passent dans leurs racines, et de celles-ci dans les racines de la souche, etc., pour remonter ensuite entre le bois et l'écorce du tronçon de tige.
Avec un peu de bonne volonté, ils auraient facilement trouvé qu'un très-bon travail illustré de ce genre et qui ne laisse absolument rien à désirer, a déjà été inséré dans le Magasin pittoresque (t. XA, p. 52 à 54, février 1844), par un homme qui se montre aussi habile écrivain que savant physiologiste. Ce savant, nous pouvons bien trahir son secret!, est M. le docteur Charles Martens, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris. Dans ce travail qui a pour titre: DE LA VIE COMMUNE DES TRONCS DU SAPIN BLANC, l’auteur, qui paraît être partisan décidé des grandes idées et des travaux immortels d’Aubert du Petit-Thouars, travaux
dont nous ne faisons nous-même que suivre les traces, a donné l’histoire complète du fait qui forme le sujet ‘de cette septième objection, depuis le savant Dutrochet, qui l’a découvert, jusqu'a MM. Reum, Ratzeburg et Goeppert qui l'ont expliqué. Le Magasin pittoresque se trouve partout, chacun peut donc le consulter.
On sait également que depuis que les objections de nos opposants sont publiées, un très-habile professeur de sylviculture, M. Dubreuil, a publié sur le même sujet un excellent mémoire, moins complet il est vrai que le précédent, mais qui contient de très-bonnes observations et contredit aussi nos contradicteurs. Nous savons, enfin, qu'une foule d’autres botanistes ont fait les mêmes remarques en les interprétant de la même manière. Mais comme ils ne les ont pas publiées nous nous abstiendrons d'en parler.
Dès que ce fait a été signalé par Dutrochet, de trèshonorable mémoire, les malheureux partisans du cambium, fort peu embarrassés sur les moyens et trèsélastiques en fait de théories, s’en sont emparés pour l’arranger à leur manière, Les souches continuant de vivre formaient naturellement du cambium, un cambium quelconque, fort différent sans doute de celui qu'ils faisaient élaborer par les feuilles et descendre du sommet de l'arbre jusqu’à son collet; mais ils n’y regardaient pas de si près. L'essentiel pour eux dans ce cas était de prouver, à leur manière, bien entendu, que le bois se formait de bas en haut, qu'il montait en : quelque sorte de la racine, ce qui les conduisait nécessairement, et à leur insu, à la découverte d’un cam-
INTRODUCTION. 95 bium ascendant auquel ils n'avaient pas encore songé. En traitant ailleurs et plus sérieusement que nous ne le faisons ici cet important sujet, nous leur démontrerons la nécessité pour eux d'en créer un, quel qu'il soit, et dont leurs théories ne peuvent absolument pas se passer, s'ils veulent conserver l'apparence d'un sens quelconque à leurs cambiums, fluides nutritifs, etc.
C'est sans nul doute de ce fait bizarre et singulièrement interprété qu'est née la théorie de l'ascension des filets vasculaires et de la solidification des couches ligneuses de la base des tiges à leur sommet, récemment soutenue à l’Académie par quelques phytotomistes égarés ou abusés.
Mais poursuivons. — Après les découvertes de MM. Reum, Ratzeburg et Goeppert, il ne leur a pas été bien difficile de changer un peu leur théorie qui s’est, au contraire , considérablement affermie par le passage établi entre les racines du sujet entier et celles . de la souche décapitée. De ce moment ils sont naturellement revenus à leur premier cambium, au plus ancien. de tous, mais en lui faisant subir une légère modification absolument nécessaire. Loin donc de le faire s'arrêter au collet et se solidifier ensuite à partir de ce point, si bien déterminé par eux, jusqu’au sommet extrême des arbres, ils lui ont permis de dépasser la barrière jadis infranchissable de ce collet, de descendre dans les racines, de passer par les greffes souterraines,, et de là dans les racines de la souche, d’où ils le font ensuite monter, sans le moindre obstacle,
jusqu'au bord supérieur du moignon de tige pour y former le bourrelet.
Les jeunes et savants physiologistes qui nous opposent leurs objections, après avoir assez sévèrement blâmé et gourmandé leurs maîtres (p. 283) d’avoir plusieurs fois varié sur la nature invariable du cambium, de l'avoir alternativement considéré, tantôt comme un liquide organisateur, tantôt comme un jeune tissu utriculaire organisé, et d’être revenus plus tard au fluide organisateur primitif; ces savants, disons-nous, ont adroïtement pris un moyen terme, et : définissent aujourd’hui le cambium un tissu naissant qui apparait entre le bois et l'écorce et qui est alimenté ou fécondé par un fluide nourricier à la fois nutritif et organisateur. Ils se sont donc emparés des éléments des deux premiers cambiums déjà repoussés par eux-mêmes, pour n’en plus former qu'un seul.
Ce n’est donc plus, depuis 1846, aux cambiums des anciens physiologistes que nous avons affaire (cambiums qu’on repousse avec dédain et sévérité) et auxquels il faut attribuer l'accroissement en hauteur et en largeur des souches greffées, mais bien à un: fluide nutritif, récemment découvert et qui se montre à leur place pour animer les jeunes tissus naissant annuellement entre l'écorce et le bois de ces souches, comme de toutes les autres parties ligneuses du végétal, lesquels jeunes tissus jouissent de la faculté de se transformer, les uns en bois, les autres en liber. Et comme ces tissus sont fixes et ne peuvent dans aucun cas abandonner les lieux qui les ont vus naître, il résulte
INTRODUCTION. 97 manifestement de là que ce sont définitivement les sucs nutritifs seuls qui descendent de l'arbre entier dans ses racines, pour passer de là dans les racines de la souche et remonter de ces dernières jusqu'à la sommité tronquée pour y porter les influences et les matériaux nécessaires à la formation des nouvelles couches ligneuses et corticales fort minces qu'on y observe.
Tels sont, en résumé, les principes adoptés dans nos écoles et les seuls, nous dit-on, à l’aide desquels on puisse expliquer l'accroissement des souches greffées de nos Abies.
Ce singulier phénomène de l'accroissement en tous sens des souches, que nous n'avons jamais pu étudier sur les lieux où il se produit, et que nous ne connaissons encore que par les descriptions et les beaux dessins des savants qui l’ont découvert et mis en lumière, ainsi que par les préparations anatomiques déposées au Muséum d'histoire naturelle par le célèbre Dutrochet; ce phénomène a été pour nous le sujet de recherches générales très-suivies, et, nous pouvons le dire, de longues, sérieuses et profondes méditations.
On connait trop bien les principes phytologiques qui nous dirigent depuis vingt ans, pour qu'il puisse être venu à la pensée de personne que nous ayons pu admettre un seul instant, pour expliquer le fait qui forme le sujet de cette objection, ni la théorie des développements latéraux de Dutrochet, ni encore moins celle d’un cambium quelconque de nos contradicteurs.
Car, pour nous du moins, chacun le sait mainte-
BonxTe. — Botanique. x *
nant, tout cambium décrit et défini ainsi qu'on l'a fait jusqu'à ce moment et posé comme principe général d'organisation de toutes les parties végétales, ne représente que l'entière et absolue négation de toutes les branches de la science des végétaux.
Avec lui, ou avec eux, en effet, il n’y a réellement aucun principe rationnel d’organogénie, d'anatomie, de physiologie, même de botanique, et il ne reste plus que les phénoménales lois chimiques de l'organisation que Dieu, dans sa colère sans doute, a soufflées à quelques savants.
Guidé par la saine et féconde théorie des phytons et des mérithalles, nous avons pu envisager ce fait nouveau et en apparence anormal, sous ses différents aspects organographiques et physiologiques.
Que ce soit du fluide ou principe vital, des gaz, du cambium, du fluide nutritif, ou des vaisseaux qui descendent ou se forment en descendant, isolément ou simultanément, du sommet des tiges jusqu'à la base de leurs racines, toujours est-il qu’il descend quelque chose, que ce quelque chose passe des racines de l'arbre conservé entier dans celles de la souche tronquée , et qu'arrivé en ce point inférieur, il remonte jusqu'au bord de la troncature caulinaire persistante pour y former un bourrelet qui s'accroît annuellement et progressivement de bas en haut, ou, comme on le dit pour les tiges normales, dans toutes les parties et sur tous les points à la fois, et peut-être aussi avec UNE RAPIDITÉ SURPRENANTE (p. 285).
Ce qu'il y a de certain, c'est que cet accroisssement
INTRODUCTION. 99 a lieu, dans ce cas comme dans tous les autres, du centre à la circonférence pour les tissus ligneux, de la circonférence au centre pour les tissus corticaux.
Ce fait semble d'autant mieux démontré que lorsque les racines de la souche ne se greffent pas avec les racines d’un arbre voisin et plein de vigueur, cette souche meurt, se décompose et disparaît assez rapidement, tandis que dans le cas contraire elle peut vivre un grand nombre d'années.
Il y a donc là un double phénomène aussi curieux qu'important à constater, 1° de descension des principes quelconques préparés par un premier végétal entier, et transmis par ses racines aux racines de la base mutilée d’un deuxième individu de la même espèce ou son congénère ; et 2° d'ascension de ces mêmes principes des racines du premier individu jusqu’au sommet extrême de celles du second, sommet qui dépasse souvent en hauteur le collet ou autrement dit la base du tronc du sujet vivificateur.
Nous ne voyons dans tout cela rien, absolument rien qui doive surprendre et qui soit le moins du monde en opposition avec les principes que nous défendons.
Quelques explications sont nécessaires et nous allons les donner.
Nous avons prouvé, depuis bien longtemps, que les filets qui descendent de la base supérieure d'un bourgeon, tout invariablement destinés qu'ils sont à descendre, remontent cependant quelquefois, en sortant de la source qui les produit, jusqu'à dix ou quinze
millimètres au-dessus de leur point de départ, avant de se courber pour obéir à la force de descension qui les régit (1). Une seule fois nous en avons mesuré de dix-huit à vingt millimètres, au-dessus d’un vigoureux et puissant bourgeon de peuplier né vers le sommet d’une tige tronquée. Ces filets ligneux obéissent donc à une impulsion qui leur est donnée par les bourgeons.— À la vue de ces phénomènes nous nous sommes demandé si par des expériences bien combinées, il n'y aurait pas moyen de les faire monter -beaucoup plus haut que les limites observées. Mais nous n'avons retiré de ces expérimentations générales qu'un seul fait positif, c'est que les filets montent d’autant plus que la pression physiologique provenant du : sommet de l’arbre est moins forte. Les mesures que nous avons prises ne nous ont cependant jamais donné plus de vingt millimètres grand maximum, en opérant sur des tiges dont nous avions détaché la tête et conséquemment diminué ou détruit la force de pression physiologique, qui, dans ce cas, s'exerce invariablement du sommet à la base des arbres.
Il nous restait cependant encore un moyen de vérifier l'exactitude de nos premiers résultats, celui d’opérer sur un arbre vigoureux, parfaitement complet. Pour cela, nous avons fait une décortication circulaire sur les sept huitièmes de la circonférence d’un
arbre. Ce qui restait de l’écorce de jonction a été pro-
(4) Voy: Gaudichaud, Organographie , pl. 5, fig. 8, 9, 44; pl. 13, fig. 5; pl. 16, fig. 18, d et 21 F.
INTRODUCTION. 101 longé inférieurement en lanière verticale, isolée de toutes parts, courbée ensuite pour lui faire prendre une direction ascendante , puis enfin recourbée une seconde fois de manière à lui faire reprendre une marche descendante jusqu’à l'écorce située au-dessous de l'opération et à laquelle elle est entièrement restée unie. Nous pensions que les filets vasculaires qui, ainsi que nous l'avons déjà prouvé , se dirigent vers cette bande conservée d’écorce, sous laquelle ils vont passer pour se rendre dans la partie inférieure (4), recevant l'impulsion de toute la sommité de l'arbre, pourraient bien, après avoir dépassé le premier coude inférieur, monter beaucoup plus haut que dans nos précédentes expériences sous cette partie ascendante de la bande d’écorce , et peut-être même franchir la seconde courbure pour redescendre ensuite dans leur direction naturelle jusqu'à la base du tronc.
Il n’en a cependant pas été ainsi. Les filets arrivés à la première courbure se sont pour ainsi dire arrêtés et appesantis sur le bord inférieur de la bande d’écorce, et n'ont acquis que quelques millimètres de hauteur sous le lambeau ascendant. Ce que nous attribuons à la puissante pression organique qui agit dans toutes les parties des végétaux, depuis leur sommet jusqu’à leur base extrême, et certainement aussi aux filets radiculaires d’une foule de cellules animées, ou, autrement dit, de petits bourgeons encore invisibles à l'œil nu qui naissent au bord supérieur de la seconde
(1) Voy. Gaudichaud, Organographie, pl. 15, fig. 20.
courbure , et qui, par les efforts qu'ils exercent de haut en bas, contribuent à refouler sur la première courbure tous les filets ascendants qui se trouvent engagés sous la bande d’écorce. Le maximum d’ascension s’est arrêté à huit et dix millimètres.
Ces expériences, qu’il faudra continuer puisqu'elles peuvent nous éclairer sur les puissances dynamiques des végétaux, se trouvent donc insuffisantes et peu propres à nous rendre raison des phénomènes que nous cherchons à expliquer par des faits, puisqu'elles nous prouvent à la fois que les cambiums, les fluides nutritifs , pas plus que les filets et enfin tout ce qui sert à la formation du bois et de l'écorce, ne peut marcher en montant au delà de quelques millimètres, quelles que soient les facilités qu’on leur donne ou les entraves qu'on leur opppose.
Les arbres dits pleureurs ou en parasol , dont les branches sont renversées verticalement jusqu’au sol, ne purent, non plus, nous rien apprendre touchant la question, sinon que, ainsi que nous l’avons précédemment démontré par nos expériences, les filets, les cambiums, les séves élaborées , les fluides nutritifs * etc., etc., marchent toujours dans la direction .qui leur a été imposée par la nature, c’est-à-dire des bourgeons aux racines, ou, autrement dit, du sommet organique des rameaux, des branches-et des tiges, à l'extrémité la plus inférieure des racines , quelle que soit d'ailleurs la direction de ces rameaux, branches, tiges et racines. -
Il fallait donc chercher ailleurs ;, trouver de nou-
INTRODUCTION. 103 veaux faits et tenter d'autres expériences pour arriver à la solution du phénomène en question.
Nous interrogeämes alors les effets qui se produisent dans les boutures et les arbres renversés , effets très-longuement décrits, assez convenablement figurés par les anciens physiologistes, Agricola, Duhamel, etc., mais très-ma] appréciés.
Si, en effet, on renverse de jeunes rameaux isolés, des branches, des tiges et même des arbres entiers munis de leurs branches et de leurs racines, de manière à mettre leurs parties supérieures dans le sol et leurs bases ou leurs racines dans l'air, les bourgeons adventifs qui se développent sur toutes ces dernières parties envoient bien réellement du sommet à la base de la position dans laquelle ils se trouvent anormalement placés, mais en réalité, de la base organique au sommet devenu inférieur, des produits analogues à ceux qu'ils auraient émis si on les eût conservés ou plantés dans leur direction naturelle. Les cambiums, les séves élaborées, les fluides nutritifs, les vaisseaux, les filets radiculaires ou autres, descendent réellement du sommet géométrique imposé à l'individu jusqu’à sa base , base où il se forme des racines.
Ces faits sont assez connus et trop bien illustrés et décrits depuis plusieurs siècles, pour qu'il soit nécessaire de s’y arrêter plus longtemps.
Nous ne les signalons ici que pour rappeler qu'il est des circonstances où les accroissements ligneux en diamètre des arbres peuvent changer la direction
de leur cours, et que, dans ce cas comme dans tous les autres, nous le certifions, la force qui les détermine et la source qui les produit et les alimente gisent exclusivement dans les bourgeons, ou, autrement dit, dans les individus ou phytons qui les composent (1).
Dans les arbres renversés, les racines situées en l'air donnent naissance à des bourgeons adventifs, comme cela a constamment lieu partout où il y a du tissu cellulaire vivant, ainsi que nous l'avons souvent dit et répété (2); et les branches qui sont enfouies dans le sol, livrent passage aux racines produites sous l'influence de ces bourgeons. Il n'y a pas d’autre explication possible et régulière à donner des phénomenes qui se produisent dans ce cas et qui portent avec eux leurs preuves matérielles physiologiques et anatomiques. Avec des tronçons de rameaux, de branches , de tiges et de racines, on obtient plus facilement et plus promptement des résultats parfaitement identiques.
Ces derniers faits nous prouvent donc que les fluides ou les tissus radiculaires qui servent à l'accroissement
(1) Nous ignorons jusqu’à quel point l’attraction de la terre ou autrement dit, la pression atmosphérique peut agir dans la production de ce phénomène.
(2) On ne nous a généralement pas compris , parce que , généralement aussi on ignore qu’il faut, pour réussir, joindre à ce tissu cellulaire vivant des conditions de milieux particuliers, d’air,
de lumière , de chaleur et d'humidité qui ne se rencontrent pas dans tous les climats.
Avec ces conditions on réussira toujours et partout.
INTRODUCTION. 105 ligneux ou en diamètre des tiges et des racines, peuvent fort bien, lorsqu'ils ne sont pas entravés dans leur marche par des forces contraires, se répandre dans toutes les directions, même en montant jusqu'à une certaine limite, et que, dans les derniers cas que nous venons de citer , ils marchent bien réellement de la base organique redressée, au sommet organique renversé d'un arbre ou de toutes les parties ligneuses qui le composent. Il n’y a donc plus aucune raison qui doive empêcher d'admettre que , lorsque ces fluides ou ces Lissus ne sont contrariés par aucune force physiologique, ils ne puissent aussi monter dans un court troncon de tige, conservé dans sa position naturellement redressée.
Rappelons pourtant, à ce sujet, que sur les tiges privées de leur cime et sur le tronc desquelles il naît des bourgeons, les filets qui en émanent montent de quinze à vingt millimètres , tandis que sur celles qui sont encore pourvues de leurs branches, de leurs rameaux et de leurs feuilles , ils ne s'élèvent au-dessus du point de départ central du bourgeon que de six à dix millimètres, c’est-à-dire de moitié moins. — Mais rappelons aussi que dans les racines entièrement privées de leurs tiges, où ils ont leurs voies naturellement tracées et pour ainsi dire obligées, ils marchent inévitablement jusqu'à leurs dernières limites supérieures et inférieures. Ces résultats sont parfaitement constatés.
Qu'arrive-t-il maintenant dans le cas qui nous occupe spécialement ? Des sapins blancs ou au-
tres (1) croissent très-rapprochés les uns des autres; leurs racines se rencontrent, se greffent et unissent pour ainsi dire leurs existences. On enlève le tronc de l’un d’eux en le coupant au ras du sol auquel on abandonne la souche. Cette souche, greffée par ses racines aux racines d’un autre arbre de même essence, continue de vivre et de s’accroître; elle forme même au sommet de son tronçon où moignon de tige, un bourrelet qui s’épaissit et s’exhausse annuellement de quelques millimètres. Qu'y a-t:l à d'extraordinaire et qui ne soit de tout point comparable à nos greffes sur racines, sinon que c’est entre racines que l'union a lieu , et qu'il se forme un bourrelet ascendant sur la troncature de la tige, exactement comme il s'en produit un sur les racines de cette même souche ainsi que sur celles de tous nos arbres vulgaires lorsque nous les mutilons.
Mais, nous dira-t-on , ces bourrelets se produisent de bas en haut, s’accroissent en hauteur et forment annuellement une couche concentrique? Si quelque chose pouvait nous étonner ce serait précisément qu'il n’en fût pas ainsi. Est-ce que le cyprès chauve ne produit pas des sortes d'exostoses ou bornes de plusieurs piéds de hauteur ? Et peut-on comparer ces bornes à autre chose qu’à des racines ou portions de racines recourbées dans l'air ? Pour nous, ce fait que nous avons déjà traité, n’a pas d’autre valeur (2)!
(1) Le même phénomène a été constaté sur plusieurs espèces. (2) Voy. Gaudichaud, Organographie, pl. 8, fig. 10-11.
Les’auteurs de l’objection qui nous occupe n’ont qu'à faire une course sur les berges de la Seine ou dans les terrains accidentés de nos forêts , et ils trouveront de nombrenses racines formant au-dessus du sol, et dès lors du collet des arbres dont elles sont issues, de fortes courbures en arceaux qui n'ont pas moins, parfois, de deux à trois pieds. Qu'ils coupent transversalement ces racines ou , plus simplement ; qu'ils leur enlèvent une couronne d’écorce vers le sommet de la courbure, et ils auront l’année suivante sur le moignon antérieur encore fixé à l'arbre un léger bourrelet représentant une couche nouvelle. Ce bourrelet se formera peut-être avec plus de facilité, si l'on agit un peu au delà de la courbure supérieure. Il en serait de même les années suivantes, si le plus grand nombre de nos arbres indigènes ne jouissaient du précieux avantage, qui dans ce cas est un inconvénient, de donner rapidement naissance à des bourgeons adventifs, dont les filets radiculaires ou descendants refoulent, pour ainsi dire, ceux que l'arbre envoyait naturellement dans cette partie de racine. Le fragment redressé de racine qui reste attaché à l'arbre et qui se couvre de végétation , est de tous points comparable, pour les phénomènes qui s’y passent, aux boutures renversées , dans lesquelles l'accroissement ligneux en diamètre marche à contre-sens.
On sait que lorsqu'on pratique l'opération que nous venons de signaler sur des racines verticales, le moignon ou lambeau supérieur resté fixé au tronc, forme à sa base un bourrelet et se couvre rapidement, sur
toute sen étendue, de bourgeons et de rameaux (4); et que le lambeau inférieur resté fixé au sol, et dès lors redressé, devient ordinairement la souche d’un nouvel arbre. Ces faits, que nous avons longuement décrits, sont aujourd'hui trop bien connus pour qu'il soit nécessaire de s’y arrêter davantage.
C’est précisément parce qu’on n’a pas cet inconvénient à redouter pour les tronçons de tiges et de racines des conifères, qui se montrent généralement rebelles au bourgeonnement, que le bourrelet, dégagé de toute entrave, croit incessamment pendant une longue période d'années, sous la protection de son écorce qui s'accroît également.
Ce bourrelet de conifère, dès qu'il a franchi le bord persistant du tronçon de l’ancien bois, se courbe sensiblement de dehors en dedans, de la partie forte et active extérieure sur les couches arrêtées plus anciennes et plus courtes de l'intérieur, de manière à recouvrir même l'aire de ce qui reste de la vieille tige. Tout nous porte à penser que si le sommet recourbé de ce bourrelet atteignait le sol, ou seulement l’humus qui se rassemble ordinairement au centre en partie décomposé de la souche, il se convertirait en véritables racines. Nous ne serions donc nullement surpris qu'on en trouvât plus tard.
Ce que nous pouvons assurer, c’est que le bois nouveau qui se produit dans les bourrelets est de tout
(1) Voy. Gaudichaud, Comptes rendus de l Académie des sciences, seance du 27 mai 1844, p. 977-978.
INTRODUCTION. 109 point semblable en organisation à celui du lambeau persistant de tige sur lequel il s’est greffé, quoiqu'ils se soient formés à contre-sens, l’un en descendant de la partie supérieure de l'ancienne tige vers la racine, l'autre en montant de la racine dans le tronçon persistant de cette même tige. On trouve ici une nouvelle confirmation de ce que nous avons depuis longtemps avancé, à savoir, que, pour nous du moins, toutes les couches ligneuses situées en dehors du canal médullaire ont exactement la même composition, et sont de la nature des racines.
Maintenant, et quoique nous n’ayons jamais vu ce fait sur le vivant, nous ne balançons pas un seul instant à déclarer, en assumant toute la responsabilité de notre dire, que ce sont les filets descendants ou ligneux (quels que soient, pour le moment, les fluides qui les produisent), qu'on rencontresur toute l’étendue des tiges, desracines, etc., qui passent dans les souches par leurs racines et vont constituer les bourrelets.
Ce qui le démontre bien, selon nous, c’est que, ainsi que MM. Dutrochet, Charles Martens; etc., l’ont fait remarquer, et comme les pièces déposées au Muséum d'histoire naturelle par M. Dutrochet, le prouvent sans réplique, ces couches, fort minces dans toute leur étendue inférieure, sont deux ou trois fois plus épaisses à leur extrémité supérieure ; phénomène qui s'observe dans tous les bourrelets ligneux ou descendants. L’accroissement progressif en hauteur du bourrelet nous démontre aussi qu'il est dû à la pression organo-physiologique du sujet entier.
Nous n’ajoutons donc pas la moindre confiance à la théorie contraire qui prétend établir que « c’est le « tissu utriculaire qui, de proche en proche, et sou- « vent avec une RAPIDITÉ SURPRENANTE, se transforme « en vaisseaux, par l'allongement de ses utricules, par « la RÉSORPTION DES CLOISONS qui les séparaient , et par « les modifications que les dépôts secondaires viennent « apporter dans la nature de leurs parois » (p. 285), car tout cela ne se trouve que dans l'imagination (1) quelque peu égarée des auteurs qui ont beaucoup plus observé dans les mauvais livres que sur la nature. Mais nous reviendrons sur ce sujet, dès que nous pourrons aborder les faits si simples et si beaux de l'organogénie des tissus divers qui entrent dans la composition des végétaux et de toutes leurs parties, quand le temps sera venu de faire connaître la nature des fluides distincts qui les produisent et les forces qui président à leurs développements et aux modifications qu'ils subissent dans le cours de leur existence. Nous profiterons de cette occasion pour mettre la théorie de nos derniers contradicteurs en regard de cette autre invention créée pour les Monocotylés :
(4) Si dans leurs théories nos contradicteurs avaient explicitement indiqué une direction quelconque au développement des tissus ligneux des tiges, cette direction, quelle qu’elle fût, serait naturellement démentie par le double phénomène de descension d’une part et d’ascension de l’autre. Mais ils se sont prudemment abstenus, du moins jusqu’aujourd’hui. Nous reviendrons sur ce sujet d’une très-haute importance en traitant de la vitalité des êtres végétaux complexes, des phytons distincts, simples ou composés, et des parties ou articles qui les composent.
INTRODUCTION. 111 « L'œil, à l'aide d’un puissant microscope, ne tarde « pas à découvrir çà et là dans la partie la plus excen- «trique de ce tissu (le tissu générateur), de très- «petits espaces vagues et nébuleux. Quelquefois «aussi, dans certaines places, il semble qu'il y ait «eu déformation ou même dissolution de mem- « branes utriculaires. Là se produisent ét s’accu- « mulent confusément des granules d’une extrême pe- « titesse. À cette espèce de chaos succèdent bientôt « l'ordre et la symétrie. Les granules se meuvent, se « rencontrent, s’ajustent ensemble comme s'ils étaient «ANIMÉS, et si j'ose le dire, bâtissent des utricules qui «ne différent de celles qu'on voit communément que « parce que leurs parois sont mamelonnées, et il n’est « pas rare que, dans cet état, ces utricules se groupent « et se disposent de manière à former des filets. « Peu après, les mamelons des granules s’effacent « et l'on ne voit plus rien qui distingue ces utricules « des aires (4). »
Nous avec soin ces deux théories, etnous
les précise avec la franchise qui nous caractérise.
(1) Voy. Comptes rendus de l Académie des sciences, séance du 7 octobre 1844, p. 698, lig. 2.
Le phénomène, comme on le voit, ne brille pas par sa simplicité. Des utricules primitivement formées, on ne dit pas comment, se fondent. Le fluide qui en résulte donne naissance à des granules d’une extréme petitesse. À cette espèce de chaos succèdent bientôt l'ordre et la symétrie, ce qui n’est certes pas malheureux. Les granules se meuvent, se rencontrent, s’ajustent ensemble comme s'ils étaient animés, et bâtissent des utricules qui , en fin de cause , ne diffèrent plus en rien de celles qui les ont précédées. C’est réelle-
Les questions qui se rattachent à la formation, à l'accroissement et à la vie des bourrelets des souches desapin, n’ont donc encore étérésolues, par MM. Reum, Ratzeburg et Goeppert, que sous le rapport de la transmission des principes quelconques qui doivent passer des racines d’un arbre entier et plein de vigueur aux racines d’une souche mutilée, c’est-à-dire dont on à retranché la tige, souche qui ne peut avoir en réalité que la valeur d’une racine greffée à d’autres racines. Par MM. Charles Martens, Dubreuil et nous-méême ces questions n'ont été résolues que sous le rapport de la descension, d’une part, et de l'ascension, d’une autre part, des filets radiculaires (ou autrement dit des fluides organisateurs de ces filets), qui descendent du sujet entier et remontent ensuite dans celui qui est mutilé ; nous ne connaissons rien de plus.
Quelles sont donc les expériences, et il y en a certainement beaucoup à faire, qui ont servi à former les convictions si parfaites des phytotomistes qui nous COMBATTENT, et qui les portent à dire qu'ils ne supposent pas qu il puisse se trouver personne d'assez téméraire, Car c’est bien là le fond de leur pensée, pour oser soutenir que ce sont les filets descendants des bourgeons dans les individus entiers, qui, des racines de ceux-ci passent dans les racines de la souche, pour
ment à n’en pas croire ses yeux! Constatons pourtant que c’est dans ce curieux passage que sont nés les granules on corps animés !
Il est bien probable que c’est aussi avec une RAPIDITÉ sUReRE- NANTE QUE Se PRODUISENT et S'OBSERVENT Ces Curieux phénomènes. De tels faits se réfutent d’eux-méêmes.
INTRODUCTION. 113 remonter ensuite entre les couches ligneuses et corticales.
Nous leur dirons donc, sans craindre que la témérité soit de notre côté, que nous ne balançons pas à admettre que dès que les racines de ces deux individus se sont unies par une ou plusieurs greffes, et dès que les racines de la souche ont participé à la vie commune du sujet principal, elles n’ont plus formé qu’un seul corps, plus étendu, plus complexe, il est vrai, mais dans lequel tout s’est passé exactement comme s’il était resté simple avec des racines plus nombreuses et plus longues. Les faits que nous avons été à même d’étudier sur les Dicotylés de tous les groupes, nous autorisent à déclarer que ce sont bien réellement les filets radiculaires du sujet entier, ou, si on le veut absolument, les fluides spéciaux qui sont destinés à les former, fluides qui ne ressemblent en rien aux cambiums et fluides nutritifs décrits jusqu'à ce jour, qui passent dans les souches où ils continuent leur marche exactement comme ils le feraient si les propres racines de ce sujet avaient une plus grande dimension.
Il n'y a aucune différence, selon nous, entre ce qui se passe dans ce fait et ce qui a lieu sur un tronçon d'arbre, sur une souche, lorsqu'on y greffe ou qu'il s'y développe adventivement des bourgeons, dont les tissus radiculaires enveloppent toutes les parties supérieures du sujet (1), sinon que dans ce dernier cas, les tissus radiculaires après avoir suivi toutes les circonvo-
(4) Voy. Gaudichaud , Organographie, pl. 17, fig. 45.
PBonite, — Botanique.
414 INTRODUCTION. À lutions des parties supérieures vivantes de la troncature, où ils forment un bourrelet marginal qui peut ètre partiellement ascendant (1), finissent toujours par descencre dars les racines ; tandis que dans le cas qui nous occupe, les tissus radiculaires vont s'arrêter au bord supérieur ascendant de la tige tronquée, comme ils le feraient au bord descendant d’une racine égalemet tronquée de la même souche, ou sur laquelle on aurait pratiqué une décortication circulaire. En un mot, ce troncon de Llige ne vit »lus, ne fonctionne plus et ne s'accroît plus que comme une racine ou une portion de racine.
Nous ne pourrons donc, nous, pas plus que nos contradicteurs, arriver à une solution complète de la question qu'ils nous opposent et qu’ils ne connaissent certainement pas mieux que nous, que lorsqu'il nous sera donné d'étudier le phénomène sur des su- Jets vivants, que lorsque nous aurons pu pratiquer sur ces souches accidentellement vivifiées, des expériences propres à nous éclairer, telles que des décortications circulaires ou autres, faites en temps et en lieux convenables, sur les racines des deux individus et surtout au-dessous des bourrelets, etc. Si, en définitive, les conifères se développent comme les autres Dicotylés, si, comme l'expérience nous l'a déjà démoniré, ces plantes, malgré les modifications spéciales qu'elles offrent dans la composition, la forme et la dis-
(1) Voy. Gaudichaud, Organographie, pl. 17, fig. 15, d”’.
Ce qui a peut-être aussi lieu, du moins partiellement, sur les souches du sapin blanc.
INTRODUCTION. 415 position de leurs tissus, dans leurs sécrétions, etc., sont bien soumises aux mêmes causes d’accroissement que les chênes, les châtaigniers, etc., ce dont nous sommes entièrement certain, il n’est permis, selon nous, à personne de combattre avec ces plantes les théories que nous avons posées sur ce point essentiel de la science et que nous avons iégitimement appliquées à toute la série des Dicotylés et au plus grand nombre des Monocotylés.
Ce phénomène anormal, imparfaitement observé jusqu'à ce jour et à peu près inconnu, n’a donc pas la valeur d’une objection sérieuse, contre une théorie générale, selon nous infaillible et qui ne souffre pas une seule exception, théorie à laquelle, sans doute, chacun est libre d'opposer beaucoup de mauvais vouloir, mais pas un seul fait contraire.
Nous sommes très-disposé à bien accueillir les objections et les preuves qu'on pourrait croire avoir à nous opposer, qu'on penserait pouvoir contredire nos assertions, les expériences que nous avons faites et les résultats que nous avons obtenus ; nous contractons même ici l'obligation de les discuter consciencieusement avec nos contradicteurs, mais nous repoussons avec force et aussi sévèrement qu'il nous est donné de le faire, des opinions sans base scientifique aucune et à l’aide desquelles on se flatte de nous arrêter dans notre marche progressive ; ce qui est désormais impossible.
Huitième objection (p. 282).
« Enfin, nous dirons, en terminant, quil est au-
« jourd'hui hors de doute pour tous les phytotomistes, « que les tissus vasculaires et fibreux des végétaux « proviennent constamment d’utricules, qui, petit à « petit (4) et par les progrès de la végétation, se trans- « forment en tissu fibreux ou en vaisseaux. Or, les « fibres ligneuses sont composées de tissu fibreux et « de vaisseaux ; elles ont donc dû commencer par être « à l’état de tissu utriculaire ; elles n’ont donc pas pu « descendre ainsi toutes formées de la base des bour- « geons jusqu'aux racines. Et d’ailleurs, par quelle « partie intérieure de la tige seraient-elles descendues ? « Entre le bois et l'écorce ? Mais quand on examine « au microscope cette partie au moment où a lieu la « formation de la nouvelle couche ligneuse, on re- « connaît qu'il n'existe aucun espace vide entre le bois « et l'écorce. Ces deux parties sont réunies par un « tissu cellulaire qui se continue avec chacune d'elles ; « mais qui de formation nouvelle est très-mou et se « déchire avec la plus grande facilité ; il n'y a donc « pas là d'espace vide dans lequel les fibres puissent « glisser et descendre. Il faudrait qu'elles écartassent « les utricules pour passer entre elles, comme le font « les tubes polliniques qui se frayent un passage de la « surface du stigmate jusqu'aux ovules. Mais combien « de temps ne demanderait pas cet acheminement la- « borieux pour que ces fibres parcourussent des es- « paces aussi grands que celui qui sépare la base des « bourgeons de l'extrémité des racines dans les grands
(1) Est-ce petit à petit ou avec une rapidité surprenante?
INTRODUCTION. ti7 « arbres parvenus à toute leur hauteur? D'ailleurs il « devrait nécessairement arriver, pour les fibres des- « cendant de la base des feuilles, et de tous les organes « appendiculaires aériens, ce qu'on observe pour les « tubes polliniques descendant de la surface du stig- « mate jusqu'à l’ovule, c’est qu’on verrait les différents « points où chacune d'elles serait déjà arrivée dans la « longueur de la tige ; en un mot, leur extrémité libre « à des hauteurs différentes, s’insinuant entre les tis- « sus déjà formés. OR, C’EST CE QUI N’A JAMAIS ÉTÉ OB- « SERVÉ. On voit bien des vaisseaux, parfaitement or- « ganisés dans une certaine étendue de leur longueur, « présenter petit à petit une organisation moins par- « faite et finir par se terminer insensiblement en utri- « cules superposées; mais jamais le vaisseau ne s’ar- « rête brusquement et distinct complétement des « tissus qui l’environnent. »
Cette huitième objection n'étant, à bien dire, que le résumé, le complément, et, en quelque sorte, la conclusion de toutes les autres, nous allons y répondre directement et presque phrase par phrase, en y joignant quelques détails soutenus par des faits qui, selon nous, sont des plus concluants.
Commencons par déclarer qu'il règne dans toutes ces objections une déplorable confusion qui enlève aux mots et aux choses toute signification. Mais passons.
Nous avons assez souvent et assez longuement expliqué les distinctions existant entre le système ascendant qui forme le canal médullaire des végétaux et leur accroissement en hauteur, et le système descen-
dant qui produit les racines et l'accroissement en diamère des rameaux, des branches, des tiges et des racines elles-mêmes ainsi que de leurs divisions, pour qu'il ne soit pas nécessaire de revenir sur les faits qui noës ont conduit à ces distinctions. Il y a donc dans les végétaux plusieurs sortes de tissus allongés vasculaires et vasculiformes dont l'élongation est due à des causes ou forces essentiellement distinctes : les vaisseaux et certains autres tissus du système ascendant, qui s'allongent pendant l’acte du développement en longueur où en hauteur des individus ou phytons; les vaisseaux du système descendant qui grandissent sous l'action d’une force entièrement différente et contraire agissant du sommet organique d'une tige, quelle que soit d’ailleurs sa position ou sa direction, à la base de ses racines. Nous avons désigné les premiers sous le nom de tissus mérithalliens ou ascendants, ce sont ceux qui produisent les accroissements en hauteur des tiges; les seconds, sous celui de tissus descendants, radiculaires ou ligneux ; ce sont ceux qui donnent les accroissements en largeur ou en diamètre. Nous avons également fait connaître la nature organique générale de chacun de ces systèmes et les caractères particuliers qui les différencient. Nous ne pen- SOüs pas que nos contradicteurs, fussent-ils tous réunis, puissent jamais rien opposer de sérieux à ces distinctions et aux faits qui en démontrent l'exactitude. Dans le cas contraire, qu'ilssacceptent donc le défi que nous leur avons porté de venir en plein jour nous attaquer à l'Académie, devant ce grand tribunal de la
INTRODUCTION. 119 science, où tout peut s’éclaircir et se juger définitivement. Jusque-là, ils ne feront que s’agiter inutilement dans l'impuissance de leurs doctrines et de leurs principes imaginaires.
Rappelons encore une fois que le système ascendant est composé dans le phyton primitif, ou auirement dit, dans l'embryon simple ou multiple, d’une tigelle, d’un ou deux pétioles et, naturellement, d'autant de limbes; et le système descendant, qui apparaît secondairement, d’une radicule partant, par vn effort contraire, de la base de la tigelle.
Nous avons indiqué et décrit la nature et le mode général d’accroissement de chacun des membres, t:gelles, pétioles et limbes, membres auxquels nous avons donné le nom de Mérithalles, et nous avons cherché à démontrer que cet accroissement est, jusqu à un certain point, analogue à celui des membres des êtres de l’autre règne organique; que de jeunes et très-petits ils deviennent adultes ou vieux et, relativemert, fort grands, en allongeant uniformément, alternativement ou simultanément toutes les parties qui les composent; que dans ces. membres phytoniens il se fornie des vaisseaux qui les relient entre eux et sont soumis aux mêmes lois d’accroissement que les membres euxmêmes. Nous ne pouvons mieux comparer le mécanisme de ce mode d’élongation du système vasculaire ascendant qu’à celui des muscles et des os dans les animaux. Mais comme ces vaisseaux apparaissent d’abord dans les mérithalles tigellaires (tigelle des embryons et de tous les autres phytons qui se produisent
durant la vie du végétal), puis dans les mérithalles pétiolaires, et, généralement du moins, en dernier lieu, dans les mérithalles limbaires, en suivant, de bas en haut, toutes les phases de développement de ces parties, nous leur avons donné le nom de système ascendant. C'est lui, en effet, qui produit l’accroissement ascendant des végétaux, et apparaît constamment le premier dans tous les organes de la végétation et de la reproduction. Lorsqu'il est entravé dans sa marche ascendante, et qu'il s'arrête, par exemple, dans une partie de la longueur du filet des étamines, du funicule ou du raphé des ovules, etc., c'est-à-dire lorsqu'il ne va pas contribuer au développement de l’anthère ou de la chalaze; ces organes sont constamment frappés de stérilité. Dans le premier cas, le pollen est impropre à la fécondation; dans le second cas, les ovules ne peuvent être fécondés. C’est encore lui qui préside, avant tout, aux métamorphoses des étamines qui se changent en pétales, en feuilles, en ovaires, etc., et à la formation des vaisseaux secondaires qui plus tard constituent ces organes modifiés dans leur composition et leurs fonctions.
Apres avoir nettement distingué le système ascendant , indiqué la position qu'il occupe dans les embryons et les autres phytons, signalé son mode général de développement dans les trois mérithalles, nous avons étudié sa nature et les modifications qu'il éprouve dans sa composition (1). Pour cela, nous
(1) Comment se fait-il, nous le demandons encore, nous le de-
INTRODUCTION. 121 avons pris un à un, et à toutes les époques de leur formation les faisceaux qui composent le système ascendant pris dans son ensemble , et nous avons reconnu que, dans les quatre-vingt-dix-neuf centièmes
manderons sans cesse, jusqu’à ce qu —. on nous ait PR que
les phytotomistes, nos opposants, d
jusqu’à vouloir régenter nos travaux RTE eux qui ne savent peut-être pas absolument ce que c’est qu'un végétal, comment se fait-il, disons-nous, qu’ils aient oublié que la disposition, ou, en quelque sorte, la topographie des tissus de toutes les natures, est aujourd’hui très-connue des vrais anatomistes. Tous, en effet , ont étudié les diverses espèces de vaisseaux qui se rencontrent symétriquement et régulièrement disposés du centre à la circonférence des tiges, du canal médullaire et de la moelle elle-même, qui en renferment plusieurs sortes, jusqu’à l’écorce qui, en général, en est aussi abondamment fournie.
Est-il un seul homme prenant plus ou moins légitimement le titre de phytotomiste, depuis Grew et Malpighi, qui se soit sérieusement occupé de l’organogénie de ces espèces d’organes vasculaires ? En est-il un seul qui ait réellement tenté l’histologie de ces sortes de tissus? Cependant, tous ces vaisseaux commencent d’une certaine façon et finissent d’une autre; tous se distinguent par des caractères spéciaux, par leurs formes, leurs dimensions et spécialement par la position constante , fixe , invariable qu’ils occupent dans les tiges, par leurs nombreux caractères anatomiques ; par les fluides qui les produisent comme par ceux qu’ils recèlent, etc. Ils sont donc évidemment les effets de causes aussi diverses que puissantes. Ces vaisseaux s’organisent parfois en un même laps de temps dans plusieurs parties des tiges, et l’on ne place le tissu générateur et le fluide nutritif, ce levain de l’organisation, qu’entre le bois et l’écorce. Pour peu que l’on veuille bien réfléchir on reconnaîtra que cela est impossible.
Ce qui est bien plus impossible encore, c’est ce qu’on a dit des mouocotylés, dans lesquels, assure-t-on, des vaisseaux échappés
des individus dicotylés que nous avons pu soumettre à nos investigations, ce sont des vaisseaux spiraux qui les commencent à l'intérieur, et des vaisseaux corticaux qui les terminent à l'extérieur ; que les uns et les autres sont soumis au même mode d’accroissement et constituent , les intérieurs, les premiers éléments du canal médullaire, les extérieurs, les filets mérithalliens de l'écorce (1). Ce n’est qu'un peu plus tard qu'on voit successivement se former entre ces deux premières sortes de tissus vasculaires, les véritables tissus ligneux et libériens et les premiers linéaments vasculaires qui descendent de la base du mérithalle tigellaire dans le mamelon celluleux radiculaire (2).
Les différentes sortes de tissus vasculaires des systèmes ascendant et descendant sont-elles compo-
de l’un des côtés de la tige pénètrent dans son centre , la traversent entièrement et vont se fixer dans les feuilles situées du côté opposé à leur point de départ.
Si l’on voulait adopter ce fait inouï, il faudrait au moins placer du tissu générateur au centre comme à la périphérie des stipes, puisqu'on prétend que les vaisseaux vasculaires sont composés de ce prétendu tissu primitif de tous les organismes.
(1) En traitant de l’écorce, sur l’organisation de laquelle il reste encore tout à faire, nous signalerons les végétaux qui nous ont servi d'exemples, et les modifications et exceptions que nous avons rencontrées. Le moindre détail sur ce point nous entraînerait trop loin de notre sujet déjà si complexe.
(2) On sait que dans beaucoup de végétaux les tissus libériens ne pénètrent pas dans les racines. Voyez, à ce sujet, ce que nous avons dit du liber, du Ravenala. (Comptes rendus de l'Académie des sciences, Séance du 18 août 4845, p. 398, lig. 28; p. 399, lig. 1; p- 401, lig. 23)
INTRODUCTION. 123 sées de cellules ou utricules ? Oui, sans doute, car tout ce qui est produit par les êtres organisés des deux règnes, depuis les parties les plus molles jusqu aux plus dures, depuis les parties cellulaires et adipeuses jusqu'aux os, aux cornes , aux dents et aux bois dits de fer, tout est cellulaire. Mais résulte-t-il de là nécessairement qu'il faille supposer que les tissus vasculaires ont eu besoin de passer par l’état de cellules distinctes d'une certaine nature, avant d’arriver à être modifiés ou transformés en un tout autre organisme (les vaisseaux }? Nous nous permettons d'en douter fortement, et ne consentirons à accepter cette hypothèse que lorsque les anatomistes de l’autre règne nous auront prouvé que les tissus mous de la graisse, etc., peuvent se changer en muscles, en nerfs, en vaisseaux, etc. (1).
Mais continuons. —
Au sommet du mérithalle tigellaire de l'embryon, naît, ou plus tôt ou plus tard, ce que les botanistes ont nommé la plumule, et que bien à tort, selon nous, ils considèrent comme la feuille ou les feuilles primordiales, oubliant sans doute que les cotylédons sont aussi des feuilles très-réduites (2).
Cette première feuille (simple ou double), en en-
(4) Le phénomène accidentel d’ossification de quelques parties vasculaires, etc., ne contredit en rien nos assertions. Il a sans nul doute été étudié à fond par les anatomistes.
(2) Dans beaucoup de végétaux, les feuilles dites primordiales, qui s’échappent des embryons, des bourgeons, etc., ne sont pas plus normales que les cotylédons.
gendre une seconde, cette seconde une troisième, et, ainsi de suite , un certain nombre qui, par leur évolution, constituent le scion ou jeune rameau annuel, lequel se termine parfois, dans nos climats surtout et lorsque la plante est vivace, par un assemblage globuleux de petites folioles de plus en plus réduites vers le centre ou sommet. C’est ce qui constitue le bourgeon terminal et les écailles qui sont aussi des feuilles réduites. Un semblable petit bourgeon s’organise plus promptement encore dans l’aisselle de chaque feuille. Il fait généralement défaut dans les plantes annuelles. Si l’on prend un jeune scion de plante vivace avant qu'il ait formé ses bourgeons axillaires et terminaux, ou provenant d’une plante annuelle, et qu'on en fasse la dissection directe, ce qui est fort difficile et ce que pourtant nous avons fait, ou mieux en le soumettant à la macération (4), ou encore à une forte ébullition dans l’eau avec ou sans addition d'agents chimiques actifs, on est tenté de croire, en “pe ape sur le
squelette quien résulte, les proviennent bien de l'embryon, les vaisseaux de la troisième feuille, de la seconde et de l'embryon, et toujours ainsi, et que c’est de cette sorte que se produit le sys-
(1) Les filets vasculaires des parties herbacées des végétaux acquiérent une grande ténacité par la dessiccation. Ils résistent beau- Coup mieux aux effets désorganisateurs de la macération que ceux des mêmes parties fraîches ou encore vivantes soumises à ces sortes d’expérimentations. Il faut donc les préparer avec soin comme pour Pherbier, les bien dessécher, les faire macérer, et les disséquer ensuite.
INTRODUCTION. 125 tème ascendant ou mérithallien et conséquemment le canal médullaire.
Nous avons même été hdi fois sur le point d'admettre que ce système ascendant, qui est incontestable, se composait, selon les types organiques, des cycles superposés qui sont indiqués par la disposition des feuilles. Mais si l’on traite de la même manière, et séparément des embryons avant qu'ils aient fourni leur plumule, des embryons ayant une plumule composée d’une feuille, de deux feuilles, de trois feuilles, etc., rien n'est facile comme de reconnaitre, par la nature des tissus vasculaires, que ce sont les filets de la seconde , de la troisième et de la quatrième feuille diversement enchevêtrés, qui sont au contraire venus accroître le système vasculaire de la tigelle de l’embryon et de sa radicule , s'ils ne sont destinés à former une seconde racine (la première après la radicule de l'embryon qui est positivement une racine ), une troisième, etc. (1).
C’est ce dernier fait qui a induit en erreur quelques phytotomistes , d’ailleurs fort habiles , qui ont longtemps soutenu que des filets formés dans les racines
(1) Ce qui a trompé les anatomistes qui se sont occupés de ce sujet, c’est qu’ils n’ont étudié que des faits accomplis, et n’ont pas compris que si tout se prédispose dans le centre du bourgeon, rien ne s'organise réellement que dans l’évolution des individus. La comparaison que nous avons faite d’un bourgeon avec une longuevue dont tous les cylindres sont primitivement renfermés les uns dans les autres, puis ouverts, leur eût donné une idée très-exacte du scion (voy. Gaudichaud, Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 8 avril 1844, p. 617).
montaient dans les tiges pour en augmenter le diamètre et pénétrer ensuite dans les jeunes feuilles, les bourgeons naissants, etc. Selon eux , tout monte, même les mille petits filaments des bourgeons axillaires ou autres qui relient ces bourgeons aux rameaux ou aux scions (1).
On avait beau leur prouver expérimentalement et logiquement que rien de vasculaire n'existait à l’origine dans les embryons, que rien qui fût le moins du monde de cette nature ne pouvait y monter, que tous les filets comme les autres tissus s’y engendraient entièrement , que les filets des racines différaient essentiellement par leur nature, leur disposition et leur organisation de ceux des tigelles et autres organes mérithalliens, etc., rien n'y faisait, il fallait à toute force que tout montât, du sol sans doute dans les racines, des racines dans les üuges, dans les branches, etc., ce qui tendait à nous ramener à ces temps heureusement très-éloignés, où l’on croyait que la matière organisatrice existait toute formée dans la nature.
Ce n'est que lorsque nous leur avons montré des bourgeons adventifs, nés à la périphérie des tiges * tronquées (2), au contact des tissus ligneux entièrement différents de ceux qui apparaissent les premiers dans ces bourgeons, qu'ils ont commencé sinon à croire à nos assertions, du moins à douter des leurs.
Des tiges d'arbres coupées transversalement au-
(1) Voy. Gaudichaud, Organograplie, pl. 2, fig. 5, 6; pl. 5, fig. 8, 9, 44; pl. 8, fig. 4, », 0; pl. 16, fig. 22, 23.
(2) Zd., ib., pl. 47, fig. 8, a, d, d, e.
INTRODUCTION. 1 27 dessous des branches produisent , en effet, vers le sommet de leurs souches, de nombreux bourgeons adventifs (1). Ces bourgeons, situés à cinq, dix ou quinze centimètres du canal médullaire, ne peuvent en recevoir ui les tissus, ni même les influences, et cependant les jeunes rameaux qui résultent du développement de ces bourgeons ont un canal médullaire, des trachées et tout ce qui constitue le système ascendant, exactement comme le tronc principal. Ces bourgeons naissent dans le tissu cellulaire situé entre le bois et l'écorce, et il n’y a de trachées ni dans les tissus de l'écorce, ni dans le parenchyme sous-jacent, ni dans les couches extérieures du bois. Ainsi que les embryons des deux règnes, ils ont donc la faculté d’engendrer tous les organismes qui les composent.
Le phénomène est plus manifeste encore sur les bourgeons qui naissent des racines où il n'y a pas même le prétexte d’un canal médullaire (2).
La logique seule ne nous indique-t-elle pas assez, d'après ces faits, qu'il doit en être ainsi partout et toujours, et que les individus ou phytons qui naissent et croissent sur les vieux arbres comme sur les jeunes, ou enfin, sur des fragments isolés de toutes les parties des uns et des autres (3), ont la faculté d’organiser, comme d’ailleurs les animaux, tout ce qui entre
(4) Voy. Gaudichaud, CRETE pl. 17, fig. 8, a,b,d,e. (2) Zd., ib., fig. 8, f,8, (3) Voy. Gaudichaud, MARS) générales sur la physiologie et l'organogénie des végétaux, Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 27 juin 1842, p. 1012.
dans la composition de leurs organes, leurs organes eux-mêmes, en un mot, les êtres tout entiers, dont la mission principale est de préparer les éléments organisateurs , et non organisés, de leur multiplication; multiplication qui s'opère d’après les lois immuables que la nature a imposées à chacune de ses productions. Il ne leur faut plus, pour cela, des qu'ils sont nés, que de la matière, de la nourriture, de la séve, qui est le fluide nutritif par excellence , et les conditions des milieux extérieurs favorables à leur existence.
Cela dit, nous arrivons directement à la grande question qui forme le sujet principal de la huitième objection, comme, à peu de chose près, à toutes celles qui s'y rattachent indirectement. Car dans la phytographie tout se lie et s’enchaine.
L'arbre tronqué sur le bord supérieur duquel naissent des bourgeons adventifs, va encore nous servir d'exemple.
On sait maintenant que nous soutenons et que nous prouvons par d'innombrables faits, par tous ceux que peut produire la nature, que ces bourgeons adventifs, comme tous les bourgeons possibles, émanent du tissu cellulaire ou parenchyme situé entre le bois et l'écorce; que rien d’organisé ne peut monter de ces trois parties dans ces bourgeons, qui se forment uniquement de principes organisateurs dont ils s’emparent et qu'ils combinent de manière à constituer toutes les sortes de tissus qui les composent. On sait aussi que nous prouvons par les plus admirables faits que l'anatomie directe ait encore produits jusqu'à ce jour,
INTRODUCTION. 129 que ces bourgeons naissants, comme ceux des greffes qui ne tiennent encore à l'arbre que par les tissus cellulaires, se greffent promptement à la superficie du corps ligneux de l'arbre par des filets radiculaires également ligneux, lesquels, selon nous, partent de la base de ces bourgeons ; que ces filets radiculaires ou ligneux, qui descendent jusqu'à la base extrême des racines , sont composés de cellules allongées disposées les unes après les autres, les unes au bout des autres, et que les vaisseaux qui en résultent étant annuellement superposés, produisent les accroissements vasculaires ligneux en diamètre des rameaux, des branches, des tiges, des racines et de leurs ramifications.
Ce sont ces faits incontestables et à l'appui desquels nous avons fourni tant de preuves, qui ont été le plus vivement attaqués par nos antagonistes. Les uns, fort érudits, sans doute, mais qui ne se sont peutêtre jamais fait une idée juste de ce que c’est qu’un végétal, de sa raison d’être, de vivre, de fonctionner, de s’accroître, de se reproduire, de se multiplier, oubliant sans doute qu'ils n’avaient pas encore inventé de cambium ascendant, ce dont nous les blämerions fort, s’il nous était permis de les blâmer, ont commencé leurs attaques avec leur grand moyen, celui de faire tout monter des racines dans les tiges, des tiges dans les branches et des branches dans les rameaux, les greffes, les feuilles, les fleurs, les fruits, peut-être mème dans les graines et les embryons, hors leur cambium, bien entendu, qui, pour le plus grand nombre, n'a pas cessé de couler entre le bois et l'écorce jus-
BonirE, — Botanique. 9
qu'au collet, et de se solidifier ensuite, en remontant, à partir de ce collet, limite qu'il n'avait pas la puissance de franchir, jusqu'à l'extrémité des rameaux. Ainsi donc, d’après cette théorie qui est l'antipode de la nôtre et ne repose absolument sur rien qui se puisse démontrer, les filets vasculaires, pour ne parler que d'eux, lesquels, NE L'OUBLIONS PAS, sont composés de cellules allongées mises bout à bout, grimpent (qu'on veuille bien nous passer cette expression qui rend si bien notre pensée), en refoulant le torrent de cambium qui descend, le long des tiges et de leurs ramifications, jusque dans les moindres organes de la végétation et de la reproduction , où , cependant , ils sont presque toujours de nature différente.
Un de ces phytotomistes, le plus considérable de tous, a même surpris, nous dit-il, un de ces filets montants au moment où il allait pénétrer une des plus jeunes feuilles d’un palmier de dix-huit mètres soixante centimètres de stipe.
Nous avons combattu devant l’Académie des sciences les assertions de cet illustre savant, et nous sommes prêt à recommencer contre tous ceux qui auraient le courage et la témérité de l’imiter et de soutenir de telles énormités.
Les autres phytotomistes, ceux qui ont scrupuleusement admis les faits et les principes des plus grands comme des plus petits modèles en ce genre, dont ils adoptent sans réserve et citent religieusement, à chaque page de leurs écrits , les habiles , ingénieuses et savantes expériences, les admirables théories , nous
. INTRODUCTION. 131 combattent aujourd'hui avec des armes non moins bien trempées, quoique d’une autre nature, armes invincibles sans doute, mais dont malheureusement ils ne savent pas se servir. Aussi, que leur est-il arrivé, grand Dieu! c'est que, bien innocemment, sans le vouloir, sans le savoir et tout en ne cherchant qu’à nous atteindre , ils n’ont réellement frappé que sur leurs maîtres et amis, qu'ils ont mutilés de la plus horrible manière , et, chose plus incroyable, sur eux-mêmes, en se blessant plus gravement encore. — Ainsi, le cambium de leurs maîtres, celui qui coule entre le bois et l'écorce , ils le repoussent, non pas avec colère, ils ne se fâchent pas, mais pis que cela, avec un dédain superbe et presque méprisant (p. 283). Les filets qui montent, et dont l’un d'eux a été surpris au moment où il allait pénétrer une jeune et tendre feuille à peine ébauchée, etc., n'existent pas davantage. Tout ce que dans les expériences et conséquemment dans les théories qu’on vient d'exposer dans les termes les plus approbateurs devant les élèves, tout ce qu'on a décrit avec une exemplaire complaisance et un incontestable talent (p. 289 et suivantes), tout cela, quelques pages plus loin, est fatalement déclaré faux et trompeur. Le cambium, lui-même, le cambium de quelques-uns (lisez des maîtres), ne saurait couler entre le bois et l'écorce, puisque cet espace est rempli d’un tissu cellulaire naissant qui est impénétrable et lui refuserait inflexiblement le passage. Les filets ne marchent dans aucune direction , car, nous dit-on, ils résultent incontestablement de cellules
, er" # : LE 4 1
P q de place, etc.
Il n'y a des lors, dans les végétaux, toujours d’après ces phytotomistes, que des cellules et un fluide autritif, qui, en circulant du sommet des tiges à leur base, ce qui semble établir entre lui et le cambium une certaine analogie de nature et d'action, pénètre les cellules , les anime sur place, les féconde en quelque sorte, et, en les modifiant, les excite à prendre toutes les formes, textures, et dimensions que nous leur connaissons. |
Qu'est-ce donc que ce puissant fluide nutritif ou nouveau cambium? On ne nous le dit pas précisément. D'où vient-il? Des feuilles d’où il descend en une sorte de courant liquide (p. 281). En quoi diffère-t-1l du cambium ancien? On ne l'explique pas davantage, car nous n'acceptons pas comme définition tout ce qu'on dit dans la citation qui va suivre. Ce qu'on semble bien savoir , c’est qu'il afflue en abondance au printemps dans la couche celluleuse de la zone génératrice (p. 284); que ce n’est pas lui qui se transforme d’une part en une couche nouvelle de liber, et d’autre part en une couche nouvelle de bois : « Le cambium (p. 284) est le fluide essentiellement « nourricier du végétal, comme le sang pour les ani- « maux. ÎL CONTIENT TOUS LES ÉLÉMENTS propres à for- « mer les tissus et les différents principes qui doivent « entrer dans la constitution du végétal (1). Mais de
(4) I contient tous les éléments propres à former les tissus, mais il ne les forme pas.
: INTRODUCTION. 133 « même que le sang ne se transforme directement ni « en muscles, ni en tissu cellulaire, ni en graisse, en « un mot en aucun des éléments organiques des ani- « maux, mais que seulement il fournit à chacun de « ces organes (1) les matériaux propres à leur déve- « loppement, à leur entretien, de même aussi nous « PENSONS que le camgrum dont on ne peut nier la si- « militude avec le: sang des animaux , FOURNIT À LA &« FOIS LES MATÉRIAUX NÉCESSAIRES À LA FORMATION DU & NOUVEAU LIBER ET DES NOUVELLES COUCHES LIGNEUSES. « N'ougrions pas que ces nouveaux tissus se montrent « d’abord sous la forme d’utricules, avant de devenir « fibres ou vaisseaux. » Nous ne l’oublierons certainement pas ! Mais continuons, puisque cela est absolument nécessaire.
« En effet, au moment où les phénomènes de la vé- « gétation vont se produire, il existe, comme nous « l'avons déjà dit plusieurs fois, entre le bois et l’é- « corce (2), une couche de tissu utriculaire (3) qui « les réunit l’un à l’autre. C’est dans la portion la « plus intérieure de cette couche celluleuse, dans celle « qui touche le corps ligneux, qu'on voit affluer en « abondance les sucs nutritifs.
« Ces suCs, PAR LEUR PRÉSENCE MÊME (4), détermi-
(1) On nous dira sans doute un jour d’où viennent les organes.
(2) De quels végétaux voulez-vous parler ?
{3) D'où vient-il ?
(4) Il est bien entendu, d’après tout cela, que ces sucs, qui renferment en eux tous les éléments de l’organisation , n’organisent cependant rien, pas même les utricules, et que celles-ci ne résul-
nent la formation d’un grand nombre d’utricules nouvelles, soit par l’apparition de cloisons dans l’intérieur des utricules déjà existantes , soit par celle d'utricules nouvelles entre celles déjà formées. Cette masse utriculaire ne tarde pas à se séparer en deux portions (1), l’une appliquée contre la surface externe du corps ligneux se transforme petit à petit en bois; dans l’autre, dans celle qui est rapprochée de la face interne du liber, s'organisent de nouveaux faisceaux fibreux et libériens.
« L'une et l’autre restent séparées par une zone de üssu utriculaire dans laquelle se fait une formation incessante de nouvelles utricules, jusqu’au moment où s'arrêtent les phénomènes de la végétation. Alors le tissu cellulaire, composant la zone génératrice, reste comme moyen d'union entre le bois et l'écorce qui viennent de se former, et c’est en lui que se montrera l’année suivante la succession des phénomèênes que nous venons d'exposer et qui donneront encore naissance à de nouvelles formations ligneuses et libériennes. »
Nous avouerons franchement que nous ne nous
sentons pas le courage de discuter sérieusement de telles choses, même sur le champ de la controverse où nous sommes entré, et que nous ne nous y déci-
tent que de la seuLE PRÉSENCE des sucs nutritifs qui agissent probablement par une puissance catalytique. Il ne fallait réellement plus que cette définition pour achever le cambium, selon nous, déjà mort depuis longtemps.
(4) H y a donc une séparation.
INTRODUCTION. 135 derons jamais que forcé et contraint ; car pour les caractériser convenablement il faudrait briser avec force la limite de réserve que nous imposent les convenances, ce que nous ne devons et ne voulons pas faire. Bornons-nous donc, sur ce point, tout en conseillant à ces phytotomistes et physiologistes modernes de montrer à leurs élèves intelligents, avant de les leur imposer, les curieux phénomènes qu'ils viennent de décrire et d'expliquer, bornons-nous à faire remarquer, à notre tour, que le cambium, en passant par les nouvelles transformations qu’on vient de lui faire subir et en changeant de caractère et de nom, ne s'est pas prodigieusement élucidé dans notre esprit, et qu'après tous les éclaircissements fondamentaux qu'on vient de fournir, nous ne concevons pas davantage quels sont sa uature, son origine, ses propriétés, son action, etc.
En effet, qui pourra dire exactement, d’après ce que nous venons de voir, excepté les phytotomistes avec lesquels nous différons complétement d'avis, si le nouveau cambium qu'on nous présente, si ce puissant fluide nutritif qu'on préconise avec tant de chaleur aujourd'hui, et auquel on fait jouer un rôle immense,
est organisateur des tissus utriculaires, s’il est simplement nutritif, tout ambigu qu'est le mot, ou, enfin, un agent excitateur ; ou mieux, s'il est à la fois cause et eflet, c’est-à-dire nutritif, excitateur, organisateur, et plus encore, car d’après tout cela, nous ne voyons réellement pas pourquoi on lui refuserait le titre de créateur. Peut-être trouverons-nous ailleurs la solu-
tion de ces questions, le mot de ce qui, pour nous, est encore une énigme.
Faisons aussi remarquer, en passant, d'après nos savants contradicteurs, qui, eux aussi, nient avec beaucoup de raison l'entière séparation, à une époque quelconque de la vie des plantes, de leur écorce et de leur bois (1), que la masse utriculaire située entre le bois et l'écorce, ne tarde cependant pas à se séparer en deux portions, dont l’une est appliquée contre la surface externe du corps ligneux, l’autre contre la face interne du liber. Il devrait naturellement résulter de cette séparation, sinon une complète solution de continuité ou un vide parfait, ce que nous n'admettrions pas davantage, du moins un affaiblissement d’autant plus prononcé que c'est précisément là, dans cet espace intermédiaire, q1on place le foyer de développement des nouvelles utricules génératrices, lesquelles n'arrivent probablement pas au monde toutes formées, entièrement solidifiées, avec toute la force
d'adhésion qui les caractérise à leur état adulte. En partant de ce principe que les tissus ne naissent pas tout solidifiés, peut-être trouverions-nous deux autres points d’affaiblissement plus ou moins vulné-
(4) Nous ne tenons pas le moindre compte, bien entendu, de ce qu’ils disent (p. 284, ligne 43) de la séparation en deux couches n: s: zone génératrice, qui, dans beaucoup de végétaux, n ’existe
un nom plus exact, car ce n’est là qu’une
des mille ions que nous avons remarquées dans leurs écrits. Nous reviendrons naturellement sur ce sujet pour le combattre à fond,
rables à n'importe quoi, fluides ou solides, d’après la phrase suivante régulièrement commentée : « l’une et « l’autre de ces portions de la masse primitive, trans- « formées en bois et en liber, restent séparées par une « zone de tissu utriculaire dans laquelle se fait une « formation incessante de nouvelles utricules (1). »
Il résulterait donc, pour nous du moins, de cette simple et consciencieuse analyse, que, pendant l'acte de la végétation, il pourrait se produire dans cette couche utriculaire qui sépare l'écorce et le bois, une voie au moins et trois au plus, par lesquelles tous les sucs nutritifs et tous les cambiums liquides du monde pourraient facilement passer et librement circuler. Reste même à savoir si « la zone de tissu utriculaire « dans laquelle se ferait une formation nouvelle in- « cessante, » ne serait pas entièrement perméable à ces divers fluides ?
Comme on le voit, nous ne voulons pas aborder ici la question des faits, mais seulement raisonner un peu sur les théories.
Mais comme nous serons infailliblement mis en demeure de revenir sur ce sujet devenu fatalement complexe, ce à quoi tendent tous nos vœux, ne nous y arrêtons pas plus longtemps et continuons nos citations jusqu’au bout, en attendant les réponses que nous mettons nos contradicteurs dans l'obligation de nous faire:
(1) Comme nous ne voulons pas nous trop éloigner de notre sujet, nous laisserons passer ici tout ce qu’on dit de la zone utriculaire sans le soumettre aux justes critiques dont il sera un peu plus tard Pobjet. Mais nous devons signaler nos réserves à cet égard.
ES
(P. 285) : « Ainsi si et pe nous résumer ,
la formation annuelle
et libériennes, est due à la transformation de: la couche celluleuse qui unit le bois et l'écorce et qui s’augmente et se reproduit incessamment par l’afflux des sucs nutritifs, d’une part en faisceaux fibreux qui constituent un nouveau feuillet de liber, et d’autre part en faisceaux fibreux et vasculaires, qui forment une nouvelle couche de bois. À notre avis, les fibres ligneuses et celles de l'écorce ne descendent pas de la base des bourgeons, elles se forment, elles s'organisent dans la place même où on les observe. C'est le tissu utriculaire qui de proche en proche, et souvent avec une rapidité surprenante, se transforme en vaisseaux, par l'allongement de ses utricules, par la résorption des cloisons qui les séparaient, et par les modifications que les dépôts secondaires viennent apporter dans la nature de leurs parois. En général, c’est l'AFFLUx DES LIQUIDES SÉVEUX qui est la première des causes qui agissent pour opérer la transformation du tissu utriculaire en vaisseaux. Mais plusieurs autres causes peuvent également contribuer à cet important résultat. Ainsi les FEUILLES, PAR L'INFLUENCE IMMENSE QU'ELLES EXER- CENT SUR TOUS LES PHÉNOMÈNES DE LA VIE VÉGÉTALE, Se-
# À 1 pd " 1 RSR UE EE | part de causes chtis qui déterminétont Ja métamorphose des utricules en vaisseaux. C’est alors que les fibres se continueront de leur base jusque dans l’axe végétal. Mais ces fibres ne descendront pas des
INTRODUCTION. 159 « feuilles, seulement elles se coxrinuEeronr, avec celles « qui se seront organisées dans leur intérieur. »
Que trouvons-nous dans ce nouvel et long article qui résume toutes les idées et les objections de nos contradicteurs, sinon leur avis, mis en opposition avec celui des physiologistes de tous les temps, avec les faits irrécusables et si nombreux établis par Agricola, ses prédécesseurs et ses émules, par de La Hire, Aubert du Petit-Thouars, et par MM. Poiteau, Knight, Lindley, Ménéghini, etc., et enfin, par nous-même. Où sont les preuves, les expériences, les faits appréciables par qui que ce soit, pouvant étayer, et même autoriser les étranges assertions qu'on nous oppose et qui ont conduit leurs auteurs à commettre les énormes erreurs dont fourmillent leurs écrits, écrits dont l’intérêt et l'utilité déjà si médiocres, s’affaiblissent encore à chaque édition, par suite de l'opposition systématique qu'ils cherchent à faire à nos travaux, eux qui n'en comptent aucun; par l’incontestable partialité qui les porte à ne citer que les douteuses ou fausses expériences de leurs amis scientifiques et à repousser, sans examen, sans discernement, sans justice, tout ce qui ne vient ni d'eux, ni des leurs. N'est-ce pas, nous le demandons à tous les hommes de conscience et de cœur, une guerre détestable et dont les seules victimes ne peuvent être, après tout, que trois ou quatre générations abusées par de semblables doctrines.
Nous l’acceptons toutes fois, en nous engageant à y consacrer jusqu'à la dernière de nos forces.
Comme nous avons précédemment combattu, dans
nos divers mémoires et avec des preuves suffisantes, palpables, incontestables aux yeux de tous, toutes les trompeuses assertions que contient cette dernière citation, nous pourrions fort bien, et sans le moindre inconvénient, passer outre, si nous ne tenions, dans l'intérêt de la science et pour l'honneur de la physiologie de notre époque et de notre pays, à démontrer plutôt vingt fois qu’une, que la vérité, qui ne peut être
double, est tout entière de notre côté et non ailleurs.
Nous allons donc chercher à établir, par de nouveaux arguments, que rien, absolument rien de ce qu'on soutient dans ce résumé de toutes les objections, ainsi que dans les objections elles-mêmes, n’est et ne peut être exact, pas plus physiquement, chimiquement que physiologiquement, et que si l’on adoptait de telles idées, de semblables hypothèses et d’aussi profondes illusions pour diriger la science des végétaux, il n'y aurait plus dès ce moment à connaître que le cambium pour les uns, pour les autres le fluide nutritif et un prétendu tissu générateur susceptible de se modifier PAR LA PRÉSENCE MÊME de l’un ou de l’autre de ces fluides encore incompris, surtout de nos savants contradicteurs, et par L'INFLUENCE IMMENSE qu'exercent les feuilles sur tous les phénomènes de la vie végétale, feuilles qui, DANS BEAUCOUP DE CIRCON- STANCES , sont le point de départ des causes excitantes QUI , JOINTES À CELLES DE LA SÉVE, DÉTERMINENT LA MÉ- TAMORPHOSE DES UTRICULES EN VAISSEAUX.
Ce qui veut bien dire, apparemment, que les utricules de la zone génératrice se transforment alternati -
INTRODUCTION. tai vement, ou mieux, indifféremment, sous l’action du fluide nutritif, du cambium, des feuilles, de la séve, etc., tantôt sous l'influence de l'un, tantôt sous l’influence de l’autre, selon les temps , les lieux, les circonstances, ou, autrement dit, sans règles, sans lois et proprement au hasard.
Sinous avons bien compris nos contradicteurs, nous pouvons leur assurer d'avance que jamais une seule personne, alors même qu'elle serait née sur les terrains magnésiens du Jura ou de l'Isère (4), n’acceptera leurs théories physiologiques.
Que nous disent, à nous, ces grandes et superbes phrases, qui, à nos yeux, ne renferment que la négation de tout ce qui est, de tout ce que l’auteur de la nature a si sagement ordonné sur cette parcelle de l'univers où il nous a placés? Rien, sinon qu'en les adoptant, il faut renoncer pour toujours à tout principe régulier d’organogénie, d’organographie, d’anatomie, de physiologie, etc.; et que, puisque cessciences, en y comprenant, bien entendu, l’agriculture, l'horticulture et la sylviculture qui en sont à la fois les dépendances et le but le plus essentiellement humanitaire, n'existent plus, même de l’aveu selon nous le plus explicite de nos contradicteurs, il faut dès ce moment supprimer les chaires très-dispendieuses où elles sont enseignées.
Et c’est avec de tels moyens, avec des intentions qui ne sont plus douteuses pour nous, du moins, aujour-
(4) Voy. les importantes recherches de MM. Granges et Chatin.
d'hui que les faits ont parlé; c’est en niant, sans les connaître, les plus admirables travaux qui aient jamais été produits au grand jour de la science et qui seuls peuvent conduire à la connaissance des vérités qui nous sont encore cachées, qu'on a la prétention de nous combattre, de nous vaincre, ou, pour mieux dire, de nous réduire au silence !
Ils ignorent donc encore ces phytotomistes malencontreux, que Dieu nous a doué d’une volonté inflexible contre laquelle, avec le temps, viendront se briser leurs téméraires efforts, et qu'armé comme nous le sommes d'innombrables anatomies, dont la moindre de toutes est capable de renverser leurs plus pompeuses conceptions imaginaires, nous sommes aussi en position de leur prouver que, sans le savoir et, nous en avons la confiance, sans le vouloir, ils trompent cependant la jeunesse à laquelle ils mculquent et imposent, à la place de théories vraies et parfaitement établies par l'expérience et les faits, des doctrines fatalement mensongères et ne reposant sur rien qui se puisse le moins du monde démontrer.
Mais ce n'est pas par des dénégations seulement que nous voulons repousser les objections aui ont été dirigées contre nos travaux , les mieux démontrés qui aient encore légitimement pris place dans la science, mais bien par de nouveaux faits, puisque ceux que nous avons déjà produits ont pu sembler insuffisants, et par des raisonnements dont la logique ne sera contestée par personne.
Nous ne demanderons plus à nos contradicteurs ce
INTRODUETION. 143 que c'est positivement que leurs sucs nutritifs, d’où ils viennent et où ils vont; si, comme leurs noms semblent l'indiquer, ces sucs sont appelés à nourrir quelque chose, quoi que ce soit, ou bien, comme on le dit trop légèrement peut-être, si on doit les considérer exclusivement comme des fluides organisateurs. Nous ne leur ferons plus ces questions, puisqu'ils sont dans l'impossibilité de nous répondre autrement qu’ils l'ont fait déjà, c’est-à-dire que leurs sucs sont à la fois nutritifs, excitateurs et organisateurs.
Mais comme nous ne nous contentons pas de définitions aussi complexes et aussi vagues, nous leur conseillerons de se mettre en mesure de faire un peu plus et mieux; de nous donner ou de nous indiquer quelques faits à l’appui de leurs assertions et qu’on puisse vérifier, s'ils ne véulent eux-mêmes être promptement réduits au silence qu'ils voudraient nous imposer. Nous les prévenons d'avance que nous avons à notre disposition tout ce qu'il faut pour cela.
Nous n'avons pas voulu relever les hérésies physiologiques du chapitre précédent, où l’on compare le fluide nutritif, quel qu'il soit, au sang des animaux, parce que nous aurions pu nous oublier au point de dire toute notre pensée sur de telles assertions et les qualifier avec toute la sévérité que commande l’importance du sujet. Nous espérons que les phytotomistes qui contredisent les principes que nous avons émis réfléchiront un peu avant de proposer de nouveau les leurs, et qu'ils sentiront désormais le besoin d'être plus explicites et avant tout plus circonspects.
Les intérêts de la science leur en imposent aujourd'hui la loi.
Admettons toutefois, mais pour un instant seulement, que ce sont bien des sucs nutritifs qui affluent entre le bois et le liber et qui, par leur seule présence, constituent la couche celluleuse génératrice; que les cellules de cette couche presque imperceptible dans le plus grand nombre des végétaux, aient la faculté, sous l'action de ces fluides, de la séve, d’une influence quelconque des feuilles et des racines, de se transformer spontanément et avec une rapidité surprénante, les unes en fibres et vaisseaux du bois, les autres en fibres du liber. Cette question complexe nous semble résolue d’ avance négativement par les seuls phénomènes physiques qui vont nécessairement résulter de ces curieuses actions physiologiques.
On sait depuis longtemps, et nos expériences longuement continuées le démontrent sans réplique (1), que les tiges des végétaux, dès qu’elles sont lignifiées, ne s’allongent absolument plus et ve le ne:
d'élongation des tissus quel ui ne peut avoir lieu que dans les baniies siérnintt mérithalliennes des productions annuelles et dans les üissus radiculaires, ligneux et libériens, qui sont aussi des productions annuelles.
Comment alors, avec la théorie des eee, expliquera-t-on l'allongement des utricules qui, mises
(4) Voy. Gaudichaud, Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 40 mai 4847:
INTRODUCTION. 445 bout à bout, composent les vaisseaux du bois, ce qu'on appelle les fibres ligneuses, et enfin les fibres beaucoup plus longues encore du liber?
Il y a là un problème que les partisans des sucs nutritifs et organisateurs et de tous les cambiums du monde auraient dû commencer par résoudre avant de proposer leur nouvelle doctrine à leurs élèves, où au moins avant de nous l'opposer.
On conçoit facilement que les vaisseaux mérithalliens et radiculaires de l'écorceet duboiss’allongent entoutes proportions par le développement naturel de toutes leurs parties (mérithalliennes et radiculaires); mais on ne comprend plus comment, les années suivantes, les fibres et vaisseaux qui forment les nouvelles couches de liber et de bois, ont aussi de très-grandes dimensions en longueur, comparativement aux cellules ambiantes, qui, lorsqu'elles ont acquis de certaines proportions normales pour chaque partie d’un végétal, restent absolument stationnaires comme les régions de tige dont elles font partie.
Les vrais anatomistes savent que les articles allongés qui composent les vaisseaux ligneux et surtout lés fibres libériennes, acquièrent parfois d'assez grandes dimensions verticales. C’est ce que nous avons essayé d'expliquer dans la théorie d’accroissement en diamètre des tiges par des phénomènes de descension.
Nos contradicteurs ont-ils tenté d'expliquer ces curieux phénomènes par leurs principes distincts, en ont-ils même fait mention? Pas le moins du monde.
Tout ce qu’ils nous disent à ce sujet, c'est que le
Boxrre.— Botanique. 10
tissu générateur situé entre le bois et l'écorce est primitivement composé de jeunes utricules dont les intérieures, celles qui sont situées au contact du bois, se transforment en utricules organiques de vaisseaux ou de fibres ligneuses ; et les extérieures , celles qui touchent à l'écorce, en fibres libériennes.
Ce tissu, disent-ils, ne laisse aucun espace vide dans lequel les fibres puissent glisser et descendre (p. 282). Il faudrait qu'elles écartassent les utricules du tissu générateur pour passer entre elles comme le font les tubes polliniques, etc. (p. 283).
Nous avons donc affaire à un tissu générateur de récente formation, c'est-à-dire trés-réduit, très-mou et se. déchirant avec la plus grande facilité, et cependant ne laissant pas d'espace vide entre ses utricules, par où les fibres puissent passer, quelle que soit la force qui les sollicite. De quelle façon, alors, expliquent-ils l'allongement des fibres, celles du liber surtout qui, fort souvent, n'ont pas moins de vingt, trente et cinquante fois la longueur des prétendues utricules génératrices qui, selon eux, les produisent ? Ces utricules marchent donc au moins partiellement, n'importe dans quelle direction ; elles ont donc aussi la force d’écarter les autres utricules de la masse génératrice pour se glisser entre les interstices des utricules anciennes ou nouvelles qui les composent.
Que devient, dès lors, cette partie de leurs objections? Selon nous, elle est déjà fortement ébranlée — sinon anéantie.
Mais achevons la démonstration de ce fait curieux,
INTRODUCTION. 147 qui n'a certainement pu leur échapper et que seulement ils ont oublié de mentionner.
Pour cela faisons quelques suppositions.
Au moment où a lieu la formation de la nouvelle couche, l’espace compris entre le bois et l'écorce est rempli par ce que nos adversaires nomment la zone génératrice (p. 284). Elle se compose d’utricules tellement rapprochées, que leurs observations microscopiques leur ont démontré qu’il n'existe pas plus entre ces utricules qu'entre la zone entiere, le bois et l'écorce, d’espace vide dans lequel les fibres puissent glisser et descendre. Ce qui ne les empêche pas d'affirmer que les utricules les plus intérieures de cette zone se convertissent en filets ligneux, et les plus extérieures en fibres du liber, et que les uns et les autres s’allongent notablement.
Supposons maintenant une de ces utricules destinée à former un des articles, ou, autrement dit, un élément vasculaire. Donnons à cette utricule primitive et encore vierge de toute modification une dimension arbitraire quelconque, par exemple un millimètre, et voyons si en changeant de nature elle ne produira aucun mouvement.
Pour cela nous n'avons qu’à choisir entre trois suppositions :
1° Ou cette utricule, à partir de sa place organique primitive, s’allongera de haut en bas;
2 Ou de bas en haut;
3° Ou, enfin, par les deux extrémités.
Si maintenant nous supposons que cette utricule
148 INTRODUCTION. | transformée à l’état de fibre verticale, ait par exemple quinze millimètres, elle aura donc grandi et parcouru vers la partie inférieure ou vers la partie supérieure un espace égal à quatorze millimètres. Supposons encore que, sans changer de place, elle se soit développée par les deux extrémités, par exemple, comme un poil de malpighiacée, et que son centre ait strictement conservé le point d'insertion qu'elle occupait dans son état primitif, elle ne s’en sera pas moins allongée de quatorze millimètres , c'est-à-dire de sept vers la base et de sept vers le sommet.
Dans ces trois cas, elle ne se formerait donc pas sur place; elle marcherait donc, partiellement du moins, vers la base ou vers le sommet de la tige, ou, enfin, alternativement ou simultanément vers les deux extrémités. Mais ce n'est pas tout.
Cette zone génératrice jouit, nous dit-on, de la double faculté de former incessamment de nouvelles utricules, et, pendant un certain temps , d’en transformer une partie en fibres ligneuses et libériennes. Ces utricules qui doivent naturellement avoir les dimensions normales de toutes les autres, en grandissant ainsi que nous le supposons de quatorze millimètres, ont donc acquis les dimensions de quatorze utricules normales ou ordinaires, et comme on nous assure qu'il n’y a pas d'espace vide, pas plus entre les utricules de la zone génératrice qu'entre cette zone,
’écorce et le bois, elles ont done dû en refouler au moins un égal nombre pour s’introduire et s'étendre dans les méats de leurs congénères.
On sait enfin que ces fibres ligneuses et libériennes, celles-ci surtout, sont fortement unies bout à bout, et que généralement elles offrent en cet état une grande ténacité (1). Ce fait, qui est incontestable, exigerait à lui seul, pour être convenablement discuté et développé , au moins un volume d’utiles dissertations. Elles seraient déplacées ici.
Mais comme nous avons témérairement résolu d’expliquer tout ce qui se passe dans les phénomènes organiques et physiologiques des végétaux que nous avons été à même d'observer, nous pouvons bien essayer, par anticipation, de rendre compte, au moins par des suppositions, de ce qui aurait nécessairement lieu si l’on adoptait les assertions de nos habiles contradicteurs.
Pour cela , nous n'avons qu'une nouvelle supposition à faire.
Nous supposerons que les utricules destinées à former des fibres , quelle que soit d’ailleurs leur nature (ligneuse , corticale ou autre), s’allongent toutes par les deux extrémités et qu elles ont exactement la même longueur, et nous trouverons que les utricules mères qui les produisent, naissent régulièrement à quatorze millimètres les unes des autres; que l’extrémité ascendante de l’une va se greffer à sept millimètres de distance, à l'extrémité descendante de l’autre, et vice versa; en un mot, que chacune fait la moitié du che-
(1) En traitant des fibres textiles, nous donnerons des mesures exactes de leur longueur et de leur force de ténacité.
min, ce qui serait, comme on le voit, un effet trèscurieux à constater.
Malheureusement pour nos calculs, les fibres ligneuses et libériennes sont généralement de longueur fort inégale (1); ce qui n’empêcherait peut-être pas le phénomène d’avoir lieu, mais seulement avec moins de régularité.
oh voit, pa ce qui pes que loin de fuir les diffi-
au-devant d’elles, ce que,
tant que nous vivrons, nous necesserons jamais de faire.
Nous avons résolu d'éclairer toutes ces ténèbres et de débrouiller entièrement ce chaos dans lequel on a plongé la science.
Nous avons déjà répondu à cette autre partie de l'objection qui dit (p. 285): « En général, c'est « l’afflux des liquides séveux qui est la première des « causes qui agissent pour opérer la transformation du « tissu utriculaire en vaisseaux, » en déclarant, que c'est constamment à la partie supérieure des branches que cet afflux, puisqu’afflux il y a, commence à se montrer. C’est aussi en ce point supérieur que l'écorce , fortement unie au bois pendant tout l'hiver,
(4) En nous t d } h anatomianes et miques LD HOUS q
sur le liber, nous avons remarqué que, sur quelques végétaux j'a cotylés ligneux, les mailles filiformes de ces matières textiles sont généralement plus longues la seconde année que celles de la première, etc. Leurs dimensions sont quelquefois relatives aux conditions météoriques plus ou moins favorables du printemps et de Vété. Nous engageons les anatomistes à donner suite à ces recherches. Elles fourniront d’utiles renseignements pour la science et les arts économiques,
INTRODUCTION. #54 commence à s enlever avec facilité, alors qu'elle est encore adhérente et fortement greffée dans toutes les régions inférieures du rameau de la branche ou de l'arbre; c'est précisément là, à la base des bourgeons, que se rencontrent les premiers linéaments naissants des filets descendants de ces bourgeons, filets qu'il est d'autant plus facile d'observer et de suivre dans leur trajet descendant, qu'ils sont courts et à peine ébauchés, qu'ils nagent, pour ainsi dire, au sein de tissus tuméfiés, mous et fortement imprégnés et baignés d’un fluide qu’on peut, si l'on veut, nommer nutritif, cambium, etc., puisque la question n’est pas là ; tous ces effets se continuent, de proche en proche, petit à petit, et avec une rapidité assez grande, mais non surprenante, depuis le sommet des tiges jusqu'à la base du tronc et des racines (1). Ces filets ne se forment donc pas A LA FOIS et avec Une RAPIDITÉ SURPRE- NANTE (p. 285) dans toute la longueur de la tige (p- 280 et 281 ) de l'arbre, mais bien plutôt, et comme vous le dites d’ailleurs vous-même (p- 282 et 283), en vous contredisant sans cesse, peu à peu, petit à petit, de proche en proche, etc., et comme nous vous l’assurons , nous, invariablement de haut en bas, du sommet des rameaux à l'extrémité des racines. Ils commencent positivement au sommet des arbres et finissent positivement à la base!
(1) Les véritables physiologistes comprendront toutes les conséquences de ce fait constant, conséquences qui seront mises en lumière et largement développées dans notre physiologie que nous ne devons et ne voulons pas trop déflorer ici.
Les écoliers de nos campagnes qui, au printemps, sont de grands fabricants de sifflets d’écorce, l’apprendront à ceux qui l’ignorent encore. Tous, en effet, savent parfaitement que l'écorce des jeunes rameaux se détache librement à leur sommet, longtemps avant qu'il en soit ainsi à leur base, où les moyens artificiels que ces enfants emploient , restent
ordinairement sans succès.
L'afflux d Fe RCA | sua t ]
, CE > entre le bois et l'écorce, se montre donc d’abord aux extrémités supérieures des végétaux, et, de proche en proche, PETIT À PEnT, de ces extrémités supérieures vers la base du sujet tout entier. Or, si on nous accorde ce fait, que nous avons cent fois vérifié (2), la théorie de la descension, comme nous l’entendons (3), des tissus vasculaires ou ligneux , sera suffisamment démontrée, au moins pour les rameaux, les branches et le tronc des arbres,
Terminons donc, sur ce point, en assurant pour la
(1) Nous n'acceptons pas plus le titre que les propriétés. Le fluide nutritif des végétaux est la séve. Les physiologistes ont eu tort de confondre la préparation des fluides avec leur assimilation. Il y a tout un monde de différence entre ces deux effets.
(2) On peut le constater vingt fois, dans la même année, sur un seul rameau ou jeune sujet, en coupant successivement ses parties supérieures.
C’est par ce moyen que nous avons obtenu de jeunes tissus radiculaires, d’un seul plant, depuis le sommet jusqu’à la base, depuis le mois d’avril jusqu’au mois de septembre.
(3) Voy. Gaudichaud, Comptes rendus de l'Académie des sciences, Séance du 22 février 1841, p. 369.
centième fois que nous avons vu naître les filets, que nous les avons vus et pour ainsi dire suivis dans des milliers d'expériences comparatives, depuis le point d'insertion des bourgeons, où ils commencent à se montrer, Jusqu à la base du tronc et des racines, où ils se terminent; que nous avons des preuves claires comme le jour à donner à l'appui de nos assertions et qui démentent inflexiblement celles de nos contradicteurs.
Nous offrons de les montrer à qui voudra les voir. Nous ne les avons sans doute pas vus marcher ni se constituer, mais nous les avons tellement bien suivis que nous sommes absolument sûr de notre fait !
Les objections qui nous ont été présentées tombent naturellement devant les faits que nous venons de signaler et que tous les phytotomistes peuvent maintenant vérifier avec facilité sur tous les arbres de nos contrées, depuis le 15 avril (quelquefois plus tôt), jusqu'à la fin du mois d’août (souvent plus tard); elles disparaissent surtout complétement devant les nombreuses préparations qui ont été mises sous les yeux de l’Académie des sciences et toutes celles, encore plus nombreuses, que nous tenons à la disposition de nos contradicteurs, s'ils se décident, enfin, à voir, à étudier, à comprendre avant de juger aussi légèrement et magistralement qu'ils le font.
Nous terminerons les réfutations de ces objections, qu’on eût mieux fait de garder pour soi, par le paragraphe le plus court, et, pour nous, le plus extraordinaire. Il est tellement étrange, en effet, que c’est avec
le plus vif regret que nous nous trouvons réduit à le combattre.
Après avoir dit (p. 285), que c’est le tissu utriculaire, qui, de proche en proche, et souvent avec une rapidité surprenante, se transforme en vaisseaux par l'allongement de ses utricules, sans indiquer aucune espèce de direction appréciable, puisque ces utricules s'organisent dans la place même où on les observe; après avoir ajouté que c’est l’afflux des liquides séveux qui est la première des causes qui agissent pour opérer la transformation du tissu utriculaire en vaisseaux ; après avoir reconnu que les feuilles, par l'influence immense qu'elles exercent sur tous les phénomènes de la vie végétale, seront dans beaucoup de circonstances le point de départ des causes excitantes qui détermiueront la métamorphose des utricules en vaisseaux ; et, enfin, après avoir avancé que c’est alors que les fibres se continueront de leur base, jusque dans l’axe du végétal; que ces fibres ne descendront pas des feuilles, mais seulement qu’elles se continueront avec celles qui se seront organisées dans leur intérieur, etc. , grandes et belles phrases sonores, absolument vides de sens, et qui ne nous paraissent pas dignes d’être sérieusement réfutées, les auteurs qui, chacun le voit maintenant, ne sont pas avares de se contredire euxmêmes, ajoutent : « De même (p. 285), la formation « de nouvelles racines, soit dans l’intérieur de la terre, « soit dans l'atmosphère, qui seront des organes puis- « sants d'absorption, ou enfin tout autre phénomène “analogue, pourront être des causes excitantes propres
INTRODUCTION. 155 « à opérer le changement des utricules en fibres, et « COMME LE MOUVEMENT NUTRITIF S'EXERCERA ICI DE « BAS EN HAUT (s2C), la transformation successive « POURRA S'opérer dans le même sens. Mais je n’ad- « mets pas non plus que dans ce cas les fibres mon- « tent des parties inférieures vers les supérieures. La « cause excitante, le point de départ ExERCENT LEUR « ACTION DE BAS EN HAUT, mais ils agissent sur des « organes occupant déja la place qu'ils devront con- « server toujours malgré les transformations qu’ils « pourront éprouver. »
Il paraît bien démontré, d’après cette dernière phrase, un peu moins obscure que toutes celles de l'article précédent, que, puisque les fibres des racines pe montent pas, mais qu'elles se forment progressivement de bas en haut, le même phénomène devrait avoir lieu, dans un ordre inverse, pour les fibres des tiges, et que le mouvement nutritif, dans celles-ci, s’exercerait de haut en bas, ce qui serait parfaitement d'accord, en ce qui concerne les tiges, avec nos observations, mais en opposition directe avec les idées de nos contradicteurs.
Malgré tous les efforts que nous avons faits pour expliquer ces lignes, il nous est impossible d'arriver à aucune autre interprétation. Il reste dès lors bien entendu que, selon les auteurs, si les fibres ligneuses des tiges ne commencent pas à la base des bourgeons ou des feuilles pour se continuer de haut en bas jusqu’au collet , elles se rencontrent du moins en ce dernier point avec celles des racines qui se constituent de bas
en haut; et que, supérieurement, les mêmes fibres caulinaires, qui ne montent ni ne descendent, se continuent avec les fibres propres des feuilles.
D'après ces principes quelque peu hétérogènes, les fibres ligneuses des tiges se formeraient dans une parfaite indépendance des feuilles et des racines, et ne feraient que s’aboucher ensuite supérieurement avec celles des feuilles, et inférieurement avec celles des racines : 4° sous l’action simultanée des feuilles QUI, D'UN CÔTÉ ET DANS BEAUCOUP DE CIRCONSTANCES seraient le point de départ des causes excitantes qui déterminent la métamorphose des utricules en vaisseaux ; 2° sous l’action des nouvelles racines terrestres ou aériennes qui sont des organes puissants d'absorption ; ou enfin 3° sous l’action DE TOUT AUTRE PHÉNOMÈNE ANALOGUE Mais indéterminé, qui pourra être une cause excitante propre à opérer le changement des utricules en vaisseaux, etc.
Parler encore de l’action de la séve, sous le même rapport, serait peut-être abuser de la patience du lecteur, surtout après ce que nous venons d’en dire un peu plus haut.
De tout cela, il semble résulter qu'il y a des causes particulières , spéciales, indépendantes, pour la formation de ces fibres dans les feuilles, les tiges, les racines, et comme nous allons le voir bientôt, dans les radicelles qui forment le chevelu.
Mais, alors, comment faire accorder tout cela avec cette phrase(p.281) : « L'accroissement alieu en même «temps dans toute la longueur de l'arbre. »
IH n'y aurait donc ni commencement ni fin?
À la vue de telles objections, de tels faits, de tels principes, qui ne sauraient se justifier, il faut reconnaître que l'esprit d'opposition a bien fatalement pénétré dans les idées de nos contradicteurs, et que l'erreur qui les domine a poussé de bien profondes racines dans le champ qu'ils cultivent, pour qu'ils aient osé opposer de telles fables aux principes de la théorie des mérithalles. Celle-ci, au moins, s'appuie sur des milliers de faits bien observés, régulièrement constatés et presque généralement adoptés par les plus illustres savants qui s'occupent d'anatomie et de physiologie.
Comment, c'est avec des idées subversives de toute physiologie et qui ne reposent absolument sur rien, qu'ils espèrent combattre et annuler les faits matériels, nombreux et concluants qui les contredisent ? Pensent-ils donc que l'esprit humain, de nos jours si intelligent, si actif, si progressif, qui aspire avec tant de force et de passion à la connaissance du vrai, surtout dans les sciences naturelles, se nourrira sans examen préalable des fruits décevants de leur imagination en délire (1)? Où sont les observations qui les ont conduits à de semblables théories ?
C’est en vain qu'on les chercherait puisqu'elles n'existent pas et qu'elles sont matériellement impossibles à démontrer. Toutes les erreurs de nos contra-
(1) Pour nous, nous n’accordons à personne le droit de renfermer l’esprit de la jeunesse dans un labyrinthe sans issue.
dicteurs, car il n'y a en réalité que des idées erronées dans leurs objections, se trouvant suffisamment réfuiées dans les notes qui vont suivre et terminer cette introduction, nous passerons provisoirement outre, en faisant pourtant remarquer une fois de plus, que nonseulement elles ne peuvent atteindre la théorie des mérithalles, mais encore qu'elles frappent au contraire avec force sur les doctrines de tous leurs partisans, nos contemporains, dont ils citent avec tant de complaisance les 1MPORTANTS TRAvVAUx, comme sur les leurs propres; ce que, dans leur aveugle passion de contredire, ils n’ont même pas remarqué.
Il suffit, en effet, de tourner quelques pages pour trouver dans les travaux qu’ils adoptent « des oBser- « VATIONS FORT IMPORTANTES (p. 289) et qui tendent à « ÉCLAIRER le mode encore si obscur et si contesté de la « formation des fibres des Monocotylés. » Là, en effet, on verra (p. 290) : « une innombrable quantité de filets « presque invisibles à l'œil nu, tant ils sont gréles et « transparents, PARTANT de tout le pourtou interne « du stipe et S’ÉLEVANT vers la partie haute et centrale « du phyllophore dont ils surveNT intérieurement les « contours superficiels. Tous vont S’ALLONGEANT et se « RAPPROCHANT par leur EXTRÉMITÉ supéRIEURE de la « base des jeunes feuilles, avec lesquelles, plus tôt ou « plus tard, ils se mettent en communication directe. « Quelquefois, dans le tissu qui limite le fond de la « dépression, j'ai surpris, dit l’un d’eux, ces filets au « moment où ils s’ACHEMINAIENT vers les faibles linéa- « ments des feuilles dont la présence ne se révéle
INTRODUCTION. .. 459 « encore qu à l’anatomiste aidé des plus puissants mi- {« CrosCcOpes. »
Les filets marchent donc, puisqu'ils PARTENT, s’A- CHEMINENT, S'ÉLÈVENT, Se RAPPROCHENT, etc., par leur extrémité supérieure de la base des jeunes feuilles, puisque vous dites vous-même, très-explicitement (p. 291), que leur formation marcne de bas en haut, vers la base des feuilles, et que dans leur partie inférieure, où se trouve leur point d’orl@rne, leur organisation est plus complexe, etc., ce qui signifie, sans doute, mais seulement en d’autres termes, qu’ils commencent en bas et finissent en haut, justement le coniraire de ce que nous avons démontré et prouvé par d'incontestables faits.
D'ailleurs, en disant que les vaisseaux radiculaires ou ligneux descendent, nous n’avons pas prétendu les faire marcher autrement que par leur formation successive de haut en bas (1). Nous différons complétement sur ce point, comme aussi sur la nature des éléments qui composent les filets, en un mot sur tout,
Vous vous trouvez donc, en adoptant de tels phénomènes imaginaires, je vous le répète avec peine mais avec assurance, non-seulement en opposition avec nous, mais aussi avec vos maîtres et amis, ainsi qu'avec vous-même. À moins, toutefois, que vous n’admettiez, vous aussi, cette affreuse hérésie scientifique, que les choses se passent autrement dans les Mono-
(1) Voy. Gaudichaud, Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 22 février 1841, p. 369.
cotylés que dans les Dicotylés, que les forces qui déterminent les accroissements des uns, sont différentes de celles qui agissent sur les autres, c’est-à-dire que la nature a deux poids et deux mesures ; idées fausses que nous avons déjà combattues et que nous attaquerons encore partout où elles pourront se présenter. Nous avons trop complétement démontré, dans nos précédents mémoires, que tout ce qu'on a avancé sur le développement et l'organisation des Monocotylés, est incontestablement contraire à toute vérité, pour qu'il soit nécessaire de le réfuter de nouveau ici. Mais nous le ferons plus tard, si les besoins de la science l'exigent, car notre travail est fait et nos matériaux sont prêts depuis les premiers mois de 1847. Si nous ne les avons pas encore publiés, cela tient à des considérations aussi honorables que bienveillantes de notre part, mais qui cesseront dès l'instant qu’on pourra croire que c’est par faiblesse ou par impuissance que nous n'avons pas renversé le déplorable échafaudage qu’on a élevé sur cet intéressant sujet. D'ailleurs notre but, en ce moment, est uniquement de nous déinltes de répondre aux objections qui nous ont été faites et nullement d’ attaquer à notre tour. Démontrer l'insuffisance des entraves que, de nouveau, on croit pouvoir nous opposer et montrer qu'elles ne sont, pour nous, que de nouvelles armes qu’on nous fobrnie et dont nous saurons nous servir dans l’intérêt de la vérité, c’est tout ce que nous devons et voulons faire.
Nous ne frapperons jamais sur des hommes vaincus
INTRODUCTION. 161 et désarmés, alors même qu'ils auraient combattu pour la plus mauvaise des causes.
Nous passons donc tout ce que nous aurions à relever sur lés principes organographiques des végétaux monocotylés, en nous bornant à cette simple et franche déclaration, dont nous assumons l'entière responsabilité : tout ce qu’on a écrit à ce sujet, dans les ouvrages de nos contradicteurs est, ainsi que nous l’avons précédemment prouvé , entièrement erroné et fatalement contraire à ce qu'il y a de vrai et de bien démontré jusqu'à ce jour ; les faits offerts en exemple et les principes qu’on en déduit, ne peuvent qu'égarer les jeunes maîtres, tromper les élèves, et, dès lors, retarder pour longtemps encore, les progrès de la science et de l'esprit humain! Cela dit, revenons à quelques faits qui ont plus directement rapport aux objections.
Nous avons assuré, et nos anatomies sont là pour le démontrer, que, dans les végétaux monocotylés et dicotylés, les filets vasculaires ligneux descendent de la base des bourgeons ou autrement dit des organes de végétation qui les composent, le long des rameaux, des branches et des tiges, jusque dans les racines et toutes leurs ramifications; que l'effet général de leur développement agit invariablement du sommet des végétaux à leur base extrême, et que cette sorte de loi ne souffre pas une seule exception. On se souvient que nous avons porté à nos adversaires scientifiques le défi de nous prouver expérimentalement le contraire.
Boite, — Botanique. 11
Nous ne le leur renouvelons pas ici, parce que nous savons de science certaine dans quelle impossibilité ils seraient placés pour cela.
On a vu quels sont les faits controuvés qu'on nous oppose, faits théoriques et imaginaires qui se contredisent eux-mêmes sur tous les points et qui, sans conteste, ne sont propres qu'à détruire les lois les plus évidentes de la physiologie, à briser tous les liens de l'organographie, et à mutiler sans rémission toutes les branches de la science des végétaux.
En cherchant à prouver que ces faits et ces théories qu'on nous oppose n'ont pas la moindre base dans la science et sont nés de la seule imagination de nos adversaires , nous n’avons encore rempli qu'une faible partie de notre bien délicate et pénible tâche, qui, pour être achevée, demanderait de nombreux volumes d'analyses théoriques et de réfutations. Le temps qui nous presse et l'espace qui nous est réservé dans cet ouvrage ne nous permettent pas d'accomplir ici cet important et rigoureux devoir. Mais avec nous on ne perd rien pour attendre |
Nous ne pouvons cependant laisser passer sans protestation ce qu’ils ont présenté comme des vérités démontrées, relativement aux « fibrilles qui naissent. « des racines elles-mêmes dont elles sont de simples « ramifications , » fibrilles dans lesquelles se forment des vaisseaux complétement indépendants, séparés et même éloignés de ceux des racines, sur lesquelles pourtant ils viennent tôt ou tard s'appliquer (p. 297):
Le jeune homme, fort instruit d’ailleurs et très-méritant, qui a fait adopter de telles observations par ses maîtres, n'a ainsi fait que leur payer en fausse monnaie les faux principes qu'il en a reçus. Trompé par eux, il s’est abusé lui-même, et sans nulle mauvaise intention de sa part, nous en sommes garant, il les a trompés à son tour.
Mais comme sans le vouloir il trompe aussi le public, aux intérêts duquel nous nous sommes dévoué, et que ses observations, ses faits, ses descriptions, ses dessins, et les conséquences physiologiques et organogéniques qu'il en tire sont matériellement contraires à ce que l'observation directe nous a cent fois prouvé , il est de notre devoir de le déclarer , et de faire remarquer à quel danger on expose des jeunes gens intelligents et instruits, en leur inculquant des principes qui n'ont pas reçu la sanction de la science, danger qu'ils auraient certainement évité , s'ils eussent été livrés, sans idées préconcues , à leur seul talent d'investigation.
Si nous combattons avec tant de persistance et de résolution les rêves scientifiques de nos contradicteurs, c'est que nous en avons mesuré et compris tout le danger ; c’est que nous savons qu'il en est des principes scientifiques comme des principes religieux qu'on infuse goutte à goutte dans l’âme de la jeunesse, principes qui passent par l'intelligence, pénètrent dans le sang et ne tardent pas à devenir des parties intégrantes de l’organisation; c’est, enfin, parce que nous avons reconnu que chaque homme qui en est impré-
gné, meurt ensuite avec sa foi scientifique comme avec sa foi religieuse. On serait donc aussi blämable à nos yeux d'enseigner sciemment une fausse science qu'une fausse religion.
Mais nous reviendrons sur ce sujet, car il est palpitant d'intérêt pour la société.
Nous avons assez longuement combattu, dans les mémoires qui suivent, les erreurs des plus grands maîtres sur ce point, pour que nous puissions nous dispenser, sans inconvénient, de nous arrêter plus longtemps sur une question que nous avons complétement résolue pour les Monocotylés comme pour les Dicotylés. Il suffira , en effet, de jeter un coup d’œil sur notre organographie qui ne renferme que des faits exacts et de tout point incontestables, et sur le travail que nous avons présenté à l'Académie des sciences, dans les séances des 20 avril, 27 juillet et 3 août 1846, 30 août et 27 septembre 1847, pour être entièrement édifié sur la nature des racines et de toutes leurs divisions; pour reconnaître que l'accroissement en diamètre des tiges, la formation et l’accroissement des racines et de leurs divisions, même les plus ténues, ne sont et ne peuvent être dus qu'à une seule et même cause, à la descension des fluides organisateurs (qui n’ont rien de commun pas plus avec le cambium qu’avec le fluide nutritif), fluides qui s’échappent souvent des filets ligneux , sur la tige et sur les racines, pour former des ramifications vasculaires; et que c’est par ‘un phénomène de même nature que sont produits les
premiers filaments vasculaires qui commencent fort
INTRODUCTION. 163 souvent les racines d’une foule de végétaux monocotylés et dicotylés (4).
Ce qui a égaré tant d’observateurs, et nous-même pendant un certain temps, c'est qu'en effet ces filaments vasculaires qui commencent presque toutes les divisions secondaires, tertiaires, etc., des racines , dans les deux grandes classes vasculaires, sont généralement plus gros et en quelque sorte plus tuméfiés en apparence à leur point de départ supérieur qu'à leur extrémité inférieure, ce qu’on n’eût certainement pas manqué d'expliquer si l'on ne s’éloignait depuis longtemps avec autant de persistance des véritables phénomènes de la physiologie et des forces réelles qui les dirigent.
Faisons remarquer, relativement aux articles qui exposent ces fausses objections , que tant que les bo-
(1) Voyez ce que nous avons dit et démontré à ce sujet dans notre Organographie et dans les Comptes rendus en 4843, 44, 45, 46 pour les Dicotylés ; et séances des 30 août et 27 septembre 1847 en parlant des Monocotylés, et spécialement des Pandanus, des Cocos, etc., où les fluides destinés à former es Pro filaments vasculaires des racines i , SORTENT
DES FILETS VASCULAIRES DES TIGES, par et ouvertur es microscopiques ; d’où il résulte q l , tout réduits qu’ils sont, ont un ini diamètre , à leur point dé! départ , que dans tout le reste de leur étendue, qu’ils se tuméfient parfois dès leur sortie et qu’ils se détachent avec la plus grande facilité sous l’action du moindre effort malheureux de l’observateur.
La main du phytotomiste qui a trouvé des filets vasculaires isolés dans les divisions du chevelu , a certainement manqué de légèreté et de dextérité ; les préoccupations spip ont fait le
reste ! &
tanistes persisteront à envisager les végétaux comme des êtres simples, formés d’un axe ascendant (1), d’un axe descendant et d’organés latéraux considérés comme des êtres distincts, quoique émanés de ces axes, ils ne sortiront jamais de l'impasse dans laquelle ils se sont si malheureusement engagés , ils n’arriveront jamais à rien ; pas plus en physiologie qu'en organographie, car les feuilles, les fleurs, les fruits et les divisions et subdivisions des racines ne sont pas plus des productions de leurs axes ascendant et descendant , que les bras et les jambes des hommes ne sont des productions de leurs corps. Ce ne sera donc jamais que par la théorie des phytons, des mérithalles et par les deux modes de développement, qu’on arrivera à fonder une science exacte, vraiment philosophique et propre à éclairer l’organographie, la physiologie et la botanique elle-même, sans compter l’agriculture, qui, par ses heureuses et saines pratiques persistantes a su se préserver, jusqu'à ce Jour, de l’action des physiologies malencontreuses auxquelles on a voulu l’assujettir..
Chacun comprendra maintenant, d’après tout ce que nous venons de dire, que nous aurions, nous aussi, de nombreuses objections à faire à nos savants contradicteurs, et surtout de bien vives critiques à leur adresser sur toutes les parties de leurs travaux, spécialement sur les théories qu’ils ont adoptées et qu’ils enseignent.
(1) Axophyte de quelques auteurs. ( Pag. 294.)
Mais nous l’avouerons franchement, autant nous aimons à nous défendre, lorsque nous sommes injustement attaqué, autant il nous répugne de contredire nos adversaires scientifiques, convaincu comme nous le sommes que chacun fait de son mieux pour servir la science, et que ceux qui n'y réussissent pas sont plus à plaindre qu’à blâmer. Nous nous bornerons donc à les plaindre, en attendant mieux.
Cependant, si nous avions une complaisance à réclamer d'eux, nous les prierions instamment de vouloir bien s'expliquer mieux, ainsi que nous le leur avons déjà vingt fois demandé, sur ce qu ils appellent le fluide nutritif ; de nous dire d’où ils le font naïtre et arriver pour les feuilles, les tiges et les racines, et s’il est différent des liquides séveux (p. 285), et surtout du latex qui, selon eux aussi, est le fluide nourri-
cier des plantes {p. 42, 43, 44).
Mais nous reviendrons en temps et lieu, et sans doute prochainement, sur toutes ces questions aussi importantes que singulièrement embrouillées, et nous tenterons de les éclaircir autant du moins qu’elles sont susceptibles de l'être dans l’état actuel de nos connaissances et à travers les difficultés qu’on ne cessera sans doute pas de nous opposer, ce qui d’ailleurs ne fera que nous donner un peu plus de force et de résolution.
Nous ne le ferons pas, toutefois, par esprit d’hostilité et pour prouver le peu de cas que nous faisons des obstacles dont on cherche à nous entraver, mais bien, ainsi que nous l'avons depuis longtemps annoncé, pour
remplir la tâche que nous avons entreprise et que nous v'avons pas un seul instant perdue de vue.
Voué depuis plus de vingt ans à l’étude dés faits généraux de l'anatomie et de la physiologie, ne marchant qu'avec la plus grande circonspection dans les difficiles voies que ces sciences nous présentent, n’avançant, pour ainsi dire, que pas à pas et après avoir soigneusement sondé le terrain autour de nous, ne proposant jamais un seul fait sans l'avoir vingt fois vérifié, sans avoir longuement médité sur son exactitude et son importance, nous avons été affligé, nous ne pouvons en disconvenir, de nous voir ainsi attaquer avec des armes si fragiles, avec des forces si inférieures, que nous avons un instant douté de la prudence de ceux qui nous ont de nouveau inopinément assailli,
Comment, c'est après quatre années de luttes incessantes devant l’Académie des sciences, luttes acceptées au uom et pour la plus grande glorification de la science et dans lesquelles nous avons réduit à néant toutes les doctrines imaginaires et tous les faits erronés de nos adversaires scientifiques, qu’on vient nous opposer, quoi? les mêmes doctrines, les mêmes faits, les mêmes idées trompeuses, les mêmes illusions, aggravées encore par les plus étranges et les plus irrationnelles assertions !
Et cela, non devant cette même Académie des sciences , seul lieu où l’on pouvait convenablement les présenter, où nous les avions appelées et où nous les attendions, mais devant le public qu'on peut si facilement égarer sur de telles matières, devant les élèves
INTRODUCTION. 169 de nos universités qui, malgré leur intelligence, leur zèle et leur jeune talent, sont dans l'impossibilité d’apprécier et de juger de quel côté est l'erreur ou la vérité; et cela encore au moment même où nous faisions passer sous les yeux de l’Académie et où nous déposions ensuite au Muséum d'histoire naturelle, ce sanctuaire de la science, toutes les anatomies, toutes les preuves matérielles qui démentent ces doctrines contraires, ces faits controuvés, ces idées nées de l’erreur la plus flagrante! !
Eh bien ! nous le disons avec une entière assurance, il a fallu plus que de la témérité pour cela, et nous l'eussions démontré dès l’année 1847, si les considérations que nous avons déjà fait pressentir n'étaient venues nous arrêter et nous empêcher de publier ab trato, non-seulement les réfutations de toutes ces objections, mais encore les justes et légitimes critiques que nous avons faites à cette occasion des élucubrations anatomiques et physiologiques de nos contradicteurs.
Revenu à des sentiments plus calmes, oubliant les démentis injurieux qui nous ont été donnés, les superbes et ridicules dédains dont on a cherché à nous accabler, les prétentions mal fondées et par trop injustifiables de nos contradicteurs , et considérant que ces élucubrations sans portée étaient aussi sans danger pour la science, que ces objections n’avaient que l'inconvénient de tromper momentanément la jeunesse, nous résolümes dé nous borner, dans ce travail, qui, en partie, devait paraître il y a trois ans, à repousser les
attaques dirigées contre nos travaux , parce que c'est un devoir imprescriptible que nous avions à remplir envers la science qui souffre plus qu'on ne saurait le dire des mortelles atteintes auxquelles elle est continuellement en butte; envers la vérité profondément altérée par nos opposants ; et surtout envers le département de la marine dont nous avons à justifier la généreuse et patriotique assistance. Nous n'avons pas voulu souffrir que personne au monde püt dire ni même penser à tort, que les grands sacrifices de ce département pour nous seconder dans nos recherches, aient été faits en pure perte et pour ainsi dire jetés à la mer, alors que nous avions complétement raison.
Faisons remarquer, en terminant, que nous avons discuté avec autant de modération et de justice que le sujet le comportait, et que si nous avons un regret à exprimer, c’est celui d’avoir été réduit, bien malgré nous, à combattre à notre tour les fausses doctrines et les égarements scientifiques de quelques hommes que nous affectionnions, et dont nous déplorons sincèrement l'erreur radicale et l’aveugle tendance rétroactive vers des théories qui depuis longtemps ont cessé d’avoir cours, et qu’il faut enfin condamner à l'oubli; car, chacun le comprendra, il vaut bien mieux ne rien enseigner que de propager sciemment l'erreur.
Les intérêts de la science sont si gravement com- Promis par ces funestes tendances, que nous avons jugé indispensable de réunir dans cette introduction toutes les réfutations précédemment présentées à l'Académie des sciences, contre les théories
INTRODUCTION. 171 opposées aux principes que nous défendons, principes que, malgré de suprêmes efforts, personne n'a encore pu entamer, et qui ne feront au contraire que grandir et se fortifier sous l’action des attaques qu'on dirigera contre eux. À
Nous avons pensé que les amis des sciences, que tous ceux qui aiment les compagnes ordinaires et sacrées de la vérité, c'est-à-dire les preuves évidentes,
lesexpériences exactes et les i t seraient charmés de trouver, réunis dans un seul valume, les principaux éléments de ce qui à été entrepris sur la réforme et la transformation qui s’opèrent en ce moment dans les sciences anatomiques et physiologiques des végétaux ; que les agriculteurs y trouveraient, çà et là, d'importants préceptes pour diriger leur intelligente pratique ; et, enfin, que les élèves de nos écoles de médecine de la marine, qui rivalisent si bien par le zèle et le savoir avec ceux des universités, y puiseraient d'utiles et graves enseignements: Tels sont les motifs qui nous ont décidé à donner les notes, les mémoires et les documents divers qui vont suivre, et à les offrir dans l’ordre à peu près où ils ont été présentés, par extraits, à l’Académie des
sciences et imprimés Hancenifiz * ‘1 à parce que
cet ordre indique en même temps l’origine, la marche, et pour ainsi dire la généalogie de cette grande famille d'expériences, de faits, d'idées, qui ont dirigé nos laborieux , pénibles et consciencieux travaux!