‹ Voyage autour du mondeChapitre 103 sur 115 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈUE

criplion des indigènes, « dont peut-être on ponrrait améliorer le sort n .

Ce u peut-être n est une prophétie. Nous sommes loin , en effet , d'avoir amélioré le sort de ces insulaires, et notre civilisation a été la meilleare manière de les détruire ; ils s'en sont servis comme le singe de la fable qui, par esprit d'imitation, voulut se couper la barbe et se coupa la gorge. Le rasoir, pour eux, fut l'eau de Jeu, qui aide l'homme du Nord k combattre l'inclémence de son ciel, mais qui ruine ici leur santé; ce furent nos armes à feu, qu'ils employèrent à s'entre -détruire. — C'est qu'un peuple a une civilisation , des mœurs qu'il ne lui est permis de changer que dans certaines limites; au delà de ces barrières qne sa nature et les conditions qui l'environnent lui assignent, il dépérit et meurt.

Mais quelle distance énorme nous sépare du Polynésien I La stupéfaction de tous les voyageurs qui les visitèrent nous en donne seule une idée. D'ailleurs tons leurs récits se résument ainsi : Le navire jette l'ancre; les insulaires, hommes et femmes, arrivent aussitôt en pirogue ou à la nage; ils sont couronnés de fleurs, chantent, jouent, rient, causent entre eux comme de grands enfants. Les hommes offrent des fruits , des poissons el leurs propres armes aux étrangers. Les femmes — les plus jeunes et les plus belles — font preuve de leur cAté du sentiment hospitalier poussé jusqu'à ses dernières limites ;

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as! LA NOOVELLB-CâLÉDONIE.

, lenrs danses les pins provocantes, les plus vives, les plus gracieuses, sont exécutées sur le pont , pendant que les matelots stupéfaits formenl un cercle de spectateurs avides et que les jeunes insulaires ne dédaignent pas d'accompagner de leurs cbants les monvements si moelleux des danseuses.

Telles sont les scènes qui se répétaient toujours dans le principe ; mais la satiété venait brenlAt en assombrir et brouiller les teintes; l'austérité relative de l'Européen s'éveillait, et sans qu'elles en pussent deviner le motif, les jeunes însnlaires étaient chassées, avec violence trop souvent. Cette brutalité semblait d'autant pins dure qu'elle contrastait davantage avec la réception si chaleureuse, si empressée des premiers instants. Dès ce moment, — conséquent toujours avec ses mœurs, — il n'y avait pas jusqu'au dernier matelot qui ne traitât les indigènes comme autant d'indignes parias : sur cette pente nous tardions peu, ànotre tour, & violer les lois, les coutumes de ces pauvres sauvages; c'est alors que les premières rixes avaient lieu et que, suivant la pittoresque expression d'nn des premiers navigateurs , a ces enfants voulaient lutter contre des hommes In Si le sauvage est un enfant, l'Européen est homme; et c'est toujours avec joie qu'il fait l'épreuve de ses armes, u in anima vili. n Le sang coulait, les indigènes comprenaient leur impuissance, nous supportaient, domptés mais non rame-

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nés. — Telle est encore la sitnation respective dans les îles océaniennes envahies par les blancs.

Chaque Tois que nons entrions dans nn village indigène , nong étions surpris dn calme et de la paix qui y régnaient ; qu'elle est loin cette fiévrense et incessante animation des peuples civilisés t Assis aa grand idr, formant des groupes pittoresques, & l'ombre de leurs arbres k pain , hommes et femmes causaient on chantaient; s'ils travaillent & préparer leurs étoflès au moyen d'écorces battues, c'est toujours par des chants qu'ils accompagnent le bruit de leurs marteaux. Les femmes, dès le matin, el semblables & nos dames, ont passé plusieurs heures à leur toilette; au réveil , elles se plongent dans les eaux de la mer ou dn roissean voisin ; là, pendant plusieurs heures , on les voit plonger , nager et lutter d'habileté les unes avec les autres ; au sortir du bain , elles conSent k la brise le soin de sécher leur corps el leur longue chevelure fioliante ; c'est de celle-ci qui est magnifique, noire et lisse, qu'elles ont le plus de soin : elles la divisent en deux tresses, puis la reconvrent de mono!, cette huile parfamée qu'elles savent exti-atre du cocotier; l'odeur acre dn mono! déplaît d'abord k l'Européen, mais bientôt il lui trouve un charme tout particulier. Pour terminer leur toilette, elles parcourent les bois environnants et y cherchent des fleurs sauvages dont elles font des couronnes et des guirlandes.

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Cependant one chose nous choqua, c'était de voir les hommes se couronner de fleurs à la façon des femmes : noni venions de visiter les rades habitants de la Polynésie occidentale; k la Nouvelle-Calédonie , l'homme va na , ses armes sont la seule parnre qu'il veuille el qu'il estime; quant & l'éponse, c'est h peine si cette humble compagne ose, podr lai plaire , placer dans sa chevelure quelque fleur sauvage, et si elle rencontre an gnerrier ssr sa route^ elle se jette à l'écart, pendant que loi passe, superbe, sa longue zagaie à la m»n, sans même accorder an regard à celle qui vient ainsi de lui céder la

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n faut le reconnaître , les Tabitiens sont efféminés, et leur douceur me semblait être plutAt le signe d'un esprit dégradé que d'une âme vraiment bonne ; s'ils ne sont plus « anthropophages » , c'est que la crainte de nous déplaire les en empêche; mais on verra qu'ils avaient des cruautés gratuites plus odieuses que le cannibalisme lui-même.

Avec tooB les voyageurs précédents j'eus aussi l'occasion de reconnaître leur penchant pour le vol ; le brave Papin, qui m'accompagnait encore dans ce vojage, habitué à la probité des Calédoniens, ne se préoccupait point de notre bagage , qu'il laissait çà et là pendant les campements; qu'arriva-t-il ? C'est qu'à notre retour il avait tout disparu, h la grande colère de mon honnête serviteur , dont on

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