CHAPITRE DIX-SEPTIÈUE
îles voisines, « les Poniotoa » , tous les colons vîvenl sur le budget fourni par la France pour l'entretien, dans ces parages, de quelques petits navires de guerre, de quelques troupes, et enfin de l'administratioD coloniale. Il n*; a qu'un établissement agricole de quelque imporlance, c'est celui dont j'ai parlé, dans le district d'Atimaono, qnt a pris tout entière la position la plus importante de l'île : on dit même que cette aiîaire ne réussit qu'avec difficulté.
Malgré la faible population coloniale de couleur blanche qui réside à Tahiti, — un millier d'flmes environ, — le prix de la nourriture est fort élevé, à cause surlout du manque de pAturagQS. Notre frégate trouva même si peu à se ravitailler à des prix convenables, que nous ne primes exactement que les provisions nécessaires pour nous rendre dans un porl d'Amérique où nous pensions relâcher. — Ce fait donnera une (riste idée de cette colonie; & lui seul il vaut on volume de commentaires. Pnisse-t-il ouvrir les yeux de nos gouvernants et les engager à ne plus considérer toutes ces terres du protectorat que comme de charmantes oasis sans doute, mais bouDes tout juste à servir de points de relâche à nos propres navires de guerre . On avait donné de l'importance à ces terres comme situation stratégique ; ce serait vrai s'il y existait quelque chose à défendre; .mais qui songerait à aller prendre ces rochers? Un
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seul moDÎlor, — s'il voulait s'en donner la peine, — bloquerait d'ailleurs si bien notre flottille àe Papeete que les habitants, privés des provisions américaines, seraient bientâl réduits à manquer de pain et de tous les éléments principaux de la vie civilisée. — Aussi, à l'heure actuelle surtout ^ que l'on se décide à ne plus autant sacrifier à ce tonnean des Danaides, que l'on se borne absolument au nécessaire, et que l'on reporte, si l'on veut, sur des colonies plus dignes d'intérêt ce superflu, qui est ici de l'argent' perdu sans espoir.
Mais laissons ces mauvais cAtés de cette île ; j'ai tenu surtout à prendre son jour favorable, quelques-unes de ces naïves et gracieuses scènes de mœurs de son peuple primitif. Nous l'avons vu, son plus grand souci, sa seule occupation était la recherche du plaisir; depuis combien de siècles vivaitil ainsi dans son ile délicieuse, que la nature semblait avoir isolée avec intention des autres pays? Mais nous sommes arrivés; et, par une fatalité inexplicable, douloureuse, nous y apportons les maux et la mort elle-mémel Ces malheureux disparaissent ou s'altèrent à notre contact ainsi que le font les herbes au pied de certains arbres qui prennent tous les rayons du soleil et toute la sève de la terre. Une époque viendra (sans doute elle est voisine), ou il ne restera plus que le souvenir des anciens habitants de la Nouvelle-Cy thère ; mais ce peuple, qui
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se sera fondn 'devant nous aussi vite qu'une neige de printemps, aura cependant laissé apercevoir à notre race avide et inquiète quelques-unes des délicieuses jouissances de l'antique Age d'or.
De Tahiti en France , la « Sibylle •> soutint sa renommée de bonne marcheuse, elle lutta vigoureusement contre les gros temps qui nous assaillirent aux environs du redoutable cap Horn. Enfin , en 1866, je débarquai à Brest après une absence de quatre années.
Post-scriptum. — Notre gouvernement se décide à envoyer dans nos possessions de l'Océanie , la Nouvelle-Calédonie et les iles Marquises , les prisonniers qu'ont produits nos discordes civiles, plus amèremeut tristes que nos dernières défailes. Ceux de mes lecteurs qui s'intéressent à quelques-uns de ces transportés seront sans doute complètement rassurés sur leur sort qnandj'aurai ajouté que les uMarquises» ou u Nouka-hiva » ne sont absolument que des minia- :' tures de Tahiti. Il ; a entre ces îles une identité parfaite de climat, productions, constitution du sol et nature des habitants. Le seul défaut de Tahiti , on l'a vu, et surtout des iles Marquises, — qui ne sont à proprement parler que des oasis , — est d'avoir une surface trop restreinte et d'offrir, par suite, peu d'avenir aux travailleurs ; mais il n'en est pas
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de même de la Nouvelle-Calédonie, où j'espère pourenx qu'on tes dirigera en plus grand nombre : là, UQ climal sain, une terre vaste et fertile les attendent et mille ressources naturelles leur sont offertes : c'est la culture sous diverses formes, la pëcbe, l'élevage en grand du bétail, l'exploitation des forêts et des mines , etc.
Mais, si mon expérience de la chose coloniale m'autorise à donner à ces colons à venir un conseil important, c'est qu'ils se gardent, au début, de se laisser prendre par le découragement ; qu'ils se persuadent que si l'homme a le privilège d'avoir de grands besoins , la nature ne lui permet de les satisfaire qu'an prix de mille efforts; c'est dans les colonies nouvelles et bien choisies surtout que Ces efforts peuvent beaucoup produire et donner au travailleur patient et infatigable une aisance inespérée. Sa famille, qu'il aura fait venir de France ou qu'il se sera créée, se développera bientAt, joyeuse et forte ,■ dans l'abondance; le souvenir de la loinfarne patrie s'obs- CDrcira de plus en plus dans son esprit; pourva même qu'il ne l'oublie pas tout à fait ou qu'il ne s'en souvienne que pour la renier peut-être el faire à ses fils la triste peinture des dernières années qu'il y a passées [
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